Vecteur Magazine

Photo Crédit : Alex Morgan

Revocation : Entre Apocalypse Numérique et Renaissance Métallique

 Quel plaisir d’échanger avec David Davidson sur l’IA, la création artistique et vingt ans de métal visionnaire !  

Une ouverture sur le chaos moderne.

À l’aube de son vingtième anniversaire, Revocation revient avec un album aussi visionnaire qu’inquiétant. Après « Netherheaven », centré sur la religion et la politique, le groupe explore cette fois les abîmes de l’intelligence artificielle. Une plongée philosophique et technique dans les menaces du futur, menée par un David Davidson lucide, passionné, et plus inspiré que jamais.

Quand le metal affronte l’intelligence artificielle  

« J’ai toujours été fasciné par la science et les événements contemporains, » explique Davidson.« Mais l’IA me semble être une véritable menace existentielle pour l’humanité. »  

Le chanteur-guitariste cite notamment un article intitulé *AI 2027*, qui l’a profondément marqué. « On parle d’une technologie qu’il faut réussir du premier coup. Contrairement à d’autres expérimentations, on n’aura pas de seconde chance. »

Dans cet album conceptuel, l’auteur s’interroge sur la place de l’humain dans un monde où tout s’automatise. « L’innovation nous a longtemps portés, mais elle risque aujourd’hui de nous priver de but, voire d’existence. »   

Technologie salvatrice ou machine déshumanisante ?  

Davidson observe avec fascination l’évolution fulgurante des outils créatifs. « J’ai vu une vidéo d’un pianiste de jazz testant à l’aveugle des solos produits par IA. Il distinguait encore les vrais des faux… mais il a admis qu’un an plus tard, il n’en serait plus sûr. »  

L’artiste reconnaît le paradoxe : la technologie aide les musiciens, mais pourrait un jour les supplanter. « Si même un professionnel ne voit plus la différence, alors on aura franchi le test de Turing artistique. » 

Pour lui, seule la scène préserve l’essence du metal : « Les concerts nous rappellent que la musique, c’est avant tout un geste humain. Voir, entendre, vibrer – rien ne remplace ça. »

Un album aux multiples couches 

Dense et ambitieux, ce nouveau disque tisse un dialogue entre futurisme technologique et humanité menacée. Une vision incarnée visuellement par des pochettes signées Paolo Girardi, où figures encapuchonnées et tours futuristes font écho aux premiers visuels du groupe.  « Je voulais célébrer nos vingt ans en reliant toutes nos époques », confie Davidson. « Sur l’artwork, on retrouve des clins d’œil à *Empire of the Obscene* et *Summon the Spawn*. Sauf que cette fois, les prêtres n’invoquent plus un démon antique, mais une entité numérique – un techno-démon né de l’IA. » 

 « New Gods, New Masters » : prophétie métallique     

Premier morceau et manifeste du disque, *New Gods, New Masters* revisite le slogan anarchiste « No gods, no masters ».  

« J’aime détourner cette idée, dit Davidson. On pense s’être libérés des anciens dogmes, mais on les remplace par d’autres : PDG, multinationales, gourous technologiques. La technologie devient notre nouvelle idole. » 

La critique est féroce, mais nuancée : l’artiste ne condamne pas le progrès, il met en garde contre la foi aveugle qu’on y place.

 Jazz, métal et fusion audacieuse  

L’un des moments forts de l’album est la collaboration avec Galadriel Hexelman, guitariste de jazz new-yorkais.  

« Nous sommes devenus amis après l’un de ses concerts. Je trouvais fascinant de l’inviter sur un morceau de death metal extrême. Son jeu est sensible et d’une technicité incroyable. Le résultat me laisse encore sans voix. » 

Ce métissage incarne l’ouverture d’esprit du compositeur, toujours en quête de nouveaux langages sonores.   

 « Cronenberg » et les monstres intérieurs  

Autre collaboration marquante : Johnny Davy (Job for a Cowboy) prête sa voix au morceau *Cronenberged*, hommage au maître de l’horreur biologique.  

« Je lui ai demandé d’incarner une créature issue d’une expérience ratée, un monstre organo-mécanique. Il a livré une performance inhumaine – littéralement. »  

Davidson rit, conscient que ce mélange de body horror et de virtuosité technique est au cœur de l’identité de Revocation.

