Vecteur Magazine

STINKY - L'impact engagé pour l'avenir

Par Gwen Flégeau

Le groupe de punk/hardcore Stinky revient avec son quatrième album le 21 février. Le quintet nantais a vu son line-up changer depuis le dernier opus, et fort de nombreuses expériences scéniques sous cette forme neuve, il nous propose « SOLACE », un album aux influences nouvelles qui a su garder l’esprit originel et l’énergie intrinsèque de Stinky. Les messages sont forts et engagés, les riffs affutés et les mélodies saisissantes. Maxime et Clément, respectivement bassiste et guitariste du groupe, ont accepté de répondre à quelques questions pour nous présenter ce nouveau projet.

Crédit photo : INSANE MOTION

« SOLACE » va sortir en février. Ce nouvel album traite de sujets actuels et forts et continue à affirmer l’identité de Stinky dans les messages transmis depuis les débuts du groupe, comme la place et la représentation des minorités de genre et la santé mentale notamment. Pouvez-vous nous en dire plus sur les thèmes abordés et le message général de « SOLACE » ?

  • Maxime : effectivement comme tu dis, l’album traite de pas mal de sujets. C’est Clair, le chanteur, qui a écrit tous les textes. On a validé tous ensemble en fonction des sujets qui touchaient les uns et les autres. Il y a pas mal de choses qui sont liées à sa vie, mais qui en même temps nous touchent tous les 5, et je pense, peuvent toucher une grande partie des gens. On aborde notamment le syndrome du sauveur, le fait que ça ne soit pas forcément évident de se relever après une fin de relation, l’identité au sens large même si Clair en parle directement pour son identité de genre, le soi, être aligné avec soi-même, avec qui on est. Ça parle un petit peu de tout ça. Il y a également un texte qui parle de nos relations aux animaux et aussi d’environnement. Voilà, pour faire un état des lieux assez grossier.
  • Clément : ça peut faire un peu écho à chacun, c’est vrai qu’il y a des thèmes assez précis, mais je pense que c’est assez transposable à ce que chacun peut vivre lui-même. Ce qu’il est important de dire aussi, c’est que c’est un peu dans la lignée de ce qui a été fait auparavant, tous les combats et les messages qui sont portés depuis le début, mais avec un regard plus positif, sur l’avenir en tout cas. On essaie de se dire qu’il y a une lueur d’espoir dans tout ça, et c’est pour ça effectivement que l’album s’appelle « SOLACE ». Ça nous parlait vraiment. Il faut se dire que malgré tout ce qui nous entoure, tout ce qui nous embête, tout ce qui nous porte préjudice dans nos vies, de loin, de près, il y a quand même, au fond de ça, un endroit où on est bien, une lueur d’espoir, du positif.

 

Musicalement, « SOLACE » s’inscrit dans la lignée des albums précédents, tant dans l’énergie que les mélodies, mais il est aussi marqué par des riffs lourds et des breaks à se faire mal à la nuque empreintés au metal voire au metalcore notamment sur « Natural Savior » et « Grass Snake », tout en restant résolument hardcore, dans les refrains et les chœurs. Comment pensez-vous que les fans de la première heure vont accueillir ces nouvelles sonorités ?

  • Maxime : c’est sûr que l’album a pris une petite évolution, déjà le line-up a beaucoup changé, donc forcément il y a de nouvelles influences. Je parle au nom de nous 3, Clément, Enzo et moi. On a des nouvelles influences à apporter à Stinky. On a voulu garder évidemment l’énergie et les engagements du groupe, que Stinky a toujours eus, mais avec ces nouvelles influences, on est partis sur des choses qui peuvent être parfois plus mélodiques, des refrains qu’on pourrait retrouver presque dans la pop, et en même temps des riffs de metal et de hardcore qui sont un poil plus modernes. Par exemple, Enzo écoute beaucoup Alpha Wolf, on écoute beaucoup While She Sleeps et ce genre de choses, des influences qu’il n’y avait pas forcément beaucoup avant.
  • Clément : c’est vrai qu’au-delà des nouveaux arrivants, c’était des discussions qu’on avait, l’envie d’explorer d’autres horizons musicaux, apporter des nouvelles couleurs. C’était un peu l’occasion, ça a permis d’explorer d’autres choses et de mélanger les styles avec un peu plus de chant clair, des parties metal encore plus metal, c’est effectivement un autre paysage. Comment vont l’accueillir les fans de la première heure, ça c’est la grande question, après je pense que ces fans-là ont aussi évolué pour le plus grand nombre, au niveau de leur goûts musicaux, donc ils s’y retrouveront peut-être.
  • Maxime : il y aura forcément des fans d’avant qui n’aimeront pas, qui partiront mais en même temps je pense que ça peut toucher de nouvelles personnes.

