Par Christophe Pinheiro
La scène française couvre bon nombre de pépites. WIZARD MUST DIE en fait partie. Un trio offrant un stoner/prog envoûtant, riche de sons lourds, psychés et hypnotiques. Un trésor qui ne demande qu’à être découvert par les curieux les plus aguerris. Le groupe lyonnais sort “L’Or des Fous”, un deuxième album qui vous embarque dans un voyage émotionnel. J’ai eu l’occasion d’échanger quelques mots avec Robin AILLAUD, multi-instrumentiste talentueux.
Votre deuxième album “L’Or des Fous” est sorti le 15 novembre dernier, avez-vous déjà eu des retours sur cet album ?
Oui, on a eu des retours assez positifs, pas mal de chroniques dans différents magazines webzines, quelques entrées en playlist aussi. Les retours sont très positifs. Et c’est assez chouette.
Votre premier album date de 2018, là sort ce nouvel album. ll y a eu l’épisode Covid évidemment, que s’est-il passé pour vous pendant ces cinq années ?
Je suis arrivé à peu près en 2019. Et on a commencé à composer assez rapidement. Il y avait quelques concerts qui arrivaient, donc on a répété les morceaux, mais la composition est arrivée assez vite. Et effectivement, il y a eu pas mal de soucis avec le Covid. Et ça nous a quand même pas mal retardé. En gros, la compo, c’est de 2019 avec une coupure de peut-être un an jusqu’à l’enregistrement l’année dernière en 2023.
Quelle est la signification du titre de cet album “L’Or des Fous” ?
Il est question d’évolution. De comment évoluer, se jeter dans quelque chose sans conditions tout en n’oubliant pas ce qu’on a pu faire avant et c’est assez central dans cet album. Ça ramène un peu à la quête de qu’est-ce qu’on peut trouver en se lançant corps et âme dans quelque chose. C’est une quête de quelque chose. Donc ça fait référence à la pyrite, l’or des fous. C’est le surnom d’une pierre qui comporte de l’or, mais aussi beaucoup de métaux toxiques. C’est ce côté un peu ambivalent qu’on a voulu traduire avec ça.
Un mot sur le titre “The Disappearance of Camille Saint-Saëns”, avec ce passage magnifique au piano en plein milieu.
Le passage de piano est un passage que j’ai composé. Je ne suis pas vraiment pianiste. C’est un morceau qui fait un peu écho à la vie de Camille Saint-Saëns, qui est un compositeur qui a connu une gloire assez fulgurante et qui suite à un événement de sa vie a décidé un peu de disparaître pour échapper à tout ça. Et donc il a voyagé pendant plusieurs années pour revenir. Libéré de tout ce qu’il pesait. Les différents tableaux du morceau ont un peu écho à ça quoi. Ce fameux passage de piano fait référence au voyage justement, à la transition.
Lorsque j’écoute cet album, je ressens une envie d’évasion, un voyage… C’est vraiment le message que vous avez souhaité faire passer ?
Oui complètement c’est tout à fait ça.
“The Breach” est probablement le titre que que je préfère sur cet album avec une mention spéciale pour la vidéo que que je trouve sublime. Un mot sur ce titre et cette vidéo que je trouve géniale. Je suis tombé dedans.
Ça a été décidé par le réalisateur et Florent MICHAUD qui est à la guitare et au chant. Donc on retrouve vraiment ce thème de la quête, enfin c’est un peu une synthèse de tout ce qu’on peut entendre dans l’album ou imaginer comme concept en tout cas. C’est vraiment le thème de la quête qui revient très fort. Mais aussi à “Flight 19” qui parle de disparition tout simplement. “Flight 19”, c’est l’histoire de cinq avions de chasse pendant la deuxième guerre mondiale, qui se sont abîmés dans le triangle des Bermudes et qu’on n’a jamais retrouvé. On trouve donc Florent dans la peau d’un aviateur qui s’écrase et qui est amené à survivre.
Un très bon jeu d’acteur d’ailleurs. Ce clip est super c’est hypnotique à regarder. C’est un morceau qui dure plus de huit minutes. À l’heure actuelle où on est habitué à des concentrés de vidéos de moins d’une minute sur les réseaux, captiver l’attention pendant huit minutes, ce n’est pas évident et vous l’avez fait.
Oui, on a pris complètement le contre-pied de tout ça. Alors on n’est pas nouveau sur les réseaux sociaux bien sûr ça fait des années qu’on y est, mais on n’avait peut-être pas conscience à ce point-là des tendances qui étaient au formatage hyper cadrés, et caetera. Et avec cet album, on a voulu vraiment faire ce qu’on voulait. On a monté ce partenariat avec Klonosphere, on a vu que ça commençait à parler un peu à des gens. Donc, on s’est dit qu’avec ce clip, on trouvera un public et on est très content du résultat. Il vaut mieux plaire à ce genre du public qu’à la majorité des gens en fait qui ne s’intéressent plus vraiment aux détails. Ce clip est bourré de détails et riche de sens. Ça demande peut-être un peu plus d’efforts mais c’est vrai qu’il y a un petit risque artistique par rapport au premier album, qui est peut-être moins dans la catégorie stoner pur.
