Vecteur Magazine

ON A PLUS 20ANS 2025
Trois jours, des riffs, et zéro pause : chronique d’un fest où tout le monde a tout donné

Petit coup d’œil dans le rétro et revenons sur ON A PLUS 20 ANS

En ce weekend de pâques, nous voila partie, moi et mon Nikon à la conquête d’un petit festival de Vendée que l’on ne présente plus.

Festival organisé par Rage Tours, avec à sa tête le leader et chanteur de Tagada Jones, Nicolas Giraudet autrement dit Nico Jones chanteur du groupe Tagada Jones.

Je vais vous raconter ce weekend de plaisir et de belle rencontre, mais commençons déjà par les lieux.

Le Cadre

Nous nous situons dans la petite commune de Fontenay le comte, plus précisément dans son ancienne gare, qui depuis quelques années maintenant est réhabilité en salle de spectacle.

L’entrée sur le site est simple, je récupère l’accréditation dans ce petit cabanon sur la gauche et entre sur le site du festival.

L’endroit est arboré, de grandes tables sont disposées ici et là, afin de pouvoir manger ou boire un verre. Les foods trucks sont sur la droite et propose une grande diversité de plats.

Le point positif de cette année est, que tous les restaurateurs prennent la carte bancaire, fini le vieux système a jeton., qui nous obligeais à patienter pendant des heures afin de pouvoir les récupérer.

 

Mais maintenant parlons de la programmation Vendredi

DARCY

Ce début de soirée commence bien, nous débutons la soirée par DARCY, cette formation rennoise, aux allures de punk enragé démarre tranquillement devant une salle plus ou moins clairsemé. Le public répond présent avec un début de pogo afin de se mettre en jambe. Le groupe nous propose un set essentiellement composé du nouvel album sans oublié les classique tout de même.

Les garçons bouchers

Il y a des concerts qui ne s’annoncent pas. Ils s’invoquent.
Ce vendredi soir, sur scène, Les Garçons Bouchers n’avaient rien à prouver. Rien à défendre non plus. Juste à être là. Et à faire vivre ce foutu bordel.

Quand les premières notes ont claqué, quelque chose s’est levé dans la foule. Pas seulement des bras ou des cris, non. Plutôt un frisson commun. Celui de celles et ceux qui savaient. Qui les avaient vus avant, ailleurs, plus jeunes. Ou qui les découvraient là, au pied de cette scène.

Le groupe n’a pas cherché à jouer la carte de la nostalgie facile. Ils ont tapé dans le dur. « Carnivore, La Bière, L’empereur romain… » des hymnes déglingués, recousus à la sueur et à la crasse joyeuse des années passées. Mais entre les morceaux, il y avait autre chose. Une absence. Un silence rempli. François Hadji-Lazaro planait, était là, comme une voix fantôme au creux des refrains.

 

Pierrot Sapu a mené le bal avec ce mélange d’autodérision, de sincérité cabossée et d’énergie brute qui fait la marque du groupe. La fosse n’était pas une mer de pogos, mais un cercle fraternel. Ça se tenait par l’épaule et ça chantait faux et fort.

Les cuivres cognaient droit au cœur, les guitares avaient le goût râpeux des comptoirs de province, et tout vibrait à hauteur d’homme. Sans posture, sans nostalgie frelatée. Juste des gens qui n’ont plus 20 ans, mais qui ont encore des choses à chanter. Et des refrains pour s’en souvenir ensemble.

Le concert s’est fini comme il avait commencé : debout, vivant, bruyant. Dans les yeux de certains, il y avait un éclat rare. Celui qu’on a quand on sait qu’on vient d’assister à quelque chose de vrai. De simple. D’essentiel.

LA RUDA

Ce groupe de rock originaire de Saumur n’a pas hésité à faire le déplacement, et son positionnement juste avant Mass Hysteria s’avère des plus logiques, compte tenu de leur passé commun sur l’un de leurs premiers labels.

Avec son énergie communicative et son groove festif, le groupe mélange habilement les styles: rock, ska, funk… Un cocktail explosif qui n’est pas sans rappeler l’univers de Kiemsa, notamment grâce à la présence bien sentie de cuivres sur scène.

