Vecteur Magazine

FESTIVAL 666

23.06.2023

Par Cidàlia Païs

C’est ce 9, 10 & 11 Août qui se déroule la cinquième édition d’un Festival qui devient un incontournable rdv de la scène metal. Le 666 propose une affiche qui promets un headbang sans répit. Victor Pépin, fondateur nous en parle.

Tu es le fondateur et l’organisateur du Festival 666. Il y a une belle montée en popularité de ce festival, une belle renommée. D’où est venue l’étincelle pour le créer ?

Je vais au Hellfest depuis tout petit, car j’habitais à Nantes. Après le Hellfest 2017, pour être précis, je me suis demandé comment faisaient les organisateurs pour réaliser un tel projet à Clisson. J’ai réfléchi à ce que cela pourrait donner à Cercoux, le village où j’habite avec mes parents, puis j’ai toqué à la porte de la mairie. Elle a tout de suite accepté le projet, puisque c’était une initiative portée par des jeunes. J’avais quinze ans à l’époque. Évidemment, la mairie a trouvé ça super attractif et nous a donc soutenus.

J‘ai vu qu’au départ, cet événement se concentrait plutôt sur la scène metal/rock française, mais il y a eu une évolution depuis. Peux-tu nous en parler ?

On a toujours voulu soutenir la scène française et c’est encore le cas cette année.

C’est pour ça que tous les groupes qui ne sont pas en tête d’affiche dans notre programmation sont français, à l’exception du groupe allemand SLOPE qui est un coup de cœur, donc on était obligés de les prendre. Mais sinon, tous les groupes sont français. Si bien qu’on a toujours voulu soutenir la scène française avec des têtes d’affiche françaises quand on faisait grandir le festival. Mais je n’ai pas envie de programmer les mêmes groupes tous les ans. Il faut donc des nouvelles têtes d’affiche chaque année et, à la fin, on a vite fait le tour alors on a été obligés de passer à des groupes internationaux. Et puis, on ne va pas se mentir, ça aide aussi à faire grossir le festival. Il ne reste plus que Gojira à accueillir… ce qui est un peu Mission Impossible.

Alors, l’affiche de 2024, quelle affiche ! Je la trouve plus variée que les années précédentes… Tu as du ZEAL & ARDOR, du CRADLE OF FILTH, BENIGHTED et LOCOMUERTE. C’est dingue ! Comment fais-tu justement pour arriver à joindre tous ces groupes ?

La programmation me prend entre trois et quatre mois. En fait, ce n’est pas compliqué : tu vas voir des concerts et, dès qu’un groupe te plaît, tu vas le voir et tu lui dis que tu veux qu’il joue l’année prochaine. J’aime un peu tous les styles de metal, sauf le black et le grind avec lesquels je ne m’entends pas très bien ; ce n’est pas ma scène préférée. On essaie quand même de les représenter, avec un ou deux groupes par an à l’affiche, pour n’oublier personne. Là, j’ai vraiment essayé d’être le plus éclectique possible, puisqu’on avait quand même beaucoup de hardcore l’été dernier. En fait, le hardcore est ma scène préférée, donc je m’étais un peu lâché et je me suis fait rappeler à l’ordre. Donc maintenant, on est beaucoup plus éclectique.

Je vois TESTAMENT qui clôt sa tournée européenne chez toi… Comment as-tu réussi à les convaincre ?

Oui oui, TESTAMENT. Pour commencer, j’ai contacté l’agent. Évidemment, au début, il ne connaissait pas le festival, alors il était un peu inquiet. Le plus dur, c’était vraiment de le convaincre d’envoyer le groupe à Cercoux, donc en France, plutôt que dans un autre gros festival en Europe à la même période… En fait, il fallait jouer un peu sur le côté jeunesse et festivals qui montent en France, tu vois. Et une fois qu’il était vraiment intéressé, que je sentais qu’on pouvait discuter, je lui ai dit : “Mets-moi l’exclusivité française.”

Et quand il a accepté, j’étais super content.

Quels sont, pour toi, les plus grands enjeux et les plus grandes difficultés du métier dans la mise en œuvre d’un festival pareil ?

