Vecteur Magazine

STICK TO YOUR GUNS - CRÉATEURS DE BEAUTÉ

Par Maximilien Boizard

Si le Covid a bouleversé bon nombre de nos habitudes, la pandémie a également été une source de tensions pour les groupes de musique que nous écoutons au quotidien. Certains ont implosé, d’autres ont tenu bon, et d’autres encore, comme Stick To Your Guns, ont connu plus ou moins les deux situations.. Alors qu’ils s’apprêtent à revenir en janvier avec Keep Planting Flowers, Josh James revient sur cette période difficile et les transformations qu’elle a engendrées, tant pour le groupe que dans sa vie personnelle.

Interview avec Josh James (guitare rythmique, back-vocals)

A un peu plus d’un mois de la sortie de Keep Planning Flowers, comment te sens-tu ? 

Je vais très bien ! Je suis vraiment enthousiaste pour la sortie de Keep Planning Flowers. Après la pandémie, nous avons sorti notre disque Spectre, que nous avions gardé de côté pendant deux ans à cause du Covid-19 et de ses conséquences. J’ai d’ailleurs eu l’impression que cette sortie est passée entre les mailles du filet. Après ça, nous n’avions pas vraiment prévu de faire un autre album, mais celui-ci s’est en quelque sorte imposé à nous, et je trouve sincèrement qu’il déchire. Je suis super impatient que les gens l’écoutent.

Du coup, qu’est-ce qu’il s’est passé après Spectre ?

Honnêtement, on n’avait pas une envie particulièrement forte de continuer. En fait, on avait même parlé de se séparer, de stopper purement et simplement le groupe. On se disait : « Tu sais quoi, peut-être qu’on pourrait juste arrêter tout ça. » Finalement, on a recruté un nouveau batteur, Adam Galindo, on a commencé à faire quelques concerts, puis quelques propositions de tournées sont arrivées ici et là… Et je crois qu’on est tout simplement retombés amoureux de Stick To Your Guns. On est vraiment revenus à cet état d’esprit de gamins, au lieu d’être de vieux grincheux. Tout d’un coup, le groupe est redevenu une source d’amusement. Je pense qu’il y a beaucoup de facteurs qui ont contribué à cela, et au final, on s’est dit : « Attends une minute, je crois qu’il y a encore de la vie dans ce que l’on fait. »

Comment s’est déroulé le processus d’écriture avec ces questionnements ? 

Chris et moi avions quelques riffs et nous avons travaillés sur quelques morceaux comme Invisible Rain et Permanent Dark que nous avons sortis plus tôt cette année. Et tout d’un coup, on s’est mis à écrire davantage. Les sessions d’écriture ont été incroyablement rapides. Presque sans effort. Je pense que c’est parce qu’on les faisait entre les tournées. Cela remonte justement à la tournée mondiale pour notre album Diamond. Je pense que Keep Planting Flowers est, sans le vouloir, mais de manière évidente, fortement influencé par Diamond. C’est l’album qui aurait dû sortir après Diamond et avant Disobedient, car il sonne comme un mélange entre ces deux disques. En fait, c’est un heureux accident et c’est pour ça qu’on est encore plus enthousiastes à son sujet.

Justement, que signifie ce titre, Keep Planting Flowers ?

Il y a plusieurs significations derrière le titre mais je pense que celle à laquelle je me rattache le plus est la suivante : Jesse nous a longuement parlé de la facilité qu’on a aujourd’hui à sombrer dans le nihilisme. C’est tellement facile de devenir nihiliste à propos de la politique mondiale, des relations personnelles, des luttes du quotidien, du coût de la vie, etc. Si on tombe dans ce piège nihiliste, on ne s’en sortira probablement jamais. C’est juste un trou dans lequel on s’enfonce de plus en plus jour après jour. Donc Keep Planting Flowers signifie essentiellement que, peu importe à quel point cette vie, la société, la communauté ou quoi que ce soit d’autre peut vous engloutir, il faut continuer à « planter ces fleurs ». Il faut toujours essayer de faire de son mieux, d’être la meilleure version de vous-même, parce que c’est la seule façon de vraiment créer de la beauté autour de nous. Tout commence par nous.

J’ai vu que More Than A Witness est l’un de tes morceaux préférés de l’album, pourquoi celui-ci en particulier ? 