Le public ne s’y trompe pas : ça chante, ça danse, ça sourit. Une vraie osmose s’installe entre la scène et la fosse. Le groupe, quant à lui, mise sur une ambiance visuelle chaleureuse avec un showlight aux teintes jaune-orangées qui souligne parfaitement l’esprit solaire du set.

MASS HYSTERIA

Dans le pit, les photographes se donne du mal, en redoublant d’énergie pour capter chaque instant. La salle, elle, s’est densifiée — difficile de distinguer le fond tant le public a afflué.

Mass Hysteria entre en scène, et inutile de les présenter : le groupe s’impose depuis des années comme une référence incontournable du métal français. La preuve ? Ils rassemblent aujourd’hui un public intergénérationnel.

La salle s’éteint. Noir total. Un frisson traverse la foule qui hurle son impatience. L’intro retentit, et se dévoile alors une structure monumentale, évoquant un mur de pierre, flanquée des initiales du groupe de part et d’autre. Le lightshow rouge et noir vient souligner chaque détail de ce décor massif, renforçant la tension dramatique.

Les musiciens apparaissent, positionnés aux extrémités de la scène. Sourires aux lèvres, visiblement heureux d’être là. Ce soir-là, une touche symbolique vient s’ajouter à l’événement: on célèbre l’anniversaire de l’arrivée de Jamie au sein du groupe.

Fidèles à leur réputation, les membres de Mass Hysteria débordent d’énergie. Fred tournoie de gauche à droite, Yann — toujours aussi charismatique — est apparu sans sa célèbre casquette, Rapha chevauche sa batterie au centre de cette scène et Mouss ponctue les morceaux de petites anecdotes, créant une réelle proximité avec le public.

Le set est court, une heure à peine, format festival oblige. Mais les fans ne sont pas déçus. Le groupe pioche généreusement dans son dernier album avec des titres puissants comme « L’Émotif impérieux », « Nerf de bœuf » ou encore « Tenace ». Et pour les fidèles de la première heure, les classiques sont bien au rendez-vous : « Contraddiction », « Positif à bloc », entre autres, viennent compléter cette performance explosive.

SAVAGE LAND

La soirée n’est pas encore fini, l’agitation monte encore d’un cran. Savage Land arrive  sur scène, et dès les premières secondes, on comprend que ce n’est pas juste un “groupe de première partie”. Ces gars-là sont venus pour retourner la salle — et ils vont le faire.

Savage Lands est né avec la prise de contact entre Dirk Verbeuren (ndlr : batteur de Megadeth, Scarve, Soilwork) et Sylvain Demercastel (il jouait ensemble dans les années 90 / 2000).

Aujourd’hui, il y a plusieurs sphères qui gravitent autour du projet et qui aident soit sur la partie musicale, soit sur la partie environnementale, soit les deux. La famille commence à s’agrandir mais les premiers à soutenir étaient les artistes français présents sur l’album, notmment Poun et Etienne de (Black Bomb Anotamment, Poun (Black Bomb A), Flo (Locomuerte), Aurélien (Morglbl), Dirk

Le public, d’abord curieux, se laisse très vite embarquer. Ça danse, ça hoche la tête, ça sourit. Même ceux venus uniquement pour Mass Hysteria se laissent prendre au jeu. Le son est bon,  les musiciens se régalent. Mention spéciale a Poun (BBA) et Julien (Benighted), charismatique, qui n’hésite pas à descendre au contact de la fosse entre deux morceaux. On sent qu’ils vivent leur concert à fond.

Visuellement, le groupe joue sur une scénographie simple mais efficace. Un showlight en tons chauds — jaune, orange, rouge — qui donne un côté organique et solaire à leur performance. Ça colle parfaitement à leur univers et à leur énergie.

En une demi-heure de set, Savage Land a mis tout le monde d’accord. Pas besoin d’artifices : juste de la musique bien jouée, une présence scénique sincère, et l’envie de tout donner. Ce soir, ils ne sont pas juste un groupe en développement. Ce soir, ils étaient chez eux.

SAMEDI – Jour 2

Après une bonne nuit de sommeil, on attaque le samedi début de journée avec du punk hardcore, crossover et une touche de rock.

