Vecteur Magazine

Un Battement de Cœur

Interview de Einar Selvik par Cidàlia Païs

Photos Credit : Morten Munthe

Wardruna sortait le 27 Octobre dernier la composition scaldique « Hibjørnen », qui adopte la perspective de l’ours en hibernation. À travers son dialogue incessant avec la nature, le compositeur principal Einar Selvik explore le thème de l’ourse et son lien avec le cycle de la vie et de la mort, soulignant l’importance de respecter le monde naturel et de donner une voix à son caractère sacré, ce qui a donné naissance au sixième album studio de Wardruna, Birna. J’ai eu le plaisir de rencontrer Einar à la Salle Pleyel à Paris le 9 novembre dernier pour en échanger sur ce chef-d’œuvre, et d’assister à l’expérience chamanique et transcendante qui est leur performance live (notre live report de ce concert – https://vecteur-magazine.com/wardruna-jo-quail/).

La sortie du disque est prévue pour le 24 janvier 2025 via Sony Music et By Norse Music.

Le collectif continuera sa grande tournée mondiale, et se produira en Australie et en Nouvelle-Zélande pour la toute première fois fin janvier 2025. 

Si vous ne pouvez pas assister à un des concerts, vous avez toujours l’album qui sort également avec un DVD de la « performance unique du groupe à l’équinoxe sur le site du patrimoine mondial Odéon d’Hérode Atticus, Acropole, Athènes », qui s’est déroulé le 21 Septembre dernier.

C’est vraiment un plaisir de te rencontrer ! 

Tout le plaisir est pour moi. 

Nous apprécions toutes les compositions enchanteresses de Wardruna, et j’aimerais plonger directement notre échange sur Birna. 

Mes excuses pour mon norvégien si jamais je le piétine !

Pas de soucis du tout. 

J’ai reçu l’album il y a quelques jours à peine, et il m’a emmené dans un voyage profond. L’expérience est devenue de plus en plus spirituelle et intense à mesure que j’ai remarqué les rythmes cardiaques dès le début. Ma première question porte sur votre choix de l’ourse comme thème de ce magnifique registre…

Je réfléchis à cet album depuis un certain temps, j’étais désireux de me plonger dans un thème qui résonne profondément en moi. Il tourne autour de l’ourse, mais plus spécifiquement, du choix d’une ourse comme personnage central. Ce choix était instinctif, car je crois que le récit se déroule avec plus d’intensité et de profondeur lorsqu’il est raconté à travers le prisme de l’ourse.

Les ours intriguent l’homme depuis longtemps, incarnant les rythmes de la vie et de la mort qui jouent un rôle essentiel dans nos innombrables mythes et traditions totémiques. Partout dans le monde, du folklore ancien aux contes modernes, la présence des ours fait écho à la danse cyclique de la nature elle-même, une danse qui reflète l’essence même de la Terre mère. Le voyage annuel de l’ours à travers les saisons résume le grand récit de l’existence, tissant une tapisserie de vie, de mort et de renaissance qui transcende le temps. 

Considérez le pouvoir qui se cache derrière la figure de la mère ourse..elle incarne la force, l’éducation et la résilience. C’est en elle que nous trouvons l’inspiration ; elle porte le poids de ses oursons, les protégeant contre les périls du monde tout en leur transmettant une sagesse que seule une mère peut offrir. Cet aspect maternel ajoute une couche profonde au récit, en faisant de celui-ci non seulement une histoire de survie, mais une célébration de l’amour et du sacrifice durables.

Le choix de se concentrer sur la perspective féminine enrichit considérablement le récit.  Il y a une puissance indéniable dans l’exploration des thèmes des cycles de vie et de la transformation à travers les yeux d’une protagoniste féminine. L’expérience de la mort, la grâce de la renaissance et la beauté inhérente à ce voyage cyclique sont renforcées lorsque nous adoptons le récit féminin. Il transforme le banal en extraordinaire, invitant à une réflexion plus profonde sur nos propres vies et les cycles que nous traversons.

