Photo credit: Travis Shinn
Nothing More, formation rock originaire de San Antonio née en 2003, a tracé une route implacable depuis l’anonymat indie jusqu’aux nominations aux Grammy Awards, au prix de changements de line‑up, d’albums auto‑produits et de tournées incessantes. Après des débuts avec *Shelter* (2004) et plusieurs EP indépendants, marqués notamment par la transition audacieuse de Jonny Hawkins de batteur à chanteur, le groupe s’auto‑produit un album éponyme explosif en 2014. Porté par le single “This Is the Time (Ballast)”, qui s’installe en haut des classements rock, Nothing More décroche un contrat majeur et enchaîne les grandes scènes aux côtés de groupes.
*The Stories We Tell Ourselves* (2017) confirme l’ascension avec “Go to War”, titre qui vaudra au groupe trois nominations aux Grammy et lui ouvrira les portes de tournées en tête d’affiche à travers l’Amérique du Nord jusqu’en 2019. Malgré les turbulences du début des années 2020, Nothing More revient en 2022 avec *Spirits*, un album habité, sombre et introspectif, avant de livrer *Carnal* en juin 2024, disque viscéral où la production peaufinée laisse affleurer la fragilité, la guérison et les blessures encore à vif.
C’est dans ce contexte que, le 26 novembre, à l’Élysée Montmartre, à Paris -retrouvez le live report ici – https://vecteur-magazine.com/nothing-more-catch-your-breath-solence-ankor-carnal-nature-tour-2025-26-novembre-2025-lelysee-montmartre-paris/ –, en pleine étape de la tournée *Carnal* dans la capitale, que je rencontre le guitariste Mark Vollelunga, en tant qu’invité par KINDA, pour Vecteur Magazine. L’opportunité se présente pour aborder leur nouvel EP, *We’re In This Together*, qui fait le lien entre les épreuves de 2023, le triomphe brut de *Carnal* et ce que le groupe a encore à dire. Cette sortie rassemble des “deep cuts” réhabilités, extraits de *Spirits* et *Carnal Deluxe*, mais aussi une reprise de Nine Inch Nails longtemps restée dans les tiroirs, relançant la machine Nothing More alors qu’un break en 2026 se profile.
Un petit mot de plus avant l’interview, avez-vous écouté *Crossing the Rubicon* avec Sabaton ? Ce morceau vient d’atteindre le Billboard Rock Charts top 15..Cette version collaborative fusionne le power metal historique de Sabaton (sur Jules César traversant le Rubicon) avec l’énergie rock intense de Nothing More, sous le label commun Better Noise Music.
« Vous avez traversé une période difficile en 2023, puis sorti *Carnal Deluxe*, la tournée se passe bien… et là, cet EP est arrivé il y a un mois, avec cette reprise de Nine Inch Nails qui a mis onze ans à voir le jour. » Mark sourit, presque amusé que l’histoire soit moins symbolique que les fans ne l’imaginent, «J’aurais aimé que ce soit plus symbolique. Malheureusement, ce n’est pas le cas. On était très contents au début, il y a 11 ans, mais Johnny n’était pas satisfait de sa performance vocale.» Le morceau, une version de “We’re in This Together”, avait été enregistré au début de 2014, mais Jonny n’a jamais été pleinement satisfait de sa performance vocale. Musicalement, confie Mark, « 90% du titre est resté tel quel ».
> « Il a fallu que quelqu’un d’autre lui dise de le faire. Le chant est meilleur maintenant – c’est sorti pour le monde entier. »
> **– Mark sur la reprise Nine Inch Nails de 11 ans**
C’est l’été dernier que tout se débloque : alors que le groupe travaille sur une autre reprise, Jonny fait écouter l’ancien enregistrement au producteur, qui s’enthousiasme immédiatement. « Il lui a dit : “Ce morceau est génial, faisons celui‑là.” On répétait à Jonny depuis des années que cette chanson était forte, qu’elle serait incroyable, mais il n’arrivait pas à y croire. Il a fallu que quelqu’un d’autre lui dise. » La nouvelle prise de voix, à peine retouchée, suffit à convaincre tout le monde. Pour Mark, le résultat reste une « magnifique chanson d’amour sombre.. – j’aurais aimé qu’elle ait plus d’amour à l’époque, en 1999 quand elle est sortie.-», signée Trent Reznor, sur l’acceptation des failles et des zones d’ombre, et sur cette idée que le véritable amour implique de traverser les ténèbres ensemble.
