Vecteur Magazine

Ce que le diable demande…

Par Christophe Pinheiro

Joseph POOLE aka WEDNESDAY 13 est devenu un artiste emblématique de la scène “Horror Punk”. De par ces divers projets musicaux comme FRANKENSTEIN DRAG QUEEN FROM PLANET 13 ou encore MURDERDOLLS, il a toujours rendu hommage aux plus grands tout en affirmant une identité forte. Rencontre avec un personnage aussi fascinant que sympathique et qui s’avère être un immense passionné de musique et de cinéma.

Le 25 avril, votre nouvel album, ‘Mid Death Crisis’, sortira. Que ressens-tu en ce moment ? 

De l’excitation. J’ai beaucoup travaillé sur cet album. J’ai passé la majeure partie de l’année dernière à l’écrire et à l’enregistrer. Et c’est très excitant de le voir enfin arriver au stade de la sortie. On vient de sortir notre clip et notre premier single, comme tu as pu le voir, et les réactions sont excellentes. C’est toujours excitant de sortir un nouvel album, mais c’est encore plus excitant quand on l’aime vraiment. J’ai aimé mes derniers albums. Je n’ai juste pas eu une expérience agréable à les enregistrer. J’ai eu beaucoup de plaisir à enregistrer cet album. La musique le reflète, et c’est une période passionnante pour moi. C’est donc un bon jour pour être un méchant. 

Et comment avez-vous travaillé sur cet album ? Quelle est sa genèse ? 

Je suis revenu à la méthode du tout premier album. Je n’ai simplement pas utilisé mon groupe pour écrire les chansons principales. Quand est venu le temps de faire cet album, j’ai dû me prouver que je pouvais écrire un album comme j’ai fait ‘Transylvania’ ou ‘Fang bang’. Parce que lorsque j’ai fait ces albums, je les ai écrits presque tout seul. Je les ai arrangés avec des musiciens en studio, mais j’ai écrit l’essentiel de la musique, tout seul. Donc je suis revenu avec cette mentalité. J’ai tout écrit de zéro. Tout était nouveau, sauf la chanson « Xanaxtasy », qui est un réenregistrement. Tout a été écrit entre avril et juin. J’ai donc passé ces mois à écrire, puis je suis allé en studio en juillet et j’ai enregistré. C’était une bonne expérience. Je ne m’attendais pas à passer un bon moment et c’est ce qui s’est passé. 

Après ‘Horrifier’ sorti en 2022, ce nouvel album sonne résolument plus dur, avec toujours cet univers qui caractérise votre musique. J’ai l’impression de revenir à la fin des années 80, début des années 90. Est-ce intentionnel de sonner comme ça ? 

Non. Je pense juste que c’est ce que je crée. C’est ce à quoi je ressemble. Je suis un produit des années 80. Je suis né en 1976. Et les années 1984, 1985 et 1986 ont été des années importantes pour moi, pour ma musique, mon son et mon imagerie qui reflètent cette époque. Mes groupes préférés, mes films préférés : MOTLEY CRUE avec ‘Shout of the Devil’, TWISTED SISTER avec ‘Stay Hungry’ ou encore WASP et ALICE COOPER. C’était une époque importante. Au cinéma, il y avait Les Griffes de la nuit, Vendredi 13… Quand le masque de hockey a vraiment fait fureur. C’était une époque passionnante, et j’ai pu voir ça sous un autre jour. Mes parents, tu sais, je les aime à la folie. Ils étaient terrifiés à l’idée que je sois possédé par cette… musique. Et c’est arrivé. Regardes comment j’ai fini. 

Tu as dit que pour cet album, qu’il fallait laisser son cerveau à la porte, mais je te retrouve en colère sur les morceaux “No Apologies” et “Decapitation”. Qui t’énerve autant dans ces chansons ? 

Personne. Ces chansons sont pour tous ceux qui ont besoin de combler le vide. Comme dans ma chanson “Bad Things”, tout le monde me demande de qui parle cette chanson. Et je répond toujours : “personne”. Tout le monde a quelqu’un à qui penser un jour. “Decapitation” est une chanson tellement amusante. Je regardais des vidéos sur YouTube. Il y avait un extrait de célèbres scènes de décapitations dans des films. Et j’avais ma guitare en regardant ça. Et je me suis dit, “Decapitation”, ça marche bien. C’est une chanson simple et c’est ce qu’il y a de mieux. Il n’y avait personne en particulier à qui je voulais faire allusion. Je regardais juste ces vidéos et j’ai créé quelque chose à partir de ça. Je n’essaie pas vraiment d’être trop personnel dans mes créations, vraiment pas. Je ne dédie jamais, je ne donne jamais à personne la satisfaction d’avoir son nom dans une chanson. Et c’est pour ça que je n’ai jamais mis le nom de qui que ce soit dessus. Ça peut s’appliquer à beaucoup de gens, mais je n’essaie jamais de choisir qui que ce soit. C’est au public d’y mettre sa personnalité. 

