VONSHARON, quand la nostalgie frappe

Duo tout droit venu de Vannes, VONSHARON démarre 2026 en beauté avec la sortie de leur premier album «Text Me When You Get Home». Laissant leur créativité prendre le dessus, on prend part à une histoire qui explore la douleur et sa mise en scène sur des fonds sonores de rock hybride. Pour cette occasion, j’ai eu l’opportunité de m’entretenir avec Maxim CASTEL-CHARRON et Noël TUPIN pour célébrer cette belle sortie.

Interview par SAMSONOFF Alexia

Crédits : Charles Porret. A droite : Maxim Castel-Charron et à gauche Noël Tupin

Bonjour à vous deux, merci de prendre ce temps pour échanger ! Comment allez-vous ?

Maxim : Merci à toi surtout. Ça va super et toi ?

Ça va au top ! On est là pour parler de votre premier album «Text Me When You Get Home» qui est sorti hier. Tout d’abord bravo pour cette belle sortie ! C’est toujours quelque chose quand on sort son premier album, alors comment est-ce que vous vivez cette sortie, est-ce que vous avez déjà eu des retours de fans ?

Maxim : T’as raison, c’est stressant et ça fait un peu bizarre. Mine de rien, on l’a enregistré il y a un an, donc ça fait un an qu’on le connaît. Ça fait un an qu’on a hâte aussi, qu’on est très pressés et stressés.

Noël : Ouais, ça fait longtemps qu’on le garde pour nous, donc le livrer c’est une grosse étape.

Maxim : On a eu des retours et pour le moment c’est positif. On n’a pas encore eu les mauvais retours [Rires].

Il faut toujours se concentrer sur le positif ! Vous vous décrivez comme libre et faite de la musique de manière artisanale, ce qui se ressent très bien je trouve en écoutant vos morceaux. Comment est-ce que vous composez vos morceaux ?

Maxim : C’est assez anarchique. On va avec une première idée, mais elle n’est jamais vraiment définie, ça peut être un riff ou juste un son de basse ou de batterie. Ça peut venir de n’importe quoi et après on élabore autour. Le texte vient à la fin, mais en général c’est assez anarchique.

Noël : Ça part d’un tout petit truc, et puis en général, on sait assez vite si ça nous plaît ou non pour construire après autour de ça. Le morceau n’est jamais vraiment défini en une seule répétition, ça prend toujours un petit bout de temps parce qu’on rajoute toujours quelque chose à droite à gauche. Au bout d’un moment, on se dit que l’objet final est comme ça. Même si on s’accorde toujours la possibilité d’y inclure des choses qui peuvent, au cours de nos vies, de nos expériences ou de nos écoutes, de se dire ‘Tiens, on aimerait bien ajouter un truc comme ça c’est vraiment cool ‘.

Maxim : Puis il y a la dernière étape avec Sébastien Bourcet, notre producteur, qui fait toutes les productions et les mix des morceaux. C’est lui qui est un peu la carte blanche et la touche finale de ce à quoi va ressembler le morceau. Par exemple pour «puta calor« , je vais peut-être dire des mots que je vais regretter plus tard mais ce n’est pas grave, c’était un morceau déchet en studio. On l’a fait comme ça parce qu’on le trouvait un peu fun. Quand on l’a envoyé à Bastien, c’est lui qui l’a vraiment façonné.

Donc il y a vraiment un gros travail derrière : sur la production et le mixage une fois les morceaux finalisés une première fois.

Maxim : Énormément !

Noël : C’est un révélateur. 

Comme vous avez mis plus d’un an à concevoir l’album, comment est-ce qu’il s’est construit au fur et à mesure ? Est-ce qu’il y a eu des étapes plus difficiles que d’autres tout au long du processus ?

Maxim : On ne l’a pas enregistré en une seule fois, c’était sur plusieurs sessions de studio donc il a été en constante évolution. Les versions finales étaient il y a deux mois. On a fait du studio, un peu de production, re du studio puis un peu de production, ensuite du mix et après du studio. Bref, ça a vraiment été une année focalisée là-dessus.

