Vecteur Magazine

The Discord : Les six plaies du monde dans *A Massive Illusion*

Interview par Cidàlia Païs

Credit Photo : @laithanhy

« Plus on avance dans le temps et “l’évolution”, et plus on recule dans notre humanité. »

« The Discord : Six plaies modernes, un Exutoire Massif »

*The Discord*, power trio français de métal sombre et revendicateur, revient en force avec *A Massive Illusion*, un six titres enregistré au studio The Apiary (Birds in Row). Plus hargneux, lourd et gras qu’*An Ocean of Fears*, l’album déploie un son modernisé – guitares/basses/amplis/batterie neufs, simulations d’amplis, triggers, prises live puis overdubs – pour disséquer un monde en régression humaniste. H. P. (chant), Nico (batterie/programmation) et Rick (guitare) expliquent leur perfectionnisme, leur production signée Amaury Sauvé (mix organique) et Thibault Chaumont (mastering percutant), et comment la musique devient refuge face à ‘six plaies du monde’.

Dans *A Massive Illusion*, The Discord transforme la colère, écologique, sociétale et systémique en riffs viscéraux. 

Je décortique avec le trio leur évolution sonore autonomisée, le featuring percutant de Julien Lebon, d’Atlantis Chronicles), et un espoir cyclique malgré les illusions modernes. Du très bon et du très lourd ce 3 Avril chez M&O !

Les sensibilités face à la colère, au système et à la liberté illusoire

The Discord est un groupe qui marque. Sur notre précédente échange, consacrée à *An Ocean of Fears*, je leur avais manifesté mon admiration, et aujourd’hui je ne pouvais qu’être ravie d’aborder *A Massive Illusion*. J’ai été impressionnée par ces six morceaux : quelque chose de nouveau, de frais, de massif, de lourd, avec beaucoup de matière à digérer. Sur le ressenti, la colère reste un moteur essentiel de cet album, qui sonne comme un cri, mais un cri plus viscéral encore.

Comment les musiciens vivent-ils ce paradoxe dans un monde qui semble reculer du côté de l’humanité ? Comment transmettent-ils leur musique, comment composent-ils, et comment parviennent-ils à créer un ensemble qui soit à la fois musicalement solide et sincère ? Comment vivent-ils tout cela au quotidien ?

H. P. : Je pense qu’on a tous les trois des sensibilités et des philosophies différentes là-dessus. C’est un sujet intéressant, parce qu’on en parle déjà entre nous. Avec Discord, il y a des choses sur lesquelles on n’est pas forcément d’accord, mais on en discute et on se respecte beaucoup là-dessus. Dans le monde d’aujourd’hui, comme tu as dû le sentir dans mes textes, on est censés avancer dans le même sens et tirer des leçons de ce qui arrive. Et moi, au jour d’aujourd’hui, j’ai le sentiment qu’on n’a jamais été autant divisé. Nous avons tous les trois des sensibilités différentes. Pour ma part, je constate les dérives qu’il peut y avoir, donc j’en parle beaucoup dans la musique et je le vis énormément. Mais je suis dans une forme d’auto préservation. J’essaie de mettre le doigt sur l’essentiel, le positif, les choses qui me font du bien, qui me font avancer, pour pouvoir être quelqu’un de plus convivial pour mon entourage, ma famille ou mes amis. J’essaie d’écarter le négatif, de rester assez loin des choses trop négatives, comme la politique, parce que c’est quelque chose qui me boufferait de l’intérieur. C’est ma partie à moi, c’est purement personnel. 

L’art comme exutoire et comme un beau refuge

Nico : Moi, c’est un peu l’inverse. Je me tiens assez au courant de ce qui se passe. J’essaie d’être au fait de l’actualité. Par contre, musicalement parlant, je pense qu’on est tous les trois d’accord sur le fait que c’est un exutoire.  

Rick : C’est un beau refuge.  