BROKEN BOMB

Le festival bat son plein, et dès les premières notes de Broken Bomb, on comprend que le niveau monte d’un cran. Pas d’intro planante, pas de mise en condition progressive : ça tape direct, droit dans le plexus. Le nom ne ment pas, ça explose.

Dès leur entrée en scène, le groupe balance un son massif, nerveux, précis. On est ici dans un metal moderne bien, teinté de hardcore et d’indus, avec des riffs qui cognent sec et une batterie qui tabasse sans relâche. Pas de fioritures, pas de blabla : Broken Bomb préfère faire parler la musique.

Sur scène, ça ne bouge pas dans tous les sens, mais la tension est palpable. Les musiciens sont concentrés, solides, bien en place. Le chanteur, lui, capte immédiatement l’attention. Voix hargneuse, posture assumée, et une rage parfaitement canalisée. Pas besoin de hurler dans le vide : chaque mot, chaque regard vise juste.

Le public, lui, se laisse prendre au jeu. Les têtes se secouent, les premiers rangs s’agitent, et certains refrains commencent même à être repris. Un pit s’ouvre timidement, puis se densifie à mesure que le set avance. On sent que le groupe n’est pas là pour “faire un passage”, mais bien pour laisser une empreinte.

Côté visuel, c’est sombre, brut, minimal. Les lights jouent sur les contrastes entre rouges profonds, blancs éblouissants et noirs abyssaux. L’atmosphère colle parfaitement à la musique: tendue, tranchante, intense.

Broken Bomb a clairement marqué les esprits. Ils ont imposé leur identité sans concessions, et prouvé qu’ils avaient leur place sur cette affiche. Ce genre de set qui ne fait pas de compromis, mais qui, pour ceux qui étaient là, reste imprimé dans le corps.

Frère2 misère

Changement d’ambiance sur la scène de On n’a plus 20 ans avec l’arrivée de Frère 2 Misère. Un nom qui sent la rue, les tripes et la vérité crue. Et dès les premières secondes, le ton est donné : ici, on n’est pas là pour enjoliver le monde, mais pour le raconter tel qu’il est.

Le son est brut, tendu, porté par des riffs acérés et une voix qui ne mâche pas ses mots. Frère 2 Misère, c’est un mélange de punk, de rapcore, de rock engagé — une fusion bien à eux, avec une colère lucide, jamais gratuite. On pense à La Phaze ou même aux Têtes Raides dans l’attitude, mais Frère 2 Misère garde sa singularité : un verbe franc, une sincérité à fleur de peau.

Sur scène, ça ne cabotine pas. Le regard est droit, les paroles claquent, le flow se cale sur une rythmique solide et implacable. Ce n’est pas un show à effets : c’est un uppercut frontal, servi avec conviction. Les textes, souvent engagés, résonnent fort dans une salle qui reste attentive, parfois scotchée par la justesse de certaines punchlines.

Le public écoute, réagit, hoche la tête. Certains chantent déjà, preuve que Frère 2 Misère a semé ses graines depuis un moment. Il y a quelque chose de fédérateur dans leur énergie, une sorte de rage qui rassemble plutôt que divise.

Visuellement, l’ambiance est sombre, épurée, presque militante. Quelques lumières rasantes, une atmosphère dense, suffisent à renforcer le message : ici, c’est le fond qui prime, pas la forme.

Frère 2 Misère n’a pas fait de la figuration. Ils ont livré un set habité, sincère, puissant. Ce genre de moment qui ne fait pas forcément pogoter, mais qui remue de l’intérieur. Et dans un festival où l’énergie est reine, c’est un autre type de force qu’ils ont apportée : celle des mots, des idées, et de la dignité.

CACHEMIRE

Pas besoin de présentation sophistiquée : CACHEMIRE débarque sur scène comme une claque. Une énergie brute, un rock qui sent la sueur, les amplis chauffés à blanc et les riffs bien gras. On est entre le stoner, le heavy rock et une grosse dose d’attitude. Et ça fait un bien fou.

Dès les premiers accords, le ton est donné : ça joue fort, ça joue serré, et surtout… ça joue vrai. Le groupe ne fait pas semblant. Chaque note est balancée avec une conviction totale, et la complicité entre les musiciens est palpable. Ces gars-là ont l’habitude de la scène, et ça se voit.