Le plus difficile, c’est d’abord d’égaliser le budget. On travaille dessus en ce moment. Pour ça, il faut vendre des billets, il faut aller chercher les partenaires, et on compte aussi beaucoup sur la vente de bière, qui représente quand même un tiers de nos recettes.

Pour ça, tu peux être tranquille, je pense.

Donc voilà, on compte sur un tiers de vente de bières, le deuxième tiers c’est de la billetterie, et le troisième tiers c’est le merchandising et les partenaires.

Pour ceux qui ne comprennent pas ou ne connaissent pas l’importance des pré-ventes pour un tel événement, tu veux bien l’expliquer ?

Beaucoup de festivals annulent entre un mois et un mois et demi avant le festival, avant le jour J. C’est tout simplement parce que les pré-ventes font défaut. C’est parce qu’un festival doit payer, disons, 40% du festival, deux mois avant le jour J. Avec le spectacle, la sécurité, la technique, les hôtels, tout le monde demande des acomptes. Nous, on commence notre festival le 9 août, donc le 9 juin, on a vidé nos comptes pour payer les acomptes. C’est à ça que servent les pré-ventes. On a ouvert les pré-ventes en novembre-décembre. Et voilà, nous, on ne va pas se plaindre, on s’en sort bien. On ne risque pas une annulation pour ça. Mais il y a beaucoup de festivals pour qui ce n’est vraiment pas la fiesta et qui doivent être soutenus le plus tôt possible.

Parfois, une des causes, c’est la météo… Est-ce que tu peux nous décrire justement les lieux, tout ce qui est autour, le concept, le côté restauration, l’hébergement, les structures..

On est un festival entièrement en open-air dans le sud de la Charente-Maritime. Donc il faut imaginer un petit village rural de 1000 habitants avec une petite architecture très sympathique, dans la montagne où il fait toujours beau, toujours chaud. Juste en-dessous de la mairie, il y a un petit terrain de foot où on plante le festival. L’espace concert est ici : on met les deux scènes, le merchandising, et un bar. On prépare l’espace market juste à côté, de sorte que ce soit un petit peu séparé, mais c’est difficile à comprendre à l’oral.

Mais j’imagine bien avec tes mots.

C’est très mignon, c’est comme si tu étais entouré de petites maisons charentaises et que tu mettais un festival en plein milieu du village.

Il y a ce détail : c’est seulement 100€ pour les 3 jours. Tu me décris un lieu magnifique, mais quelle est la capacité d’accueil des lieux ? Combien de personnes êtes-vous prêts à accueillir chaque année ?

Techniquement, on peut accueillir 3000 personnes à peu près, mais on serait un petit peu serrés. Nous, on sort de la billetterie à 2000.

Oh, cool, c’est très convivial.

C’est bien le but. L’objectif est d’avoir une meilleure affiche que l’année précédente, sans trop augmenter la capacité d’accueil tous les ans. Parce qu’on voit bien que les festivaliers ont vraiment de plus en plus besoin de festivals à taille humaine et conviviale. Les grosses machines, c’est bien une ou deux fois par an, mais sinon, on sent bien que les gens sont vraiment à la recherche d’un côté humain. C’est le pari sur lequel on essaie d’avancer : une très bonne affiche par rapport à la capacité.

Je te félicite parce qu’il y a de l’ambition, mais tu veux que les choses restent cadrées, et je pense que les Cercouziens te remercient.

Oui, le festival est très apprécié des riverains. Évidemment, à la première édition…Tu sais, c’est hyper rural, donc tout le monde est vieux là-bas. Quand tu annonces que tu veux faire un festival de metal, on te regarde un peu bizarrement, sauf à la mairie, comme je l’ai dit.

Mais maintenant, tout le monde a adopté le festival. Il y a même certains riverains qui se proposent pour accueillir les festivaliers dans leur maison. C’est le signe que la cohabitation est très correcte : tout le monde rigole ensemble.

Tu parlais de cette volonté des riverains de fournir des logements aux festivaliers. Côté hébergement, on peut venir avec sa tente… Et il y a quoi d’autre comme option ?

On peut dire qu’il n’y a pas d’hôtels autour, puisqu’on les a tous réservés pour nos artistes.