Nico : C’est un refuge oui. Nous, c’est notre manière d’exprimer les choses : on fait de la musique, d’autres font autre chose. C’est ce qu’on fait, et je pense qu’on est tous les trois raccord sur ce point. On n’est pas un groupe politique, on est un groupe apolitique et non religieux. On ne va pas prêcher la bonne parole, parce que je ne pense pas qu’il y ait de bonne parole. Justement, c’est peut-être un peu ça aussi le but du groupe : essayer de savoir s’écouter les uns les autres. C’est facile à dire, surtout à une époque où tout le monde a l’impression de détenir la vérité et où les gens ont du mal à s’écouter. C’est ça, le nom du groupe. C’est pour ça que ce nom existe.

Nous, on n’est pas forcément toujours d’accord, mais on arrive toujours à se respecter et à s’écouter. 

Sauf lui, parfois, mais ça, c’est autre chose ! (rires) 

En tout cas, on est tous d’accord sur le fait que c’est un exutoire, un truc qu’on fait depuis des années, notre kiff à nous, et on aime bien faire ça. 

Le groupe, entre sérieux et humour

* : Je retiens que vous rigolez toujours autant. As-tu envie d’ajouter quelque chose ?

[Rires] 

Rick : Oui, on rigole bien.

H.P. : Toi, ton avis sur le sujet ?  

* : Si tu as envie d’en apporter.. 

Rick : Oui, j’en ai un. Sur l’exutoire, tout ça, c’est vraiment une évidence. C’est ce qui nous anime à faire de la musique, à nous réfugier. Comme je le dis, c’est un refuge, un petit peu. Après, sur tout ce qui est le monde ou autre, c’est un sujet très vaste. Je rejoins beaucoup Nico : je m’intéresse énormément à la politique ou à tout ce qui nous arrive, que ce soit à l’échelle locale, nationale, internationale ou autre. Je me sens très concerné, malgré tout, à mon petit niveau.

Le temps de Création & le son : technique, matos et philosophie

Depuis la dernière fois qu’on s’est vus, il s’est passé beaucoup de choses : le groupe a composé, a pris son temps, et cet album porte clairement la trace de tout ce temps investi, mais aussi d’une grande patience.

De ce que je perçois, il y a là, non seulement une vraie maturité musicale, mais aussi du recul : composer avec ce qu’ils ont, avec ce qu’ils peuvent, tout en gardant en tête l’objectif final qu’ils voulaient atteindre. Le registre, plus riche en influences, et plus massif, ce qui me happe. J’ai parfois perçu des couleurs un peu grunge dans les cordes, puis des rythmes plus directs, des vocalises, du featuring, et même l’impression qu’il y a deux ambiances, voire deux temps dans l’album. Il me faut alors savoir ce qui a changé techniquement par rapport à ce qu’ils ont fait avec Amaury et Thibault, et ce qu’ils ont eu envie d’apporter.

L’évolution musicale selon H. P. :

H. P. : Ce qu’on a voulu changer ou apporter, c’est surtout qu’on a évolué depuis l’album précédent, humainement et musicalement. À chaque fois qu’on sort du studio, on découvre de nouvelles choses. À chaque session, on ressort avec de nouvelles compétences, et on a envie d’exploiter ou de sur-exploiter tel registre, de travailler telle ou telle chose. Personnellement, je n’avais pas envie d’exprimer exactement la même chose que sur l’album d’avant. Si c’était pour faire la même chose et se répéter, ce n’était pas très intéressant. On compose surtout au fil de l’eau : les riffs viennent, et on fait selon l’inspiration. On prend vraiment le temps. On est des bosseurs, des travailleurs, et tant qu’on n’est pas satisfaits, on modifie, on laisse mûrir, pour pouvoir prendre du recul et se mettre dans la peau d’un auditeur qui entendrait ça pour la première fois. Nous, on aime ce travail de composition : s’enfermer dans notre local et travailler les sons, les sonorités, les riffs. C’est quelque chose qui nous plaît beaucoup, et ça fait aussi partie de l’écriture. On a vraiment fait les choses comme on les a senties. 

