Vecteur Magazine

HEADCHARGER - SANS RÉPIT

Interview par Camille FABRO, écrit par Christophe PINHEIRO

Juste avant de monter sur la scène du festival Kreiz Y Fest – Autumn session, nous avons eu l’occasion de nous entretenir avec Sebastien PIERRE (Chant) et David VALLÉE (Guitare et Choeurs) pour parler du nouvel album en date « Sway ».

Votre huitième album « Sway » est sorti le 13 septembre. Vous avez déjà eu l’occasion de le défendre sur scène, quels sont les retours sur ces nouveaux titres ?

SEB : C’est au delà de nos espérances, on se donne aussi les moyens d’avoir des retours positifs, c’est important pour nous car c’est bien beau de se dire que tu es un groupe de live un moment mais faut aussi le prouver car c’est sur une scène que ça se prouve.

Nous sommes tous issus de cette culture, la culture Rock au sens large du terme, et je trouve très honnêtement que c’est la première fois où on déboule sur scène, on a tous les cinq envie de la croquer et de croquer les gens comme jamais.

DAVID : Surtout qu’on intègre pas mal de nouveaux morceaux dans la setlist, y a 5 nouveaux titres. Effectivement bonne réception du public, ça s’intègre bien avec les anciens morceaux, on a eu des retours comme quoi c’était assez homogène avec la discographie HEADCHARGER qui a pu évoluer en termes de style avec les années.

On espère que ce sera le cas ce soir.

Pour cet album, vous avez de nouveau collaboré avec Guillaume DOUSSAUD. On ne change pas quelque chose qui fonctionne ?

SEB: A vrai dire la question ne se pose même pas, Guillaume c’est quasi un sixième membre des HEADCHARGER en studio. C’était une volonté de notre part, voire même une évidence, il nous a prouvé qu’on avait raison de le faire, qu’il a des idées sur les arrangements. Avec Guillaume, il suffit d’un clin d’œil pour savoir si ça lui plaît ou non. Il y a un truc d’intime qui s’est créé entre lui et nous.

DAVID: Ce que je peux rajouter c’est qu’effectivement il participe un peu à l’affinage des compositions, c’est-à -dire qu’on se voit souvent avant le studio, puis pendant le studio. Il y a une part d’affinage en direct parce qu’on n’est pas tous là pendant l’enregistrement, sans trop en dire sur les secrets de fabrication car comme tout bon cuisinier, on garde ses recettes L’important c’est de déguster le plat final.

Le groupe fête ses 20 ans, déjà. Vous réalisez ? Quel est le secret de la longévité du groupe ?

SEB: Mais carrément vingt piges ! Alors le vrai secret de la longévité d’un groupe et je pense que ça existe pour l’ensemble des personnes qui arrive à durer autant de temps, à former un truc, quelque chose de créatif, etc… Clairement c’est la passion. Sans ça, je pense qu’on n’aurait jamais été jusqu’à 20 ans. Le jour où la passion s’estompera un peu ou bien quand on sentira qu’on a envie de la traduire par autre chose qu’en étant nous cinq, on arrêtera. Et ce sera très triste. Mais pour le moment, on vous assure que la question ne se pose absolument pas.

DAVID: Surtout que moi, comme Antoine (batteur), ça fait cinq ans  que nous sommes arrivés,  nous avons participé à l’écriture des deux derniers albums. Là il y a une vraie cohésion, c’est ce que les gars recherchaient aussi un peu, de nouvelles énergies. Il y a une solidité, on a des retours comme quoi le line up actuel est un des plus solide par les gens qui suivent les HEADCHARGER depuis longtemps.

SEB: C’est important qu’il en parle parce qu’il est tout aussi légitime que nous à en parler, parce qu’à partir du moment où on a intégré des membres au groupe, c’est pour qu’ils aient leur part de création et de partage avec nous, et très honnêtement, ils s’en privent pas. Si des choses leur plaisent ou pas, leur voix compte autant que la nôtre, c’est pas le fait d’être dans le groupe depuis l’origine qui prime sur la création. Enfin ce serait ridicule dans ce cas là, peut être qu’on penserait à arrêter à ce moment.

Après « Rise from the Ashes », « Sway » est votre deuxième album avec le line up actuel. On retrouve un côté Stoner plus prononcé sur celui-ci. Mais aussi plus metal avec ta voix, Sébastien. C’est lié à la stabilité du line up actuel ?

SEB: En partie c’est lié, il y a deux gros facteurs qui font qu’il y a un gros retour du chant saturé dans la musique d’HEADCHARGER. D’abord, il y a un côté ultra assumé, qu’on n’avait pas forcément avant. Ensuite parce que David et Antoine ont poussé largement dans cette direction. C‘est assez marrant venant de David, c’était moins étonnant, il a cette culture du Hardcore des années 90. C’est encore une musique que tu écoutes d’ailleurs. C’est moins étonnant de sa part cette volonté de retour du chant saturé dans HEADCHARGER, par contre venant d’Antoine, c’est largement plus étonnant. C’est un peu le « popeux » du groupe, celui qui passe du jazz manouche dans le tour bus (rires).