L’ourse est plus qu’un simple animal ; elle est un symbole de force profonde et d’esprit nourricier, incarnant l’essence même de la résilience que d’innombrables cultures ont vénérée à travers l’histoire. Les histoires qu’elle inspire résonnent avec l’expérience humaine collective, faisant écho à nos peurs et à nos espoirs alors que nous naviguons sur nos propres chemins à travers le désert de l’existence. 

En fin de compte, le récit que je souhaite transmettre est rempli de puissance, de beauté et de sens profond. C’est un voyage à travers les ombres de la mort vers la lumière de la renaissance, guidé par l’esprit doux mais féroce de la mère ourse. Je pense que cette perspective offre une exploration plus riche et plus nuancée, nous permettant de nous connecter à l’histoire à un niveau plus profond.  En embrassant le récit féminin, nous découvrons une expérience transformatrice qui célèbre les complexités de la vie et l’esprit durable de la nature elle-même. 

Le voilà enfin, un album qui résonne avec le battement de cœur de la terre, faisant écho aux rythmes intemporels de l’ourse et aux histoires puissantes tissées dans la trame de notre existence commune.

*L’album est captivant, et alors que je m’y plongeais, le premier single,  » Hertan « , se démarque par son ouverture unique, faisant écho au battement de cœur d’un ours. Certes, ma connaissance des ours est limitée, mais ce morceau donne un ton profond à l’album qui évoque des pensées sur l’hibernation, la présentant comme une expérience intense et potentiellement douloureuse. La façon dont la musique transmet ce sentiment me fait m’interroger sur le voyage émotionnel impliqué. Je suis

curieuse de savoir si c’est intentionnellement choisi de le placer comme morceau d’ouverture. Cela ressemble à un choix délibéré, faisant allusion aux thèmes de la solitude et de l’introspection (?) Au fur et à mesure que le récit se déroule, il est clair que l’hibernation de l’ours n’est pas seulement physique mais aussi métaphorique..

Oui… L’essence de « Hertan » peut être distillée dans un battement de cœur profond, le pouls et le noyau qui résonnent à travers toute existence. Ce principe imprègne non seulement nos vies, mais aussi la tapisserie complexe de la nature qui nous entoure. Dans ce royaume, nous rencontrons des symboles dynamiques de résilience et d’instinct, qui se manifestent dans les rythmes de la nature sauvage.

Prenons en compte le voyage de l’ours, une créature qui se retire dans les profondeurs de l’hibernation. Cet animal majestueux s’engage dans une transformation remarquable, se préparant à la rudesse de l’hiver lorsque la nourriture se fait rare. C’est un témoignage de survie, illustrant la détermination farouche à endurer contre toute attente.

Tout aussi frappante est l’odyssée du saumon, qui navigue en amont dans des rivières tumultueuses, propulsé par un désir inné de retourner à son lieu de naissance. Là, il remplit son rôle : pondre des œufs et succomber inévitablement au cycle de la vie. Ce voyage est à la fois beau et dur, encapsulant la puissance brute de la conception de la nature.

 « Hertan » sert de thème général, une boussole métaphorique qui guide nos chemins. Il représente non seulement le cœur qui bat dans notre poitrine, mais aussi le cœur profond de l’existence elle-même. Cette connexion primordiale est le rythme même que nous ressentons lorsque nous habitons dans les limites nourricières du ventre de notre mère – le premier son que nous rencontrons.

À la lumière de ces réflexions, il devient clair pourquoi « Hertan » est la pierre angulaire de ce voyage musical. Le morceau d’ouverture est imprégné de couches de sens, faisant allusion aux expériences et aux révélations qui attendent l’auditeur tout au long de l’album. Chaque note, chaque mot, est entrelacé avec les thèmes de la survie, de l’instinct et de la nature cyclique de la vie. 

Au fur et à mesure que nous approfondissons l’album, les échos de ces pensées initiales refont surface, créant une riche tapisserie de sons et d’émotions. La première chanson offre un aperçu de l’âme du projet, où chaque morceau suivant s’appuie sur les fondations posées avant lui.  Les murmures du cœur résonnent tout au long de l’album, nous guidant à travers le labyrinthe de l’expérience humaine.