Et le travail sur le son :

Rick : On a essayé d’être moins dans la démonstration technique du métal, dans ce truc de “il faut être technique”. Là, on voulait vraiment que ça sonne, et je pense qu’on a beaucoup bossé sur le son. Surtout Nico, qui a fait tous mes réglages de Cortex. 

Nico : Oui, parce qu’on a un guitariste virtuel, en fait. 

Rick : Avant, on avait déjà fait des choix, mais là, je trouve qu’on a vraiment travaillé un son. À chaque fois, on est super contents du son, et là encore plus. On est très contents de la façon dont ça sonne. On a pris le temps pour que ça sonne bien. 

H.P. : Pour cet album, on a changé énormément de choses dans notre matériel : une nouvelle batterie est arrivée, Nico a voulu changer, donc ça a joué aussi sur la sonorité des percussions. Ricky a changé de guitare, il est passé sur de nouveaux amplis, moi aussi c’est pareil. Tout en voulant garder la même ligne directrice musicale, on a voulu aller un peu plus loin, se moderniser tout en gardant notre identité. Et surtout se faire plaisir, parce qu’on est de gros amoureux du son en général. 

La voix comme un personnage – nouveaux timbres et featuring

Sur le chant, H. P. a apporté quelque chose de nouveau : une dimension mélodique, du chant clair, ce qu’on ne percevait pas avant.

Sur *Already in Prison* et *Oppressive Generation*, il se passe quelque chose. L’approche avec le matériel, la fraîcheur et les couches sonores fonctionne très bien. Je reviens sur les vocalises, et les backing vocals avec beaucoup de densité. Sans oublier ce moment plus mélodique qui m’a surprise. Je n’arrive pas à situer qui assure le featuring et sur quels morceaux. Oui. Deux morceaux créent la surprise.

* : Au chant, tu as essayé d’apporter quelque chose qui ne se sentait pas avant : une dimension mélodique, du clair. 

H.P. : Musicalement, aujourd’hui, ça s’y prête un peu plus. Et on était arrivé à un moment où c’était quelque chose que je voulais faire depuis un moment : réussir à mettre de la mélodie. Là, ça s’y prêtait mieux. J’avais de la place pour ça.  

Nico : Et donc, du coup, on a travaillé ensemble.  

* : C’est vrai que sur *Already in Prison* et sur *Oppressive Generation*, j’ai senti qu’il se passait quelque chose. Je trouve que l’approche avec le matériel, la fraîcheur, les couches sonores, tout ça, marche très bien. Et au niveau des vocalises, parfois, on dirait presque des backing vocals, mais avec beaucoup de densité. Il y avait aussi un côté mélo à un moment donné, ce qui m’a surprise. Je me suis demandé qui faisait le featuring et sur quels morceaux. Vous allez me le dire ou pas ?  

H. P. : Sur *Already in Prison*, c’est Julien Lebon, chanteur d’Atlantis Chronicles, qui chante sur les refrains. Sur *Oppressive Generation*, c’est moi.  

* : Mais c’est top ! 

Le sens de l’album & ce qui nourrit les textes

Je leur fais part d’avoir beaucoup aimé leur collaboration avec Hexalive. Cela m’a permis de creuser davantage et récupérer pas mal d’informations que je n’avait pas au départ, me permettant de mieux préparer notre échange.

L’album est un voyage sonore et humain. Les textes, bien chargés émotionnellement.. comme s’ils évoquaient les plaies du monde, des blessures qu’on n’arrive pas à cicatriser.. la plume et la voix, bourrés d’une colère déversée sur les morceaux.

Le ressenti est également que l’album à une connotation plus politique, avec des thèmes comme l’écologie, le système, la société et les réseaux sociaux. Et en même temps, techniquement, ce disque sera une décharge électrique incroyable en live.