Votre musique est qualifiée de stoner prog. Je sais que beaucoup d’artistes n’aiment pas ce mot, mais je trouve un côté expérimental qui ressort beaucoup. Alors il ne faut pas voir expérimental dans le sens où ce n’est pas quelque chose de maîtrisé mais on sent qu’il y a un côté expérimental qui ressort en plus de ce côté stoner prog. Il y a une volonté de sonner un peu différemment du premier album où ça s’est fait tout naturellement ?
C’est un petit peu les deux. Au fil des compos, on a senti qu’il y avait un petit glissement vers autre chose, vers quelque chose de peut-être un peu plus abstrait. Et en même temps plus direct dans certains passages. À la fin de “The Breach”, par exemple, cette espèce de descente un peu post hardcore. Et donc au moment de l’enregistrement, sur la touche finale de la production, on a décidé d’un peu forcer le trait. Avec ce passage de piano, avec le solo de saxophone à la fin de l’album.
Un mot sur l’artwork que je trouve superbe. Je pense qu’il y a des significations derrière. Le dessin est très travaillé.
Oui tout est très travaillé, très dans la symbolique. C’est toujours autour du thème de l’exploration. Donc on a un planisphère, compas, des formes géométriques, des éclats de pyrite un peu partout, donc l’or des fous. Après je ne maîtrise pas toute la symbolique. Comme les ailes par exemple. Mais ça renvoie au psychédélique et puis à toute symbolique un peu mystique.
Il y a également cette collaboration avec Guillaume LAGACHE au saxophone sur “Clouds are not Spheres”. Comment est née cette collaboration ?
Alors l’idée est venue quand on a fini d’enregistrer ce fameux passage doom qu’on a volontairement fait durer sans savoir exactement quelle allait être la production derrière. Et plus on écoutait et plus on se disait : ah ouais ce serait génial d’avoir un solo de saxophone. L’idée est venue assez spontanément et s’est imposée. On a prospecté autour de nous et puis on a trouvé un saxophoniste de jazz, donc Guillaume LAGACHE, qui a fait peut-être trois prises. Ça a été très rapide et on a trouvé que ça collait bien avec une conclusion d’album comme celle-ci.
C’est marrant parce qu’il y a quelques semaines j’ai interviewé Mathieu METZGER pour son projet KILLING SPREE qui est aussi chez Klonosphere. C’est un duo saxo batterie. Et on entend de plus en plus de saxophone revenir dans le milieu du rock, du métal, comment l’explique-tu ?
Il a un son qui se marie bien avec cette musique. On sait que le saxo, c’est plus dans le jazz ou dans ce genre de musique. En tout cas, ce n’est pas une volonté de notre part de coller à une tendance. C’était vraiment une recherche de son, de la texture qui pourrait coller avec du doom, peut-être que ça se marie bien, peut-être que c’est pour ça que beaucoup de groupes remettent un peu cet instrument dans la compo.
Qu’est-ce qui vous influence dans la création ? Que ce soit dans la musique, le cinéma ou la littérature.
Comme je suis tout seul, je peux parler principalement de musique. Pour cet album on a cherché à se rapprocher d’un son un peu rock lourd des années 90. Des choses comme HELMET par exemple. C’est un peu cette identité-là en mode années 90, mais avec toutes les influences psychédélique.
Comment travaillez-vous sur les phases de création ? Vous travaillez en groupe ou chacun de votre côté ?
il y a une ligne directrice qui est définie dès le départ. C’est souvent Florent, le guitariste chanteur qui arrive avec un riff et on joue autour de ça puis on enregistre tout. Après on découpe et on met en forme. Ça peut prendre un peu de temps. C’est toujours assez chouette parce qu’on se retrouve avec des petites briques comme ça qu’on peut agencer différemment. On se met assez facilement d’accord.
J’ai vu que vous avez quelques dates de prévu, il y a d’autres qui vont suivre ?
C’est compliqué de trouver des dates. On est encore sur le booking actuellement. Il y a deux dates qui ont été confirmées pour le printemps. Mais une autre qui est encore à confirmer, ça se construit. On s’apprête à partir demain pour une petite tournée de trois dates. Les premières dates suite à la sortie de l’album, il y aura Bourg-en-Bresse demain, Châteauroux vendredi et et une release party à la maison à côté de Lyon.
Sur scène c’est quoi WIZARD MUST DIE ? Il faut s’attendre à quelque chose de très visuel ou quelque chose de plus intimiste on va dire ?
Ça dépend des endroits. On va avoir un truc un peu spécial pour la release party. Sinon ça dépend. On va bientôt pouvoir tester ça, ça va être assez cool. Sinon, on mise pas mal sur l’énergie. Sur la lourdeur du son.
Dans quelles conditions recommandes-tu l’écoute de l’album ?
C’est une bonne question. Je recommanderais peut-être plutôt une écoute dans l’entièreté de l’album parce qu’on a on a vraiment essayé de le penser comme ça. Sinon en voiture ça peut passer quand on roule, c’est un album qui demande un peu d’attention quand même. On a essayé de beaucoup jouer sur la nuance et je pense que c’est aussi ce qui rend l’album intéressant.
Le mot de la fin est pour toi.
Je vous souhaite une bonne lecture et j’espère que j’aurai l’occasion de vous croiser sur les prochaines dates.