Vecteur Magazine

Crédit Photo : Anable DFlux

Interview par Cidàlia Païs

OV SULFUR : Cycles Émotionnels Infinis

Le groupe de Las Vegas transforme la douleur en force dans son disque le plus personnel à ce jour.

« Cet album n’est pas seulement fait de ténèbres — il parle d’acceptation. Il s’agit de trouver la beauté après que tout a brûlé. »

> — Chase Wilson, Ov Sulfur

Dans la vallée du feu, quelque chose d’éternel est né.

Des terres brûlantes de Las Vegas s’élève Ov Sulfur, l’un des groupes deathcore les plus incandescents et spirituellement habités de sa génération. Alliant majesté symphonique, férocité blackened et émotion à nu, le groupe a forgé une signature unique dans un style dominé par l’extrême. Ainsi, ils transforment la souffrance en art.

Formé au plus fort de la pandémie de 2020 par Ricky Hoover – bien connu des fans de Suffokate –  et Chase Wilson, Ov Sulfur est né comme un exorcisme collectif — un moyen de canaliser l’isolement, la colère et le renouveau dans un son à la fois humain et monstrueux. Rejoints par Leviathvn, Jocke Westlund et Ricky D, ils ont frappé fort avec leur premier EP *Oblivion* (2021), puis confirmés avec *The Burden of Faith* (2023), largement salué par la critique. 
Leur nouveau magnum opus, *Endless*, attendu le 16 janvier sur Century Media, clôt un chapitre tout en ouvrant un nouveau : un voyage à travers le deuil, le doute et la reconstruction de soi qui redéfinit la définition même de la résilience.

Les débuts et le poids du deuil

Lorsque je rejoins Chase Wilson en interview, il est posé, sympathique et visiblement fier.  

> « Ricky et moi avons fondé le groupe pendant la pandémie, » raconte‑t‑il. « J’avais quitté mon ancien projet, il voulait refaire de la musique. Un ami nous a présentés, et l’alchimie a été immédiate. Depuis, il y a eu des changements, des tournées… mais on n’a jamais ralenti. » 

Et ça se voit et ça s’entend ! Leur premier EP est sorti en 2021, *The Burden of Faith* en 2023, et bientôt *Endless*, ce 16 Janvier. *The Burden of Faith* est déjà considéré comme l’un des meilleurs albums deathcore de ces dernières années, mais *Endless* monte encore d’un cran. C’est à la fois bouleversant et apaisant. Ça m’intéresse de savoir comment la genèse des compos..  

J’apprends que les premières chansons d’*Endless*, “Seed” et “Wither”, sont nées d’un temps de deuil collectif.  

Chase confie. «  Les deux premiers morceaux écrits ont été “Seed” et “Wither”. J’ai commencé “Seed” juste avant ou juste après notre tournée de 2023 avec Chelsea Grin. C’était une manière pour moi de me dépasser musicalement. À ce moment‑là, j’ai aussi perdu mon grand-père, ce qui m’a inspiré “Wither”. Cette chanson parle finalement de mes grands-parents — tous décédés la même année — mais aussi de la grand‑mère de Ricky et du père de Jock. Nous faisions tous face au deuil. Ces deux titres, très différents l’un de l’autre, sont devenus le cœur émotionnel d’*Endless*. L’album exprime beaucoup de tristesse, d’insécurité et de doute. Nous voulions qu’il soit plus personnel, que nos fans puissent le *ressentir*. *The Burden of Faith* était fort, mais très centré sur la critique religieuse. Cette fois, nous avions davantage à dire.» 

Pour Chase, *Endless* traduit les émotions brutes — le doute, la tristesse, la résilience — en musique.  

> « On voulait quelque chose de plus personnel que *The Burden of Faith*. Cet album était tourné vers l’extérieur ; *Endless* regarde à l’intérieur. » 

Une descente cinématographique

Écouter *Endless*, c’est être aspiré dans un vortex sonore : chaque titre balance entre tempête et accalmie.  

> « On voulait embarquer l’auditeur dans un voyage. », explique Chase. « *The Burden of Faith* était fort, mais pas homogène. Là, on a bâti des montagnes et des vallées, comme une bande originale. » 

C’est particulièrement vrai sur “Evermore”, vision personnelle d’un enfer éternel.  