L’EP ose aussi une version 8‑bit du morceau, clin d’œil direct au côté gamer rétro de Mark. L’idée vient initialement du label, habitué à ce type d’exercice, mais le guitariste n’a pas hésité une seconde : « J’adore ces sons de vieille Nintendo, c’était l’occasion parfaite. » Le rendu, hybride entre l’ADN électronique de Nothing More et l’esthétique chiptune, offre un contre‑champ ludique et nostalgique à la noirceur du titre.
Au-delà de la reprise, on revient sur les titres que j’aime le plus : “Déjà Vu” et “Face It”. La première, qui me renvoie à ce que j’avais ressenti avec “Sounds” : un morceau qu’on ne s’explique pas vraiment, qu’on ressent avant de le comprendre. Je lui demande : « Est-ce une chanson sur les cycles, ceux de la vie ? » Mark acquiesce. Musicalement, explique t-il, ces titres partagent une atmosphère «Je dirais que musicalement, ils sont tous les deux sombres et hantés, et tu ressens probablement ça. ». Mais “Déjà Vu” porte une dimension supplémentaire : le sentiment de déjà‑vu y devient une sorte « de glitch dans la matrice, un bug qui ne devrait pas exister, et qu’il faut faire attention pour voir ce que c’est.», presque comme un avertissement envoyé à son “moi du futur” pour signaler que quelque chose cloche, qu’on s’enferme dans un schéma toxique, notamment amoureux – ce fameux “running right back”, retourner encore et encore vers ce qui nous blesse.
“Face It”, également issu de *Spirits* et rallongé ici en centre de gravité de l’EP, embrasse quant à lui la question de l’ombre intérieure. Pour l’illustrer, Mark évoque la série *Dexter* et son “dark passenger”, ce passager obscur qui cohabite avec le héros, mais aussi *L’Odyssée de Pi* et le tigre Richard Parker, figure métaphorique d’une part de soi prête à tuer pour survivre. « On voulait écrire un morceau sur cette idée : il ne s’agit pas de détruire cette part sombre mais de la regarder en face, de lui trouver sa place, et de savoir quand l’invoquer. » Dans une époque de consommation rapide où beaucoup d’auditeurs ne dépassent pas les singles, cet EP offre une seconde vie à ces titres plus profonds – “Face It” étant initialement relégué en neuvième piste de *Spirits*.
Je lui souligne la finesse de l’arrangement sur “Déjà Vu” : tempo contenu, guitares “sublimes” qui mettent en lumière sans écraser le reste, équilibre presque fragile entre tension et beauté. Pour moi, c’est peut‑être le plus beau titre de cette nouvelle ère du groupe. Mark me sort un tout court Oh, waouh.
> « Quand les mots ne suffisent plus, un chien peut parler. Des chiens thérapeutiques pour les vétérans – c’est le lien muet de la vie. »
> **– Mark sur la collab avec Canines for Warriors**
Ce qui marque aussi, c’est la dimension humaine de Nothing More. J’ai récemment découvert leur collaboration autour du titre “Free Fall” avec l’organisation Canines for Warriors, qui forme des chiens d’assistance pour des vétérans et premiers intervenants souffrant de stress post‑traumatique. Mark raconte sa visite à la base où chiens et bénéficiaires cohabitent pendant un mois afin de s’apprivoiser et de s’assurer d’une compatibilité sur le long terme. « Ce chien devient un partenaire de vie. Quand les mots n’y arrivent plus, un chien peut parler pour vous. »
Pour le guitariste, cette initiative fait partie intégrante de ce que Nothing More veut défendre : le pouvoir réparateur du lien, qu’il passe par la musique ou par le regard d’un animal. C’est cette même énergie d’empathie et de résilience que l’on retrouve dans les textes, les concerts et désormais au cœur de cet EP.
