Interview réalisée par Hugo Denoyelle, pour Vecteur Magazine.
Credit Photo : Carissa Dugoni – @itiscarissa
Cela fait déjà six ans que j’ai vu Of Mice & Men en concert à Paris, en 2019, juste avant que le monde ne s’arrête. Ce soir-là, la formation californienne avait livré l’un des shows les plus intenses et sincères que j’aie jamais vus — une énergie brute, une communion totale avec le public. Depuis, beaucoup de choses ont changé : trois albums, une évolution artistique impressionnante, et pour Aaron, un nouveau rôle, celui de père.
Alors que le groupe s’apprête à sortir son neuvième album, Another Miracle, j’ai pu interviewer Aaron Pauley et Valentino Arteaga, entre deux festivals américains — Aftershock à Sacramento et Louder Than Life dans le Kentucky. Ensemble, on a parlé de paternité, de création, de maturité musicale et de cette capacité à rester passionné après presque vingt ans de carrière.
Ce qui frappe, c’est à quel point les deux musiciens parlent avec la même flamme qu’à leurs débuts : humilité, curiosité et amour du travail bien fait. Dans cette conversation, ils reviennent sur leur parcours, leur nouveau disque, et cette idée simple mais essentielle : continuer à créer, encore et toujours, par pur amour du processus.
Hugo : Salut Valentino, comment tu vas ?
Valentino : Ça va, Hugo ! Et toi ?
Hugo : Ça va très bien, merci. J’avais vraiment hâte de faire cette interview. Vous avez un festival ce week-end, non ?
Valentino : Oui, le Aftershock Festival à Sacramento, en Californie.
Hugo : Top ! Je crois que vous avez joué un autre festival il y a quelques semaines aussi, non ?
Valentino : Oui, c’était le Louder Than Life. On fait pas mal des gros festivals rock en ce moment, c’est vraiment cool.
Hugo : Une bonne mise en jambe avant l’Europe, non ?
Valentino : Exactement, ouais !
Hugo : Et je vois qu’Aaron est là aussi. Salut Aaron, enchanté !
Aaron : Enchanté, Hugo ! Ravi de te rencontrer.
Hugo : Pareil !
Valentino : J’adore l’affiche derrière toi ! ( Valentino fait référence à une affiche d’Of Mice & Men dans mon background ) Tu nous as sûrement vus sur cette tournée, non ?
Hugo : Exactement ! C’était le concert à Paris en 2019, juste avant le Covid.
Valentino : Oh ouais, trop bien !
Hugo : … un souvenir incroyable. Elle est toujours accrochée chez moi depuis six ans.
Valentino : Génial, merci beaucoup !
Hugo : Merci à vous de prendre le temps pour cette interview. Je vous ai vus il y a six ans à Paris, juste avant le Covid, et ce concert reste dans mon top 10 de tous les temps. J’adore l’énergie que vous dégagez sur scène.
Aaron : Merci beaucoup, ça fait super plaisir à entendre.
Hugo : Depuis ce concert, il s’est passé beaucoup de choses pour vous. Vous avez sorti Earth and Sky, Echo, Tether… et aussi, sur le plan personnel, Aaron, félicitations pour ton nouveau rôle de papa.
Aaron : Merci beaucoup ! Ouais, c’est marrant, la musique et tout, c’est plus compartimenté qu’avant. La paternité passe avant tout, mais c’est génial. Ça donne un tout nouveau sens et une nouvelle appréciation à tout. C’est une vraie source d’inspiration divine, si on veut.
Hugo : Et tu dirais que ça a aussi influencé ta manière d’écrire les paroles d’Another Miracle ?
Aaron : Oui, clairement. Ça a directement inspiré quelques morceaux, mais surtout, ça change ta vision des choses. Ça te force à revoir tes priorités. Et comme notre musique est très introspective, ça donne beaucoup de matière à réflexion.
Hugo : Parlons d’Another Miracle. J’ai eu la chance de l’écouter avant beaucoup de monde, et franchement, je pense que c’est votre meilleur album depuis Earth and Sky. Cet album-là était déjà haut dans ma liste, mais celui-ci n’en est vraiment pas loin. Il a le parfait équilibre entre vos morceaux plus calmes, comme « Wake Up », et d’autres plus puissants comme « Flowers », que j’adore.
Valentino : Oh ouais ! C’est justement celle que j’aimerais sortir en single. On hésite encore entre trois ou quatre titres, mais « Flowers », pour moi, c’est celle-là.
Hugo : Moi aussi je voterais pour « Flowers ». J’aimerais bien voir le clip qu’on pourrait en tirer.
Valentino : (rires) Oui, ce serait cool !
Hugo : L’album sonne vraiment mature et très bien produit. Quelle était la vision derrière ?
Valentino : Merci ! On sort un album à peu près tous les ans, et on adore ça. On écrit tout le temps, parce qu’avant tout, on est des musiciens. Nos fans nous permettent de continuer à créer et à tourner.