La question vient, quelle est leur énergie aujourd’hui, qu’est-ce qui motive et ce qui alimente The Discord..

H. P. : Si on parle des textes, ce sont surtout les choses que je ressens, que je vis, les choses qui me dégoûtent. Le fait que Discord soit pour nous un pur exutoire, c’est aussi un exutoire physique, parce qu’on se défend, on donne de l’énergie dans notre musique, mais aussi un énorme exutoire psychologique. Quand il y a un sujet qui me tient à cœur et que j’en parle dans mes textes, une fois la répète finie, je suis vidé et j’ai un sentiment d’apaisement. Contrairement à certains artistes qui vont s’enfoncer dans des sujets compliqués, moi, ça me donne un sentiment de légèreté. Et ça me touche beaucoup que tu aies réussi à capter ça. J’ai vraiment essayé de mettre un point d’honneur à traiter de sujets différents sur chaque morceau. Certains morceaux ont été écrits après un temps d’attente, parce qu’ils ne m’inspiraient pas immédiatement. Chaque musique m’inspirait certaines choses. 

Nico : L’approche, c’est d’essayer de conserver un maximum de dynamique. C’est pour ça que, dans les compos, il y a souvent des changements de tempo et de backbeat. Tous les breakdowns de fin ou du milieu, on essaie de les différencier des parties précédentes. On essaie de garder toujours une dynamique et de faire en sorte qu’un morceau reste vivant. Il ne faut pas que ce soit juste un amas de breakdowns qui s’accumulent les uns après les autres, sinon ça perd toute efficacité. Ce qu’on essaie de faire, c’est de garder un impact quand certains passages arrivent, pour créer cette dynamique. 

Liberté, conditionnement et *Already in Prison*

On revient sur *Already in Prison*, un vrai coup de cœur. Ce morceau est une prise de conscience. Lyriquement, s’agit t’il d’un conditionnement particulier ? Cela parle de l’industrie musicale ou plus largement de tout ce qui nous entoure, comme si nous étions en cage..(?)

H. P. : C’est très général, parce que c’est propre à chacun. Il y a des choses qui vont nous animer, d’autres qui vont nous dégoûter. Parfois, j’ai l’impression qu’on tourne en rond et que, même en faisant des choses qu’on aime, tout cela reste une illusion. Quoi qu’il arrive, c’est souvent pour que certains réussissent à arriver à leurs fins, ni plus ni moins. J’ai l’impression que dès le départ, dès qu’on est tout petit, quoi qu’on fasse, on est conditionné pour arriver à un certain endroit, là où on nous attend, pour que ça devienne rentable, productif, pour générer du capital. On en a besoin, quelque part, pour vivre ensemble, mais c’est un triste constat. Quoi qu’il arrive, tout est bordé, et quoi qu’on fasse, on aura du mal à sortir du cadre.  

* : Comment êtes-vous venus à travailler avec Julien ? L’approche est vraiment bien réussie. C’est frais, et franchement, un featuring comme ça, c’est très agréable à entendre.. 

H. P. : Julien, je le connais un peu par mon activité à côté, en illustration. Il est chanteur dans Early Maggots, le groupe de reprises de Slipknot, et j’ai bossé avec eux pour faire leur artwork. On est donc restés en lien comme ça. Je connaissais aussi Atlantis Chronicles depuis quelques années. Sur ce morceau, on trouvait qu’il manquait quelque chose sur le refrain, donc on s’est dit qu’il fallait trouver un feat. J’ai proposé Julien, et il s’est approprié le truc. Il a réécrit un peu de texte. Je lui ai laissé carte blanche. Il avait déjà du texte, mais il a très bien compris le sujet. Il a réécrit un peu, puis il a posé son chant là-dessus.