Ainsi, « Hertan » n’est pas seulement un titre, c’est un voyage. Il vous invite à explorer les profondeurs de votre propre cœur, à vous connecter aux rythmes éternels de la nature qui nous lient tous. À travers sa musique, nous nous rappelons notre lien intrinsèque avec le monde qui nous entoure, un lien imprégné de symbolisme, de beauté et des dures réalités de la vie elle-même. C’est ce riche récit qui m’a poussé à le présenter comme le premier single, lançant le voyage qui englobe l’essence de l’album dans son ensemble. Les graines de pensée semées ici fleuriront et se déploieront, révélant les couches complexes qui attendent d’être découvertes.

*Je me souviens de cette scène de la vidéo présentant le conseil du cœur. Au début, il n’y a que toi, et je n’arrive pas à dire si tu es confortablement allongé ou si tu es à l’écoute du battement de cœur du moment. Il y a une certaine magie dans la façon dont tu sembles te connecter à tout cela, comme si tu écoutais les murmures du cœur lui-même. L’atmosphère était chargée d’émotions, et cela ressemblait à un secret partagé entre vous et le récit qui se déroulait. Cette image, cette sensation de te voir “perdu” dans tes pensées persiste dans ma mémoire..

Absolument..Alors que je suis étendu sur le sol froid et impitoyable, enveloppé dans une couverture de neige immaculée, j’appuie mon oreille vers le bas, m’efforçant d’écouter.. Je cherche quelque chose de plus profond, quelque chose de primitif. Avec mon oreille fermement pressée contre la terre, je m’interroge, essayant de saisir le battement de cœur de l’ours.

Dans ce silence, je me souviens du lien intime que nous partageons tous avec le monde naturel.  Le pouls de tout ce qui m’entoure, c’est comme si la terre elle-même avait un battement de cœur, régulier et résonnant.

Est-ce le battement de cœur de l’ours que je cherche, ou est-ce le pouls de Mère Nature elle-même ? Peut-être les deux. À cet instant, je me souviens de l’équilibre délicat de la vie, de la façon dont chaque créature, chaque plante, joue un rôle dans l’écosystème. Je peux le sentir ; le rythme de la terre est contagieux, et je deviens une partie de celui-ci, m’abandonnant au battement de cœur du monde.

Le pouls de Mère Nature est un rappel de résilience et d’harmonie, un appel à respecter et à chérir le monde dans lequel nous vivons.

L'Ours & L'Homme, une histoire enchevêtrée..

*Le morceau « Birna » résonne profondément, évoquant une profonde tristesse qui me tire les cordes sensibles. La voix de Lindy encapsule un sentiment de nostalgie.. Sur ce titre, (ainsi que « Lyfjaberg »), il y a une conscience poignante : une ourse, consciente de son hibernation imminente, reflète la réalité douloureuse de son existence. Cette magnifique créature, bien que pas éteinte, fait face à la perte de son habitat, un rappel obsédant de notre impact sur la nature. C’est un puissant rappel de la fragilité de la vie et de la beauté que nous devons nous efforcer de protéger..

En effet, ils sont indéniablement chéris, étant passés des nobles bergers de la forêt aux gardiens solennels d’une nature sauvage en déclin. Ils ne possèdent plus leur foyer sacré, ce qui apporte avec lui un profond sentiment de tristesse. 

En créant « Birna », je l’ai envisagé comme une offrande unique parmi les chansons d’ours, une offrande qui capture un dialogue rare entre l’humanité et l’ours lui-même.  Simple mais profonde, cette chanson rappelle les traditions anciennes où l’ours était vénéré comme un sage professeur, un gardien dont la force et les idées étaient inestimables.

Bien que les paroles dansent de manière ludique à la surface, elles sont imprégnées d’une histoire marquée par des émotions enchevêtrées – un récit qui est, à bien des égards, teinté de tristesse. Cette dualité – la joie de la connexion juxtaposée à la mélancolie de ce qui a été perdu – est précisément ce que j’ai voulu résumer.

Musicalement, la pièce résonne profondément avec l’héritage Sami de Lindy s’enracinant dans les riches mélodies indigènes qui résonnent à travers sa lignée. Le paysage sonore reflète cet héritage, créant un univers mélodique à la fois enchanteur et reflétant la terre et ses histoires.