Le frontman tient la baraque avec un charisme naturel, mi-provoc’, mi-sympa, du genre à balancer une vanne entre deux titres tout en transpirant l’authenticité. Il n’en faut pas plus pour accrocher le public, qui ne se fait pas prier. Ça hoche les têtes, ça lève les poings, et certains connaissent déjà les paroles — la fanbase est bien là.

CACHEMIRE, c’est l’école du rock sans compromis. Les morceaux s’enchaînent sans temps mort, avec ce côté un peu cradingue qu’on adore, cette vibe garage surboostée par un son live énorme. Mention spéciale aux solos qui viennent tout casser au bon moment, sans en faire des caisses.

Visuellement, une énorme triangle inversé d’où jaillissent  des lumières rouges, et des spots blancs bien placés, métant en avant ces d’un   blanc immaculé. Mais CACHEMIRE c’est surtout une énergie viscérale. Pas besoin de plus quand le rock coule à ce point dans les veines.

CACHEMIRE a livré un set dense, sincère, qui sent le vécu. Une belle claque rock’n’roll dans un festival plus marqué métal. Et ils ont su, sans forcer, rallier tout le monde à leur cause. Pas de doute : ce soir, ils ont marqué leur territoire.

FishBone

Fishbone, c’est le genre de groupe qu’on n’attend pas, mais qu’on n’oublie jamais. Et ce soir, au festival On n’a plus 20 ans, ils ont tout simplement renversé la table. Dès leur entrée sur scène, c’est une claque de groove, d’énergie et de folie douce qui s’abat sur la salle.

Impossible de leur coller une étiquette : ska, punk, funk, rock, metal… Fishbone, c’est un cocktail explosif, brassé avec 100% de liberté et 0% de compromis. Le groupe enchaîne les styles comme les grimaces, avec une aisance déconcertante et une énergie complètement débridée.

Sur scène, c’est le chaos organisé. Les musiciens virevoltent, sautent, dansent, se croisent, s’interpellent. Le chanteur est un showman total, possédé, halluciné, ultra-charismatique, qui te retourne une salle d’un simple regard ou d’un cri bien placé. Le public, un peu surpris au départ, bascule très vite dans leur univers barré. Ça danse, ça skanke, ça saute, ça rigole. Tout le monde lâche prise.

Le son est chaud, dense, généreux. Les cuivres sont parfaitement mixés, apportant cette signature Fishbone qu’on reconnaît instantanément. Il y a une folie contagieuse dans chaque morceau, une espèce de grande fête bordélique où chacun est invité à lâcher les amarres.

Visuellement, c’est aussi le grand jeu : des couleurs vives, des lumières éclatantes, du mouvement en permanence. On n’a pas le temps de reprendre son souffle, et c’est tant mieux. Fishbone, c’est une tornade musicale et scénique. Pas de pause, pas de baisse d’intensité : juste une heure de furie funky sous haute tension.

Ce soir, ils n’ont pas juste joué. Ils ont transformé le festival en block party géante. Un moment suspendu, improbable, et totalement jouissif. Fishbone a rappelé à tout le monde ce qu’est un vrai concert : un grand saut dans l’inconnu, avec le sourire aux lèvres et les jambes en feu.

TAGADA JONES

C’est une salle comble qui est présente sur ce dernier groupe, en effet petits et grands sont au rendez-vous pour ce concert des Tagada Jones. En attendant l’arrivé du groupe sur scène, le public reprend en chœur ce titre devenu un hymne « morts aux cons».

La foule patiente, les lumières s’éteignent, tout le public déjà très chaud acclame l’arriv du groupe sur scène.

Tagada Jones , ce n’est pas juste un concert, c’est un appel à la révolte. Et ce soir, au cœur de On n’a plus 20 ans IX, le groupe rennais a prouvé une fois de plus qu’il était bien plus qu’un pilier de la scène punk française : c’est une véritable machine de guerre scénique, au service de convictions inébranlables.

