Par Christophe Pinheiro
Si je vous dis celtic punk, ça vous parle ? Dans le genre, quelques groupes pionniers comme les DROPKICK MURPHYS ou encore FLOGGING MOLLY mettent l’ambiance dans nos oreilles depuis plus de vingt ans. Né en Australie, THE RUMJACKS ne déroge pas à la règle de ses aînés. J’ai eu l’occasion d’échanger quelques mots avec le bassiste Johnny McKELVEY. L’occasion de parler du nouvel album « Dead Anthems », ainsi que de la future tournée du groupe en Europe, avec pas moins de trois concerts en France, dont un passage au Trianon à Paris, le samedi 15 mars prochain, que je ne manquerais pas.
Pour ceux qui ne connaissent pas THE RUMJACKS, peux-tu me raconter un peu l’histoire du groupe ? Je crois que vous vivez tous éparpillés dans le monde ?
Oui, à l’origine, le groupe a commencé à Sydney, en Australie, en février 2008. Nous vivions tous dans la même région à l’époque, et c’est à ce moment-là que nous avons commencé, à faire autant de tournées que possible en Australie, à sortir quelques disques… Et puis nous avons commencé à nous diriger vers l’Europe et à recevoir des offres de l’étranger. Et finalement, il y a environ huit ans, nous avons commencé à déménager. Mais à ce stade, nous étions en tournée la majeure partie de l’année de toute façon, donc l’endroit où nous vivions n’avait pas vraiment d’importance. C’était comme si nous n’avions jamais vraiment vécu nulle part pendant quelques années. Donc nous avons quelques membres aux États-Unis. Nous en avons un à Berlin. Je suis à Belfast, un autre en Italie. Nous sommes tous dispersés maintenant.
Votre sixième album, « Dead Anthems » sortira le 7 février. Êtes-vous sous pression à l’approche de la sortie ?
Je ne dirais pas pression, non. Je pense qu’il y avait plus de pression au début de l’enregistrement, en studio. De la pression sur nous-même, tu sais, l’idée de bien jouer, de bien faire nos parties et tout le reste. Mais, je suppose que c’est ce qui se passe quand vous sortez un disque, c’est que vous faites tout votre possible. Vous avez travaillé sur toutes les parties, vous avez écrit les chansons. Vous avez fait tout ce qu’un groupe peut faire ensemble. Mais je ne ressens pas beaucoup de pression avec celui-ci. Je pense que nous ne réinventons pas THE RUMJACKS. À chaque album que nous sortons, nous continuons à faire de notre mieux à chaque fois. Donc si les gens ont aimé tout ce que nous avons fait avant, ils vont surement aimer cet album. Je pense que ça va bien marcher. Nous avons mis beaucoup d’efforts dans celui-ci, les gens l’apprécieront, je l’espère.
L’album a été enregistré à Asbury Park, dans le New Jersey. Que ce soit dans la préparation, les répétitions ou l’enregistrement ? Comment parvenez-vous à vous réunir ?
Bonne question. C’est assez difficile de faire tout ça. C’était pareil avant aussi, comme je l’ai dit, nous vivons tous ailleurs. Mike travaille beaucoup pour faire des démos, écrire et rassembler les chansons. Nous avions des chansons qu’il nous a envoyées dans une sorte de bibliothèque durant des mois. Ce n’était que des idées. C’était à chacun d’entre nous d’apprendre nos parties, écouter les chansons, nous familiariser avec elles, écrire nos lignes… Donc je suppose que de nos jours, au lieu d’aller une fois par semaine dans un studio de répétition et de faire des allers-retours avec des idées ou d’écrire une nouvelle chanson et de travailler dessus pendant quelques semaines, la majorité des choses se font à distance. Et puis avant le studio, avant d’aller physiquement à Asbury Park, nous nous sommes rencontrés chez Mike à Boston, nous nous sommes assis avec nos instruments et avons parcouru les démos, toutes les idées que nous avions, puis nous sommes allés dans un studio de répétition. On a fait ça à Athènes. On a passé quelques jours dans un studio là-bas pendant l’été, pour tout mettre en place.
Cet album a été enregistré par le fondateur de THE BOUNCING SOULS, Pete STEINKOPF, et mixé par Kevin BIVONA, guitariste de THE INTERRUPTERS. Comment êtes-vous venus à travailler avec eux ?
