TERRES FROIDES – ENFE

Chronique par Mélissa Bussière

A la suite d’une petite série de concerts, le groupe de black métal mélodique Terres Froides a enfin sorti son premier EP, comportant cinq titres chez l’Ordalie Noire. Avec des mélodies intenses, des riffs puissants et du chant en français, le groupe nous transporte dans son univers brumeux et froid. Originaire de la région auvergnate et composé de Heidarr à la basse, Torvik à la guitare rythmique, Nihilis au chant, Korventenn à la batterie et Elder à la guitare lead, Terres Froides nous emmène en balade dans l’immensité des forêts norvégiennes. 


On démarre en douceur avec les premières notes de synthé de “Enfe”, dont le clip est d’ailleurs visible sur Youtube. Le tempo de l’introduction est calme et lent, nous permettant de nous poser correctement dans l’ambiance de l’album. Les guitares suivent le pas accompagnées par la batterie et  les hurlements de Nihilis, et de chœurs. La nature est mise à l’honneur dans le titre, ainsi que son côté indomptable. L’atmosphère est brute : blast-beats glacés, guitares saturées et arpèges mélodiques s’entremêlent. L’exil est également évoqué dans ce morceau : “Enfe, dernier souffle de la Terre…” L’instrumentation joue sur les contrastes avec une introduction atmosphérique et ensuite une montée en puissance. Le rôle de l’être humain est mis en questionnement, dans un monde qui sombre dans le chaos. On enchaîne avec des riffs aiguisés et une mélodie faisant voyager, avec “Éprouver la douleur”, qui aborde la souffrance, l’épreuve de manière très explicite. L’ambiance est plus introspective et le rythme plus marqué sur le plan émotionnel. On y entend des claviers, ou pads en arrière plan. Le chant est plus mélancolique et plaintif, les guitares nous attaquent de front. Le couplet est retenu, l’accroche explose, les notes de guitares sont tenues, hurlantes, et la double pédale revient. Les leads se déploient en cascade. Le thème de la douleur s’inscrit ici comme un chemin à franchir, un processus. Cet équilibre entre introspection et violence est assez remarquable. “De La Belladona”, titre le plus long de l’EP, est sans doute celui qui offre les plus grandes plages de respiration. La chanson nous parle de la plante toxique “belladone”, qui symbolise à la fois le danger et la fascination.

L’ambiance commence lente et hypnotique, les guitares montant progressivement en rapidité et en puissance. Les jeux de textures varient intensément : on entend des breaks; des soli mélodiques, des harmonies nous évoquant la séduction mortelle. Le thème abordé est sans nul doute la séduction fatale, la tentation, la dangerosité qui règne dans la nature. On sent aussi une influence de musique électronique. Après cette ascension, on continue de se faire porter, cette fois-ci “Au-Delà Des Astres”, avec un thème profond, évoquant l’infini, la quête et l’élévation. L’emphase est mise sur les guitares lead, les harmonies ascendantes et un tempo qui peut osciller entre mid-tempo conquérant et fulgurances agressives. Ce titre nous montre le chemin vers la lumière, après trois morceaux plutôt sombres et désolants. On peut interpréter que “Enfe”, sorte de personnage central de l’album, est en train de dépasser la terre pour gagner les cieux. L’instrumentation le suggère par des nappes plus aériennes, des guitares dans l’aigu, et peut-être un passage central plus calme, voire acoustique. Puis l’on repart en cavalcade. On aborde le thème de la libération ainsi que de la quête de l’au-delà. “Ce Que La Brume Révèle” est le morceau final qui clôt l’opus, sur une note très mystérieuse. La brume évoque l’incertitude, le voile, le mystère du monde après la catastrophe ou avant la révélation. L’ambiance est sombre, lente au départ, avec des guitares claires et des effets d’écho. La rythmique est d’abord progressive, puis s’intensifie. On est mis face à ce que la nature et le temps nous révèlent lorsque l’on accepte de traverser le brouillard pour se confronter à l’inconnu. Instrumentalement, cette œuvre est là pour terminer l’album. Le groupe joue la carte de l’émotion pure avec une musique mélancolique mais pleine d’espoir. 

Avec “Enfe”, Terres Froides réussit un EP ambitieux qui dépasse les frontières du black métal. Le groupe conjugue rage et mélodie, le tout dans une ambiance très atmosphérique, et en abordant divers thèmes majeurs. L’univers est riche et cohérent et les ambiances m’ont beaucoup fait pensé aux groupes Darkenhöld, et Luere que j’ai pu écouter, et chroniquer également. Je recommande cet album pour les fans de black métal mélodique et épique.

 

 

 

Tracklist : 

1 – Enfe

2 – Eprouver la douleur

3 – De la Belladona

4 -Au-delà des astres

5 – Ce que la brume révèle

Label : L’Ordalie Noire