SWARTZHEIM
Forgés par la Compétition, Nourris par le Chaos
Interview par Yann Lachaire
Photo Credit: Cecilie Frost
Issu de la scène metal underground vibrante de Randers, au Danemark, SWARTZHEIM s’est forgé une réputation bien plus grande que ses années d’existence. Formé en 2018, le groupe porte un nom — une déformation de Svartalfheim, tiré de la mythologie nordique — qui mêle mystère et rugosité, associant des racines mythiques à une esthétique presque industrielle. Derrière les murs des salles de répétition et des centres jeunesse danois, les membres ont fusionné leurs parcours musicaux contrastés pour créer un son fondé sur la férocité, la précision et une identité affirmée.
Dans un pays où chaque semaine voit naître un nouveau groupe de metal, SWARTZHEIM s’est distingué non seulement par son intensité technique, mais aussi par ses performances live implacables. Avant même d’avoir sorti un album complet, ils avaient déjà conquis les scènes de Wacken Open Air 2024 et Copenhell 2025, décrochant au passage des distinctions comme “Den Hårde Tone – Best Upcoming Live Act”. Leurs concerts électrisants brouillent les frontières entre discipline et chaos — un son nourri autant par leurs racines thrash que par l’impulsion brute du hardcore.
Alors qu’ils s’apprêtent à sortir leur premier album Wounds ce 5 décembre, SWARTZHEIM transforme cette volatilité scénique en puissance de feu en studio, et j’ai eu le plaisir d’échanger avec Joe Thinggaard Timmins, guitariste et membre fondateur.
Restant totalement indépendants, le groupe continue de tracer sa propre voie, guidé par l’intégrité et une volonté constante d’évoluer. Avec Wounds, à la fois aboutissement et nouveau départ, SWARTZHEIM semble prêt à pousser son metal crossover vers des territoires encore inexplorés — là où l’adrénaline rencontre le sens, et où le chaos devient art.
Le nom “Swartzheim” vient d’un écho oublié de “Svartalfheim”. Joe explique que le guitariste Niels l’a inventé après avoir été inspiré lors d’un camp de jeunesse en Suède.
Yann :
Le nom Swartzheim a une sonorité forte, presque industrielle. Quelle est l’histoire derrière ce choix de nom ?
Joe :
En fait, c’est notre guitariste Niels qui l’a trouvé. Il était dans une colonie de vacances en Suède où il a entendu parler de mythologie nordique. Il existe un royaume appelé Svartalfheim, mais il a oublié le nom exact et il s’est retrouvé avec Swartzheim en tête. Il trouvait que ça sonnait bien, donc quand il a monté le groupe, il a décidé de l’utiliser.
Yann :
Et ça sonne super !
Les premières reprises de Metallica et Slayer ont évolué vers une fureur thrash-crossover. Nightmare Logic de Power Trip et None So Vile de Cryptopsy ont redéfini leur direction.
Yann :
Vous vous êtes formés en 2018 à Randers, au Danemark. Comment vos différents parcours musicaux se sont combinés pour façonner le son de Swartzheim ?
Joe :
On est tous de gros fans de thrash metal. Au début, on faisait des reprises de Metallica, Slayer… avant d’écrire nos propres morceaux — qui, honnêtement, étaient juste des copies de ces groupes emblématiques. Avec le temps, on s’est mis à écouter des choses plus lourdes et on a découvert le hardcore. L’album Nightmare Logic de Power Trip a été une énorme influence.
On était encore à l’école quand cet album est sorti, et il nous a vraiment soufflés. À partir de là, on a commencé à pousser notre son dans cette direction, tout en ajoutant des éléments death metal. On est de grands fans de Cryptopsy — None So Vile est l’un des plus grands albums de tous les temps. Il y a une énergie dedans qu’on a toujours essayé de canaliser tout en gardant notre identité thrash crossover.
Petit pays, énorme scène. Joe dit que la communauté métal danoise est “ultra-compétitive mais incroyablement motivante”.
Yann :
Quel rôle a joué l’environnement danois dans votre évolution ?
Joe :
La scène métal danoise est assez intense, surtout vu la taille du pays. Il y a une nouvelle formation métal quasiment chaque semaine ! Et c’est drôle, parce qu’en concert, environ 90% du public est composé… de musiciens. Mais la compétition est vraiment saine. Ça te pousse à t’améliorer. On a toujours eu une forte passion pour la musique et on veut vraiment en vivre. Quand on a vu des groupes comme Baest exploser — notamment grâce à un documentaire à la télé danoise — ça nous a inspirés. Ils n’étaient pas beaucoup plus vieux que nous, alors on s’est dit : “S’ils peuvent le faire, pourquoi pas nous ? ”Voir d’autres groupes réussir ici te garde motivé. On va à plein de concerts, on analyse ce que les autres font, et on se demande comment on peut progresser. Ce genre d’environnement — intense, compétitif mais inspirant — nous a formés.