C’était irréel de travailler avec eux deux, surtout Pete parce qu’on a passé tellement de temps avec lui là-bas et on est devenus amis. Mike et Kyle, notre accordéoniste, dans leur autre groupe, MICKEY RICKSHAW, avaient déjà joué avec Pete et THE BOUNCING SOULS à quelques reprises auparavant. Ils ont fait, par exemple, le Salty Dog Cruise. Je pense qu’ils se sont peut-être rencontrés à l’un d’eux, mais ils ont déjà fait des concerts ensemble. Et MICKEY RICKSHAW a enregistré un disque avec Pete, il y a quelques années. Nous avons réfléchi à des noms, des idées et à ce que nous voulions faire avec ce disque, on a proposé à Pete, car Mike avait déjà travaillé avec lui. Je pense qu’avec le style d’écriture de Mike, c’était tellement évident, mais on n’y avait jamais pensé avant. Mike écrit de très gros refrains, des chansons à chanter, ce qui le rend assez facile à écouter. Et THE BOUNCING SOULS, ils sont les meilleurs dans ce domaine. Leurs chansons restent en tête. C’était assez logique pour nous de travailler avec Pete, de sortir un peu de notre zone de confort pour aller à Asbury Park et y passer un mois. On a loué une maison. On y est restés un mois et on a fait tout l’album avec lui. C’était donc un honneur d’enregistrer avec lui. On est tous de grands fans de THE BOUNCING SOULS, on a tous grandi avec ça. C’est comme ça que je me suis fait tatouer les doigts. Mais j’étais terrifié parce que j’ai toujours aimé le son de basse de chaque album de ce groupe. Et je me dit qu’on a un son de basse parfait sur ce disque. C’était génial de travailler avec lui. C’est un type génial. Et puis Kevin, un type incroyablement talentueux. Il a travaillé avec plein de groupes et il fait partie de ces gars dont le cerveau est accordé à la musique. C’est fou à quel point lui et ses frères sont talentueux dans ce qu’ils font avec THE INTERRUPTERS. Il a travaillé avec beaucoup de monde, il est très talentueux, il a une bonne vision et c’est un excellent mixeur, et nous pensons que la combinaison des deux fonctionne vraiment bien.
On trouve aussi une collaboration avec Ken CASEY, le chanteur des DROPKICK MURPHYS, sur le titre « Cold Like This ». Peux-tu me parler de cette collaboration ?
On a fait quelques tournées avec DROPKICK MURPHYS en Europe et aux États-Unis. Et on s’entendait vraiment bien avec tout le monde. C’est un super groupe, de supers gars. Il y a toujours une telle énergie quand on arrive en tournée ou qu’on rencontre des groupes et des gens qu’on admire, mais eux et leur équipe, tout le monde autour d’eux sont des gens vraiment solides. On s’entendait donc très bien. Mike avait « Cold Like This » écrit depuis un bon moment. On réfléchissait à des idées et on se disait que ce serait bien d’avoir un autre invité vocal. Et comme on avait noué de bonnes relations avec Ken et tous les gars du groupe. Mike l’a contacté et il a dit ok. Donc on a enregistré le tout, et ensuite Mike était à Boston et je crois que Ken avait un jour de libre et il est venu au studio pour enregistrer cette partie.
C’est une super chanson, je l’aime beaucoup. Ce n’est pas ma préférée de l’album, mais…
Quelle est ta préférée ?
C’était dans une autre question, mais passons directement à celle-ci. C’est « Come Hell Or High Water », votre premier single. Vous avez sorti deux autres titres depuis, dont « Cold Like This ». Quels sont les retours sur ces trois titres ?
Nous avons eu beaucoup de retours et tous sont positifs. Je pense donc, que tout cela fait partie de cette préparation pour l’album. Tous les morceaux de l’album ne sonnent pas pareil. Nous pensons donc qu’au moins avec ces trois-là, il y a un aperçu de l’album. Et puis, à partir de là, les gens peuvent en tirer ce qu’ils veulent. Mais il y a des morceaux qui deviendront forcément des favoris, mais on ne sait jamais lesquels seront les favoris du public. Donc on verra lequel aura le plus d’attrait. Nos choix sur les titres qui vont devenir des singles peuvent être différents de ce que le public va aimer. Mais, jusqu’à présent, les retours ont été excellents. Nous sommes à deux semaines de la sortie. Donc une fois qu’il sera sorti, nous allons sortir un autre single pour cet album. Une fois qu’il sera sorti, nous verrons ce que tout le monde pense du disque.