Et au final tout s’assemble et cette manière de faire se ressent lors de l’écoute, notamment par une ambiance un peu chaotique, que j’aime beaucoup personnellement.

Maxim : Je vois ce que tu veux dire. On espère quand même qu’il y a une couleur dans l’album, même si ça couvre un spectre. On ne tenait pas à faire le même style pendant dix morceaux, on a tapé à gauche et à droite. On espère qu’il y a quand même une couleur et qu’on a notre patte.

Je trouve que vous avez vos propres sonorités, qui colle très bien à du rock brut, tout comme dans l’histoire de l’album, qui créée cette suite logique. 

Noël : Tant mieux, c’est cool !

En parlant de la création musicale, avez-vous eu une approche particulière pour la confection de ce premier album ? Notamment dans cette manière de faire anarchique comme vous venez d’en parler. Et est-ce que c’était peut-être différent de votre premier EP «Yikes» ?

Maxim : C’était entièrement nouveau pour l’album. Pour l’EP, on n’avait pas Bastien, on n’avait pas tout ce qui était production, et on n’avait pas vraiment de thème non plus. Il y avait aussi des thèmes, que personnellement, je n’osais pas encore aborder. Sur l’album, on a lâché les chevaux sans se donner de limites. Tout était renouveau et mieux, plus confortable, et ça nous correspondait beaucoup plus.

Noël : On l’a beaucoup fait aussi sur l’instinct. On n’a pas fait un album pour faire un album. Les morceaux n’ont pas été créés pour un album, mais parce qu’ils nous faisaient kiffer et vibrer. On les faisait aussi pas mal pour le live. Il y a eu un travail énorme, notamment par Bastien, pour rendre les morceaux plus écoutables, piste par piste. C’est un truc qu’il a vraiment réussi à faire, les définir en tant que tel et leur donner une idée propre. Ça fait que les uns à la suite des autres donne une suite quasiment logique et un bel ensemble. Mais à la base, ils n’ont pas été faits pour ça, et je pense que c’est ce qui joue sur la couleur de l’album. 

Vous définissez votre style comme du rock hybride et en écoutant vos morceaux, j’ai ressenti des vibes à la Royal Blood et à la Cleopatrick, surtout pour le rythme et les sonorités de la guitare, font-ils partie de vos inspirations ?

Maxim : Alors on va te dire un secret, on n’aime pas du tout Royal Blood [Rires]. Après oui, il y a des sonorités. En plus on est un duo guitare/batterie, c’est un petit peu dur de se détacher de cette image. C’est une ombrelle aussi où je commence à me dire ‘ok c’est cool ‘. 

Noël : Ce n’est pas une mauvaise réflexion. Même si on n’aime pas Royal Blood, c’est eux qui ont inventé un certain style et mood. C’est pas ce qu’on préfère, mais on ne peut pas empêcher les gens de comparer, et c’est quand même cool Royal Blood

Maxim : Et pour les sons de guitares, on recherche quelque chose de sale sur le fond, mais quand même assez mélodique. Je pense qu’on l’a réussi.

Noël : Oui !

J’aimerais maintenant rentrer un peu plus sur les thèmes qui se cachent derrière l’album. Il raconte une histoire qui peut se lire en boucle et il est assez simple à s’identifier parce que, pour moi, c’est devoir abandonner une relation qui ne marche plus malgré le fait qu’on soit toujours autant attaché à la personne et donc on ressent beaucoup de nostalgie pour les beaux jours qui sont loin derrière. Est-ce que c’est issu d’expériences personnelles ou la démarche vient d’autre part ?