Nous, on a notre bivouac qu’on propose avec le parking, etc. On peut accueillir les festivaliers pendant trois ou quatre jours sans problème.

Comment ça se passe du coup côté staff ? C’est un staff défini ou vous faites appel aux bénévoles ?

On est tous bénévoles, on n’a pas de salariés. On est une équipe d’une douzaine, voire une vingtaine de personnes en ce moment. On va travailler sur le projet tout au long de l’année. Et le jour J, on sera 200 bénévoles. Les vingt personnes qui travaillent tout au long de l’année sur le projet sont les chefs d’équipe, et avec eux, on trouve nos bénévoles et on forme nos équipes.

Je suppose qu’il y a beaucoup de marques qui veulent travailler avec vous. Tu as des noms avec lesquels tu préfères travailler ?

Oui, on a des marques qui veulent nous approcher, mais on est un peu timide là-dessus.

On ne sait pas encore comment gérer ça. Mais pour la nourriture, on a huit stands de food trucks qui font du sucré, du salé, du vegan, pour avoir une offre variée. Et au niveau de la boisson, on a une bière de soif et deux bières artisanales locales.

Tout à l’heure, tu as dit que tu étais plutôt penché sur le hardcore. Le festival s’appelle 666, ce qui m’a fait penser à  MAIDEN. Explique-moi d’où vient ce nom..

Mon père m’a fait découvrir le metal, le rock et le hard rock quand j’étais petit et il a commencé par me faire découvrir le heavy metal avec IRON MAIDEN. Du coup, je suis fan de MAIDEN depuis toujours. Mais j’ai grandi et au cours de l’adolescence, j’ai commencé à écouter beaucoup de hardcore et à préférer les concerts de hardcore. J’aime beaucoup ce genre. Du coup, j’aime bien en programmer, mais j’ai encore mes petites racines heavy metal, et c’est pour ça que j’ai appelé le festival 666, en référence à Number of the Beast de 1981-82 à peu près.

Cette question m’amène sur le côté esthétique du festival. Qui est l’artiste derrière l’affiche avec ce personnage si particulier ?

On a le même office depuis toujours. C’est un graphiste qui est situé en Vendée, il s’appelle Julien, son nom d’artiste est Julien G. Il fait du super boulot et il nous avait proposé ce petit clown, ce petit monstre que tu vois sur nos visuels. Il nous l’a proposé dès le début, on a tout de suite adoré et les festivaliers l’ont d’ailleurs nommé Charlie. Le but, c’était d’avoir un personnage qui ressemble un peu à Eddie d’IRON MAIDEN. L’autre objectif, c’est de le faire évoluer tous les ans sur nos affiches, qu’il ait une forme différente, un fond différent et qu’il évolue comme Eddie sur les albums de MAIDEN.

J’ai vu aussi le projet « Du Metal à l’École »..

Oui. Le festival se situe juste en-dessous de la mairie, mais également juste en-dessous de l’école primaire et maternelle de Cercoux. À savoir que tous les ans, on installe nos loges dans les écoles maternelle et primaire, et que la cour de récréation sert de coin VIP. Donc c’est un petit partenariat avec l’école, mais là, on avait vraiment la volonté de replanter le festival dans la commune tout au long de l’année. On a proposé à l’école maternelle et primaire, donc de la petite section au CM2, le projet du metal à l’école. Pour chaque classe, on leur propose un projet qui est éducatif, ça va de soi, et culturel ; c’est une ouverture sur la musique metal et tous ses dérivés. Et toutes les classes vont travailler sur l’un des groupes qui jouent au festival, et ils vont faire une œuvre plastique : une fresque, un coloriage ou une peinture qui sera exposée sur le site du festival. Donc les élèves sont bien évidemment invités au festival, les instituteurs aussi, et tout le monde est content.

Est-ce que tu aurais aimé aborder quelque chose, dire un dernier mot pour les lecteurs ?

C’est juste qu’on est une bande de jeunes qui se donne à fond pour organiser ça. Plus de la moitié de nos bénévoles a moins de 26 ans. Voilà, on se rejoint le 9, 10 et 11 août et ça va être une petite fête. On vous attend !

 
 

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