Pour « Come Hell Or High Water », j’adore ce genre de titres énergiques avec un rythme rapide. Cet album comprend des titres de ce genre, mais on trouve aussi des titres un peu plus lents…
Nous sommes arrivés à un point où nous avions tellement de chansons. Mike en avait tellement écrit que j’en ai perdu le compte. Quand nous nous sommes réunis à Athènes, en Grèce, nous les avons toutes parcourues et nous nous sommes vraiment demandés que faire avec ? Pour certaines, il n’y avait qu’un riff ou une ligne qui sonnait incroyablement bien. On a essayé avec tout ça, avec des chansons comme « Come Hell Or High Water » ou « Father’s Fight ». Et on voulait faire un album où toutes les chansons ne sonnent pas pareil. Donc c’est ce qu’on a essayé de faire, sans trop s’éloigner de ce qu’on fait habituellement. On a fait des chansons lentes depuis le début de THE RUMJACKS. On a fait aussi des chansons rapides, accrocheuses, lourdes. Donc, on n’a pas changé cette formule. Ce genre de chansons existe depuis toujours. Elles ont toujours existé. On fait juste de meilleures versions de ce qu’on a fait dans le passé. On continue à faire ce qu’on fait, à faire des disques de THE RUMJACKS et à sortir de bonnes choses. Et au bout du compte, quand on a commencé à écouter ces chansons et à travailler dessus, on voulait juste mettre les meilleures chansons qui, selon nous, pourraient aller dans un album qui résume ce qu’est « Dead Anthems ». Et je pense que c’est ce qu’on a réussi à faire.
L’essentiel est que vous, les musiciens, preniez plaisir à faire de la musique.
Ouais, absolument. Et je pense aussi que ce sera pareil si vous venez voir le groupe en concert. Si votre cœur n’y est pas, si vous n’aimez pas les chansons, si vous ne leur donnez pas le respect qu’elles méritent, ce sera compliqué. Ne réfléchissez pas trop. Faites simplement ce qui est le mieux pour la chanson et mettez-y tout votre cœur et votre âme. Que ce soit en studio ou en live, il faut aimer les chansons et être passionné par elles.
Quelle est la signification du titre de cet album ? Une allusion au dernier titre de cet album « Some Legends Never Die « ?
Je n’ai jamais fait le rapprochement avec le dernier titre, « Some Legends Never Die ». Évidemment, avec le décès de Shane MacGOWAN et toutes nos grandes influences musicales qui sont partis comme Joe Strummer… Cette chanson est fortement basée sur Shane. À travers la musique, nos légendes, nos héros, les gens qu’on ne voudrait jamais voir mourir. Même si c’est à travers le musicien ou l’interprète que les gens les associent à la musique. Une chanson peut vous rappeler un mariage, un membre de votre famille ou un moment dans le temps. Donc je ne dirais pas que c’est spécifique à cette chanson. Mais les « Dead Anthems », c’est une bonne question. Je pense qu’il y a beaucoup de trucs qui sortent en ce moment, et ça semble tomber à plat. Quand est-ce que la dernière fois que les gens sont tombés sur un disque et sont devenus complètement fous ? C’est comme si la musique était en train de mourir ou comme si nos hymnes étaient en train de mourir. Où sont ces grandes chansons dont on se souvient quarante ans plus tard ? Mais encore une fois, nous aimons que les gens prennent les choses comme ils le souhaitent. Nous ne forçons jamais les gens à accepter des choses, essentiellement, dans les chansons, les paroles ou quoi que ce soit.
Le 31 janvier, vous commencerez une tournée de plus d’un mois et demi en Europe. Vous ferez également trois dates en France, dont un rendez-vous au Trianon à Paris le samedi 15 mars. Soit deux jours avant la Saint-Patrick. Pour ceux qui hésitent encore à prendre leur billet, à quoi doit-on s’attendre quand on vient voir THE RUMJACKS sur scène ?
Premièrement, c’est un samedi soir, deuxièmement, quelques jours avant la Saint-Patrick et troisièmement, c’est à Paris. Je pense que ça s’annonce comme une assez bonne fête. On a hâte d’y être. On a entendu dire que la salle est fantastique aussi. C’est une très bonne salle, assez grande. Nos concerts en France sont toujours bons. Ils sont toujours amusants. Les salles sont géniales. Et les gens viennent et passent un bon moment. Ce sera vers la fin de la tournée, il ne nous restera que deux concerts après celle-ci sur la tournée. On sera prêts à se lâcher. On va juste donner tout ce qu’on a. Ce sera amusant. C’est toujours amusant en France. Donc, venez, ce sera la fête. On va passer un bon moment. Et vous savez, on ne va pas vous inonder avec tous les nouveaux titres. Ne vous inquiétez pas. On jouera aussi des vieux trucs. Ça fait un moment qu’on n’est pas allés à Paris. Et avec un nouveau disque avec nous, on attend cette date avec impatience. Alors venez faire la fête, c’est tout ce que j’ai à dire.