Je reviens au morceau “No Apologies”. Tu as collaboré avec Taime DOWNE du groupe FASTER PUSSYCAT. Comment en êtes-vous venus à collaborer ensemble ? 

Je suis un fan de longue date de Taime et FASTER PUSSYCAT. Je dois mon image et mon admiration à Taime DOWNE. Tu sais, avant Marilyn MANSON, il se teignait déjà les cheveux en noir et portait des hauts-de-forme et des lunettes de soleil.  J’avais 15 ans et voulais ressembler à ça. Donc ils ont eu une grande influence sur mon look, mon âme. J’ai appris à jouer de la guitare en écoutant les disques de FASTER PUSSYCAT et je suis devenu ami avec Taime en février 2010, lorsque j’ai déménagé à Los Angeles. On est devenus amis et on s’est vus pendant des années. On a récemment fait une tournée en Australie et on s’est rapprochés encore plus. L’été dernier, j’enregistrais cette chanson, et je n’avais pas l’intention de l’utiliser. Et notre producteur m’a dit que cette chanson lui rappelait FASTER PUSSYCAT. Je me suis dit : “oh, cool”. On a commencé à en discuter et il m’a dit que ce serait cool d’avoir Taime pour chanter dessus. Je trouvais que ce serait une super idée. Alors je suis sorti, j’ai pris mon téléphone et je l’ai appelé. Il a dit qu’il adorerait y participer, et c’est aussi simple que ça. On vient de tourner le clip. C’était la semaine dernière, avec Taime aussi. Ce sera donc le troisième single juste avant la sortie de l’album. 

J’aime beaucoup l’énergie qui se dégage de cet album. Il est facile à écouter d’une traite. Il y a trois morceaux qui sortent du lot, selon mes gouts. Le premier est “Rotting Away”, avec ce riff qui me rappelle MOTORHEAD. Il y a aussi “Blood Storm” et ses racines punk. Et mon préféré, “I Hurt You”, avec sa mélodie entraînante. J’imagine qu’on doit souvent te demander quel est ton morceau préféré sur cet album. J’aimerais savoir s’il y a un morceau qui te pose un peu plus de problèmes, un morceau que tu ne te vois pas jouer sur scène ?

Avec cet album, il n’y a pas un seul morceau qui me fasse ressentir ça. Je jouerais tous les morceaux de cet album en concert. Je veux tous les jouer. C’est ça qui est difficile. C’est le premier album où j’aime tous les morceaux. J’ai eu beaucoup de mal à choisir les singles. J’ai choisi des chansons pour les singles pour différentes raisons. Ce ne sont pas forcément mes chansons préférées. Les chansons que tu as mentionnées font partie de mes préférées. “Rotting Away” est l’une de mes préférées. Tu dis Motorhead. Oui. Pour moi, c’est TWISTED SISTER. Mais le TWISTED SISTER, old school. “You Can’t Stop Rock and Roll”, c’est TWISTED SISTER et WASP, avec peut-être un peu de JUDAS PRIEST. Et peut-être un peu de MOTORHEAD, en effet. J’ai écouté MOTORHEAD sans arrêt l’année dernière quand je travaillais sur le riff. Donc ça m’a aussi inspiré. “Blood Storm” a été l’une des premières chansons que j’ai écrite pour l’album. Je savais qu’il me fallait une chanson rapide. Ça faisait un moment qu’on n’avait pas eu de chanson punk rock, rapide comme ça. Et au niveau des paroles, c’est probablement la seule chanson de l’album assez personnelle. Je ne l’ai pas vraiment expliqué dans les paroles. Mais pour moi, c’est en quelque sorte une chanson personnelle. Et le morceau « I Hurt You » est aussi l’un de mes préférés. J’adore l’ambiance de cette chanson. Je pense qu’on a vraiment réussi à capturer quelque chose. Et le passage de la chanson où elle se décompose en une partie acoustique au milieu est vraiment cool. Et j’adore l’idée de mettre cette chanson plus tard dans l’album. C’est presque comme s’il y avait des singles jusqu’à la toute fin de l’album. 