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*Shooting Blood from My Eyes*

Sur le clip *Shooting Blood From My Eyes*, leur choix artistique est très fort et brutal. 

Pourquoi cette approche visuelle si brute (?), mentionnant les écrans en arrière-plan et des images dures, et ce personnage ensanglanté.. bien loin d’être une critique, mais une simple question : est-ce important pour The Discord d’avoir cette approche visuelle, et en quoi ?

Rick : Ça se prête bien au côté métal du morceau. Et puis le côté brutal accentue le thème : on se prend tout ça en pleine tête sans en être conscient, à travers nos téléphones, les réseaux, ou même la télévision. Le côté brutal permet de renforcer ça. Et puis ça colle bien au morceau, qui est, je pense, l’un des plus bourrins de l’album. Donc ça s’y prêtait très bien. 

H. P. : C’était vraiment un choix artistique : faire quelque chose de brutal et en corrélation avec le fond de la musique, avec les textes. C’est complètement dans le sujet.  

Rick : Et ça permet aux gens de saigner des yeux.  

[Rires]

La quête du son

Vous savez, pour moi, ce ne sont pas que six morceaux, mais six morceaux très intenses. On les écoute en boucle, parce qu’on a envie d’aller chercher le détail. Il y a même un petit coup de cymbale sur *Oppressive Generation*, tout petit, et j’ai trouvé ça génial.  

Nico : C’est son moment préféré.  

* : C’est vrai. En fait, c’est ça : on va chercher le détail.

Les défis de composition

* : Curiosité : est-ce qu’il y a un morceau qui vous a fait douter ou qui vous a donné du fil à retordre ?  

Nico : On n’est pas très rapides sur la composition. Il y a peut-être quelques morceaux qui nous ont pris plus de temps que d’autres. Je pense à *Already in Prison*. C’est un morceau sur lequel, honnêtement, on a bien galéré. On a mis du temps à trouver sa forme finale. Dans la structure, on l’a modelé plusieurs fois, et on a fait des allers-retours jusqu’à obtenir le résultat final. Après, il y a des morceaux sortis beaucoup plus vite.  

Rick : Moi, justement, on a dû composer *No One Cares* ? Là, on s’est dit : vas-y, on fait un morceau. Celui-là, on le fait vite, si je peux dire.  

Nico : Et celui-là, il a été composé, puis il y a eu un moment où on s’est dit qu’on allait vite passer à autre chose. Mais au final, une fois qu’il est posé, entre ce que tu ressens quand tu le joues et quand tu l’écoutes une première fois sur une pré-prod, tu te dis : “Bon, ok, ça marche, là je vois où on veut aller.” Puis après, tu le rebosses, et on arrive au résultat final. Et au final, c’est un super morceau. Mais voilà, des fois, certains demandent plus de temps que d’autres. 

* : Je confirme, c’est un de mes préférés. Je l’adore, je suis trop contente de l’avoir entendu.

Le sens de la pochette

Le ressenti sur la pochette : la première fois, j’ai pensé au vide, à l’expression “n’avoir rien dans le crâne”. Puis ces ombres derrière, je les interpréte  comme des “moutons”, ceux qui n’arrivent pas à réfléchir par eux mêmes. Mais personne mieux que H. P., et ses talents de dessinateur graphiste, pour nous aider à décortiquer – si il veut bien, ou à laisser à la libre interprétation..

H.P. : L’idée du visage cassé, c’est un peu la même chose que pour *Already in Prison* : quoi que tu fasses, tu tombes souvent sur des gens qui vont t’empêcher d’aller là où tu veux aller. Ils vont briser ton identité ou ton toit intérieur, en fait. Derrière, ce sont plutôt des gens qui t’espionnent, ces fameuses personnes qui s’assurent que tu ne sortes pas du cadre. On ne sait pas qui ils sont, on ne sait pas ce qu’ils font, mais ils tiennent les rênes, ils ont les pleins pouvoirs, et ils veulent juste s’assurer que tu restes là où ils ont décidé. 