 

De plus, nous avons inclus « Lyfjaberg », une chanson qui perdure dans le cœur des auditeurs depuis des années. Il était tout à fait logique de la présenter sur cet album, car beaucoup ont souhaité qu’elle existe sous un format tangible.  Auparavant disponible uniquement en version numérique et en édition vinyle limitée, il nous a semblé juste d’honorer son héritage en l’incluant dans cette collection. Cette chanson a profondément résonné auprès du public, touchant une corde sensible qui résonne à travers le temps.

« Lithia Berg » parle de la montagne de guérison, un sanctuaire métaphorique qui incarne une recette de transformation, un chemin vers la guérison et un voyage vers l’avenir. Elle nous rappelle que chaque trésor de vraie valeur a son propre prix, un sentiment qui résonne chez beaucoup. En créant la chanson et la poésie qui l’accompagne, nous avons cherché à capturer cette essence, en créant un pont entre le passé et le présent.

Le récit du lien de l’humanité avec l’ours est complexe et stratifié, tissé de fils de révérence et de perte. En nous plongeant dans cette exploration à travers la musique et les paroles, nous nous rappelons le poids de l’histoire et la sagesse que la nature nous transmet. C’est un appel à réfléchir à notre relation avec le monde naturel, nous poussant à honorer les gardiens de la forêt et à nous souvenir de l’équilibre délicat que nous partageons.  À travers ces mélodies, nous espérons inspirer un dialogue renouvelé avec la nature, un dialogue qui favorise la compréhension et préserve l’héritage de la nature.

Des rêves endormis..

*Fascinant est le voyage que nous entreprenons à travers trois morceaux distincts, attention, je vais essayer de bien les prononcer : « Ljos Till Jord », « Dvaledraumar » et « Jord Till Ljos ». 

Tu les as très bien prononcés !

Merci !

Chacun représente un chemin transformateur, qui s’écoule des profondeurs de la terre vers l’éclat de la lumière, pour ensuite revenir. Cette essence cyclique où la lumière et la terre s’embrassent dans une danse harmonieuse..

C’est bien cela..de la terre à la lumière, le voyage se déroule, nous entraînant dans le monde tranquille d’un ours niché dans sa tanière, un lieu où les rêves s’entremêlent avec le battement de cœur de la nature. Dans cet espace sacré, nous commençons à dériver vers l’état hibernant, où le temps ralentit et l’essence de l’existence reflue comme une douce marée.  Le terme « Dvaledraumar » englobe parfaitement les rêves endormis de l’ours, les rêveries silencieuses qui fleurissent dans le cocon de l’hiver. Ici, au milieu de la douce étreinte de la chaleur et de l’obscurité, l’ours s’abandonne au calme, nous invitant à partager son sommeil profond.

En nous installant dans cette méditation de 15 minutes, nous sommes invités à voir à travers les yeux de l’ours, à sentir le poids du monde s’échapper tandis que nous nous immergeons dans le paysage serein de ses rêves. La tanière, bercée par la terre, devient un sanctuaire où les mystères du subconscient prennent vie, et nous dérivons plus profondément dans la riche tapisserie d’un esprit au repos.

Et puis, comme la première lumière de l’aube perçant l’horizon, le printemps arrive avec sa symphonie de sons. Le pouls de la vie agite l’air – un écho rythmique de « Dvaledraumar » résonne en nous.  Cette chanson, une composition harmonieuse, capture l’essence de l’éveil de l’ours, un récit qui se déroule comme un long morceau influencé par les rythmes du cœur.

Bien que l’ours n’entre pas en hibernation au sens strict, il embrasse un état de semi-hibernation, une danse entre le sommeil et la conscience. Alors qu’il se blottit dans les murs réconfortants de sa tanière, son rythme cardiaque ralentit à un rythme doux de neuf battements par minute. Ce pouls, un battement de cœur régulier et métronomique, devient l’élément vital de notre expérience, nous guidant à travers le labyrinthe des rêves et dans l’étreinte de la cadence de la nature.