On voulait le faire sans que ça paraisse comme un retour en arrière. Si on le faisait c’était pour le faire mieux qu’avant. Le premier truc de David qu’en studio me disait : « Si tu dois chanter en saturé, faut que ce soit mieux que ce que tu faisais avant parce que sinon ça va sentir le réchauffé »

DAVID: Effectivement une volonté aussi sur cet album, sur des chansons avec plus de contraste par rapport à RISE qui était plus heavy rock, avec des chansons beaucoup plus calmes et beaucoup plus énervées et puis une volonté de retour aussi.

C’est un peu les origines d’HEADCHARGER qu’on aimait tous. 

Donc c’est revenu assez naturellement cette envie de scream. On en avait un peu plus déjà sur RISE que sur que sur HEXAGRAM et ça s’est fait consciemment, on n’a pas été dans la demie mesure : c’est généreux en scream, c’est généreux en hardcore.

SEB : C’est généreux comme est le Rock. Le Rock au sens large du terme c’est une musique qui se partage et c’est surtout pour ça que c’est une musique de Live. Tu as plein de musiques qui sont des musiques strictement de studio. Je pense à l’électro qui hormis le fait de faire danser les gens, pourquoi pas, mais en tout cas au niveau artistique sur scène il se passe pas grand chose tu vois un DJ seul derrière sa platine.

DAVID : C’est les light qui font le show.

SEB : Nous ce qu’on veut c’est vraiment partager un moment et c’est aussi pour ça qu’en Live tu ne trouveras aucun des morceaux qui est l’identique de l’album.

DAVID : Les versions studio on les a adapté pour que ça sonne plus « Live »

J’aimerai tout savoir sur mon titre coup de cœur sur cet album « Dance On Your Grave ». Vous le jouez sur scène ?

SEB : Non. Pour ce début de tournée, non. On ne s’exclut pas de le mettre parce qu’on a beaucoup de retours positifs sur ce titre et que tout est vivant. C’est du spectacle vivant au sens large du terme.

On arrive à la fin de la première vague de la tournée mais des vagues, il y en aura quelques unes. On est dans une salve d’une bonne quinzaine de dates et puis on a encore Bordeaux dans quelques jours pendant quelques semaines après jusqu’à 2025. On va faire une pause d’un mois, un mois et demi parce qu’on a beaucoup donné comme la préparation de la sortie de cet album, le fait d’être en résidence,  le fait de tourner, etc… On a aussi besoin de se poser, d’avoir un peu de recul et pourquoi pas mettre « Dance on your Grave » à un moment dans le set. Je peux pas te dire.

Comment travaillez-vous sur la composition ? Qui fait quoi ?

DAVID : Sur la compo en général, nous sommes trois à proposer les squelettes de composition on va dire plus ou moins aboutis. Après, il y a un travail sur le chant qui fait qu’on voit si la compo prend vie dans un ensemble cohérent : c’est à dire couplet, refrain c’est assez important.

Et on a travaillé sur une vingtaine de titres pour en sélectionner au final dix très aboutis. Et puis une fois que ça prend car il y aura un squelette solide en gros, il y a plusieurs séries d’affinage. On bosse un peu dans notre coin et puis on vient sur les ordis après. On a un temps en répétition pour faire prendre le côté Live à la chose et puis l’affinage final c’est beaucoup d’arrangements : des recherches de textures, de son, des recherches d’ambiance qui ne sont pas forcément là à la base.

Il y a eu aussi David. Il y a deux David guitaristes, et il y a beaucoup de morceaux qui sont nos bases et je sais aussi que là nous avons été dans une volonté de concevoir des morceaux plus aboutis pour les proposer à Seb, c’est-à-dire quand même un squelette plus solide.

Une question sur les thèmes abordés. D’où vous vient l’inspiration ?

SEB : C’est beaucoup d’expériences qui nous sont personnelles c’est même quasi exclusivement ça. Et c’est jamais du premier degré. 

Depuis RISE FROM THE ASHES dont on parlait, j’ai repris réellement les rênes de l’écriture parce qu’avec notre ancien guitariste qui écrivait beaucoup les textes – on écrivait beaucoup à quatre mains – il y avait des moments où c’était pas évident de devoir retranscrire et devoir cracher sa façon de voir les choses.

A un moment donné, quand il fallait que je chante des textes qui n’étaient pas de moi, j’avais des problèmes d’identification.

Encore une fois c’est un spectacle vivant, j’avais un souci d’identification simplement. Et là, il se trouve que depuis que j’ai repris les rênes, je me pose même plus la question.

Alors les thèmes vont réellement des expériences

personnelles aux images qui m’apparaissent. Je pense en particulier à un morceau de cet album : « Obsessed ». Qui clôt cet album qui commence comme une balade et qui finit comme un truc crié. L’idée de la balade m’est apparue par ma vie personnelle parce que depuis 18 mois j’ai eu la chance de découvrir la paternité et qu’aujourd’hui je ne me prive plus. 