Maxim : Tu as mis dans le mille, c’est exactement ça. Voilà, fini, merci pour cette interview ! [Rires]. Il faut toujours écrire sur ce qu’on connaît, c’est comme ça que les gens peuvent plus facilement s’identifier. J’aime bien le thème des red flags et de ne pas les éviter. J’aime aussi la nostalgie comme ça fait partie de notre quotidien maintenant. Tout comme parler du fait que, nous on a peur tout le temps, on est tous les deux papas donc on a une appréhension par rapport à plein de choses qui nous échappent. Quand tu es un groupe de rock, souvent les thèmes sont autour de la bière, et c’est à celui qui va casser la gueule le plus fort. Nous, on assume le fait qu’on ait peur de beaucoup de choses, et puis parfois je tombe sur des red flags et puis tant pis. 

Noël : Ça s’est défini un peu naturellement, mais je trouve ça cool le côté rock un peu lourd, brutal et énergique comme tu disais. Puis à côté, il y a ce thème global de l’amour. Aimer la musique, aimer les gens qui nous entourent tout en faisant du rock de manière brute et sauvage, sans tomber dans le cliché aussi. C’est pour ça que le groupe est à la frontière, pas totalement parce qu’il mixe les deux, mais entre le rock et la pop, notamment dans les paroles. C’est pour adoucir la musique par le chant. 

Cet aspect de joie éphémère persiste tout au long de l’album, qui montre aussi le pouvoir de l’emprise de la souffrance parce que si on accepte et on laisse cette souffrance derrière, ça veut dire que la relation qui nous causait autant de tort est vraiment finie. C’est un énorme travail psychologique. Est-ce que c’est comme ça que vous le percevez ?

Maxim : Bien sûr, c’est comme un deuil. Et il n’y a aucun deuil facile à accepter.

Noël : Puis on laisse jamais ça derrière parce que ça fait partie de nous et on essaye de le laisser en toile de fond. Au final, ça fait partie de nos vies, ça nous définit et ça nous construit d’une certaine manière. Après on n’est pas obligé de tout ressasser, mais forcément ça nous définit.

Maxim : Quand tu es dans une relation toxique et que tu sais qu’il faut que tu partes et que tu repousses ce moment, c’est cette partie du deuil qui est la plus difficile. D’une part, à mettre en place et à accepter, puis à vivre. J’aime bien ce thème, même s’il est très inconfortable parce que je suis confortable dans l’inconfort.

C’est aussi un moyen de s’en libérer. Surtout en les jouant sur scène et de voir que ça résonne tout autant pour le public. C’est très libérateur pour vous comme pour la communauté qui se créée autour de ça.

Maxim : Je pense que ça colle aussi avec le son et la texture du son. Je vais pas réinventer le truc parce que c’est un thème qui, je pense et espère, a été beaucoup abordé, mais pas sous cette forme de musique qui est lourde, grasse et brutale. Je ne pense pas que ça a été énormément fait. J’aime aussi cette forme d’expression, d’y aller à fond et être très frontal.

En étant aussi brut, c’est très fidèle à la réalité parce que rien ne se fait en douceur. Et c’est sans doute plus simple en tant que musicien d’en avoir une meilleure approche. 

Maxim : Totalement !

Noël : Carrément !

La DA de la pochette de l’album, des singles et même de votre site web, que j’aime beaucoup d’ailleurs car elle fait très rétro. D’abord ça crée un contraste entre la lourdeur du son, tout en appuyant sur cette idée de nostalgie. Est-ce que c’était voulu ou est-ce que c’est simplement un style que vous aimez ?

Maxim : Alors tu es devenu ma nouvelle personne préférée [Rires]. C’est ce qu’on voulait parce qu’on ne voulait pas que ça tourne autour du noir, du rouge ou du bleu. On voulait d’autres éléments et que ce soit fun. 

Noël : Un peu glam aussi. 

Maxim : Ouais ! La direction artistique, on l’a un peu délégué parce qu’on a longtemps cherché pour les pochettes et les singles. Depuis un moment maintenant, on travaille avec un photographe, Charles Porret, et comme pour Bastien avec les prod on lui a fait confiance parce qu’il a une patte incroyable. C’est lui qui nous a dit que quand il écoute les morceaux, il ressent des ambiances des années 90, pas forcément sombres et bizarres, pas à la ‘On fume des clopes dans des blockhaus parce qu’on est tristes ‘. Plus une ambiance à la limite du club. Donc big up Charlie XCX [Rires]. On voulait un truc comme ça. Le site le reflète justement et on espère qu’on est encore cool.