Et au Danemark, le death metal est énorme. Quand on a commencé en tant que simple groupe de thrash, ça ne suffisait pas pour se démarquer. Trouver comment mélanger les genres tout en restant nous-mêmes est devenu essentiel pour percer.
Yann :
Ça explique la différence entre votre première sortie Clinical Nightmare et le nouvel album Wounds.
Joe :
Absolument !
“On se donne autant pour 20 personnes que pour 2 000”, dit Joe. Imprévisible, physique et brut — chaque concert donne l’impression d’être le premier.
Yann :
Vous avez aussi joué dans de grands festivals européens — Wacken et Open Hell 2025 — avant même la sortie de votre premier album. Qu’est-ce qui, selon toi, a attiré les promoteurs vers vos concerts ?
Joe :
Probablement l’énergie. On a très vite compris que le métal n’a pas besoin d’être réinventé — il doit juste être fait extrêmement bien. Et ça inclut les concerts. On écrit nos chansons en répétition, on les joue en live avant de les enregistrer, et on observe très attentivement les réactions du public. Si quelque chose ne fonctionne pas, on le modifie. Si ça frappe fort, on le garde. On veut que notre son studio reflète notre présence scénique. Sur scène, on devient complètement fous — qu’il y ait 20 personnes ou 2 000. Tout le monde a payé son billet, donc tout le monde mérite notre énergie maximale. Le public rend tout ça possible, on ne l’oublie jamais.
La constance est essentielle aussi. Même si quelqu’un passe une mauvaise journée, on se soutient. Et on aime un peu d’imprévu — si on se rentre dedans sur scène, tant mieux ! Ça ajoute du réalisme et du fun.
Yann :
Étant également musicien, je suis entièrement d’accord. Vous avez aussi gagné l’Ardent Tone Award du Meilleur Acte Live Emergent. Quel impact cela a-t-il eu ?
Joe :
Ça n’a pas vraiment changé notre approche. On est fiers et reconnaissants — ça fait plaisir d’être reconnus — mais ce qui compte le plus, c’est le public. Jouer un show intense dans un petit sous-sol où tout le monde devient fou a autant de valeur pour nous que gagner un prix. C’est peut-être un signe qu’on est sur la bonne voie, mais on ne change rien pour autant. On continue simplement d’avancer.
Avec le producteur Jacob (ex-Hatesphere) et le mixeur Jack Shirley (Deafheaven), Swartzheim a enregistré Wounds sans métronome ni quantification de batterie. “C’est 100% nous”, insiste Joe.
Yann :
Parlons de la production. Quelles décisions d’enregistrement ou de mix vous ont aidé à capturer l’énergie chaotique de Swartzheim dans Wounds ?
Joe :
On a travaillé avec Jacob, un ami qui chantait dans Hatesphere. Il a produit et mixé énormément d’albums et comprend vraiment le son live. On voulait quelque chose de très organique. Niels et moi avons utilisé des sons de guitare différents et enregistré nos propres pistes — pas de “un guitariste qui joue les deux côtés”. Ça donne un vrai feeling dual-guitar.
On a fait mixer et masteriser par Jack Shirley, aux États-Unis — il a bossé avec Gouge, Deafheaven, et plein de groupes hardcore. Son travail est brut, percutant, précis. On n’a pas utilisé de métronome pour la plupart des parties, et les batteries ne sont pas quantifiées. On voulait quelque chose de naturel et d’humain.
Yann :
C’est rare aujourd’hui !
Joe :
Ouais je suis d’accord.
Chaque morceau commence par un riff et se termine par un consensus du groupe. “Si seulement deux d’entre nous aiment, c’est que ce n’est pas fini”, plaisante Joe.
Yann :
Comment fonctionne généralement votre processus créatif ?
Joe :
Ça commence toujours par un riff, écrit par moi, Niels, notre bassiste Ebbe ou notre chanteur Jeppe — tout le monde joue de la guitare. Ensuite, on construit les morceaux ensemble. Comme on a tous des influences différentes, ça prend du temps pour finaliser un morceau. Si deux personnes écrivent quelque chose seules, ce n’est jamais vraiment terminé tant que tout le monde n’a pas donné son avis. La dynamique de groupe est essentielle.
Attendez-vous à davantage de mordant hardcore et de virages mélodiques. Environ deux morceaux et demi du deuxième album sont déjà terminés.
Yann :
Votre son crossover mélange thrash et hardcore. Où voyez-vous cette fusion évoluer ?
Joe :
On penche davantage vers le hardcore en ce moment, tout en expérimentant des parties mélodiques. Le côté brut du hardcore est incroyable, mais ça peut devenir répétitif, donc on cherche à varier. En ce moment, on écoute plein de trucs — Malevolent Creation, Deafheaven, etc. — pour élargir nos oreilles et trouver de nouvelles voies. On a déjà environ deux morceaux et demi pour le prochain album.
Yann :
Hâte d’entendre ça.