> « Elle parle de vie sans fin. Et c’est l’un de nos morceaux les plus lourds. Il reste typique d’Ov Sulfur, mais introduit de nouveaux éléments. Le texte pose une question : et si quelqu’un vivait éternellement, condamné à voir mourir ses proches, à regarder la souffrance humaine s’aggraver sans fin ? C’est une forme d’enfer. L’un de mes vers préférés dit : *“I’m a prisoner with time as my chains.”* Il résume ce tourment de l’existence sans fin. Tout est dit. »

Musicalement, l’intensité est folle — dans le bon sens. Dès l’intro, on est happé dans une tornade dont on ne ressort pas. Tout l’album est cinématographique, riche en émotions et en couches sonores. Honnêtement, difficile de choisir un titre préféré. Cette intensité émotionnelle, c’était voulu.  

Chase révèle «  Oui, complètement. On voulait créer quelque chose de plus cohérent et immersif que *The Burden of Faith*. Cet album était excellent, mais un peu fragmenté. *Endless* a été conçu comme un voyage, avec des sommets et des vallées, presque comme une bande originale. Les touches cinématiques et symphoniques participent à raconter cette histoire. Les retours sont incroyables, j’ai hâte que tout le monde entende l’album complet. »

Avec le producteur Josh Schrader, le groupe a ajouté chœurs, crescendos et orchestrations, élevant encore son empreinte sonore. 

Des voix qui repoussent les limites

Les fans remarqueront de nouvelles textures : un subtil mélange de growls, d’harmonies claires et de chœurs profonds. 

> « Je voulais que Ricky se dépasse, » explique Chase. « Sur « Endless /Loveless »,  il a atteint une note qu’il pensait impossible. Je lui ai montré quelques techniques de respiration, et il l’a clouée. »  

Loin des affrontements sonores du genre, le morceau final « Endless /Loveless » offre au contraire une sérénité surprenante.  

> « Je l’ai écrit spontanément en studio, » dit Chase. « Je traversais alors des tensions  dans mon couple dues à la distance. Cette chanson est devenue un message : *“Je rentrerai bientôt.”* La relation s’est terminée, mais le titre m’a apporté la paix. » 

Des amis dans l’ombre

Les collaborations d’*Endless* respirent la camaraderie. Allan Grnja (Distant), Ash Nicholls (Ingested) et Johnny Ciardullo (Carcosa) y prêtent leur voix.  

> « Au départ, on avait tout écrit pour Ricky seul, » sourit Chase. « Puis on s’est dit : pourquoi ne pas inviter nos amis ? »  

Au cœur de ce patchwork se trouve “Vast Eternal”, sommet black metal signé Leviathvn.  

> « Levi, c’est le vrai du black metal, » plaisante Chase. « Corpse‑paint, riffs… tout. Ricky y ajoute un esprit Dimmu Borgir ; une collision entre beauté et noirceur. »

Une lettre d’amour en forme de tempête

> *« Nous voulions quelque chose de plus intime : *The Burden of Faith* dénonçait ; *Endless* confesse. »*

Malgré sa brutalité, *Endless* est empreint de compassion.  

> « C’est une lettre d’amour, » affirme Chase. « Pour nos fans, nos familles. Les gens écoutent la musique lourde pour *ressentir*. On veut leur rappeler qu’ils ne sont pas seuls. »  

 

Cette sincérité rejoint le message du groupe sur la santé mentale. 

> « Les métalleux paraissent durs.. », je plaisante. « ..mais on est tous des nounours au fond. »  

Chase rit : « Exactement ! Tout le monde traverse des épreuves. Il faut pouvoir montrer cette vulnérabilité, et c’est OK. 

Avec nos peintures de guerre et nos breakdowns, on peut paraître effrayants, », on ne peut qu’être d’accord, « mais on est juste des gros cœurs qui essaient de comprendre la vie. On crie juste notre thérapie. » ajoute-t-il.

Le visage du temps

La pochette bleutée d’*Endless* montre un visage mythique semblant traverser les âges.  

> « Elle est signée Missy Munster (MM Custom Fabrications), la même artiste que pour *The Burden of Faith*, » précise Chase. « On voulait incarner l’éternité — qui mieux que le Père Temps ? Missy a créé les prothèses, Sasha incarne l’Ange du Temps au dos. Ils ont aussi réalisé nos clips : ils ont compris exactement notre vision. » 

En marche vers l’éternité

La sortie d’*Endless* approche et les tournées s’enchaînent.  

