À l’occasion de leur concert à l’Olympia, nous sommes allés à la rencontre de Skunk Anansie. L’occasion parfaite pour parler de leur nouvel album, à la sortie imminente, mais aussi pour revenir sur quelques anecdotes de tournée et découvrir le groupe sous un jour plus intime. Cette rencontre avec Mark Richardson s’est révélée pleine de douceur, de bienveillance… et de surprises. Je te raconte tout.
**Salut, je suis Marine, enchantée.
Enchantée également.
**C’est ma première interview, et c’est toi ! Je suis si stressée.
Ooooh (croise les mains sur la poitrine), s’il te plaît, détends-toi, tout va bien !
**(Rires nerveux)
**Votre nouvel album The Painful Truth sortira le 23 mai 2025.
Oui.
**Et vous jouez ce soir à l’Olympia ?
Oui.
**Cet album est vraiment envoûtant, provocant, et plein d’émotion. Je l’adore !
Oh, merci ! (Semble un peu gêné)
**Quelles sont vos inspirations pour faire de la musique ?
Alors, nous sommes un groupe depuis 30 ans, et nous avons eu de gros succès dès le début, comme « Hedonism », et d’autres morceaux sur le troisième album, comme « Secretly » et « Follow Me Down ». Beaucoup de groupes se reposent sur leurs lauriers, se disant : « On n’a plus besoin d’écrire de nouvelles chansons, on a ces hits, on peut tourner à l’infini dessus ». Mais nous ne voulons pas devenir ce genre de groupe.
Le fait d’être tous ensemble nous pousse à créer. Nous sommes musiciens, et nous avons tous besoin de créer, c’est une constante chez nous. Et je pense que ça ne s’arrêtera jamais.
Donc, quand on part en tournée, on veut avoir un nouvel album à présenter. Sinon, ce serait vraiment ennuyeux. Et tu sais, dans ce cas, je ne pense pas qu’on en tirerait autant de plaisir.
Mais quand il y a de la nouvelle musique, il y a de la vie, du futur. On regarde vers l’avant. Sans nouveauté, on serait juste en train de se retourner vers le passé. Nous, on veut toujours avancer et créer.
**Je comprends. Peux-tu me raconter comment et quand est né cet album ?
Eh bien, on a commencé à écrire juste après la tournée d’Anarchytecture. Quand cette tournée s’est terminée, vers 2017, on s’est lancés dans l’écriture de ce nouvel album. On a écrit une série de textes, puis on a sorti l’album live pour nos 25 ans.
(Va dans ses pensées) 25 ans… Puis la pandémie est arrivée, et tout a été interrompu.
**Je me souviens bien de cette période, je suis infirmière.
Ah, wow, respect. Et après ça, on s’est retrouvés en 2022. On a dû finir la tournée du live, parce qu’on avait des engagements. Ensuite, on a décidé de se retrouver en studio pour continuer l’écriture.
C’était long, oui. On a essayé d’écrire à distance, via Internet, mais ça ne marchait pas. On a vraiment besoin d’être tous ensemble dans une pièce, et c’est comme ça que ça fonctionne pour nous.
**Cela fait donc 9 ans depuis le dernier album studio.
Oui.
**Comment te sens-tu à l’approche de la sortie de The Painful Truth ?
Impatient ! J’ai hâte que le public le découvre. Il est vraiment différent. C’est un album qui donne envie de danser, il provoque une sensation différente. Il est plus brut qu’un album de rock classique, mais en même temps, c’est un retour aux racines de Skunk Anansie : un groupe de rock indépendant.
L’enregistrement a été très organique. Et oui, on a gardé certaines chansons depuis la première session d’écriture en 2017. Par exemple, Animal a été le tout premier morceau écrit. Dave, notre producteur, et les techniciens ont tout donné. On a expérimenté, on s’est autorisé à faire des erreurs – et oui, plein d’erreurs sont restées dans l’album !
**Justement, ma question suivante : vous avez vraiment fait évoluer le style Skunk Anansie.
Oui.
**On y retrouve le rock, mais aussi des touches de new wave et de pop, et ça fonctionne parfaitement. Quel a été le processus de création ?
Comme tu sais, l’écriture a été longue. Ensuite, on a voulu changer de producteur. On avait déjà tout produit nous-mêmes auparavant, mais là, on voulait quelqu’un qui nous pousse dans de nouvelles directions.