Dans la foulée de cet EP introspectif, on aborde un virage inattendu qui électrise la scène metal : la collaboration explosive avec Sabaton sur « Crossing the Rubicon », single sorti en septembre 2025 et inclus sur l’album *Legends* du groupe suédois. « Nous sommes vraiment honorés de cette collab avec nos nouveaux camarades de label suédois Sabaton. C’était fun ! » Le power metal historique de Sabaton, narrant le franchissement du Rubicon par Jules César – ce point de non-retour légendaire – fusionne avec l’énergie rock viscérale de Nothing More. Mark à la guitare, Jonny au chant : un feat sous le label commun Better Noise Music qui transcende les genres.
Toujours sur la route, Nothing More ne ralentit pas pour autant. Le groupe mènera sa tournée nord‑américaine en tête d’affiche jusqu’en mars 2026, avant de revenir en Europe pour quelques festivals triés sur le volet, dont Wacken et Pol’and’Rock. Puis, enfin, un temps de pause. « C’est tout pour 2026 », confirme Mark, conscient que ces années de tournée ininterrompue ont un prix.
En évoquant Paris, son visage s’illumine : pour lui, le public parisien reste « le plus fou, le plus spirituel », capable de se fondre en une seule entité, totalement habitée par la musique. Dans la petite loge où se déroule l’entretien, à quelques heures d’un concert complet, je ne peux que le remercier lorsqu’il glisse un dernier clin d’œil aux fans, je lui demande si on peut déjà à rêver au prochain album..« c’est tout pour 2026.» ( affaire à suivre chez Vecteur :’)))
Car dans la saga Nothing More, des débuts autofinancés aux hymnes de grandes salles, ce nouvel EP apparaît comme un chapitre charnière : un pont entre les blessures récentes et l’avenir, où la vulnérabilité assumée, la beauté ténébreuse et un esprit indestructible continuent de guider le groupe.
We’re In This Together
Tracklist:
Nothing More transforme un simple EP en cathédrale sonore, où une reprise iconique de Nine Inch Nails sert de portail vers leurs abysses intérieurs. Sorti le 17 octobre 2025 via Better Noise Music, ce 6 titres (26 minutes) n’est pas qu’un stop-gap post-*Carnal* : c’est un rituel de résurrection, liant passé hanté et futur en pause.
Le titre éponyme, « We’re In This Together », arrache à Trent Reznor une version viscérale – 90% de la musique intacte depuis 2014, voix de Jonny Hawkins enfin libérée cet été sur conseil d’un producteur. Plus qu’une cover poppy : riffs rock alternatifs qui cognent comme un cri de guerre amoureux, et l’univers qui s’expérimente soi-même. Jonny y voit un « monologue intérieur contre le monde », Mark ses démons apprivoisés. Timing immaculé.. La version 8-bit, twist label ludique, infuse chiptune rétro (passion gamer de Mark) dans l’électro originelle – un glitch joyeux face à la noirceur.
Les pépites de *Spirits* et *Carnal Deluxe* respirent à neuf : « Déjà Vu » , glitch matriciel sur relations toxiques cycliques ; « Face It » , plus long et épique, analogie du « dark passenger » (*Dexter*) ou tigre Richard Parker (*Life of Pi*) – affronter l’ombre sans la vaincre. « Run For Your Life » et « If It Doesn’t Hurt » bouclent avec urgence brute, équilibre guitares sublimes/tension palpable salué par les fans.
Puissant, introspectif, cet EP brille par sa cohérence thématique – union dans les ténèbres, résilience humaine. Nothing More excelle dans le revival streaming-proof, fusionnant hommage (NIN) et intimité. Parfait avant 2026 silencieux : un cri primal qui hante.
Line-up :
– Jonny Hawkins : Chant principal
– Mark Vollelunga : Guitare
– Daniel Oliver : Basse
– Ben Anderson : Batterie
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