 L’art et la matière : du riff à l’image  

Cet album s’accompagne aussi d’un projet graphique ambitieux. « Tony, un ancien élève à qui j’enseignais la guitare, est devenu un illustrateur incroyable. Il travaille sur un roman graphique inspiré de *Sarcophagic of the Soul*. »  

Ce titre, véritable critique de l’addiction technologique, sera décliné à travers une série d’illustrations et de vidéos animées.

 La science des modes et des harmonies  

Toujours pédagogue, Davidson prend plaisir à détailler sa vision musicale. « Le mode lydien, que j’utilise souvent, est un mode majeur doté d’une quarte augmentée. Cet intervalle change toute la couleur de la musique ; il ouvre quelque chose de mystique, presque spatial. »  

Pour lui, théorie et émotion se rejoignent dans la quête d’un son à la fois massif et clair : « Je veux que la lourdeur reste intelligible. Écraser, oui, mais avec précision. »

L’humain, dernier refuge  

Malgré la noirceur des thèmes, Davidson garde les pieds sur terre.  

« Je médite sur le futur, mais je savoure aussi la vie. Les soirées entre amis, les éclats de rire, la musique en live… c’est ce qui me garde ancré. »  

Il rit en évoquant son amour pour la France : « La dernière fois, j’ai goûté trois croissants au chocolat pour trouver le meilleur – ils étaient tous parfaits.» En concluant dans cette belle ambiance, on évoque des sucreries et on s’arrête sur des gourmandises du Portugal, et là, en rigolant Davidson raconte : « Tu sais quoi, apparemment, je suis à 25 % portugais, donc prévois quelques pâtisseries de chez toi la prochaine fois à Paris ! » 

Un métal conscient et universel  

David Davidson conclut sur une réflexion à la fois sombre et lumineuse :  

« Le métal a cette alchimie merveilleuse : transformer l’angoisse en force, la peur en création collective. Si mes chansons peuvent offrir cet écho aux gens, alors le but est atteint. »

Revocation ne se contente pas de célébrer vingt ans de carrière : le groupe interroge ce que signifie encore être humain dans un monde post humain. Un album qui pense autant qu’il frappe – et qui rappelle que la plus puissante des machines reste le cœur battant de l’artiste.

 

      Label Metal Blade Records

      DATE DE SORTIE : 26.09.2025

       Tracklist

– 01. New Gods, New Masters

– 02. Sarcophagi Of The Soul

– 03. Confines Of Infinity

– 04. Dystopian Vermin

– 05. Despiritualized

– 06. The All Seeing (instrumental, feat. Gilad Hekselman)

– 07. Data Corpse

– 08. Cronenberged (feat. Jonny Davy of Job For A Cowboy)

– 09. Buried Epoch (feat. Luc Lemay of Gorguts, implied from reviews)

La Puissance d’un Colosse du Death Metal

Avec leur neuvième album, *New Gods, New Masters*, Revocation s’impose une fois de plus avec l’impact d’un titan, prouvant que leur nom mérite une place prépondérante dans le panthéon du death metal contemporain. Depuis près de deux décennies, leur carrière florissante ne fait que renforcer leur statut de virtuoses, alliant brutalité implacable et technique impeccable. Cet album, tant par sa composition que par son exécution, est un véritable triomphe.

 Une Maîtrise Impeccable

L’album s’ouvre avec le morceau titre, “New Gods, New Masters”, qui établit instantanément l’ambiance. Les riffs incisifs et hypnotiques transportent l’auditeur dans un univers aussi mélodique que sombre, renforcé par la voix saturée et puissante de David. Ce morceau incarne le chaos représentatif d’un métal extrême magistralement orchestré. À travers ses riffs complexes et ses transitions dynamiques, Revocation illustre avec brio leur capacité à marier mélodie et intensité.

Dès le deuxième morceau, “Sarcophagi of the Soul”, l’énergie explose avec un tempo très thrash metal. Les riffs, à la fois tranchants et accrocheurs, offrent une infrastructure solide pour les vocaux gutturaux, créant un équilibre parfait entre puissance et accessibilité. La production, d’une clarté remarquable, permet à chaque instrument de briller, offrant une expérience auditive immersive. Dave Davidson, au chant et à la guitare, livre virtuosité technique et émotion brute, notamment à travers des passages jazzy qui surprennent et ravissent.