[Rires] Je pense que vous n’avez pas trop de soucis à vous faire sur ça. Pour «televangelism», Paul Miles vous a rejoint, qui montre d’une part la liberté dont on parlait plus tôt dans votre manière de créer vos titres. Comment s’est-elle créée ?

Maxim : Les projets ont été un peu parallèles. Lui a commencé le sien juste avant d’entrer à la Star Academy, et nous on commençait tout juste le groupe. On l’a beaucoup aidé et soutenu à ce moment-là, on a fait avec lui les vidéos pour le casting. De notre côté, on a décroché des festivals comme le Queyrock ou le Motocultor, et il était là avec nous sur ces concerts. On s’est donc dit qu’on pouvait concrétiser ça autour d’un morceau. 

Noël : Et comme on recherchait quelque chose de glam justement, on s’est dit que Paul allait bien avec ce thème. Le morceau s’est construit aussi autour de ça. Comme on arrive toujours sans idée précise d’à quoi va ressembler la version finale, c’est exactement ce qu’il s’est passé. On est arrivé avec des idées complètement floues, puis tout s’est défini avec lui. Parce que pour le coup, c’est pas un feat où on écrit le morceau, il arrive puis repart. Il a aussi pu mettre sa patte.

D’ailleurs, dans ce morceau vous chantez «never know what’s the future’s got» qui montre cette volonté de saisir le moment tant qu’on le vit. Est-ce que c’est ce que vous faites au quotidien et si oui comment ?

Maxim : Déjà, tu as un très bon accent bravo

Merci ! 

Maxim : Je ne pense pas qu’on le fasse. On le dit et il fait partie de la musique mais on ne le fait pas, mais c’est quelque chose qu’on aimerait faire. C’est une façon de se pousser en le disant en chanson, mais on est trop des loosers pour le faire encore, on n’a pas encore appris ça.

C’est toujours compliqué de le faire. Et dans cette démarche de vouloir le faire, comment est-ce que vous l’envisager pour y parvenir, que ce soit dans la vie de tous les jours ou à un moment précis ?

Maxim : On le fait pas parce que ça passe tellement vite. On le dit dans «summer over» : les jours sont longs mais les années sont courtes. On n’a pas le temps de saisir ce moment parce qu’on ne sait pas ce qui nous attend dans le futur, et en même temps on ne profite pas de ce que l’on vit là maintenant. On est un peu perdus dans tout ça.

Noël : On se rend compte aussi que c’était un bon moment une fois qu’on l’a vécu. 

Maxim : Exactement ! Je vais citer le Nard Dog dans The Office qui dit ‘J‘aimerai qu’il y ait un moyen de savoir qu’on est dans le bon vieux temps au moment où on le vit ‘. Et c’est ça, sauf que là on ne le sait pas. Donc on aimerait pouvoir le faire, mais on ne sait pas encore comment, et le dire dans une chanson nous pousse dans ce sens. Je pense que c’est un peu pareil pour tout le monde. 

Noël : C’était un peu comme ça avant, quand tu faisais des soirées et que tout passait très vite. Le lendemain ou la semaine d’après, tu remarques à quel point c’était super cool. Tu te demandes si tu as assez profité. Ces moments sont parfois assez rares et c’est très compliqué de se dire ‘Là je profite à fond ‘. Pas un vieux carpe diem tout pourri non plus, ce serait trop facile, mais il faut vraiment réussir à s’impliquer et s’ancrer dans le moment présent et en profiter. C’est vraiment pas si simple.

