Vecteur Magazine

NEVERTEL - Entre renaissance artistique et résilience personnelle.

Par Mélissa Bussière

A l’occasion de la sortie de leur nouvel album “Start Again”, paru le 12 septembre dernier, nous avons eu le plaisir de nous entretenir avec Jeremy Michael, Raul Lopez et Alec Davis, les trois membres du groupe NEVERTEL. Originaires de Floride, leur musique oscille entre rock alternatif, rap, pop punk, avec beaucoup de sonorités électro. Pendant plusieurs minutes, le groupe s’est confié sur les coulisses de l’album, les défis personnels qu’ils ont dû surmonter, leur processus créatif et leurs projets à venir. Entre sincérité brute, humour complice et réflexions profondes, cet échange nous a permis de mieux comprendre l’âme de ce dernier projet, né d’une forme de chaos et d’introspection intense – et surtout d’une envie viscérale de recommencer.

Crédit photos : Bryan Kirks

Parlons du processus derrière cet album. Il semble y avoir beaucoup de choses personnelles en jeu non?

Raul : Ouais carrément ! Il y avait… beaucoup de choses personnelles. Des trucs que l’on devait vraiment affronter. Beaucoup de remise en question, on pourrait même dire des “ego deaths”. Vraiment beaucoup.

Jeremy : Des obstacles, des moments compliqués, et tout cela en plus de la pression de sortir notre premier album sous label. C’était notre premier vrai disque en fait. Donc même sans les galères personnelles, c’était déjà lourd à porter. Mais là, on a vraiment dû traverser pas mal d’épreuves, chacun de notre côté.

Alec : Au bout d’un moment, ça devient comme un cercle vicieux… un cycle de doute, de remise en question constante.

Jeremy : J’aime bien ce que tu as dit là.

Alec : Le cercle de rien ? C’est pas mal hein ? (Rires)

Jeremy : Mais ouais, on a dû dépasser beaucoup de choses pour finir ce projet.

Quel a été le moment où l’album a vraiment commencé à prendre forme, créativement et émotionnellement?

Raul : Je pense que c’est autour du moment où nous avons lancé la chanson “Criminal”. Nous étions dans un studio à Memphis, au Daycal. Je pense que c’est à ce moment-là, quand on a composé l’écriture de cette chanson.

Jeremy : Ça a été le point de lancement de l’album. On comprenait déjà mieux ce que c’était et ce à quoi allaient ressembler les titres dessus.

Alec : Pendant que l’on écrivait les morceaux au départ, on savait que l’on allait faire un album, mais on ne savait pas du tout quelle direction on allait prendre. Et je pense que c’est quand nous avons écrit Criminal, oui. C’était quand?

Raul : En octobre 2024, un an auparavant.

Alec : Oui voilà, c’est en octobre que l’on a créé cette chanson. Cela nous a aidé à voir ce à quoi l’album allait ressembler. Et je pense qu’ après cela, on a basé les autres titres sur celle-ci.

Il s’agit de votre premier album avec des collaborateurs extérieurs. Comment cela a-t-il changé l’énergie dans le studio?

Raul : Je pense que ça a apporté des idées différentes, de nouvelles façons de faire les choses que nous n’avions jamais essayées auparavant. Et je pense que c’était vraiment important de créer entièrement les chansons que nous avions faites. Parce que parfois, on s’arrête avant la fin. Alors que l’on écrit des choses intérieurement depuis longtemps. Et c’est cool d’avoir cette perspective extérieure, on se dit que l’on peut faire mieux.

Vous avez enregistré dans plusieurs villes – L.A, Nashville, Memphis et en Floride. Comment ces différents endroits ont-il influencé les musiques et l’ambiance qui s’y trouve?

Raul : Oui je pense clairement que ces différents lieux ont influencé les musiques. Être dans différents endroits, c’était vraiment cool. Je pense que cela m’a aidé à sortir de l’idée maison-studio parfois tu sais. De temps en temps c’est agréable de voir des scénarios différents et cela inspire de nouvelles chansons et de nouvelles ambiances.