 

Vous avez tous les deux rejoint la formation fin 2022. Comment s’est passée votre intégration au groupe et dans le processus créatif de « SOLACE » ?

  • Maxime : c’est cool parce que les trois gars qui sont partis avaient vraiment envie que le groupe continue. Leur départ était lié à un choix de vie que tout le monde respecte. Ils nous ont vachement aidés et ils nous ont filé beaucoup d’outils, on en a parlé vraiment ensemble. Je sais que Clair et Paul en parlaient beaucoup avec Titouan, Seb et Antoine (les 3 membres qui ont quitté Stinky), et en gros, les gars validaient complètement le choix que le groupe continue. Ils avaient tout le temps un petit œil, surveillaient qui arrivait dans le groupe, comment ça se passait. Ils nous ont filé des vidéos d’eux qui jouaient les anciens morceaux pour qu’on puisse les apprendre, c’était hyper bienveillant.
  • Clément : l’avantage, c’est que la manière de composer cet album-là a été totalement différente de la manière qu’ils avaient de faire avant, donc ça a été hyper naturel. La manière de faire était différente et plutôt efficace, puisqu’on a travaillé en sessions studio, en demi-journées où ceux qui pouvaient être là étaient là. On bossait sur des 3-4h de studio, et pas forcément en répète de manière conventionnelle où on tente des trucs. En fait, on n’a jamais trop répété ces morceaux-là, on les a vraiment faits en studio. On avait déjà plein de débuts ou de bouts de morceaux, ça a été l’occasion d’en faire des vrais. On en avait peut-être une quinzaine vraiment finis, on en a choisi 10.

Stinky s’est fait une vraie place sur la scène punk hardcore française, mais vous vous êtes exportés à l’étranger avec brio, au point d’avoir pu avoir deux grands noms du mouvement punk hardcore international sur « SOLACE ». Comment se sont passés l’écriture et l’enregistrement avec Andrew Neufeld (Comeback Kid) et Lou Koller (Sick of it All), et comment avez-vous appréhendé votre travail avec eux ?

  • Clément : ça s’est fait très naturellement, en tout cas dans la demande. Le nom de Lou Koller est venu assez rapidement, celui d’Andrew aussi, ce sont deux artistes de deux groupes qu’on affectionne particulièrement. On sait que Lou aime le groupe et le suit depuis longtemps. C’était l’occasion de demander à ces deux artistes s’ils voulaient collaborer. Pour la demande, on leur a envoyé un petit message sur Instagram. Lou a répondu très rapidement, peut-être pas dans l’heure mais en tout cas dans les heures qui ont suivi. Il était hyper chaud !
  • Maxime : une semaine après on avait déjà 4 prises différentes, c’est assez impressionnant.
  • Clément : quelques semaines après, on était en Angleterre justement en concert. Il nous a envoyé des prises en mode « bon voilà, vous me dites ». C’est assez dingue de se dire qu’il était aussi partant et qu’il l’ait fait aussi vite. Andrew a mis plus de temps, je pense que c’est un gars qui est très occupé, qui a énormément de concerts tout le temps, et qui a beaucoup de choses à faire en-dehors, mais il était quand même partant, et finalement il a réussi à faire quelques phrases. Normalement ça devait être un petit peu plus long mais on n’a pas été trop difficiles. C’était vraiment cool qu’il accepte. Ce sont deux chanteurs qui ne sont pas réputés pour faire énormément de featurings en plus, donc c’est vraiment cool.

 

Quelles sont vos influences et lesquelles ont été les plus impactantes dans l’écriture de « SOLACE » ?

  • Maxime : c’est très varié, j’ai déjà commencé à en parler un petit peu avant effectivement mais, je parle au nom d’Enzo, il va y avoir pas mal Alpha Wolf, While She Sleeps, on est tous très fans aussi de ce que fait Landmvrks par exemple, beaucoup de metal, hardcore, metalcore et metal assez moderne finalement.
  • Clément : on se rejoint sur quelques noms comme While She Sleeps, Landmvrks, c’est vraiment deux noms sur lesquels on se retrouve tous, et après c’est vrai qu’il y a vachement de trucs différents. Enzo va écouter beaucoup de metal très moderne, Maxime beaucoup de choses post-hardcore, Clair écoute aussi énormément de pop très moderne, en tout cas pas mal d’artistes assez actuels dans la pop, le rap etc. C’est vrai que c’est très varié.
  • Maxime : Clair et moi, on a pioché certaines mélodies de refrain dans Billy Talent ou Paramore, pas mal ce genre de choses. On adore aussi les gros riffs de Knocked Loose ou ce genre de groupes, ça va un peu partout.