Dans cet espace partagé, nous commençons nous aussi à ressentir l’attraction tranquille du rythme de l’ours. À chaque pulsation, nous sommes entraînés plus profondément dans un monde où les rêves respirent et où le temps cesse d’exister. Le voyage de l’ours reflète non seulement l’instinct d’un animal, mais aussi un désir universel de renouer avec la terre, un rappel de la danse cyclique de la vie et de la mort, du sommeil et de l’éveil.

 Alors que le froid de l’hiver cède la place aux teintes vibrantes du printemps, nous nous réveillons aux côtés de l’ours, nos rêves se déployant doucement comme les premières fleurs de la saison. La transition est palpable ; nous entendons les murmures d’une nouvelle vie, le bruissement des feuilles et l’appel lointain des créatures qui s’éveillent. Chaque son s’entremêle avec le pouls de « Dvaledraumar », encapsulant l’essence de la renaissance et de la revitalisation.

À cet instant, nous ne sommes pas de simples spectateurs, mais des participants à la symphonie de l’existence – une célébration des rythmes de la vie, un hommage aux rêves endormis qui attendent de jaillir. Tandis que l’ours rêve, nous rêvons avec lui, nous enveloppant dans la chaleur de son hibernation, embrassant la promesse du renouveau et la beauté de l’éveil.

*Cela ressemble à de beaux rêves…J’apprécie l’approche du printemps, qui apporte avec lui les chants des oiseaux, le doux ruissellement de l’eau..on murmure la chaleur et la vie..un monde qui renaît. La douce excitation de cette saison..

Il y a quelque chose de vraiment magique dans la façon dont la nature chante pendant cette saison vibrante. Alors que la terre se réveille de son sommeil hivernal, une symphonie de sons émerge, chaque note étant une célébration du renouveau et de la vie, créant une toile de fond harmonieuse qui nous invite à faire une pause et à écouter.

L’un des sons du printemps est la flûte, un instrument spécial fabriqué à partir des arbres mêmes qui fleurissent autour de nous. Imaginez-vous vous promener dans un bosquet baigné de soleil, où les saules se balancent doucement.  C’est à ce moment-là que vous pourrez entendre les notes douces et éthérées de la flûte printanière, une flûte harmonique, résonnant avec l’essence de la saison.

Ce qui rend cette flûte si unique, c’est sa genèse : elle ne peut être fabriquée qu’au printemps, lorsque la sève monte dans les saules.

La flûte représente un lien avec la terre et les cycles de la vie qui nous soutiennent.

 

Les Mères Ourses..

*Chaque chanson résonne profondément, un voyage éthéré qui remue l’âme. La présence de la chorale dans la vidéo élève l’expérience. Votre musique encapsule une essence divine, évoquant des émotions que les mots ne parviennent souvent pas à capturer. Qu’est-ce qui a inspiré cette belle collaboration avec la chorale sur « Himinndotter » ?

Dès le départ, j’ai imaginé un projet qui incarnerait une perspective féminine, une vision qui est devenue un guide tout au long de mon processus créatif. 

La décision d’inclure une chorale féminine n’était pas simplement une réflexion après coup ; c’était l’un des éléments fondateurs de mon album. 

lorsque j’ai commencé à élaborer les chansons, un morceau en particulier s’est démarqué – il est devenu la pierre angulaire sur laquelle le reste de mes idées allait s’épanouir. 

Dans ma quête de la chorale parfaite, j’étais déterminé à éviter les ensembles classiques traditionnels.  Au lieu de cela, j’ai cherché un groupe capable de parcourir une myriade de styles musicaux, un groupe capable de donner vie à divers genres avec authenticité et brio. C’est ainsi que j’ai découvert la chorale Artemis d’Oslo, en Norvège, un ensemble expérimental unique, réputé pour ses explorations de la musique ethnique et folklorique, ainsi que des traditions classiques. Leur polyvalence a profondément résonné en moi.

En les contactant, j’ai été ravi de constater qu’elles étaient tout aussi enthousiastes à l’idée de collaborer que moi.

Ensemble, nous nous sommes lancés dans ce voyage artistique, non seulement pour le morceau initial, mais aussi pour un autre morceau intitulé « Jus de Juch ». Cette collaboration a été une belle fusion de nos énergies créatives, et leur présence dans les clips musicaux a ajouté une autre couche de narration visuelle, c’était vraiment une chose agréable et magnifique.