> « On bosse dur pour venir en Europe tu sais.. » sourit Chase. « Orbit Culture ont été incroyables avec nous en tournée. 

Là, jouer les nouveaux titres, surtout “Wither”, va être chargé d’émotion. »  

 

Je lui dit que je vais lancer un appel pour le groupe au festival Motocultor,- on ne sait jamais -, il éclate de rire : 

« Tu es la meilleure ! Merci du fond du cœur. » 

En raccrochant, une évidence : Ov Sulfur a trouvé la clef d’un équilibre rare entre violence et émotion. *Endless* dépasse le cadre du deathcore : c’est une expérience faite de deuil, d’amour et de transcendance.  

> « C’est lourd musicalement et émotionnellement, » conclut Chase. « C’est là où on devait être.  

> *Endless est humain.* » 

     

       Tracklist:

  1. Endless//Godless (01:50)
  2. Seed (04:49)
  3. Forlorn (04:23)
  4. Vast Eternal (06:03)
  5. Wither (05:01)
  6. Evermore (04:24)
  7. Dread feat. Josh Davies, Ingested (05:14)
  8. Bleak feat. Johnny Ciardullo, Carcosa (05:13)
  9. A World Away feat. Alan Grjna, Distant (04:31)
  10.  Endless//Loveless (04:29)

     Label : Century Media Records  

     Sortie : 16.01.2026

Notre Avis :

Ov Sulfur – *Endless*  

Quand l’Enfer de l’Éternité devient une Thérapie Partagée

 

Il y a des albums qu’on respecte, et puis il y a ceux qui vous prennent à la gorge, vous essorent et vous laissent paradoxalement plus en paix qu’avant. *Endless* d’Ov Sulfur fait clairement partie de la seconde catégorie. Dès la première écoute, j’ai senti que ce disque n’était pas qu’un nouveau chapitre de la vague blackened deathcore : c’est un album qui parle à la fois à la fan de métal que je suis… et à la personne fragile derrière.  

En discutant avec Chase Wilson, j’ai compris pourquoi cette charge émotionnelle me frappait autant. *Endless*, me disait‑il, est autant une lettre d’amour aux fans qu’un exutoire pour un groupe marqué par le deuil, la distance, les doutes et la fatigue d’être humain dans un monde qui brûle. Et tout cela s’entend. 

Porté par un concept fort — l’enfer d’une vie éternelle à regarder tout se déliter sans pouvoir suivre ceux qu’on aime — *Endless* déroule un arc qui va de “Endless//Godless” à “Endless//Loveless”, explorant perte, culpabilité, angoisse et besoin de connexion. Des titres comme “Evermore”, “Vast Eternal”, “A World Away”, “Wither” et le final “Endless//Loveless” deviennent des repères clés, chacun incarnant une facette de ce tiraillement entre chaos total et moments de grâce, entre violence sonore et fragilité assumée.  

 

Ce qui distingue vraiment le disque, c’est la tension permanente entre brutalité extrême et vulnérabilité : orchestrations, chœurs et influences black metal servent un propos profondément humain, porté par un travail vocal impressionnant où Ricky dépasse largement ce qu’il proposait sur *The Burden of Faith*, épaulé par les harmonies de Chase. Les featurings (Josh Davies, Johnny Ciardullo, Alan Grnja) renforcent cet univers sans jamais le dénaturer, tandis qu’une production massive mais lisible laisse respirer les couches symphoniques.  Au final, *Endless* est décrit comme un album que l’on vit plus qu’on ne l’écoute : un disque « thérapie”, qui secoue, vide, mais soulage, et qui trouve un équilibre rare entre deathcore féroce, concept fort et sincérité désarmante. Pour moi, c’est déjà l’un des disques marquants de 2026 et un jalon majeur pour un groupe qui refuse de se contenter des codes, préférant tisser ses « cycles émotionnels infinis » avec ceux de ses fans. Si vous cherchez un album qui combine violence, beauté, concept fort et sincérité désarmante, *Endless* mérite plus qu’une écoute : il mérite qu’on y revienne, encore et encore.

 

 Line-up :

Ricky Hoover – chant  

Chase Wilson – guitare / chant  

Leviathvn – guitare  

Jocke Westlund – basse  

Ricky « Ricky D » – batterie