Un mot sur la pochette de l’album. J’ai vu une photo de l’édition “Die Hard”. C’est génial. Les images sont soignées. Est-ce important pour vous d’avoir ce packaging ? 

Ouais, à cent pour cent. J’ai passé beaucoup de temps à le faire. Et ce livret, comme tu peux le voir, fait 24 pages. Ce livret, waouh, est juste… C’est jonché de photos, de paroles, d’images… C’est l’un des packages le plus élaboré que j’ai jamais eu pour un de mes disques, et il est plein de photos. C’est très important pour moi parce que quand j’étais jeune et que je voyais les albums de KISS ou ALICE COOPER dans les années 70, c’était meilleur que tout. Donc dans mon esprit, il fallait quelque chose d’équivalent. Je veux avoir des choses spéciales. Donc, c’est très, très important pour moi. Beaucoup de gens ne croient plus aux produits physiques, mais pour moi, c’est très important. Je veux que mes fans écoutent et lisent cet album. Ils ont 24 pages à lire, et c’est tout aussi important. Tout cela fait partie du tableau. Si vous n’avez pas cette partie, vous manquez une partie du tableau.

Et c’est pour ça que ça me rappelle les années 90. J’étais un adolescent au début des années 90. Quand j’achetais un CD, j’aimais ouvrir le livret pour lire les paroles… C’était toujours un grand moment. Maintenant, ce n’est plus la même chose, mais c’est bien de nous offrir ce coffret. 

Oui, je suis pareil. Tu sais, lorsque j’achetais un album, je rentrais à la maison, je l’écoutais, et puis je m’y plongeais. Je lisais les paroles de chaque chanson, j’observais, j’analysais tout. Et maintenant, ce n’est plus aussi important pour beaucoup de groupes. Pas tous, heureusement. Certains groupes font encore de très bons packagings, mais c’est très important pour moi d’avoir cette imagerie. On s’y plonge et s’y perd. C’est comme regarder un film sans le voir. On écoute le film, mais il faut aussi le voir. 

Les fans ont pu se familiariser avec le premier morceau de cet album, “When the Devil Commands”. C’est une référence intentionnelle au deuxième titre de l’album, ‘Viva  Las Violence’ des FRANKENSTEIN DRAG QUEEN FROM PLANET 13 ? 

Oui à cent pour cent. Cette phrase, « The Devil Made Me Do It And I’ll Do It Again », est en fait tirée d’une chanson de FASTER PUSSYCAT. C’est une phrase que j’avais tirée d’une de leurs chansons et que j’ai transformée en « Devil Made Me Do It ». Quand j’enregistrais cette chanson l’année dernière et que j’écrivais les paroles, ça m’est venu à l’esprit, ça collait bien et je l’ai chantée. Et je me suis dit : « J’ai déjà utilisé ces paroles.» Mais comme cette chanson date de 1990 ou 1989, c’était il y a très, très longtemps. Donc, pour moi, lancer une petite phrase comme ça à quelqu’un qui connaît cette chanson depuis longtemps, c’est comme un rappel. C’est comme un “oh, je sais que vous savez”. Mais j’ai fait ça sur beaucoup de mes chansons. Sur chaque album, je pense que je me réfère à une vieille chanson. 

Et pour en revenir à ce titre, il y a le clip. Ça doit être cool de se confesser auprès de toi. (rire). Y aura-t-il d’autres clips à venir ? 

Oui. Il y aura plusieurs clips pour cet album. Trois ont déjà été tournés. « When the Devil Commands » était le premier. Le deuxième clip est pour la chanson « In Misery ». C’est le deuxième single. Je voulais que ce soit le premier single juste parce que, visuellement, quand on voit le clip, c’est vraiment magnifique. Je déteste utiliser le mot « magnifique ». C’est tellement cinématographique. C’est comme la pluie de novembre, mais à la place, c’est de la neige. Il y a de la neige dans ce clip, donc c’est comme la neige de novembre. C’est un truc très cinématographique, vraiment cool, qui donne vie à cette chanson. Et puis, la troisième vidéo, sans hésiter, c’est celle qu’on a tournée avec Taime DOWNE. J’ai filmé toutes nos parties la semaine dernière. Le groupe va filmer les siennes ce week-end. Ensuite, on part en tournée, et à mon retour, je vais tourner deux autres vidéos. Celles-là, je ne sais pas encore ce qu’elles seront. Mais j’ai plein d’idées. J’adore la décomposition. Ouais, j’adore la décapitation. J’ai une super idée de vidéo pour ça, et j’ai une super vidéo pour “I Hurt You” qui pourrait être géniale. Tellement d’idées, j’aimerais toutes les faire. J’aimerais les enregistrer tout au long de l’année. Je ne crois pas qu’il faille laisser un disque mourir à sa sortie. La nouvelle formule avec les labels, c’est trois vidéos. Et après, il y a quoi ? Je suis un enfant des années 80, 90. Tu as la première vidéo, puis la deuxième, puis la troisième et peut-être une quatrième…. C’est très important pour moi d’avoir ça. Donc, vous allez beaucoup me voir cette année, que vous le vouliez ou non. 

