Par Emma Forestier
Sorti le 5 septembre, Blood Is The Price s’impose comme le deuxième album studio du groupe, une œuvre mûrie, forgée dans l’intensité et la conviction. Pour ce nouveau chapitre, la formation s’est entourée de Taylor Young, figure incontournable de la scène hardcore, connu pour son travail avec God’s Hate, Nails ou encore Twitching Tongues, qui signe ici une production à la fois brute et précise, capable de canaliser l’énergie sauvage du groupe tout en la sublimant. Le mastering, assuré par Audio Siege, parachève cette matière sonore dense et sans concession.
À travers une série de titres puissants, viscéraux et habités, Blood Is The Price affirme une identité artistique toujours plus affirmée. L’album se déploie comme un manifeste de résistance intérieure, explorant des thèmes fondamentaux : la force, non pas brutale mais lucide ; l’amour de soi, comme acte de réappropriation face aux injonctions extérieures ; et cette fierté de demeurer soi-même, droit dans ses choix, sans se plier aux compromis dictés par le regard des autres. Une œuvre traversée par une rage maîtrisée, où chaque note devient l’écho d’un combat intime.
Nous avons rencontré David Stolzmann pour en savoir plus à ce propos.
Crédit photos : Sebastian Weisel
Est-ce que vous décririez votre album comme un hymne à la liberté ou un appel à la résistance ?
Je dirais que c’est avant tout une quête, presque spirituelle, vers une paix intérieure. C’est d’ailleurs de là que vient notre nom, Peace of Mind. L’idée derrière notre musique n’est pas seulement de jouer fort ou vite, mais d’apporter quelque chose de sincère, autant à ceux qui nous écoutent qu’à nous-mêmes. La musique est pour nous un exutoire, un moyen d’affronter ses démons, de les regarder en face et, peut-être, de les apaiser. Cet album parle de cela : de cette lutte intérieure, et du calme qu’on essaie d’atteindre à travers le chaos.
Ces dernières années, le hardcore est devenu de plus en plus intense, à la fois dans le fond et dans la forme. Aviez-vous anticipé cette évolution en créant cet album ?
Oui, je pense que d’une certaine manière, on l’a vue venir. Cela fait plus de dix ans qu’on évolue dans cette scène, en tant que musiciens, mais aussi en tant que passionnés. On a tout vu ou presque : des groupes underground qui explosent, aux jeunes qui redéfinissent les codes. Le hardcore, aujourd’hui, est devenu plus ouvert, plus accueillant. Il s’est éloigné de ses réflexes élitistes d’antan. On voit de plus en plus de groupes menés par des femmes, et c’est quelque chose qu’on salue profondément.
Il y a aussi cette dimension multiculturelle qui s’impose de plus en plus — le hardcore s’internationalise, notamment en Europe. On sent que le metalcore européen commence à peser dans le game mondial, et on est fiers d’en faire partie.
Quelles expériences ou événements ont influencé la création de cet album ?
On puise notre inspiration dans les groupes qui nous ont formés, ceux qu’on écoutait ados, comme Terror, Kickback, et tant d’autres. Ce sont eux qui nous ont façonnés.
Mais dans le processus de création, c’est d’abord une question de feeling. On ne force jamais une chanson. Tout commence avec les riffs : s’ils sonnent juste, on construit autour, la batterie, la basse, les guitares, et seulement quand on sent que tout s’imbrique de manière organique, on pose les paroles. Ce n’est qu’à ce moment-là que l’histoire prend forme.
Votre premier album suivait un fil narratif très précis. Est-ce le cas pour Blood is the Price ?
Non, pas cette fois. En 2017, on voulait raconter une histoire cohérente, presque comme un concept-album, en une seule ligne directrice. Aujourd’hui, on revient à quelque chose de plus instinctif, plus brut, à l’ancienne.
Chaque chanson sur Blood is the Price aborde un sujet différent. Ce sont des instantanés de ce qu’on ressentait à l’instant T. Des pensées, des colères, des espoirs. Il n’y a pas de trame globale, mais un patchwork d’idées qui font sens ensemble.
Parmi les morceaux, Death is Upon Us se démarque par son énergie brute et sa rapidité fulgurante. Pouvez-vous nous en dire plus ?