On savait que tout ce que Dave Sitek produisait passait à la radio, à la télé, et même dans des univers comme le hip-hop. On adorait ses prods. Alors on l’a contacté. Il nous a dit : « Je ne sais pas… je ne travaille pas avec des groupes ». Mais après une réunion en visio, il a dit « Ok ».
Il a accepté de tenter l’aventure si le feeling passait bien. Et c’était exactement ce qu’il fallait. C’est lui qui a donné cette nouvelle couleur au son, qui l’a rendu aussi recherché. Il nous a poussés là où on n’aurait pas été seuls
**Vous avez déjà sorti deux singles : An Artist is an Artist et Cheers. Vous les jouez sur scène ?
Oui, « Artist » est très bien reçu. Cheers est dans les rappels. On joue aussi Animal et on vient d’ajouter « Lost and Found », qui sera notre prochain single. OK, alors jouons-les !
**Vous avez choisi la magnifique chanson « Meltdown » pour clore l’album. Honnêtement, c’est ma préférée. Quel est le message de ce titre ?
Bonne question. Je pense aux paroles…
(Il réfléchit)
C’est une chanson à plusieurs interprétations. Elle parle de la manière dont tout semble dicté par des règles invisibles : ce que les gens pensent, disent, aiment. Elle parle aussi de l’influence d’Internet, de la désinformation.
Mais c’est aussi une chanson magnifique, très simple, juste Skin au piano. Très différente de ce qu’on a pu faire.
**La voix de Skin est Magnifique!
Oui.
**L’industrie musicale a changé. Si tu pouvais revenir 30 ans en arrière, quel conseil donnerais-tu à Skunk Anansie ?
Je lui dirais de ne pas céder les droits totaux des deux premiers albums. Il faut garder ses droits, ou au moins signer sur une durée limitée.
Aujourd’hui, on a un super management. On a changé récemment : notre ancienne manageuse a pris sa retraite. Elle avait pris beaucoup de décisions au départ.
Mais sinon, je dirais : aime, ne t’inquiète pas. C’est que de la musique. Ne stresse pas. Sois toi-même, joue, et profite. Sur scène, tu vas vivre des choses incroyables.
L’énergie du public te nourrit, elle te porte. C’est un échange, une osmose. Et on sait qu’à Paris, c’est toujours magique. On a joué au Zénith, dans plein de salles. Je me souviens même du Bataclan.
**Et ce soir, c’est l’Olympia !
Oui !
**Et Bercy ?
Oui. Et une plus petite salle aussi… je ne me souviens plus…
**L’Élysée Montmartre ?
Oui, c’est ça ! On y a joué il y a longtemps. Et c’est quand on a vu que ça fonctionnait dans les petites salles qu’on s’est dit qu’on pouvait faire le Zénith.
Mais je pense que mon conseil principal serait : profite du moment, car 30 ans passent très vite. Aime ça, kiffe. Profite !
**Comment vois-tu l’avenir de Skunk Anansie ?
C’est une question difficile. On vieillit tous, mais tant qu’on a la volonté d’innover, tant qu’on peut se rassembler et écrire de la nouvelle musique, on continuera.
L’industrie a tellement changé. L’investissement financier est énorme. Même pour nous, c’est difficile, alors pour les jeunes groupes, c’est encore pire.
Mais on a la chance d’avoir une fanbase très fidèle. Et ça, on leur doit tout.
**Skunk Anansie est connu pour ses performances scéniques. Comment vous préparez-vous avant un concert ?
Personnellement, une heure avant le show, je me change et je fais quelques échauffements. Skin fait ses vocalises, Ace joue de la guitare, et Cass… boit du rhum (rires).
On a tous notre petite routine. Et avec l’âge, c’est d’autant plus important de s’échauffer : la voix, les muscles, tout. Avant, on arrivait, on montait sur scène, on jouait, on faisait la fête. On dormait à peine.
Maintenant, j’ai 55 ans. Mon maximum de rébellion, ce sont mes chaussettes roses, haha !
**Souhaites-tu ajouter quelque chose ?
Oui, juste dire merci. Merci à nos fans. Merci d’avoir été là toutes ces années, d’avoir acheté les albums, d’être venus aux concerts.
Sans eux, rien ne serait possible. C’est vraiment un échange. On crée, mais on a besoin de leur soutien. C’est une route à double sens. Alors… MERCI !
**Voilà, l’interview est terminée. Merci beaucoup pour ta gentillesse et ta patience.
Avec plaisir, merci à toi.