S’ensuit “Dystopian Vermin”, où le groupe continue sur une lancée thrash, riche en riffs et en dynamiques palpitantes. Ici, un solo de guitare captivant s’élève, la maîtrise technique est sans faille. Ce morceau agit comme un tremplin vers “Despiritualized”, une tornade sonore qui nous submerge dans un voyage agressif, soutenu par les talents de percussion d’Ash Pearson, prouvant une fois de plus son habileté à manier les blasts puissants.

Un autre point culminant de l’album est le morceau “Data Corpse”, où l’agressivité s’entrelace avec des éléments sonores sombres et atmosphériques. Ce morceau est une véritable richesse sonore. Les contributions des nouveaux membres, Harry Lannon (guitares) et Alex Weber (basse), méritent également d’être saluées. Leur présence ajoute une richesse et une épaisseur sonore sans précédent, amplifiant les rythmes déjà puissants et créant des textures uniques.

 Une Réflexion sur la Modernité

Cependant, *New Gods, New Masters* ne se limite pas à une simple décharge de riffs tonitruants, de cris gutturaux et des fûts mitrailleurs. L’album aborde des thématiques contemporaines percutantes, notamment les dangers de la technologie et ses dérives. Avec des titres comme « Confines of Infinity » et « Sarcophagi of the Soul », Revocation invite à une réflexion sur les implications de l’intelligence artificielle et l’obsession croissante pour les innovations technologiques. Ce combo d’une pertinence thématique et d’un style musical complexe fait de cet album une œuvre d’art qui stimule l’esprit tout en faisant vibrer les tympans.

Invités Exceptionnels

Les collaborations sur l’album montrent l’audace de Revocation dans leur volonté d’explorer de nouveaux horizons musicaux. Travis Ryan, le frontman de Cattle Decapitation, apporte une intensité périlleuse à “Confines of Infinity”, où sa voix saturée et puissante déverse une rage palpable. Ce morceau incarne un paradoxe musical, naviguant habilement entre des moments calmes et des explosions d’énergie.

De même, Jonny Davy de Job for a Cowboy infuse “Cronenberged” de sa folie vocale presque inhumaine, ajoutant une dimension d’abomination au morceau en lui ajoutant ce côté cinémato horror. Les passages vocaux alternés mettent brillamment en avant la complémentarité des styles comblant mon oreille.

Un autre morceau excelle, un instrumental avec Gilad Hekselman, célèbre guitariste de jazz, illumine “The All Seeing” qui nous offre un solo final aérien, un contrepoint inattendu qui démontre la versatilité de l’album et la capacité à innover et à incorporer des différents styles musicaux. Voir même à me faire aimer le jazz… 

En arrivant au bout de l’écoute, on trouve Luc Lemay, de Gorguts, qui se joint également à l’aventure sur “Buried Epoch”, apportant une intensité torturée à ses déclamations, ajoutant une majesté et un poids inexorable à l’œuvre.

New Gods, New Masters est un témoignage puissant de la maîtrise continue de Revocation. Avec une structure expérimentale techniquement hors norme, cet album se distingue par sa capacité à allier brutalité et complexité musicale. Chaque morceau est une œuvre d’art à part entière, et je le considère déjà, non seulement comme l’un des meilleurs de leur parcours, mais également comme un des grands albums de 2025.

Et au cas où cela tiendrait à être redouté, c’est toujours Jens Bogren qui mixe et masterise.

J’affirme et j’insiste, l’arrivée d’Alex Weber (ex-Obscura, Defeated Sanity, Jeff Loomis) à la basse, aux côtés de Harry Lannon à la guitare, renforce la qualité exceptionnelle de cette production.

Cet album est un incontournable qui ne peut qu’ajouter des couches à votre appréciation d’une carrière déjà exceptionnelle. Revocation confirme son statut de poids lourd du death metal, et il est indiscutable que cet album contribuera à solidifier leur héritage pour les années à venir. Un must pour tout amateur de sons extrêmes ! 

La richesse de New Gods, New Masters réside dans les détails, des riffs habilement tissés aux paroles réfléchies qui résonnent avec l’auditeur bien après que la dernière note ait été jouée. Ces éléments, associés à la virtuosité technique des membres du groupe, offrent une expérience auditive profondément satisfaisante, et un voyage musical qui ne peut être sous-estimé. Un chef-d’œuvre à découvrir absolument ! Quant à moi, je l’écoute en boucle ! 

  Lineup:
 Dave Davidson: Vocals, Guitar
  Ash Pearson: Drums
  Harry Lannon: Rhythm Guitar
  Alex Weber: Bass