Votre musique est décrite comme du celtic punk. Quelles sont vos influences dans ce style musical ?
Ce qui est bien avec ce groupe, c’est que chacun a des influences principales que nous écoutons tous. Mais ensuite, il y a toutes les différentes veines que chacun a individuellement. Je pense que tout le monde apporte un peu de ça. C’est probablement pareil dans n’importe quel groupe. Mais, comme Mike jouait dans d’autres groupes bien avant THE RUMJACKS. Il avait MICKEY RICKSHAW. J’ai joué de la contrebasse dans un groupe de rock et de groove avant THE RUMJACKS. Adam a joué de la guitare dans un groupe de ska, puis a joué dans un groupe de hardcore. Pietro joue dans des groupes de jazz. Mais ce que nous écoutons nous influence, je suppose. Il y a des groupes principaux comme RANCID, THE CLASH ou THE POGUES. Mais tout le monde a joué dans d’autres groupes. Tout le monde aime différents types de musique. Kyle et moi écoutons de la vieille musique country la plupart du temps ensemble. Ça dépend. Est-ce que la musique country transparaît dans mon jeu ? Probablement pas. Mais je pense qu’il ne faut pas avoir une large influence. On n’est pas obligés d’écouter les trucs les plus fous du monde. C’est comme si tu n’écoutes qu’une seule chose voudrait dire tu ne joue que cette chose. Par exemple, écouter d’autres groupes, d’autres musiques ne peut que t’aider en tant que musicien et en tant que groupe. Mike écrit des chansons, s’il n’écoute que THE POGUES, DROPKICK MURPHYS ou FLOGGING MOLLY, il écrira juste une autre de ce genre de chansons. Je pense donc qu’il est important d’avoir des influences individuelles. Nous avons tous une influence assez large entre les groupes ou les styles que nous aimons. Tu sais, ce genre de racines punk-rock, folk, celtique, c’est en quelque sorte là où ça commence pour le groupe.
Sans dire, au pub avec des amis en buvant des pintes de bière, dans quelles conditions recommandes-tu l’écoute de votre album ?
À la première écoute, je te conseillerais, si tu es dans un endroit un peu frais, mettre le chauffage, mettre le disque et prendre un bon whisky. Donc avec un bon whisky, assieds toi et profite. Ce n’est pas un long disque. Il ne va pas te prendre toute la nuit. Ce sera probablement le cadre idéal pour la première écoute.
Le dernier mot est pour toi.
Eh bien, merci beaucoup. On est tous impatients de venir à Paris et de faire les autres concerts en France. On espère que vous aimerez autant que nous avons aimé enregistrer cet album. Alors profitez-en et on se voit tous, bientôt.
NOTRE AVIS :
Welcome to Celtic lands !!!
THE RUMJACKS est de retour pour distiller son celtic punk qui fleure bon la fête, la mélancolie et le rassemblement. Comme le peuple Celte, les australiens se sont expatriés. Que ce soit dans son pays natal, en Italie, en Irlande Du Nord, en Allemagne ou encore aux Etats-Unis, ses piliers parviennent toujours à se retrouver pour œuvrer à bâtir des hymnes qui vivront au travers des générations. C’est donc au quatre coins du monde que « Dead Anthems » va peu à peu prendre forme. Après une réunion à Athènes, en Grèce, c’est dans le New Jersey, aux Etats-Unis que vont brasser chacun de ses titres sous l’oeil avisé de Pete STEINKOPF en accompagnement de Mike RIVKEES. Après fermentation, c’est Kevin BIVONA qui aura la responsabilité de la filtration avant le conditionnement de cette dose de fraîcheur qui trouvera aisément sa place dans n’importe quel pub, dans n’importe quel coin du monde. Si le talent du groupe compose les ingrédients essentiels de « Dead Anthems », Ken CASEY, chanteur emblématique des DROPKICK MURPHYS apporte un certain caractère au titre « Cold Like This ».
Ce nouveau chapitre de THE RUMJACKS est un condensé d’énergie brute et d’authenticité avec des titres comme « Come Hell or High Water » ou encore « Father’s Fight ». Mais on retrouve également des titres plus posés qui ajoutent une dimension forte à cet album, comme « October » ou « Pulled From The Shore ».
En guise de conclusion, un hommage aux légendes qui nous ont quittés. Et plus particulièrement au mythique Shane MacGOWAN dans « Some Legends Never Die ».
« Dead Anthems » n’est pas un simple album qui rappelle l’Irlande, c’est un album du monde et même de l’au delà. Car peu importe où vous êtes, peu importe qui vous êtes… Cet album saura vous parler car la musique de THE RUMJACKS fédère.