Si j’ai envie de chanter un truc plus doux et plus posé, je ne me prive absolument pas de le faire. Par contre, il faut que ça reste cohérent avec la musique d’HEADCHARGER. Le thème principal de ce morceau était l’obsession de la jeunesse éternelle, parce qu’on l’a tous quelque part on va pas se voiler la face, ça nous fait tout chier de vieillir à un moment donné et qu’on se dit un jour « Putain c’était mieux quand j’étais plus jeune. ». 

Ça permet quand même tu vois d’être un sacré exutoire.

Ce qui a changé dans ma vie personnelle réellement c’est d’assumer la manière dont je m’exprime voilà. Je me pose même plus la question de savoir si ça peut choquer ou pas les gens. J’en ai rien à cirer c’est ma manière de m’exprimer sur tel thème, etc. C’est à prendre ou à laisser. 

Le terme aujourd’hui est décomplexé.

Vous avez des rituels avant de monter sur scène ?

SEB : Ouais… non, une petite tape dans le dos. Quoiqu’on refuse de se dire « à toute à l’heure ». La scène c’est tout sauf un truc isolé. Si y a un truc que je me refuse à dire c’est bien ça. Sinon tu formes ton projet solo.

L’idée c’est d’y aller, une tape dans le dos, un shot ou deux d’un sirop un peu alcoolisé et on y va.

J’ai vu que vous aviez encore une date avant la fin de l’année. Deux autres début 2025 et une autre au printemps. Il y en aura d’autres à venir ? Des festivals ?

SEB : Potentiellement, il y en a. Je t’en parle de façon complètement libérée car le booking m’intéresse réellement et dans lequel j’ai mon mot à dire. Oui ça passera dans les festivals qui font partie des deux, trois, quatre plus gros festivals Français.

C’est un projet bien avancé.

Dans quelles conditions recommandez-vous l’écoute de votre album ?

SEB : A fond ! Sinon avec sa meuf en matant la télé parce que tu en as rien à foutre (Rires)

Franchement aujourd’hui c’est déjà de continuer de soutenir les groupes parce que ça peut paraître complètement banal mais ce qui nous fait bouffer ce sont les gens qui se déplacent au concert et qui continuent d’acheter nos albums, notre merch. Parce qu’aujourd’hui la musique indépendante n’est pas reine en France. Si tu ne fais pas de rap c’est dur. C’est important tous les jours et c’est un acte militant. Donc tu l’écoutes en ayant acheté le vinyle ou le CD.

S’il te reste un lecteur CD dans ta bagnole tu l’écoutes dans ta bagnole sur un lecteur CD, et mieux ou pas mieux forcément si tu as une platine vinyle tu l’écoutes bien fort chez toi sur ta platine vinyle ça marche aussi.

Clairement c’est pas la vente d’album dans les magasins de distributions qui nous rémunèrent. Un album vendu à 25-30 euros à la Fnac, nous revient, parce qu’on est 5, à quelque chose comme 30 centimes d’euros.

Ce qui nous fait vivre c’est le live, les gens qui achètent du merchandising, les albums que l’on vend sur les stands car on continue à gagner un peu plus d’argent, ça fait vivre la trésorerie du groupe et nous permet derrière de recréer un show. Chaque centime est réinvesti.
C’est un discours de gérant d’entreprise mais tu ne peux pas faire autrement quand c’est ton métier mais on est très loin de manier des dizaines et des milliers d’euros.

Le mot de la fin est pour vous.

SEB : Merci à vous. 

Continuez à faire des interviews parce que c’est important. Quand je disais ce que ça fait quand on est un groupe qui a 20 piges, l’effet que ça fait et le leitmotiv de continuer, j’ai répondu à la passion et je pense que c’est ce qui nous lie tous dans ce style de musique. 

Parce que vous êtes tous bénévoles pour faire ces choses-là. Jamais vous n’avez touché un centime de ça, ça vous coûte même du pognon de vous déplacer sur les concerts, de faire des photos de concert, de faire des interviews, de passer du temps là dessus, et que si vous le faites c’est juste parce que vous êtes des passionnés. Vous êtes comme nous.

C’est pas hypocrite de le dire, sans vous et sans nous. Ce n’est pas la culture qui prédomine en France. Donc continuons ensemble de faire vivre ce truc. 

Si ça n’intéressait personne, il n’y aurait pas 120.000 personnes à un Hellfest, un stade de France rempli pour un Metallica. C’est à nous, d’être présent pour ces gens-là et de continuer à faire notre métier du mieux possible. Nous c’est notre métier, mais vous c’est en bénévole, et on vous est encore plus redevable car vous ce n’est que du bénévolat. 

Merci à vous, réellement.

PLUS D'INFORMATIONS

  • Artiste : HEADCHARGER
  • Album : SWAY
  • Label : AT(h)OME
  • Date de sortie : 13 Septembre 2024
  • Site officiel : https://www.headcharger.com/
  • Ecouter l’album : https://open.spotify.com/intl-fr/artist/34M4LcAKFb4852Iigq7BNv