Cette chorale et Lindy sont en quelque sorte l’ourse ou la nature sauvage représentée comme des humains en quelque sorte.

 

*Je me retrouve captivé par ton parcours..ton dévouement transparaît sur ton travail. C’est inspirant d’apprendre que votre dernier album a pris trois ans à créer, enraciné dans les profondeurs sereines des forêts et de la nature sauvage. L’influence de mère nature résonne à travers votre art, nous rappelant à tous le lien vital que nous partageons avec le monde qui nous entoure. Ton cœur bat en harmonie avec la terre mère..

En effet, tu l’as bien compris..c’est au cœur de notre existence, n’est-ce pas ? Sans cette essence, nous ne sommes que des ombres de nous-mêmes.

Pour cet album, je me suis senti obligé de l’ancrer dans une pertinence contemporaine.

En me plongeant dans le monde des ours et en explorant notre relation complexe avec eux, il est devenu clair… Ce récit devait résonner avec le présent.

J’aspirais à une approche dépourvue de futilités…

La fatigue du fétichisme centré sur l’humain où nous devons placer l’humanité au centre de chaque création.

Ce n’était pas mon intention.  Avec cet album, j’aspirais à créer quelque chose de fondamentalement différent.

L’ours, dans sa solitude majestueuse, n’a pas besoin de nos embellissements humains ou de nos bibelots culturels pour affirmer sa force.

Il serait ridicule de produire des chansons glorifiant des notions telles que « Les berserkers sont cool », rappelant une tradition avec laquelle nous n’avons en vérité aucun lien, une tradition qui n’a plus aucune importance aujourd’hui.

Au lieu de cela, j’ai voulu amplifier la voix de l’ours lui-même, évitant les murmures de coutumes oubliées.

Cette intention semblait essentielle. Dès le début, avec le tout premier morceau…

Beaucoup perçoivent Wardruna comme une toile de fond pour les traditions vikings et les contes de guerriers, mais ce n’est qu’une fraction de la vérité.

Si vous vous plongez dans la première composition de Wardruna, vous découvrirez qu’elle est principalement une célébration à 95 % de la nature.

Dans mes premières œuvres, j’ai abordé ce thème de manière plus ésotérique, en m’appuyant sur le symbolisme des runes.  Il y avait un sentiment de distance, une invitation à réfléchir à des questions plus profondes.

Cependant, dans cet album et dans le précédent, j’ai choisi de m’engager plus directement sur ces thèmes.

Pourtant, l’accent animiste sur la nature reste inébranlable, comme il l’a toujours été. Je crois que c’est ce dont nous avons vraiment besoin, mais pas comme un appel aux armes.

Bien que je reconnaisse l’importance de l’activisme, je me retrouve souvent à remettre en question son efficacité.

Il y a longtemps, j’ai décidé d’exprimer principalement ce que je défends. Plutôt que de simplement m’opposer à ce que je perçois comme mal, je choisis de cultiver les « fleurs » que je souhaite voir fleurir, plutôt que de m’occuper des « mauvaises herbes ».

C’est l’essence de mon entreprise. Je vise à mettre en lumière des questions importantes. Je m’efforce de donner une voix au monde naturel et aux aspects de nos vies qui résonnent vraiment avec signification.

Le caractère sacré de notre environnement, la place que nous y occupons, c’est ce que je cherche à célébrer et à éclairer.

*J’ai cette vision que tu es la personne qui voudrait simplement que le cycle réel de la vie, que les bases soient respectées.

C’est sûr !

Puisque nous sommes à la fin de l’interview, qu’aimerais-tu ajouter ?

Eh bien..lorsque l’on considère cet album, il est essentiel de s’immerger dans son intégralité plutôt que de simplement choisir des morceaux au hasard. 

C’est sans aucun doute un album conceptuel, et il est conçu pour être vécu dans son ensemble.

La beauté de cet album réside dans son essence poétique. Chaque parole a une signification, et le thème résonne tout au long de la collection de chansons. 