Dès les premières notes, la fosse explose. Le public, déjà bien chauffé par les groupes précédents, entre immédiatement en ébullition. Circle pits, pogos, cris, chants… tout le monde est embarqué dans le raz-de-marée. Et sur scène, le groupe ne lâche rien. Niko crache ses textes avec une rage intacte, sincère, viscérale. Derrière lui, le mur sonore est solide, carré, brut. C’est rapide, c’est précis, JOB de derrière sa batterie communique, grimace pour les photographes, Waner, saute, tournoie de gauche a droite en faisant valser sa basse. Ca ne laisse aucun répit.

La setlist pioche autant dans les classiques que dans les brûlots plus récents. « Mort aux cons », « Vendredi 13 », « Je suis démocratie » ou encore « Nous avons la rage » : chaque titre est accueilli comme un hymne. Le public connaît les paroles par cœur, poings levés, voix unies. Il y a un vrai sentiment de cohésion dans la salle, une sorte de fraternité contestataire qu’on ne retrouve que dans les concerts de ce calibre.

Côté lumière, l’ambiance est rouge et noire, intense, militante. Pas de chichi, juste une énergie brute au service d’un propos clair : résister, encore et toujours. Entre deux morceaux, Niko prend le temps de parler, de remercier, de rappeler les combats qu’ils portent depuis plus de 30 ans. Ce n’est pas un discours creux. C’est un cri de ralliement auquel même les plus jeunes prennent part .

Pas de surprise : Tagada Jones a retourné la salle. Avec leur mélange de punk, et de lucidité sociale, ils ont livré un set puissant, sans temps mort, qui rappelle pourquoi ils sont toujours là, toujours debout, et plus nécessaires que jamais.

DIMANCHE - JOUR 3

Troisième et dernière journée de festival, la fatigue commence à ce faire sentir, mais on commence bien la journée avec RAVAGE CLUB,  groupe de rock enragé parfait pour nous donner de l’énergie pour commencer cette journée.

RAVAGE CLUB

Ils ne sont peut-être pas les plus attendus du jour, mais Ravage Club a montré à tout le monde pourquoi leur nom commence à faire du bruit. Le genre de groupe qui te prend par surprise, te secoue sans prévenir, et repart en laissant une traînée de poudre dans l’air.

Dès leur arrivée sur scène, ça sent la tension électrique. Le son est sec, percutant, brut de décoffrage. Ravage Club balance un rock garage punk sans filtre, tendu comme un arc, avec cette intensité nerveuse qui donne envie de tout casser… ou de tout danser. Pas de place pour les longueurs : les morceaux sont courts, incisifs, efficaces.

La chanteuse est une boule de nerfs, toujours en mouvement, le regard vissé dans la foule comme s’il voulait défier chaque spectateur. Derrière lui, ça envoie solide, sans chichis, avec une rythmique qui cogne droit et des riffs acérés comme des tessons de bouteille.

Le public, d’abord en mode “découverte”, bascule très vite. Les premiers rangs s’agitent, les têtes hochent en rythme, ça commence à pogoter gentiment. Ravage Club ne cherche pas à plaire, mais ils finissent par embarquer tout le monde. Et c’est ça leur force : une sincérité crue, sans posture.

Côté lumière, c’est minimal, un jeu de clair-obscur bien senti, rouge sang, blanc froid, qui colle à leur ambiance urbaine et urgente. Pas besoin de grand décor : leur musique, leur attitude, leur présence suffisent à planter l’univers.

En une grosse demi-heure, Ravage Club a frappé fort. Pas un moment de creux, pas une seconde de pause. Ils sont venus avec la dalle, et ils ont tout donné. Une vraie claque pour ceux qui ne les connaissaient pas encore, et une belle confirmation pour ceux qui les suivaient déjà. Le genre de groupe qu’on a hâte de revoir… dans une salle plus petite, plus sombre, plus moite… ou en haut d’une future affiche.

HEADCHARGER

Il est tard, la tension est à son comble, mais pas question de relâcher la pression : Headcharger entre en scène, et d’un coup, tout le monde se redresse. Ceux qui pensaient souffler un peu peuvent oublier : ce set va être massif.