Maxim : C’est un peu comme les mamans qui portent leur enfant pour la dernière fois, tu ne sais jamais quand ça va arriver. Tu t’en rends compte qu’après. On ne veut pas non plus le dire d’une certaine hauteur à la Robin Williams dans le Cercle des Poètes Disparus.

Si on devait écouter un morceau de l’album pour s’imprégner de votre univers, lequel serait-il ?

Noël : Je dirais «wd40».

Maxim : Ah ouais ?

Noël : Ouais parce qu’elle ressort pas mal, et c’est un très bon mélange entre ce côté glam et cool, et on sent qu’il y a quand même une brutalité derrière qui peut amener à écouter le reste derrière. Comme si elle nous invite à mieux profiter des autres morceaux.

Maxim : C’est une belle porte d’entrée, c’est un bon pédiluve. [Rires] Moi j’aurais dit «puta calor». C’est le premier morceau qu’on a fait.

Noël : Il a défini une certaine couleur et un certain son.

Maxim : Avec «puta calor» c’est assez facile de comprendre le reste.

Et donc le dernier morceau de l’album se prononce comme ça s’écrit. Parce que j’ai eu un doute quand j’ai vu le titre, je me demandais sa signification.

Maxim : Alors, on ne savait pas qu’on l’avait enregistré sous ce nom-là [Rires]. 

[Rires] Ça ajoute un côté mystérieux !

Maxim : On avait fait la même chose pour «GOLF GTI MK1», c’est juste la meilleure voiture au monde, mais ça ne parle pas du tout de ça.

Donc il n’y a pas forcément de signification cachée derrière le titre ?

Noël : Non! A la base quand on était arrivé avec ce morceau, il y avait écrit ‘Write down ‘. Et moi, avec mon accent pourri en anglais, j’arrivais pas à bien le dire donc je disais ‘wd ‘. Et 40 c’est parce qu’il y a un produit qui s’appelle wd40 qui est un lubrifiant pour voiture. Et c’est resté. 

Maxim : Black out au moment de l’enregistrement des morceaux [Rires]. Il y a deux semaines, on se demandait comment les morceaux s’appelaient, et on a vu «wd40» et on s’est dit ‘Ok ‘. [Rires]

Noël : Ça restera comme ça.

Au moins ça fait toujours des histoires en plus à raconter !

Maxim : Après il doit y avoir des groupes plus profonds que nous.

Vous êtes donc un duo, comment est votre approche pour le live par exemple ?

Maxim : Pour nous, parfois on est un trio parce qu’on a notre technicien son, Fanch, qui essaye de retranscrire l’idée qu’on a du projet en live. Donc ça change énormément. On ramène quand même quelques sonorités de l’album, mais on essaye de pousser les choses beaucoup plus loin. Par exemple «wd40» ne ressemble pas vraiment à la version studio quand on la joue sur scène. C’est plus recherché avec beaucoup moins de guitares. On essaye toujours de s’éloigner des guitares pour avoir un truc plus à nous. Surtout on essaye de se réinventer en live. J’ai un peu de mal quand je vais voir des groupes sur scène, et que c’est la même chose que l’album. Donc on essaye vraiment de pousser ça. 

Et en parlant de concerts, vous avez une belle tournée qui s’annonce pour ce printemps. En regardant vos story parfois et quelques unes de vos interviews, vous parlez du syndrome de l’imposteur qui est un sujet important vis-à-vis de la santé mentale des artistes. Comment vous vous sentez justement à la veille de tout ça ?

Noël : Comme des merdes [Rires]. Je rigole !

Maxim : C’est hyper délicat le syndrome de l’imposteur. Mine de rien, tu dois vendre ton projet, tu essayes de partager un projet sur lequel tu travailles depuis un an, mais tu n’as pas envie de le vendre parce que ta première réaction c’est ‘Pourquoi est-ce que les gens iraient écouter, acheter les disques ou nous voir en concert ? ‘. En même temps, il ne faut pas perdre la face pour les inciter à venir nous voir en live. Tu as toute une dualité qui est très compliquée. Là on va jouer à Vigo et on a une première partie, et on comprend pas pourquoi on en a une.