La plupart du temps, quand Chris, Jesse ou moi écrivons quelque chose et qu’on l’apporte au groupe, on est conscient que ce sera analysé dans le but d’améliorer telle partie, la rendre plus intense ou même totalement différente. Par exemple, il arrivait qu’on se ramène avec une composition terminée lors des sessions d’écriture et qu’on ne garde finalement qu’un seul riff de la démo. More Than A Witness est une chanson particulièrement intéressante et ce dès le début puisque je l’ai composé simplement en prenant une de mes guitares et j’ai joué la chanson. J’ai littéralement laissé mon cerveau se déconnecter et mes mains faire leur boulot. Et je me suis dit : « Ça y est, je crois que je viens d’écrire quelque chose. » Quand j’ai amené la démo chez Chris, il a dit : « Je ne pense pas qu’on ait besoin de changer quoi que ce soit. » C’est extrêmement rare que ça arrive ! C’est pour ça que cette chanson est si spéciale pour moi. Outre ça, j’adore le fait qu’elle fasse un clin d’œil à notre chanson Built Upon The Sand, qui est la dernière chanson de Diamond. Ce n’était pas du tout intentionnel à vrai dire, mais on le retrouve même sur le plan des paroles : la grande catchphrase dans Built Upon The Sand est « I Understand You ». Dans celle-ci, c’est « How can we look away? ». J’aime beaucoup cette relation entre les deux titres où Built Upon The Sand est une chanson qui s’adresse directement à quelqu’un en difficulté, quelqu’un qui traverse des épreuves, et où tu es suffisamment conscient pour prendre le temps de comprendre ce qu’il traverse et pourquoi il agit ainsi tandis que More Than A Witness semble davantage porter sur le fait d’essayer de comprendre différentes perspectives. Ce n’est pas parce qu’une personne n’épouse pas tes convictions qu’on peut tourner le dos à cette dite personne. J’adore quand les groupes créent des liens entre leurs anciens albums ou chansons. Donc oui, c’est probablement pour ça que celle-ci est ma préférée.

Est-ce déjà arrivé ce genre de coup de génie ?

C’est déjà arrivé oui, plusieurs fois. Mais toutes ces tentatives se sont soldées par : « Bon, cette partie est cool, mais il faut qu’on arrange tout le reste. ». C’est vraiment la première fois qu’une chanson est excellente dès la première tentative.

Keep Planting Flowers sort sur SharpTone Records. Que s’est-il passé avec EndHits Records ?

Oh, c’est une bonne question ! Nous avons eu des désaccords avec EndHits Records lors de la sortie de Spectre, et… ils nous ont virés du label (rires). Mais, honnêtement, ça a plutôt bien tourné pour nous. EndHits a été vraiment formidable avec nous pendant l’ère True View. Je pense que ce qu’il s’est passé, c’est que, encore une fois, le Covid a frappé et Spectre est resté sur une étagère pendant quelques années. Je crois qu’il est juste de dire qu’ils ont un peu perdu de vue le fait de vraiment promouvoir et soutenir cet album. Et puis, d’autres choses se sont passées en coulisses, et tout s’est un peu effondré. Étrangement, nous étions plutôt heureux d’être libérés de ce contrat. La relation était belle, et ce qu’ils ont fait pour nous, en particulier pendant le cycle de l’album True View, notamment en Europe, était incroyable. Mais je pense que nous avions cessé d’être une priorité pour eux. Je crois vraiment qu’il est important pour un groupe de travailler avec un label qui va le soutenir, être clair et communicatif. Avec EndHits, ça s’est juste un peu délité.

Après il y a eu Pure Noise…

Je t’avoue qu’on n’a jamais attendu grand-chose d’un label. Avec tous les autres labels avec lesquels nous avons travaillé par le passé, nous n’avons jamais eu de problème ou de conflit avec eux. C’était toujours une relation où le label disait : « Faites ce que vous avez à faire. » On travaillait vraiment dans un esprit de collaboration. EndHits était dans ce style : nous étions vraiment bons amis avec le gars qui le dirigeait, c’était génial, et il a fait tellement pour True View. Pure Noise, de son côté, a toujours été super avec nous. Ce qu’il s’est passé, c’est que le contrat a pris fin. Nous avons commencé à écrire Keep Planting Flowers, puis nous sommes passés par cette phase où on envisageait de se séparer. Ensuite, nos sentiments ont changé, le groupe est redevenu amusant pour nous… On avait vraiment l’impression d’une renaissance de Stick To Your Guns. Alors, on s’est dit : « Allez, essayons tout ce qui est nouveau ! » On a décidé d’aller dans un studio où on n’avait jamais enregistré, de travailler avec un label avec lequel on n’avait jamais collaboré. On voulait juste changer les choses afin de voir ce que ça pouvait donner. Pure Noise était intéressé pour sortir Keep Planting Flowers, mais on leur a parlé d’une offre de SharpTone, et on leur a dit qu’on allait travailler avec eux. Les gars de Pure Noise ont totalement compris. Je pense que quand un groupe est aussi ancien que le nôtre, c’est important d’essayer de nouvelles choses, surtout pour tout ce qui relève de la gestion du groupe. Jusqu’à présent, SharpTone a été super impliqué, ce qui est vraiment cool et qui est donc très facile à gérer. On sent vraiment qu’ils font un gros effort pour nous. Et on est vraiment emballés par ça.