Génial. En termes d’inspiration, qu’est-ce qui t’aide à écrire et à composer ? Le cinéma, la littérature ou autre chose ? 

Tu vois autour de moi ? (Il me montre les objets exposés sur les étagères derrière lui, principalement des jouets.) C’est mon enfance. Ce sont des jouets. Ces trucs datent de cette époque dont on parle. C’est tout ça GI Joe… Avant de vouloir être une rock star, c’était ma vie. C’est mon univers. Et j’ai ça dans mon bureau ici. C’est mon petit échappatoire. J’écris ma musique ici. J’ai mes guitares ici. Quand j’écris des chansons, c’est ce qui m’entoure. Je m’entoure de mon enfance. C’est pour ça que ça sonne comme ça. Je ne peux pas m’en empêcher. C’est comme ça que je suis né. C’est une grande partie de ce que je fais. C’est de la musique. C’est très important pour moi.  

Vous partez bientôt en tournée aux États-Unis pour presque deux mois de concerts. Il y aura aussi l’Europe en juillet et août, mais je ne vois rien de prévu pour la France. Y a-t-il des choses à venir pour nous ? 

Oui. La tournée estivale est juste une petite série de concerts. On appelle ça une petite série parce que ça ne dure que deux semaines. On fait normalement une tournée d’environ un mois en Europe et au Royaume-Uni. Donc, on y sera cet été. Donc c’est juste une sorte de… On fait le festival d’Alcatraz en Belgique. On a deux autres annonces de festivals à venir, mais on ne peut pas encore le dire. Ça fait partie de cette tournée. Et donc, fin d’année, vers octobre, novembre, nous serons dans le coin. Encore une fois, en Allemagne, en France et pleins d’autres endroits. La Scandinavie par exemple. Donc c’est prévu en fin d’année. On sera en Europe deux fois cette année. 

Question numéro 13, ce sera la dernière. Ce n’est pas vraiment une question, mais je te laisse le mot de la fin. 

Je vous remercie toujours pour votre soutien. Je n’arrive pas à croire que ça fait vingt ans. Merci de me suivre dans cette aventure, et je vous promets de ne pas vous décevoir avec ce nouvel album. J’ai l’impression que ce nouvel album est aussi excitant et énergique que le premier. Je me sens vivant. Ça vient du mort-vivant. Alors, merci, je ne vous décevrai pas.

Notre Avis :

‘Mid Death Crisis’ est le dixième album de WEDNESDAY 13. Et pour ce nouvel essai, c’est un retour aux fondamentaux et aux premières heures de gloire de la légende.

Après une intro “There’s No Such Thing As Monsters” nous mettant dans l’ambiance, “Decease And Desist” démarre sur un riff et une rythmique imparable très familière pour tous les amateurs du genre. Sur un tempo plus lent, le très efficace “When the Devil Commands”, premier single de l’album, laisse entrevoir la diversité que cet album propose. Car en effet, tous les univers de WEDNESDAY 13 sont valorisés sur ‘Mid Death Crisis’. Que ce soit le rock n’ roll avec “Decapitation” ou “Xanaxstasy”, mais aussi les racines punk avec “Blood Storm”. C’est une variété des genres que nous propose ce disque pendant 43 minutes qu’on ne voit absolument pas passer.

En résumé, cet excellent album s’adresse aussi bien aux amateurs d’horreur, comme aux nostalgiques de rock n’ roll, mais il saura ravir également les fans, passionnés depuis toujours par l’univers de WEDNESDAY 13. Et si jamais, vous ne remplissez aucune de ces cases, laissez vous tenter par la surprise. Car cet album s’écoute facilement et sans aucune modération. 

 

 

 

 

 

 

Album : Mid Death Crisis

Date de sortie : 25 avril 2025

Label : Napalm Records