Noël : Il y a souvent une idéalisation de l’artiste, parce que les groupes que tu peux connaître, tu les connais uniquement en tant que groupes. Et quand c’est toi, tu as du mal à te dire que tu peux être comme eux, parce que nous on est simples, on galère pour décharger et charger notre matériel. Le syndrome de l’imposteur, c’est plus se demander à partir de quel moment tu dois « te prendre pour l’artiste que tu es ». C’est dur de se dire que tu es un artiste ou un musicien, ce sont des très gros mots. Encore plus quand tu connais des gros groupes et tu te dis qu’eux, ce sont de vrais artistes. C’est dur aussi d’arriver dans des gros festivals, de partager à notre niveau,des grosses scènes avec des gros noms. C’est difficile de se dire qu’on a notre place ici, c’est une étape.

Est-ce que vous arrivez à passer un peu au-dessus ? Je pense notamment à votre prestation de l’année dernière pour le Motocultor, est-ce que vous arrivez à avoir cette fierté ?

Maxim : Oui mais pas sur le moment. Tu t’en rends compte qu’après. On en parlait un peu plus tôt avec l’artiste Wasaaï qui a joué à La Fête du Bruit. On mettait en comparaison avec ce que nous on a vécu au Motocultor et lui à La Fête du Bruit, et on se disait que les gens qui viennent te voir à la fin, ça fait très bizarre de se dire qu’ils sont touchés par ce que l’on fait. Alors que j’ai plus l’impression que c’est moi qui leur doit tout parce qu’ils sont venus. Quand je suis sur scène, je suis trop content que les gens soient là, alors qu’eux sont contents qu’on soit là. Il y a un parallèle à faire et c’est trop compliqué, parce qu’avec le syndrome de l’imposteur, ça complique tout. Sur le moment, comme au Motocultor, tu essayes de faire du mieux que tu peux.

Noël : Sur scène tu n’y penses pas, comme tu es dans ton truc.

Maxim : Ouais. C’est après que tu te prends une vague de ‘On aime ce que vous faites. On est venu de Saint-Nazaire jusqu’à Carhaix pour vous ‘. Et tu es en mode ‘Putain !’.

C’est adorable !

Maxim : Ouais et ça fait trop bizarre. Je pense que ces gens là, on connait tous leur prénom.

Noël : Ce côté est vraiment super cool. Mais ça reste compliqué de se dire que ces personnes viennent nous voir et qu’elles aiment ce que l’on fait. Ça reste hyper agréable aussi et il faut en profiter sur le moment, même si c’est compliqué.

Maxim : J’ai aussi cette impression de faire de la musique pour les gens, s’ils veulent s’éclater, alors ça va être fun. On va passer un bon moment. Avoir la monnaie d’échange, et entendre que ce qu’on fait c’est bien, qu’ils aiment et que c’est important, ça fait bizarre.

Justement, vous l’avez mentionné un peu plus tôt, vous êtes tous les deux papas et vous avez aussi tous les deux un travail à côté de la musique. Comment est-ce que vous jonglez avec la vie « normale » et les temps de création musicale, ainsi que les tournées ? Parce que j’imagine que ça doit être une organisation conséquente.

Maxim : On a énormément de soutien à la maison chacun de notre côté. L’organisation est évidemment compliquée, surtout qu’il n’y a rien de glamour à partir en tournée parce que c’est très dur. Donc tout ça est prévu à l’avance, c’est énormément réfléchi. Heureusement qu’on a du soutien.

Noël : C’est clair ! Sinon on ne pourrait pas faire ça. On a aussi deux compagnes qui comprennent et qui aiment aussi ce qu’on fait et nous laissent vivre notre truc. C’est très cool parce que sans ça, on n’en serait pas là certainement.

Maxim : Et pour le travail on fait comme tout le monde, on pose des jours et on croise les doigts.