L’espoir malgré tout

Après des années à disséquer ces thèmes, y a-t-il encore de l’espoir ? Surtout eux, qui suivent beaucoup les infos : gardent-ils cet espoir en tant qu’humains et musiciens ?

Nico : Il y a toujours de l’espoir. On ne peut pas vivre dans un monde sans espoir, ce n’est pas possible. Même dans les pires situations, il y a des gens qui vivent des choses très compliquées, des populations entières, et ils ont toujours de l’espoir. Il faut toujours en avoir. Je pense que ce sont des cycles. Il y a des cycles qui se répètent à plus ou moins long terme. L’histoire nous a appris qu’il y a des gens dangereux, et elle nous apprend qu’ils sont peut-être en train de revenir. Mais il y a quand même de l’espoir, et il y a des gens qui luttent contre ça. Il y a des gens qui n’oublient pas ce qui s’est passé. Le truc, c’est de se dire, je reviens au nom du groupe : à partir du moment où les gens arrêteront de penser qu’ils ont la science infuse et la vérité absolue dans leur téléphone portable, et qu’ils s’assoient autour d’une table avec un verre pour discuter, alors peut-être que ça ira mieux. Juste ça déjà : arriver à s’écouter, se dire qu’on n’a peut-être pas entièrement raison, qu’on n’a peut-être pas entièrement tort, qu’il faut mettre de l’eau dans son vin et faire des compromis. À un moment, c’est la seule option viable à long terme pour que les choses aillent mieux. Pour l’instant, l’actualité ne va pas vraiment dans ce sens, mais on espère que ça ira mieux.

Rick : Il faut de l’espoir, mais moi je suis quand même pessimiste sur beaucoup de sujets à l’échelle mondiale : l’écologie, les interventions, l’arrivée de l’intelligence artificielle qui apporte peut-être des bonnes choses, mais aussi… C’est un grand sujet. J’adore parler de politique ou de sujets de société, si on me lance, je ne m’arrête plus. Mais je pense qu’il faut garder de l’espoir. À titre personnel, sur beaucoup de sujets, je suis malheureusement assez pessimiste sur l’avenir.

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L’impact de l’album

* : Est-ce que cet album, *A Massive Illusion*, vous a changés ? En tant qu’individus et en tant que musiciens ? 

Nico : Pas en tant qu’individu, je ne dirais pas ça. Mais en tant que musiciens, oui. On a fait beaucoup de changements et on a voulu franchir un cap. On s’en est donné les moyens. En live, par exemple, on joue au clic aujourd’hui, ce qu’on n’avait jamais fait avant. Il y a eu de gros changements techniques qui nous ont poussés à aller plus loin et à être plus exigeants avec nous-mêmes. Ça a beaucoup changé, et en bien.  

Rick : La mise en place en amont de Nico a beaucoup compté : le clic, la programmation, plein de choses. Ça nous amène aujourd’hui à un vrai confort sur scène. On n’a pas encore fait beaucoup de dates, mais je trouve que les derniers concerts nous permettent de plus nous lâcher et d’être vraiment à l’aise.

L'après la sortie de l'album..

 * : Avant de conclure, est-ce que vous voulez ajouter quelque chose ? Des exclus, des dates ? L’album sort le 3..

H.P. : Oui, on a des choses à annoncer. Je suis en train d’essayer de gérer ça, parce qu’on est calés sur pas mal de petites dates dernièrement. Le problème, c’est que chacun dit : “Oui, mais attends avant de balancer ça, on veut être prêts pour ci et pour ça.” Au final, il faut attendre un peu tout le monde, et si tu attends tout le monde, tu ne balances jamais rien. C’est un peu pénible. Le 2 avril, on a une soirée radio, donc une interview radio, puis le lendemain, la release party. On joue à Laval avec DownStater, le nouveau groupe de JP. Nous, on ouvrira pour eux. Ce sera l’occasion de présenter l’album, qui sera en vente sur place. Et puis il y a d’autres dates qui arrivent après. À la sortie de l’album, il y aura aussi la sortie d’un clip le même jour : le deuxième clip, *Oppressive Generation*.  