Pour vraiment apprécier l’art en jeu, je vous encourage vivement à vous plonger dans les livrets d’accompagnement qui accompagnent l’album. Ils contiennent des paroles traduites, qui non seulement améliorent votre compréhension, mais vous permettent également de vous connecter au message à un niveau plus profond.

Je sais que vous avez organisé des séances d’écoute pour les fans ce soir. avant le concert. 

Ils seront ravis !

Je pense que oui.

Je te souhaite le meilleur pour le sold out de ce soir et pour la suite de la tournée ! Merci beaucoup pour l’interview !

Merci à toi !

 

Photo Credit : 

 

PLUS D’INFORMATIONS :

ALBUM : BIRNA

DATE DE SORTIE :  24 Janvier 2025

Label : Sony Music et By Norse

Artwork : Øivind A. Myksvoll

Photos : Morten Munthe

Mastering : Tony Lindgren at Fascination Street Studios.

Guests : Koret Artemis (Choir), Jonna Jinton (vocals and field recordings), Hans Fredrik Jacobsen (willow-bark flute), Kenneth Lien (Jaw-harp), Iver Sandøy (backing vocals.

SITES OFFICIELS : https://www.wardruna.com/

 

Notre avis :

Préparez-vous pour un battement de cœur inoubliable…

‘Seier ned, seier inn, 

seier inn i hold og skinn

djupt i blod, djupt i sinn.

Som ein vind eg forsvinn’

Wardruna sort son sixième album studio intitulé « Birna », un vieux mot nordique qui signifie « ourse ». 

Cet album est « une œuvre d’art dédiée à la gardienne de la forêt, de la nature, et à ses batailles ici sur terre », un dévouement qui nous transporte sur dix morceaux et s’étend sur 73 minutes. 

Comme la plupart des albums de Wardruna, « Birna » se joue comme une méditation performative, un véritable rituel où folk nordique combinent avec des instruments traditionnels avec une ingénierie sonore harmonieuse. Les compositions sont magistrales, tissant des récits à partir du paysage sonore. 

Dans l’ombre des arbres, où murmure la brise, 

‘Birna’ s’éveille, douce ourse des forêts…

« Hibjørnen » (l’hibernateur) nous à été proposé en Octobre dernier en présentant l’album. Einar et son chant Skaldic nous berce dans l’ombre d’une Ourse endormie. Accompagné de sa Lyre, il nous murmure des récits oubliés, emportant notre âme au-delà des frontières du temps. 

Wardruna provoque de profondes émotions à chaque morceau. Terrestres, païens et mystiques, ils créent des images cinématographiques dans votre tête, faisant de « Birna » une bande originale qui vous laissera sans voix ! Je le considère déjà comme une des meilleures sorties de 2025 !

Chaque morceau est une méditation, un voyage introspectif qui éveille des émotions profondes. Impossible de choisir un titre préféré dans cette palette de sons enchanteresses, mais « Dvaledraumar » me conduit vers des royaumes oniriques, là où la paix et la magie s’entrelacent.

Mon esprit se laisse submerger par les voix éthérées qui flottent comme des esprits, invitant à une danse tribale où chaque note résonne comme une invocation. Les percussions tonitruantes, façonnées par la peau des bêtes, s’unissent aux flûtes délicates, tissant un paysage sonore où l’ancien et le moderne s’entrelacent.

À la lueur des bougies, je me laisse envelopper par cette expérience d’écoute, chaque note est un écho de la nature, chaque silence un souffle de vie. Je suis émerveillé par la beauté de la création.

Dans ce monde où l’ancien revient, Wardruna nous rappelle que la nature est notre mère, et que chaque mélodie est une prière pour la terre.

 

 

Einar Selvik – Chant, Taglharpa, Kravik-lyre, Bukkehorn 

 Lindy-Fay Hella – Chant 

 Arne Sandvoll – Percussions, Choeurs 

 Sondre Veland – Percussions, Choeurs 

 Eilif Gundersen – Cor d’harmonie, Lur, Flûte, Choeurs 

 HC Dalgaard – Batterie, Percussions, Choeurs 

 John Stenersen – Harpe Mora

 

 

Merci à Olivier GARNIER – Replica Promotion