 

Je sais qu’il va être difficile de faire un choix, mais quelle est, pour vous, LA chanson de « SOLACE » qui représente le plus l’esprit de STINKY ?

  • Clément : là c’est dur quand même, mais c’est une bonne question. J’en ai une voire deux…
  • Maxime : qui ne résume pas le groupe mais qui est le plus fort de l’album, je dirais « Alignment » parce que… Ah non non pardon, « Mourning Flowers », qui sort très bientôt, dans 2 ou 3 semaines, et c’est vraiment ce côté très solaire dont on parlait, le concept et le nom de l’album est tiré de ce morceau-là, donc je dirais « Mourning Flowers » effectivement.
  • Clément : oui pareil. Je dirais celui-là, parce que de toute façon j’y crois depuis le début. Et à la limite peut-être « Natural Savior », pour plein d’autres raisons parce que je trouve que c’est un bon mélange de ce qui se faisait avant et de ce qu’on fait maintenant. Mais « Mourning Flowers ».

 

« Mourning Flowers » est pour moi la pépite parmi les pépites de l’album, l’émotion transmise par la musique, qui est un mélange savant d’énergie et de mélancolie, suffit à comprendre le thème abordé, même sans être anglophone. Pouvez-vous nous parler plus en détail de ce morceau ?

  • Maxime : c’est donc toujours Clair qui a écrit le texte. C’était beaucoup en rapport avec sa transition de vie, pas de genre, on va dire ça comme ça, où il parle du fait de retrouver un petit peu un cocon, dans toutes les difficultés qu’on peut traverser et particulièrement qu’il a pu traverser ces derniers mois voire ces dernières années. Le fait de se retrouver un nouveau cocon et de reconstruire les choses avec les personnes qui nous entourent, son chez-soi, de se sentir bien malgré les difficultés de la vie finalement, si je devais résumer le sens.
  • Clément : du coup c’est une suite, je ne sais pas si je devrais le dire mais on s’en fout : le clip est une suite de celui d’ « Under Care »… J’en dis pas plus comme ça vous irez voir le clip ! Pour moi c’est le plus beau clip de tous ceux qu’on a sorti sur « Solace » en termes de couleurs, de lumière.
  • Maxime : on a travaillé avec Les Furtifs, avec Corentin Schieb qui a réalisé les deux clips, « Under care » et « Mourning Flowers ».
  • Clément : Les Furtifs ont réalisé 4 clips ! « Down in the Dumps », « Alignment » et ces deux-là. C’est Corentin qui a vraiment pris en charge toute la DA et tout l’esprit sur les 2 derniers.
  • Maxime :  d’où le fil conducteur.

Vous êtes partis sur les routes en 2023 et 2024, quel est votre meilleur souvenir de live ? Quelles dates vous ont vraiment marqués ?

  • Maxime : pour moi, le Hellfest. C’était un moment indescriptible, c’était incroyable de jouer devant autant de monde. C’est vrai qu’on avait beaucoup d’appréhensions à participer au festival, on ne savait pas comment allait être reçu le groupe, et comment allaient être reçus nos messages. Quand on a vu cette foule, on ne savait pas trop à quoi s’attendre, et en fait, c’était juste incroyable. Une communion magnifique. Sinon, en souvenirs un peu plus roots, il y avait les deux dates en Angleterre, c’était un pur week-end, il s’est passé beaucoup de choses, on est passés par beaucoup d’émotions, sacrée expérience.
  • Clément : humainement entre nous, je trouve que l’Angleterre c’était vraiment marquant. C’était assez court, intense, c’était un beau voyage, on a vécu plein de beaux moments là-bas. Et puis après, oui, le Hellfest, forcément c’est indescriptible de jouer devant autant de personnes, il y avait une vraie communion, c’était vraiment cool.

 

Pour vous avoir vus notamment au Hellfest, Stinky est pour moi une formation taillée pour la scène, on sent une vraie alchimie entre vous et ça contribue fortement à l’énergie transmise en live. Vous pouvez nous en dire plus ?