On sort l’album avec un nouveau single et un nouveau clip. Et tu vas voir que le clip est aux antipodes du premier. On n’a pas voulu trop se répéter, on a voulu faire un truc radicalement différent. Tu verras, on en reparlera. 

 

PLUS D’INFORMATIONS :

Album :  A MASSIVE ILLUSION

DATE DE SORTIE : 03.04.2026 

LABEL : M&O LABEL

ARTWORK : HPB GRAPHIC DESIGN

 Production, mix et mastering

– Amaury Sauvé : la prise de son & le mixage (The Apiary Studio)  https://www.theapiarystudio.com

– Mastering confié à Thibault Chaumont (Deviant Labs Mastering)  https://www.deviantlab.com

 

Notre Avis :

Illusion Collective, Désillusion Universelle

Dans la pénombre du studio The Apiary, quelque part en janvier 2025, le power trio français The Discord continuait de forger son nouvel exutoire sonore : *A Massive Illusion*. 

Six titres brûlants, six diagnostics d’un monde malade, six points d’impact d’un métal devenu conscience.  

Plus hargneux, plus lourd et plus organique qu’*An Ocean of Fears*, cet opus scintille entre dévastation et clarté, propulsé par un son modernisé et viscéral : nouvelles guitares, amplis repensés, batterie retravaillée, prise live puis overdubs chirurgicales. La matière sonore est brute, sans fard, mais taillée au scalpel.   

Sous la houlette du sorcier du son Amaury Sauvé, la production prend des allures de manifeste technique : un mix organique qui respire, laisse vivre les dynamiques et traduit la tension du trio sans la trahir. En aval, Thibault Chaumont signe un mastering percutant, précis et massif, transformant la rage en architecture sonore.  

Le résultat ? Un mur émotionnel qui ne s’effondre jamais sous son propre poids, mais encadre un discours de feu — celui d’une génération lucide, désorientée, en quête de sens entre mensonges collectifs et dérives technologiques.   

Dès les premières secondes, le groupe ouvre une brèche dans la chair du réel. 

Ce registre est un miroir terni, tendu à une humanité engourdie qui confond confort et liberté. Sous le vacarme des guitares et la rage contenue des voix, une idée martèle comme un glas : nous vivons dans une prison que nous appelons progrès. 

*No One Cares* allume la mèche par les cris de la Terre et l’indifférence des hommes. Hymne cathartique à la fin d’un monde : riffs saturés, groove impitoyable, tension vocale à vif. Le trio dénonce le suicide écologique avec une intensité quasi apocalyptique. Derrière les syncopes et les variations de tempo, Nico cisèle la batterie comme un manifeste rythmique – triggers calibrés, frappes sèches, toms abyssaux. La texture dense reflète la suffocation de la planète ; le mix amplifie chaque respiration, chaque déflagration.  

De la brûlure environnementale à la fièvre sociale, la colère des opprimés dans * Violence* renverse les perspectives : ici, les « violents » sont ceux qui souffrent, ceux qui répondent — ceux qui refusent. Le morceau déchaîne une rage méthodique, aiguisée contre le pouvoir qui corrompt.  Les riffs oscillent entre tension hardcore et lourdeur post-metal ; la structure s’effrite volontairement, laissant respirer des zones de ‘déséquilibre’ sonore, miroir des injustices dénoncées.  Les vocaux de H.P. s’altèrent, oscillant entre rugissement et chant clair — témoin d’une dualité émotionnelle rare : l’indignation rationnelle face à une société qui calligraphie sa propre oppression.   