On idéalise beaucoup le métier d’artiste et de musicien qui partent en tournée pendant des semaines voire des mois. Est-ce que vous ça vous tenterait d’avoir cette vie un jour, ou vous aimez le fait d’avoir une sorte de pied à terre quelque part avec une vie « normale » et d’une autre part une vie de musicien pour faire vivre votre passion ?

Maxim : C’est une bonne question, je pense qu’on se l’est déjà posée plusieurs fois. Mon point de vue c’est que j’irai là où il faut que le projet aille. Je ne cherche pas à ce que ce soit ça, à en vivre ni à tourner non-stop. Si le projet en a besoin, je m’adapterai.

Noël : Clairement, pareil pour moi. Si le projet tend vers ça et qu’il y a toujours la même dynamique, ce serait avec plaisir. On ne va pas se refuser un truc pour nos boulots respectifs parce qu’ils priment en priorité. Si le projet peut nous amener à avoir toujours une vie à peu près confortable quand même et faire ce qu’on aime, banco !

Maxim : Par contre tu as dit un truc important, c’est qu’on idéalise beaucoup la vie de musicien, et c’est encore plus flagrant entre musiciens.

Ah oui ?

Maxim : Ouais. A Vannes, il y a un petit noyau d’artistes et quand tu dis que tu fais une tournée, ou que tu vas à l’international, parce qu’on peut le dire maintenant, même si le mot est gros. Tout de suite on a des réactions comme ‘Bande de chanceux ‘. Il y a énormément de jalousie alors que c’est pas si glamour.

Surtout qu’il y a autant de hauts que de bas comme tout travail, même si ça ne rentre pas dans les normes sociétales on va dire. C’est sûrement tout autant compliqué parce qu’il faut tenir le rythme des trajets de nuit, les retards, les annulations, le fait d’enchaîner plusieurs concerts en une semaine dans plusieurs villes, la vie dans un tour bus ou un van avec plusieurs personnes et j’en passe. La charge mentale est très lourde, même s’il faut toujours rester focus sur le positif.

Maxim : Tellement ! Après nous, on a une petite communauté. On a des potes rappeurs par exemple qui ont joué hier à Auray sur une énorme scène, et tout de suite on leur a envoyé des messages en disant ‘Putain c’est trop bien les gars ! ‘. Et c’est les premiers à nous faire des retours sur nos tournées en disant que c’est génial. Il y a tout ça qui fait que ça t’aide et te donne un peu de force. Mais putain, on va faire un Vigo-Lyon, c’est 15 heures et demi de route !

Ah oui !

Noël : Ouais, ça va être long

Maxim : Vendredi Vigo, samedi Lyon, donc c’est pas comme si on avait un jour de repos. Super le glamour ! [Rires]

[Rires] En effet, il faut s’occuper pendant tout ce trajet !

Maxime : On va conduire.

Noël : Et dormir.

Si vous deviez résumer ce que cet album vous a apporté en une phrase, ce serait quoi ?

Maxim : C’est tellement une bonne question que je vais devoir y réfléchir pendant deux secondes.

Noël : Sujet, verbe, complément quoi, ça va être compliqué.

Ça peut être un peu plus !

Maxim : Je pense que ça m’a apporté du réconfort et un peu de stabilité émotionnelle. Parce que mine de rien on se connaissait pas humainement avec Noël. Maintenant, je sais que je peux compter sur lui, et que j’ai des alliés avec des ami.e.s. Ça m’a apporté beaucoup de réconfort aussi, parce qu’après 2015, c’est difficile de se reconstruire autour de la musique. Ça m’a montré que tous ces gens-là, donc Noël, Bertrand au studio, Bastien, ils m’ont tous montré que c’était possible.

Noël : Il y a aussi la réalité de faire un album, d’organiser les dates, de vivre ensemble et de construire les choses ensemble. Ça prend énormément de temps, donc il faut aussi idéaliser ça. Quand on eu un petit groupe et qu’on se dit que c’est ça qu’on veut faire, et que ça doit être ouf. Oui, c’est ouf mais c’est pas simple. Surtout qu’on a plus 20 ans et ça s’organise encore plus.

