Quand les portes de l’Élysée Montmartre s’ouvrent ce soir-là, ce n’est pas seulement une nouvelle date de tournée qui commence, mais un véritable marathon émotionnel où chaque groupe va pousser la salle dans ses retranchements.
Ce soir-là, il ne s’agit plus vraiment d’une simple affiche rock, mais d’une question : jusqu’où quatre groupes peuvent-ils emmener une salle complète avant qu’elle n’explose pour de bon ?
Invitée par KINDA pour interviewer trois des groupes de la soirée, Ankor, Solence et Nothing More (interviews à retrouver très bientôt) , la couleur est annoncée avant même le premier accord. La salle se remplit rapidement, la file s’étire sur le boulevard Rochechouart, et l’on sent dans les discussions, les rires et l’impatience que Paris est prêt à laisser le CARNAL TOUR lui rouler dessus.
Live Report de Cidàlia Païs avec des photos de Raphaël Gellé
Ankor ouvre le bal avec une énergie immédiate, emmené par la présence scénique charismatique de Jessie Williams, qui accroche la salle dès les premiers refrains. Le groupe enchaîne des titres aux accents metal/alternative modernes, mêlant mélodies accrocheuses et riffs tranchants, laissant au public juste le temps de reprendre son souffle entre deux explosions de chœurs.
La setlist pose parfaitement le décor de la soirée : “Darkbeat”, “Stereo”, “Embers” et “Oblivion” installent une tension électrique, tandis que “MADARA’ endless dream”, leur dernier single en date (attention, scoop à venir dans l’interview), “Prisoner” et “Venom” achèvent de convaincre les derniers sceptiques. Ankor fait plus que “chauffer” la salle : il installe d’emblée un niveau d’intensité qui servira de mètre étalon pour le reste de la soirée.
Solence prend le relais en accentuant la dimension électronique de la soirée, avec un son hybride où gros riffs, touches synthétiques et refrains pop fédérateurs se répondent. Très vite, le groupe occupe chaque centimètre de la scène et transforme l’Élysée Montmartre en mini-festival, bras levés et voix déjà éraillées.
“Angels Calling” et “Good F**King Music” font monter la température d’un cran, “Where Were You..?” et “Blackout” donnent à la fosse de quoi bondir en rythme, tandis que “Heaven” et “Animal In Me” déclenchent les premiers grands chœurs de la soirée. Quand retentit “Who You Gonna Call? (Solence)”, la connexion avec le public est totale : le groupe s’impose comme l’une des premières parties les plus marquantes de cette saison, loin du simple rôle de “mise en bouche”.
Lorsque Catch Your Breath arrive, la salle est déjà bien chaude, et le groupe ne laisse aucune seconde de répit. “Savages” ouvre le bal comme un coup de poing, posant immédiatement l’esthétique du groupe : lourd, mélodique, mais toujours porté par un sens du refrain irrésistible. “Deadly” et “Dark” prolongent cette tension, mêlant nervosité metalcore et ambiances presque vaporeuses.
Au centre du set, “Ghost Inside The Shell” prend une dimension presque cinématographique : textures électroniques, atmosphère sombre, une salle happée du sol au plafond. “Perfect World” et “Good in Goodbye” révèlent un versant plus vulnérable, offrant un moment de respiration sans jamais faire retomber l’intensité. “Y.S.K.W.” relance la machine avant un “21 Gun Salute” en montée progressive, qui finit par engloutir toute la fosse. Quand “Dial Tone” retentit, la frontière entre fans de la première heure et curieux disparaît : tout le monde hurle le refrain comme s’il s’agissait de la tête d’affiche. Le groupe conclut avec “Shame On Me”, un final à la fois puissant et fragile, qui referme leur passage sur un mélange d’adrénaline et de catharsis.
Puis vient le moment que tout le monde attend : Nothing More. La scène est plus modeste que certaines productions passées – les fameuses machines percussives maison de Jonny Hawkins ne trônent pas au centre – mais la lumière, propre et maîtrisée, suffit à poser un cadre immersif. Dans l’écrin de l’Élysée Montmartre, le moindre mouvement, la moindre variation de couleur prend une ampleur particulière.
Le set s’ouvre sur la bande “Carnal” en introduction, avant que “House on Sand” ne lance réellement les hostilités. Hawkins prend ses marques pendant que la salle encaisse un son massif et étonnamment équilibré. “Angel Song” prolonge ce moment de tension contenue, entre vulnérabilité et mélancolie, comme une grande inspiration avant la tempête. Très vite, le groupe renverse la table avec “Let ’em Burn” et “If It Doesn’t Hurt”, où la rage, le poids des guitares et la rythmique implacable reprennent le dessus.
“Don’t Stop” agit comme un détonateur : la fosse, jusque-là dansante, se met à se bousculer, premier vrai basculement de la soirée. Sur “Go to War”, les back vocals de Mark Vollelunga et Daniel Oliver donnent une profondeur nouvelle au morceau, la fin du titre se transformant en moment suspendu où le public scande “Do we feel safe?” sous la direction d’un Hawkins qui savoure chaque seconde. Le très attendu “FREEFALL” est accueilli comme un hymne : baigné de lumières douces, il se termine a capella, la salle entière suspendue aux derniers mots, dans un silence presque sacré avant l’explosion d’applaudissements.
Le traditionnel segment instrumental – duel batterie/percussions, solo de guitare inspiré, puis Daniel Oliver juché sur son socle pour faire rugir sa basse – rappelle à quel point Nothing More est une machine de scène parfaitement huilée, capable de tenir la salle sans un mot. La reprise de “We’re in This Together” de Nine Inch Nails sert d’exutoire collectif, brute et cathartique, comme une grande purge émotionnelle partagée.
La dernière partie du set est un véritable ascenseur émotionnel. “Jenny” est interprétée avec une intensité qui coupe le souffle, moment de communion totale où l’on sent la salle presque se resserrer autour de Jonny. Vient ensuite le vote du public entre “Spirits” et “Mr. MTV” : sans surprise, “SPIRITS” l’emporte, et l’énergie explose instantanément. “STUCK”, “Fade In/Fade Out” et “Ocean Floor” prolongent cette plongée dans l’univers de Carnal et au-delà, oscillant entre douleur, résilience et apaisement.
Enfin, “This Is the Time (Ballast)” referme la soirée comme un point d’exclamation. Tout le monde chante, certains hurlent, d’autres ferment les yeux pour attraper chaque nuance : la salle entière semble vibrer à l’unisson, comme si le temps se comprimait sur ces dernières secondes.
Même en convalescence, Jonny Hawkins livre une performance d’une humanité désarmante. Sa voix, parfois soutenue par un public invité à prendre le relais, gagne en intensité ce qu’elle perd en facilité, donnant à chaque phrase un poids émotionnel particulier. Entre les morceaux, il échange, remercie, sourit : Paris n’est clairement pas une simple étape de plus sur la route, mais un rendez-vous attendu.
Au terme de ce Carnal Tour à l’Élysée Montmartre, une chose est claire : Nothing More ne fait plus que “passer” en France. Le groupe grignote date après date des salles toujours plus grandes, porté par un public de plus en plus investi et un nouvel album taillé pour la scène. Soutenu par des premières parties solides – d’Ankor à Solence en passant par Catch Your Breath – ce plateau ressemble moins à un concert qu’à un mini-festival de rock moderne, dense, varié, et surtout profondément humain.
Un immense merci à Live Nation de nous avoir permis de figer en images, et à KINDA pour l’invitation en coulisses. Une chose est sûre : la prochaine venue de Nothing More à ne se ratera pas.