Les Normands balancent direct un mur de son à la croisée du stoner, du hard rock et du metal. C’est gras, lourd, chaud. Les guitares ronflent comme un moteur V8, la batterie cogne comme une enclume, et la voix du frontman déchire l’atmosphère avec une puissance intacte. Pas de round d’observation : Headcharger frappe d’entrée, et ça fait mouche.

Sur scène, les musiciens sont solides, soudés, et visiblement ravis d’être là. Ça joue avec conviction, sans esbroufe, mais avec une intensité constante. Le frontman impose sa présence, le regard franc, les riffs tranchants en bandoulière, entre riffs pachydermiques et refrains qui embarquent la foule sans effort.

Le public, déjà bien chauffé, réagit instantanément. Les pogos reprennent de plus belle, les têtes s’agitent, les refrains sont repris. Il y a un vrai lien qui se crée, un respect mutuel entre la scène et la salle. On n’est pas là pour faire semblant.

Les lights jouent avec des teintes orangées et rouges, accentuant cette impression de fournaise sonore. C’est dense, saturé, mais toujours lisible. Chaque break est accueilli comme une respiration, chaque relance comme un coup de fouet.

La setlist est taillée pour la scène : aucun temps mort, que du solide. Les morceaux du dernier album trouvent leur place naturellement aux côtés des classiques. C’est fluide, organique, totalement maîtrisé. Et même si l’horaire est tardif, l’énergie est à son pic.

Headcharger a confirmé, une fois de plus, qu’ils font partie des patrons du genre en France. Un set intense, massif, généreux. Une grosse claque sonore servie avec passion, qui clôture cette journée comme il se doit : dans le bruit, la sueur et les décibels.

KID BOOKIE

Changement radical d’ambiance avec Kid Bookie, l’outsider qui a dynamité les frontières. Le public ne savait pas exactement à quoi s’attendre… mais il ne va pas l’oublier de sitôt. Car ce mec-là, c’est un concentré de rage, de flow et de chaos sous contrôle.

Dès les premières secondes, la scène explose. Kid Bookie débarque avec une énergie animale, charismatique à mort, les yeux rivés sur le public comme s’il allait le dévorer. Mi-rappeur, mi-chanteur, mi-crieur possédé, il brouille les pistes sans jamais perdre le cap. On navigue entre hip-hop, metal, punk, électro… le tout avec une cohérence folle. Rien n’est gratuit, tout est viscéral.

Le public, d’abord curieux, entre rapidement dans la tempête. Ça saute, ça hurle, ça réagit au quart de tour. Kid Bookie fédère sans forcer, avec une facilité désarmante. Il a cette aura de ceux qui n’ont rien à prouver, mais tout à balancer. Et il le fait bien. Très bien.

Visuellement, le show est sombre, presque oppressant. Lumières stroboscopiques, flashes rouges, silhouettes fantomatiques dans la brume… L’ambiance colle parfaitement à son univers dystopique, borderline, sans filtre. Il parle entre les morceaux, sans langue de bois. Il crache ses vérités, balance ses douleurs, et derrière lui, le son tabasse sec.

On sent l’influence de la scène UK, de la trap, du néo-metal, mais toujours digérée à sa manière. Ce n’est pas un clone. C’est une voix singulière, brute, imprévisible. Les beats claquent, les guitares lacèrent, et lui est là, au milieu, à canaliser toute cette fureur.

Kid Bookie n’a pas juste fait un bon concert. Il a fait un statement. Il a montré que la scène rap/metal moderne avait sa place ici, même dans un festival plus rock ou punk à la base. Il a fait tomber les murs, et foutu le feu sans demander la permission.

DAGOBA

Dagoba, c’est toujours une promesse : celle d’un chaos parfaitement orchestré, d’une déflagration sonore totale. Et ce soir, ils n’ont pas juste tenu cette promesse… ils l’ont pulvérisée. Une fois la salle plongée dans le noir, le public retient son souffle. Quelques secondes de silence… et l’explosion.

Dès les premières mesures, la machine est lancée. Ultra carrée. Ultra puissante. Chaque coup de double pédale est une décharge dans la poitrine. Chaque riff tranche comme une lame chaude. Sur scène, c’est une armée. Implacable, déterminée, synchronisée. Le son est massif, chirurgical. Aucun détail ne dépasse, tout est sous contrôle… mais jamais aseptisé.