Puis vient *Shooting Blood from My Eyes*, est-ce le dégoût du monde, ou la douleur de voir clair qui font pousser ce cri intérieur (?), cette implosion de chair et d’esprit face au chaos. L’épuisement transpire dans chaque note, comme si la beauté du monde était devenue insupportable à contempler. 

La technique s’efface pour servir la catharsis. La prise live conserve la vulnérabilité brute ; les overdubs ajoutent cette couche de désespoir suffocant. La ligne de basse, grasse et rampante, agit comme un battement cardiaque à bout de souffle. Le mix traduit ce contraste – équilibre fragile entre saturation et clarté, entre révolte et beauté corrompue.  La mélodie, presque fragile sous la lourdeur des distorsions, exprime une tension constante entre amour et dégoût, entre la volonté de croire et l’envie de disparaître. On n’y trouve ni résignation ni délivrance — seulement cette vision rouge, celle d’un être trop lucide pour encore fermer les yeux. 

*Already in Prison*, notre illusion de la liberté dresse le constat le plus glaçant : la cage est invisible, et pourtant, nous y vivons tous.  

Les couplets s’enchaînent comme des pages d’un manifeste désillusionné, évoquant la manipulation, l’obéissance, la mascarade d’un monde libre. Le featuring de Julien Lebon amplifie cette tension psychologique, faisant du morceau un duel entre conscience et mensonge. Structure labyrinthique, breaks décalés, changement de signature rythmique – la technique devient langage du conditionnement. Le chant alterné entre H.P. et Lebon oppose deux consciences : celle qui observe et celle qui subit. Le mastering intensifie les contrastes sans noyer la portée symbolique : un enfer sonore d’allégeance et d’illusion.

Plus intime, l’épuisement et la peur du lendemain dans *Worries Me* laissent filtrer une tendresse désolée. Sous la rugosité du son, les cordes de Rick, désormais plus rondes, portent un semblant de lumière dans la noirceur. Le trio y dépose ses armes et expose la fragilité au cœur de sa colère. Les références au grunge et au post-hardcore s’entremêlent, donnant au disque un souffle introspectif rare. Le mix capture cette humanité à vif — rien d’artificiel, seulement la tension sincère d’un groupe croyant encore à la possibilité d’empathie.   

Enfin, *Oppressive Generation* referme la boucle dans une étincelle de lucidité numérique. Le monde est connecté, mais l’âme déconnectée.. 

Le groupe y dénonce une ère où l’écran juge plus vite qu’il ne comprend, où la communication s’est muée en arme sociale. Sous le vacarme contrôlé et la rythmique nerveuse, se cache une revendication simple : redevenir humain dans un monde d’opinions automatisées. Le morceau, acéré et obsédant, avec en surprise les touches de chant clair par H.P., achève l’album sur un ton à la fois désespéré et combatif : celui d’une génération qui refuse de disparaître sous le poids de ses propres illusions. 

The Discord ne cherche pas la beauté du désespoir, mais la vérité qu’il recèle. Chaque titre y est une fissure dans la surface polie du monde moderne.  

Entre metalcore viscéral et post‑metal introspectif, le trio oppose rage et réflexion, puissance et fragilité. La production est d’une précision chirurgicale : chaque silence pèse, chaque saturation respire.  

L’ensemble compose une fresque oppressante mais nécessaire — un manifeste d’éveil, au croisement du chaos et de la clarté. *A Massive Illusion* rappelle qu’il n’y a pas de salut sans regard lucide : nous sommes les artisans de notre chute, mais peut-être aussi les architectes de notre renaissance.  

TRACKLIST :

1-NO ONE CARES 

2-VIOLENCE 

3-SHOOTING BLOOD FROM MY EYES 

4-ALREADY IN PRISON 

5-WORRIES ME 

6-OPPRESSIVE GENERATION

 
 

THE DISCORD

  / thediscordband     / thediscordband   Official Store (Merch&CD) : https://thediscord.sumupstore.com

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