  • Clément : je ne sais pas s’il y a de réelle explication. Je pense qu’on a très vite compris que sur scène, il y avait une vraie connexion entre nous et qu’on avait besoin de se regarder, de se faire des petits sourires, de se donner un peu de force comme ça. Je ne sais pas pourquoi c’est très vite venu, et il y a des moments où ça se ressent plus que d’autres. Justement au Hellfest, on nous a beaucoup dit que cette connexion entre nous, c’était plutôt joli à voir. Donc comment, pourquoi, je ne sais pas, il y a des relations d’amitié et d’affection qui ne s’expliquent pas mais c’est cool parce que c’est au service du groupe et de la musique.
  • Maxime : ça s’est fait vraiment naturellement. Même dès les premières dates, il y avait des trucs qui se passaient de fou, on n’avait même pas tant répété que ça finalement, mais sur scène il se passe vraiment un truc, c’est trop cool.

 

L’artwork de « SOLACE » est beaucoup plus épuré que ceux des opus précédents, tout en restant impactant et fort, pourquoi ce choix ?

  • Maxime : on voulait changer un petit peu d’esthétique, parce que ça faisait un moment que les gars travaillaient avec Arrache-Toi Un Œil, ce sont eux pour les deux derniers albums notamment, qui ont fait les visuels, avec une patte graphique très marquée. On adore toujours ce qu’ils font, on adore le style, mais on avait envie de quelque chose qui change, fondamentalement on va dire. On voulait quelque chose de plus photographique, changer vraiment de média, en tout cas pour la conception. C’est Clément Thiéry, qui nous accompagne beaucoup sur les lives pour faire nos photos, qui nous a filé un coup de main pour la photo de la pochette. La couronne qu’on entraperçoit dessus, c’est TAD&NIAM (Tad et Niam Céramique) qui l’a faite, c’est une artisane du pays de Clisson près de Vallet qui fait des couronnes de fleurs mais aussi des tasses en céramique, et c’est magnifique ce qu’elle fait.
  • Clément : elle fait vraiment plein de belles choses, allez voir ce qu’elle fait sur Instagram, c’est vraiment très joli.

Crédit photo : INSANE MOTION

PLUS D'INFORMATIONS

  • Artiste : STINKY
  • Album : SOLACE
  • Label : Les Éditions Hurlantes
  • Distribution : M-Theory Audio
  • Date de sortie : 21 février 2025

En conclusion...

Crédit photo : Corentin Schieb

Vous l’aurez compris, le nouvel opus de Stinky s’inscrit dans la lignée de ses grands frères, en proposant des morceaux empreints de punk et de hardcore taillés pour taper du pied en live. Néanmoins, Solace apparaît aussi comme un album à déguster au calme, son meilleur casque sur les oreilles, pour s’imprégner au mieux de l’ambiance et des messages engagés qu’il veut nous faire passer. Et j’aime autant vous dire que Stinky sait bien faire passer ses messages justement. Les solides bases punk-hardcore du groupe mêlées à une volonté collective manifeste d’explorer de nouvelles sonorités empruntées au metal bien assumées nous offrent un panel de morceaux parfois violents, parfois touchants, parfois les deux, tout en atteignant invariablement votre âme, et votre conscience selon les pistes.

« Grass Snake », en feat avec Lou Koller (Sick of it All), qui marque l’intérêt des grands du genre pour Stinky notamment, arrive très vite sur l’album, et met les pieds dans le plat dès les premières notes. On est là sur une collaboration extrêmement qualitative de par sa synergie de groupe totalement palpable.

« Mourning Flowers » est clairement le morceau à ne pas louper sur cet album, véritable lettre ouverte sur les sentiments complexes qu’impliquent d’importants changements de vie, cette piste nous plonge dans des montagnes russes, en nous faisant passer de couplets agressifs à un refrain entraînant et mélancolique à la fois. La voix de Clair est parfaitement maîtrisée, la dualité entre saturation et chant clair souligne la violence de ce qui se passe dans une tête qui subit un torrent d’émotions et la perspective de soulagement qu’apporte « l’après ».

« Alignment », premier morceau dévoilé de l’album, est, je pense, une jolie vitrine pour vous donner envie d’aller écouter l’opus en entier : savant mélange du Stinky « d’avant » et de sa nouvelle ère, la transition avec les précédents albums est parfaite.

Je ne peux que vous conseiller d’inscrire le 21 février dans votre agenda. Et pour les plus sceptiques d’entre vous, vous pouvez commencer par bloquer le 12 février, date de sortie du clip de « Mourning Flowers », qui saura à coup sûr vous convaincre.