Maxim : Toi tu n’as plus 20 ans mais tu es beaucoup plus vieux que moi, énormément plus vieux. [Rires]

Noël : Ouais, on a passé une lettre de génération même. On a une semaine d’écart, mais il aime bien jouer sur ça [Rires]. Mais c’est aussi la réalité derrière tout ça.

Donc en soit, avant l’album, vous ne vous connaissiez pas tant que ça ?

Maxim : 100%. Avant, on se connaissait parce que c’était fun, on voyait que l’aspect rigolo en faisant quelques concerts. Pour l’album, on a vécu ensemble en studio et sur la route, avec tous les choix compliqués derrière la sortie d’un album.

Noël : Oui !

Maxim : Oui !

Noël : La réalité au final.

Un dernier mot de la fin ?

Maxim : ACAB peut-être [Rires].

Noël : Écouter l’album.

Maxim : En vrai, j’aimerai aussi dire qu’il ne faut pas n’hésiter à naviguer pour ceux qui sont tombés sur notre album et qui ne nous connaissait pas. N’h’ésitez pas à naviguer autour de tout ça. Regardez les gens qui nous ont follow, ceux qu’on repartage. Soyez curieux des entourages des artistes et découvrez. Poussez le truc à fond et ne vous mettez pas de limite.

Se noyer dans l’identité même des artistes.

Maxim : C’est ça. Regardez qui nous a accompagnés, découvrez plein de choses parce que sont des personnes qui méritent beaucoup plus. On aimerait pouvoir les mettre en lumière et pas que nous deux.

Ce sont de très belles paroles de fin !

Noël : Magnifique.

Merci encore à vous d’avoir pris de votre temps pour cette chouette interview ! Encore bravo pour l’album et pour la tournée qui arrive, en espérant qu’il y en ait plein d’autres qui suivent !

Noël : Merci !

Maxim : On espère aussi, mais si c’est le cas, on le fera toujours à notre manière et on va documenter ça et de façon réelle sans mettre de paillettes. On va montrer ce que c’est vraiment.

Merci encore et à bientôt !

Maxim : Merci à toi, c’était super cool et à bientôt !

Noël : Merci à et à bientôt !

Chronique 

«Text Me When You Get Home» est une histoire à vivre pleinement, et à laquelle on peut simplement s’identifier. «(home yet?)» débute mélodiquement, et met en perspective une histoire peut-être pas aussi rose qu’on ne le pense. Ici, l’album met en évidence une douleur née d’une relation qui n’est plus aussi belle qu’à ses débuts. Des questionnements nous troublent au rythme effréné des instrumentales dans «summer over». Dans «televangelism», en collaboration avec Paul Miles, un goût pour le risque fort apparaît par le piano. Ce dernier s’entremêle avec les voix, avant qu’un riff lourd reprenne le dessus.

Les cris accablant des guitares ne nous quittent pas lors de l’écoute, notamment dans «puta calor», tout comme un vain pansement pour combler un vide profond. «i don’t dare to dream of you» nous offre une pause instrumentale minimaliste, dans une ambiance nostalgique. Mais ce n’est qu’un rappel que la cicatrice est toujours ouverte. Les instruments sont désaccordés dans «got a lot to show you». Ils ont perdu un peu de leur lumière et de leur puissance, tout comme nous au fur et à mesure que la situation se détériore et qu’on ne peut plus sauver la relation. «wd40» enfonce le clou du manque, comme si on disait au revoir à cet être aimé, malgré un amour pour lui toujours présent. C’est la juste représentation de la destruction du monde qu’on avait construit avec cette personne. La folie des guitares retranscrivent à merveille la douleur et la colère de cet au revoir qui nous crève le cœur.

Plus d’informations

Album : Text Me When You Get Home

Date de sortie : 13 février 2026

Autoproduction

Cover : Charles PORRET

 

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