Le frontman capte instantanément l’attention : gueule, présence, rage pure. Il harangue la foule comme un chef de meute, et la foule répond. Pogos, cris, bras levés, slams : tout est là. Le public est littéralement happé par la puissance du set. Même les non-initiés se laissent emporter. Parce que là, ce n’est plus une question de style, c’est une question de tension, d’instinct, de cœur.

Les lumières sont à couper le souffle. Strobes, colonnes de LED, ambiances bleutées et blanches glaciales, flammes et fumée : Dagoba joue aussi avec le visuel, et transforme la scène en vaisseau de guerre. Tout est pensé pour sublimer l’impact de la musique, pour l’amplifier à l’extrême, ce qui rend le travail des photographes pas simple.

La setlist fait le grand écart entre les classiques et les morceaux du dernier album, mais rien ne dénote. Chaque titre est une claque. Il y a ce mélange de brutalité et de mélodie qui fait la patte Dagoba. Un vrai rouleau compresseur, mais avec du groove, de la nuance, du contraste.

À la fin du set, c’est l’ovation. Le public est rincé, mais debout, encore électrisé. Et Dagoba, fidèle à lui-même, tire sa révérence sans en faire trop. Juste un dernier riff, un dernier cri, une dernière onde de choc.

ULTRA VOMIT

On termine cette journée de feu sur un concert pas comme les autres. Avec Ultra Vomit, on sait qu’on va rire, chanter, pogoter, faire n’importe quoi… mais très sérieusement. Et ce soir, la promesse a été tenue. Et même explosée.

La salle est archi-pleine. Dès que la bande d’intro se lance, ça hurle, ça rigole, ça chauffe dans tous les sens. Le groupe débarque dans une mise en scène aussi absurde qu’efficace : déguisements, backdrop délirant, lumière flashy, bruitages en pagaille. Et derrière les blagues : ça joue. Très fort. Très juste.

Fetus et ses comparses sont en grande forme. Il enchaîne les vannes entre les morceaux, fait participer le public, relance sans cesse. On passe de la parodie de Rammstein au grindcore de salle de bain, en croisant par la reprise d’anthologie d’“Évier Metal”. Chaque titre est accueilli comme un tube intergalactique. Ça chante plus fort que sur les têtes d’affiche. Les refrains sont scandés par toute la salle, les bras levés, les zygomatiques en feu.

Et il faut le dire : c’est carré. La parodie n’empêche pas l’exigence musicale. Les transitions sont millimétrées, les sons sont monstrueux, les lights suivent chaque sketch avec précision. Entre deux blasts, on se prend des jeux de lumière roses fluo, des bruitages de dessin animé, ou une boule disco… mais avec des guitares à 200 BPM. Le contraste est total, et c’est ce qui fait le charme d’Ultra Vomit.

Le public est en transe. Ça pogote avec le sourire, ça slamme, ça se passe des canards gonflables (oui), ça saute dans tous les sens. Un vrai moment de défoulement collectif, où tout le monde lâche prise.

Au bout d’une heure de ce joyeux carnage, c’est déjà la fin. Mais on sort de là avec les abdos endoloris, les oreilles qui sifflent, et le cœur rempli. Ultra Vomit, c’est peut-être la meilleure conclusion possible pour une journée aussi dense : un feu d’artifice absurde, furieux, et foutrement efficace.

Trois jours de musique, de poussière, de cris, de rires, de bières renversées, de refrains hurlés à l’unisson.

Trois jours  ou la scène alternative française est mise a l’honneur, ou elle cris sa rage et son combat, relayé et soutenue par un public d’enfer.

Des jeunes venus découvrir, des anciens venus revivre, des groupes émergents, des monstres sacrés, des pogos tendres, des pogos violents, des amplis qui saturent, des lumières qui crament la rétine… Et partout, des regards complices entre les gens, comme si ce festival, c’était notre terrain commun.

Alors certes on a plus 20 ans, mais on s’en fou non ? L’envie, l’amour de la musique et du spectacle vivant est plus important que tout. Alors rendez en 2026. Plus fort. Plus soudé. Et encore plus vivant.