Ça fait douze ans que tu es dans Stick To Your Guns, que retiens-tu de toutes ces années ? 

Je me réveille, je vais me coucher, je me réveille, je suis en tournée, je vais me coucher, je me réveille, je suis chez moi… Tu sais, avoir un groupe, c’est Noël tout le temps ! Je pense que tout le monde a eu du mal avec le Covid, mais pour moi, c’était assez existentiel. J’ai traversé une période où je me disais : « Quel est le but de ma vie si je ne peux pas être en tournée ? » Ça été la période la plus longue où je suis resté au même endroit depuis, genre, 1999. Je me souviens qu’au bout de quatre mois à la maison à cause des confinements, je me suis tourné vers ma femme et je lui ai dit : « C’est la période la plus longue qu’on ait jamais passée ensemble. » (rires) Elle m’a répondu : « Est-ce que tu m’aimes toujours ? » Et moi : « Oui, et toi, tu m’aimes toujours ? » Elle : « Oui. » (rires) Je pense que, tout comme le Covid a été une sorte de remise à zéro pour le groupe, ça a aussi été un reset pour moi, personnellement. J’ai compris que je n’avais plus besoin de faire du groupe toute ma vie. Plus je vieillis, plus il y a des choses comme les amitiés, les relations, même des choses simples comme promener le chien, qui comptent énormément pour moi. Maintenant, quand on joue un concert, peu importe qu’il y ait 150 personnes ou 150 000. Il y a ces petits moments où je vois quelqu’un totalement connecté à la musique, où je me sens vraiment bien sur scène, et ces moments-là signifient beaucoup pour moi. On n’a jamais pris tout ça, toutes ces choses pour acquises, mais je pense que le plus grand changement de ces 12 dernières années, c’est qu’on arrive à voir la beauté dans tout. Avant, on était constamment en train de veiller à ce que tout soit dans l’ordre, on avait une vie millimétrée ce qui n’est plus vraiment le cas. Et j’espère continuer à faire ça encore quelques années, au moins !

Je voulais revenir sur un épisode compliqué de l’histoire du groupe, l’épisode concernant l’Ukraine et les propos de Jesse…

C’était une période vraiment difficile pour le groupe. Dire aujourd’hui que Stick To Your Guns n’est pas un groupe antifasciste, pour moi, c’est extrêmement blessant. Une grande partie de nos vies, sur scène comme en dehors, a été dédiée à l’antifascisme. Peu importe la raison pour laquelle une guerre commence, la mort de personnes innocentes est une chose horrible. Stick To Your Guns n’est pas un groupe pro-guerre, ni pro-Poutine. Nous avons reçu des menaces de mort, des gens disaient qu’ils allaient tuer nos femmes, nos enfants… C’était un véritable enfer. Cela a été, mentalement, la période la plus difficile de ma vie. L’activisme est vraiment important, mais je pense qu’il est facile d’avoir une vision binaire, on le voit assez souvent aujourd’hui. Malheureusement, il y a des gens qui soutiennent ou font de mauvaises choses et je pense que ces personnes doivent être tenues responsables de leurs paroles ou de leurs actes. Mais il y a aussi des gens qui se trompent, disent quelque chose de maladroit ou se disputent sur internet, et tout prend des proportions démesurées. Et à cause de ça, leur crédibilité entière est ruinée, même s’ils ont dédié leur vie à une cause. L’activisme sur internet est une belle chose mais il est important d’en faire un usage responsable, de l’exercer de façon réfléchie et ce tout en restant des penseurs critiques. Même pendant cette période où nous étions retirés des festivals, chaque promoteur nous a contactés pour nous dire : « Écoutez, nous savons que tout ça, c’est des conneries, mais nous recevons des appels et des emails contenant des menaces si vous montez sur scène. » C’était dur, mais en même temps, nous comprenions, car ces promoteurs savaient que nous n’étions pas des nazis. Nous avons tourné la page, et nous sommes reconnaissants envers toutes les personnes qui nous ont soutenus. C’est en Europe qu’il y a eu le plus de répercussions ; aux États-Unis, les gens n’étaient même pas au courant de ce qu’il se passait. Pour être très clair : Stick To Your Guns a toujours été, est et sera toujours un groupe antifasciste, anti-homophobie et en faveur de l’égalité des droits.

PLUS D'INFORMATIONS

  • Artiste : STICK TO YOUR GUNS
  • Album : Keep Planting Flowers
  • Label : SharpTone Records
  • Date de sortie : 10 janvier 2025