Yann :
Petite question technique : quel accordage utilisez-vous?
Joe :
Mi bémol. On avait un troisième guitariste, Jonas, qui joue quelques solos sur l’album. C’est lui qui a proposé le Mi bémol : “Si tu peux rendre un riff lourd en Eb, c’est que c’est un bon riff.” On était jeunes et on s’est dit que ça avait du sens, et depuis, on l’a gardé. C’est flexible : précis mais lourd quand il faut.
Non signés par choix, Swartzheim gère sa distribution et son PR. “Tu ne peux pas juste céder tes droits pour dix ans”, note Joe.
Yann :
Votre album Wounds sort indépendamment le 5 décembre — une étape importante. Pourquoi rester indépendants ?
Joe :
On veut simplement le bon deal. Certains labels nous ont approchés, mais on préfère viser haut ou ne rien signer. Un mauvais contrat peut te faire perdre tes droits pendant une décennie.
Donc on a décidé de tout gérer nous-mêmes — avec un bon distributeur et une bonne équipe promo. Pour l’instant, ça se passe super bien.
Yann :
Vous êtes encore très jeunes, mais vous naviguez déjà dans l’industrie avec prudence. Comment voyez-vous l’évolution du groupe dans les années à venir ?
Joe :
En devenant meilleurs, en explorant de nouvelles idées, et en écrivant ce qui nous semble juste. C’est tout ce qui compte.
Yann :
Si tu devais résumer Wounds en un mot ?
Joe :
Agressif.
Yann :
Ça colle parfaitement — c’est un vrai coup de massue. Comment avez-vous décidé de l’ordre des morceaux ?
Joe :
On a fait ça collectivement, en se concentrant sur le flow. Par exemple, “Discarded” clôture la face A du vinyle, puis quand tu retournes le disque, “Spitting Nails” démarre directement. C’est une question d’énergie et de dynamique, pas d’un concept strict.
Un mélange d’émotion et de réflexion — moitié personnel, moitié social. Joe décrit l’album comme “un exutoire pour tous ceux qui en ont marre du monde”.
Yann :
Avec le climat actuel, quelle part de Wounds relèverait de la catharsis personnelle, et quelle part du commentaire social ?
Joe :
Je dirais 50/50. Certains morceaux mélangent les deux. On garde les paroles assez ouvertes pour que chacun puisse s’y projeter — frustration, douleur, colère… On veut que les gens trouvent leur propre sens.
L’album joué en intégralité au release show, ainsi que des ambitions de festivals en France. “On garde un œil sur Wacken, Hellfest et Motocultor”, dit Joe
Yann :
Et que peuvent attendre les fans de la release party et des concerts à venir ?
Joe :
On va jouer Wounds en entier, plus quelques nouveaux morceaux et des anciens retravaillés. Ça va être fort, brut et fun.
Yann :
Des dates prévues en France bientôt ?
Joe :
Pas encore, mais on cherche clairement la bonne opportunité. Notre agent regarde des festivals européens comme le Hellfest ou le Motocultor — c’est notre priorité actuelle.
Les tournées ayant vidé leur caisse, le bassiste Ebbe a conçu la pochette lui-même. “C’était superbe — et ça n’a rien coûté”, rit Joe.
Yann :
Dernière question : parlez-nous de la pochette. Elle est marquante — griffes, clous, couleurs, pilules. Quelle est son histoire ?
Joe :
C’est une histoire marrante. On est partis en Norvège cet été, ça nous a complètement vidés financièrement. À notre retour, notre manager nous dit : “Il nous faut l’artwork maintenant.” Mais on n’avait plus un rond pour payer un artiste.
Alors notre bassiste Ebbe s’est posé un après-midi, a fait l’artwork lui-même, puis nous l’a envoyé. On a tous halluciné — c’était incroyable. Il n’avait jamais fait ça avant, mais ça collait parfaitement, et ça n’a rien coûté.
Yann :
Ça colle tellement bien à l’album — brut mais intentionnel. Merci pour ce partage.
Joe :
Oui, on adore le résultat.
Yann :
Joe, merci beaucoup pour ton temps et ta franchise — c’était une super interview.
Joe :
Merci de m’avoir invité !
Dernier mot :
“Allez écouter Wounds ! Montez le son et faites du bruit.“
Yann :
Un dernier message pour vos fans français ?
Joe :
Oui — allez écouter Wounds ! Montez le son et faites du bruit !
Yann :
On leur dira ! Merci encore pour ton temps.
Joe :
Merci !
Yann :
Prends soin de toi, reste heavy !
Joe :
Toujours !
Tracklist:
Intro
Wounds
No One To Blame
Sympathy
Discarded
Spitting Nails
Artillery
Execute
Thrown Away
Outro
Line-up :
Jeppe Halse Fugleberg (vocals)
Joe Thinggaard Timmins (guitar)
Niels (Napalm) Kasule (guitar)
Ebbe Hyldahl Rask (bass)
Sebastian Vestergaard (drums).