Aaron : Ouais, cet album et les deux précédents, Tether et Echo, on les a autoproduits. On enregistre tout nous-mêmes, et je mixe et masterise. À chaque fois, on devient meilleurs. C’est comme jouer d’un instrument — enregistrer, c’est une autre facette du métier.
Valentino : Comme on perfectionne sans arrêt cette compétence, on arrive de mieux en mieux à sortir ce qu’on entend dans nos têtes. Le fait que tu dises que le son est plus abouti, c’est exactement ce qu’on vise.
Aaron : On adore simplement le processus de création d’un album. C’est pour ça qu’on continue. Ce n’est pas pour avoir un disque à la fin, mais parce qu’on aime le faire, chasser cette petite étincelle de créativité. Et plus on le fait, plus c’est excitant.
Hugo : Est-ce qu’il y a un morceau qui représente particulièrement où vous en êtes dans vos vies aujourd’hui ?
Aaron : Probablement tous, d’une manière ou d’une autre. L’album parle beaucoup de croissance et de changement.
Valentino : Ouais. Depuis Echo, on s’est mis à écrire des choses très personnelles. Echo était plutôt sombre, Tether plus plein d’espoir, et Another Miracle mélange les deux. La vie reprend son cours, il y a plein d’expériences et d’émotions là-dedans.
Valentino : « Wake Up » ressort beaucoup pour moi. C’est un rappel : sois présent, ici et maintenant. Ne t’inquiète pas pour le futur, ne te prends pas la tête avec le passé. Apprécie ce que tu as.
Aaron : Exactement. La vie passe vite, tout le monde a ses combats. Ces chansons nous rappellent de ralentir, d’apprécier le moment. Et quand on les joue en live, la connexion avec le public renforce encore ce message.
Hugo : Le clip de « Wake Up » est superbe — la Gibson Firebird blanche de Phil est magnifique. Et celui de « Troubled Water » est complètement fou ! Il a un côté Resident Evil, presque horrifique. Des anecdotes de tournage ?
Aaron : (rires) Être noyé, c’est pas ce qu’il y a de plus fun ! Quelqu’un m’a dit que ça ressemblait à un jeu vidéo qui s’appelle SCP, un truc un peu horreur militaire. C’est une coïncidence totale, mais c’est vrai que ça colle bien.
Valentino : Notre réalisateur, Mike Matsui, est incroyable. C’est lui qui a fait les clips de « Another Miracle », « Wake Up » et « Troubled Water ». Ce clip-là était plus « pratique » : vrais décors, vrais plateaux, pas trop de CGI. Et l’eau était glacée !
Aaron : On était juste une bande de gamins à rigoler entre les prises. Et puis tu vois le montage final et tu te dis : « Wow, c’est flippant ! » Tout le mérite revient à Mike. Pour nous, c’est comme un projet d’art, et on adore ça.
Valentino : Ouais, parfois c’est pas drôle sur le moment — surtout quand le bassin n’est pas chauffé ! (rires) Mais c’est un vrai travail de passion.
Hugo : Vous êtes dans le groupe depuis longtemps : presque vingt ans pour toi, Valentino, et près de dix pour toi, Aaron. Quelles sont vos cinq minutes préférées avec Of Mice & Men ?
Valentino : C’est dur à dire. Le moment où on a appris qu’on allait tourner avec Linkin Park. Puis avec Slipknot. Quand on a été pris sur le Warped Tour en 2010. Et quand le Warped est revenu l’an dernier et qu’on a joué à la maison, en Californie du Sud. Et bien sûr, quand Restoring Force est devenu disque d’or. En tant que groupe alternatif, tu ne t’attends pas à ça. C’est un immense honneur, grâce à nos fans.
Hugo : Et ça rend bien sur le mur, en plus !
Valentino : (rires) Oh ouais.
Hugo : Aaron ?
Aaron : C’est difficile… Je dirais tous les moments où on s’est retrouvés sur scène alors que tout semblait contre nous — maladie, galère de voyage, changements de line-up… Ces moments où tu te dis : « On ne devait pas être là, et pourtant on y est. » C’est ça, mes minutes préférées.
Hugo : Vous avez déjà tourné avec des légendes comme Linkin Park et Slipknot. C’est quoi le rêve ultime maintenant ?
Aaron : (sourire) Tourner avec Tool, ce serait cool.
Valentino : Franchement, juste continuer encore quinze ou vingt ans à faire ce qu’on aime. Tant qu’on est en bonne santé et qu’on peut créer, c’est ça le rêve.
Aaron : Ouais. Et c’est grâce à nos fans qu’on peut le faire. Another Miracle sort le 14 novembre. Venez nous voir à la fin novembre et en décembre au Royaume-Uni et en Europe.
Hugo : Merci beaucoup, les gars. C’était un vrai plaisir de parler avec vous.
Aaron : Merci, Hugo !
Valentino : Merci mec, à très bientôt !
Un grand merci à Maren ainsi qu’à Oktober Promotion pour l’organisation de cette interview !
PLUS D’INFORMATIONS :
Album : Of Mice & Men – Another Miracle
DATE DE SORTIE : 14 Novembre 2025
LABEL : Century Media Records