Crédit Photo : Andy Ford
Entre rage incontrôlable, introspection et besoin de guérison, PALEFACE SWISS continue de creuser un sillon unique dans le paysage du metal extrême moderne. À l’occasion de la sortie de The Wilted, Yannick revient sur la genèse de cet EP, pensé comme une extension naturelle de Curse, mais aussi comme une photographie émotionnelle d’un groupe constamment en mouvement.
Curse était un disque frontal, presque suffocant, marqué par une colère pure et instinctive. La question d’un “après” se posait forcément. Pourtant, pour Yannick, il n’a jamais été question de tourner la page ou de reconstruire à partir de zéro :
« The Wilted est la continuité parfaite de Curse. C’est sombre aussi, mais d’une autre manière. »
Écrit directement pendant la tournée de Curse, l’EP en prolonge naturellement l’atmosphère. Les deux œuvres se répondent, se complètent, comme deux chapitres d’un même état d’esprit. The Wilted ne cherche pas à adoucir le propos, mais à l’approfondir.
Composer en pleine tournée, entre fatigue accumulée et excitation permanente, peut sembler contre-intuitif. Pourtant, c’est précisément ce contexte qui a permis au groupe de toucher quelque chose de profondément sincère :
« La fatigue, le bonheur d’être en tournée, le fait d’être loin de chez soi… c’était le moment parfait pour écrire. »
The Wilted devient alors une sorte de journal de bord émotionnel. Chaque morceau capture un instant, un ressenti, une tension propre à cette vie nomade. L’EP agit comme une empreinte brute de ce que le groupe traversait à ce moment précis.
Musicalement, le changement n’est pas radical, mais il est perceptible. Là où Curse était guidé par l’instinct et l’urgence, The Wilted adopte une approche plus réfléchie :
« Je ne dirais pas que mon jeu de guitare a changé, mais il a évolué. »
Yannick explique que les morceaux ont été retravaillés en profondeur, écoutés encore et encore, chaque détail minutieusement ajusté. Une démarche presque opposée à celle de Curse, où l’émotion primait sur l’analyse. Le résultat : une violence toujours aussi présente, mais canalisée, structurée, maîtrisée.
Si Curse exprimait une colère explosive, The Wilted semble davantage tourné vers une forme de guérison, ou du moins de prise de recul. Cette évolution n’est pas un adoucissement, mais un déplacement du centre de gravité émotionnel. La violence sonore reste intacte, mais elle sert désormais un propos plus introspectif, parfois même vulnérable.
Avec Instrument of War, PALEFACE SWISS prend une position claire et sans ambiguïté :
« C’est notre déclaration contre la guerre, contre les crimes de guerre et contre ce qui se passe actuellement sur cette planète. »
La musique devient un moyen d’expression politique et humain, une arme symbolique face à l’absurdité de la violence contemporaine. Fidèle à ses convictions, le groupe a choisi de reverser l’intégralité des revenus du titre à des associations caritatives, un geste qui s’inscrit dans une démarche déjà ancienne :
« On a toujours fait des actions caritatives. C’est important pour nous. »
Chez PALEFACE SWISS, l’engagement ne s’arrête pas aux paroles.
Parmi les morceaux les plus marquants de l’EP, Let Me Sleep aborde un thème intime et universel : l’incapacité à dormir, rongé par la peur et l’anxiété. Un sentiment que le groupe traduit naturellement par une déferlante sonore oppressante :
« Mettre des émotions difficiles dans la musique est très facile pour nous. Et une fois que tout est sorti, c’est un vrai soulagement. »
La colère devient alors un exutoire. La lourdeur, la dissonance et l’agressivité ne sont plus seulement des outils esthétiques, mais de véritables mécanismes de libération.
L’aspect très cinématographique et émotionnel de The Wilted pourrait laisser penser que l’univers visuel était pensé dès l’écriture. En réalité, tout est venu après :
« On n’imaginait pas d’images ou de scènes en composant. On a simplement suivi nos émotions. »
Ce n’est qu’une fois les morceaux terminés que le groupe a façonné l’identité visuelle de l’EP, avec cette symbolique florale et cette ambiance presque trompeusement apaisante, en contraste avec la violence du propos musical.
L’univers narratif de Curse et The Wilted donne le sentiment d’un récit plus vaste. Mais Yannick préfère ne rien figer :
« On sort l’EP, et ensuite on verra ce qui vient. »
Pour l’instant, PALEFACE SWISS profite d’un moment de répit, loin de la frénésie des tournées :
« On est à la maison, avec nos familles. On recharge les batteries. »
Une pause nécessaire avant de repartir sur les routes, avec notamment un concert parisien en première partie de LANDMVRKS, symbole de l’ascension fulgurante du groupe.
The Wilted
Blood Blast Distribution
02.01.2026