Photo by Travis Shinn
TRACKLIST :
Il y a des albums qui sonnent comme un retour. Et puis il y a ceux qui sonnent comme une remise à zéro. *Emotion Factory Reset* appartient à la seconde catégorie, précisément parce qu’il fait la part belle à chaque musicien du groupe, et à quelques morceaux qui deviennent vite des repères très personnels.
ARMORED SAINT ne se contente pas d’aligner du bon vieux heavy : il construit un disque où John Bush incarne la colère, la lucidité et le “reset” émotionnel, où Joey Vera (basse) structure le groove, où Gonzo Sandoval (batterie) pilote la tension, et où Phil Sandoval et Jeff Duncan (guitares) façonnent une palette à la fois intemporelle et étonnamment variée. Le résultat est un album qui vit autant par ses riffs que par la manière dont chaque instrument participe au récit.
Je l’aime tellement cet album que je pris mon temps.
Sur *Hit a Moonshot*, tout se met en place avec une beauté presque maniaque : le riff d’intro, teigneux, presque obsessionnel, s’ancre dans une rythmique de Gonzo à la fois droite et groovy, tandis que la basse de Joey vient en soutien, creusant le terrain sans jamais le surcharger. Les guitares de Phil et Jeff se répondent, alternant cassures et lignes plus aiguës, et c’est justement là que Bush apporte toute sa finesse, passant d’un registre presque narquois à un rugissement contenu, parfaitement inscrit dans le passage en demi‑temps du refrain. Pour moi, ce morceau devient le cœur du disque : un concentré de lourdeur, de rythme et de tension, où chaque musicien joue un rôle visible et indispensable.
Ce morceau est suivi d’un autre coup de cœur, *Buckeye*, qui offre une autre facette, plus douce mais pas moins travaillée. La basse devient centrale, très chaloupée, presque sudiste, tandis que la batterie reste sobre, discrète, laissant respirer l’ambiance. Les guitares s’ouvrent sur des accords plus lumineux, presque bluesy, et le chant baigne sur un timbre plus nuancé, presque intime, comme s’il se retirait un instant du front de bataille pour se poser dans un espace plus personnel. C’est dans ce morceau que l’on ressent le plus la maturité du groupe : une performance collective qui ne se cache pas derrière la puissance, mais la met au service de l’émotion.
*Buckeye* rassure.
*It’s a Buzzkill* électrise.
Ici, la batterie se fait presque “alternative” dans son approche, avec des changements de rythme et de charley qui donnent une touche presque jazz rock, tandis que la basse garde le sol ferme, créant un contraste savoureux. Les guitares jouent sur des accords plus ouverts, des montées de fréquence qui donnent une impression presque industrielle-psyché, et le chant se fait plus caustique, plus sarcastique, comme si le cynisme devenait un instrument à part entière. Le morceau vibre comme une mise en garde contre les énergies toxiques, portée par une section rythmique qui ne lâche jamais la bride.
*Bottom Feeder*, lui, est un coup de poing brut. La batterie y devient ultra nerveuse, avec un tempo rapide, des frappes sèches, des hi‑hat très marqués, tandis que la basse creuse profondément la caisse claire, donnant une sensation de pression constante. Les guitares alignent des riffs courts, cassants, parfaitement calés sur les attaques, et la voix se fait rugueuse, presque méprisante, amplifiant l’impression d’un “prédateur” inférieur, honorablement écrasé par le son. C’est un autre de mes morceaux coups de cœur, non seulement pour son énergie, mais pour la manière dont chaque musicien renvoie la tension, sans concession, sans fioritures.
Vers la fin, *Ladders and Slides* joue sur l’instabilité et la chute, avec une batterie qui multiplie les changements de groove, des riffs de guitare qui montent puis chutent, une basse qui zigzague entre les montées et les descentes, et une voix plus irrégulière, presque hachée, comme si les silences faisaient autant partie du message que les paroles. Le trio rythmique crée une véritable mécanique émotionnelle, où chaque montée, chaque chute, chaque ralentissement semble intentionnel, écrit, pensé, jusque dans les plus petits détails.
Enfin, *Epilogue* clôt l’album avec une certaine retenue. La batterie se fait plus discrète, réservant ses frappes aux moments de tension, tandis que la basse reprend une ligne plus souple, qui laisse les riffs de guitare apparaître clairement. Les guitares, elles, se déplient lentement, presque contemplatives, et le chant revient à une intensité plus contenue, presque résignée, comme si le “reset” final consistait à respirer, à laisser retomber la pression après un disque entier de tension accumulée. Le morceau fonctionne comme une conclusion narrative, où chaque musicien se déplie dans une forme de lâcher prise maîtrisé.
Au fil de l’écoute, *Emotion Factory Reset* se révèle aussi comme un album de l’expérience dans la construction sonore. Et comme le disait si bien Joey Vera lors de notre échange (à découvrir bientôt sur notre édition spéciale) { C’est un album sans prise de tête. Le cœur et l’expérience ont parlé. }
Et parmi les 11 morceaux, c’est *Hit a Moonshot*, *Buckeye*, *It’s a Buzzkill*, *Bottom Feeder*, *Ladders and Slides* et *Epilogue* qui dessinent, pour moi, la trame la plus sensible, la plus vivante, la plus représentative de ce que ARMORED SAINT incarne en 2026 : un heavy metal vivant, conscient, et porté par des musiciens qui ne se contentent pas de rejouer leurs classiques — ils les réécrivent, notes par notes, avec une lucidité tranquille.
Le vrai heavy is not dead. Il se joue, désormais, avec plus de conscience, plus de précision, et surtout, avec de la complicité, et c’est ce que ce disque met en avant mieux que beaucoup de discours.
Une des meilleures sorties 2026.
PLUS D’INFOS :
Album : EMOTION FACTORY RESET
Date de Sortie : 22 Mai 2026
Label : METAL BLADE RECORDS
Produced by Joey Vera Mixed by Jay Ruston Mastered by Paul Logus Audio Engineered By: Oliver Roman, Bill Metoyer, Joey Vera and Jason Constantine
Sites Officiels : http://www.metalblade.com/armoredsaint