Historiquement, le hardcore n’a jamais été un genre fait pour les longues chansons ou les structures complexes. C’est une musique directe, à l’image du punk dont elle hérite.
Les titres plus longs, eux, empruntent souvent au metal.
Avec Death is Upon Us, on a voulu revenir à cette essence pure : pas de refrains répétés, pas de structures classiques, juste une décharge de riffs qui s’enchaînent, sans pause, sans compromis. C’est une tradition chez nous : chaque album a son morceau furieux, brut, sans fioritures, qui rend hommage à l’énergie des années 80 et 90.
Vous avez invité Jemsiow, chanteur de Speed, sur le morceau Blood is the Price. Comment est née cette collaboration ?
C’est une belle histoire. Quand Speed est venu en Europe pour la première fois, on a eu la chance d’assurer leur première partie sur quelques dates en Allemagne. Tout de suite, le courant est passé. Il y avait une forme de respect mutuel, de curiosité sincère.
Jemsiow était en tournée aux États-Unis quand on lui a parlé de notre envie d’enregistrer là-bas. Il a rencontré Taylor à Los Angeles, lui a parlé de nous, de nos concerts partagés… On lui en a été très reconnaissants. L’idée de l’inviter sur un morceau est venue naturellement. Il a accepté sans hésiter, et le résultat nous a bluffés.
La pochette de l’album, très marquante et détaillée, tranche avec le style habituel des visuels hardcore. Qui en est à l’origine ?
Au départ, on voulait une pochette classique : une photo live avec des jeux de lumière, quelque chose de très « hardcore pur ». Mais Louis, notre chanteur, et Patrick, notre batteur, ont voulu aller plus loin, créer quelque chose de symbolique, en lien avec les thèmes abordés dans l’album.
Quand le titre Blood is the Price a émergé, on s’est demandés quelle image pourrait en capturer la signification.
Amy, le modèle sur la pochette, est aussi chanteuse dans un groupe. Elle apparaît d’ailleurs sur un des morceaux. Le résultat visuel, intense et évocateur, nous a tout de suite semblé juste. On est très fiers de cette direction artistique.
Votre tournée européenne démarre en octobre, mais aucune date en France n’est prévue. Est-ce un choix délibéré ou une opportunité manquée ?
On adore la France. Chaque fois qu’on y joue, l’accueil est incroyable. On y était en avril pour une tournée, et on a tout fait pour programmer une date à Paris, mais c’est une ville très fermée, surtout pour les groupes étrangers.
C’est frustrant, car on sait que le public français est fantastique. Mais on ne désespère pas : on reviendra. C’est une promesse.
Vous êtes réputés pour votre énergie explosive sur scène. Que peuvent attendre les fans de cette nouvelle tournée ? Des surprises en préparation ?
Pas de mise en scène spectaculaire, pas de feu d’artifice. Pour nous, un concert hardcore, c’est 25 à 30 minutes d’énergie pure, brute, sans interruption. On ne triche pas.
On veut que les gens vivent quelque chose d’intense, musicalement et émotionnellement.
Quand je vois un concert de Terror, je me dis : voilà, c’est ça qu’il faut faire. Une déferlante d’honnêteté et de sueur. C’est ce qu’on veut transmettre sur chaque scène.
Si vous deviez citer d’autres influences, au delà de la scène hardcore, quelles seraient-elles ?
J’ai été profondément marqué par la musique métal, qui a accompagné une grande partie de mon adolescence. Elle représentait pour moi bien plus qu’un simple genre musical : c’était une manière de m’exprimer, de canaliser mes émotions, de comprendre le monde qui m’entourait. Le métal, avec sa puissance brute et son intensité émotionnelle, m’a formé, mais c’est le hardcore qui s’est imposé comme mon influence principale. C’est dans cette scène que je me suis reconnu, à la fois dans l’énergie qu’elle dégage et dans les valeurs qu’elle porte.
Cela dit, mon univers musical ne s’est jamais limité à un seul style. J’ai toujours eu une forme de curiosité naturelle envers d’autres sonorités, d’autres ambiances. J’écoute aussi du rap, dont j’admire le travail d’écriture et le sens du rythme. J’apprécie également la pop, qui peut parfois, à travers des structures simples, transmettre des émotions très fortes.
Une influence un peu plus inattendue vient de mon grand frère, qui est un grand fan de Taylor Swift.