D’ailleurs quelle chanson a pris le plus de temps à être terminée, et qu’est ce qu’il l’a rendue si délicate à compléter?

Jeremy : La chanson “Starting Over” a pris le plus longtemps à être terminée. On a probablement commencé à l’écrire il y a 4 ans. Et on n’avait aucune idée de comment l’améliorer. Je ne me souviens pas vraiment de ce qui nous a fait terminer cette chanson.

Alec : Le label, ils voulaient vraiment.

Jeremy : Je veux dire que j’étais aussi en train de me battre pour ça aussi.

Alec : Oui, vous étiez en train de vous battre pour ça depuis longtemps.

Jeremy : Oui, c’est clair. Il y avait tellement d’endroits morts, dans le processus d’écriture de celle-ci. Cela semblait sans espoir. Mais je disais au gars, non, il y a de l’or ici. Et le label semblait être du même avis. Je pense qu’à cet instant, on s’est assis tous ensemble, et on s’est dit qu’on allait viser la perfection. Et on s’est ensuite laissé aller organiquement pour le terminer. Donc toute l’écriture a pris quatre ans.

Comment gardez vous votre identité tout en continuant d’évoluer artistiquement?

Raul : C’est une vraie question. Mais tu vois, on a toujours tout fait nous-mêmes : l’écriture, la production.. donc l’ADN du groupe, il n’a jamais vraiment changé. Il est resté intact. Mais on a aussi compris que collaborer avec les bonnes personnes, ça pouvait vraiment nous aider à faire évoluer notre son. Ajouter des éléments ,nouveaux, que l’on aurait jamais pu faire seuls.

Alec : Donc au final, je pense que l’important, c’est de rester ouverts aux bonnes collaborations, avec des artistes ou des producteurs qui comprennent notre univers. C’est comme ça qu’on évolue sans se trahir.

Comment décririez-vous l’album “Start Again” en une phrase ?

Jeremy : C’est un album qui parle du fait de se reconstruire à partir de ruines.

Raul : Une sorte de renaissance post-chaos. Rien n’est resté intact après ce que l’on a vécu.

Alec : Et pourtant on en ressort plus fort.

Qu’est ce qui vous rend le plus fier dans cet album?

Jeremy : Le fait qu’il soit entier. Qu’il raconte une histoire de bout en bout.

Raul : Et aussi de l’avoir terminé. Malgré les galères, les doutes et les blocages.

Et pour vous, quelle a été la chanson la plus marquante à écrire?

Jeremy : Je dirai “Circle”, parce qu’elle est née d’un vraiment moment de doute existentiel.

Raul : Pour moi, c’est “Starting Over”. Le morceau principal. Il résume assez bien tous les sujets que l’on voulait aborder dans cet album.

L’album est sorti le 12 septembre. Qu’est ce qui vous enthousiasme le plus dans le fait que vos fans puissent enfin l’écouter?

Alec : Franchement, la réception a été dingue ! Voir les gens réagir, écouter les morceaux du début à la fin… c’est ce qu’on espérait. C’est un vrai bonheur. On n’avait pas sorti un corps de travail complet depuis longtemps. Donc c’est super important pour nous que les gens puissent vivre l’album comme un tout. Pas juste un single ici ou là. Là, c’est un vrai voyage.

Vous aviez peur de la réaction?

Raul : Toujours. On doute constamment. Mais une fois qu’il est sorti, c’était un soulagement.

Alec : Et maintenant, on est juste contents que cela parle aux gens.

Qu’espérez-vous que les fans retiennent de “Start Again” ?

Jeremy : Que l’on peut tout perdre et tout reconstruire. Qu’il y a une beauté inexplicable dans le chaos.

Et maintenant que l’album est sorti, quelle est la suite? Une tournée, des clips, de nouvelles collabs?

Raul : On rentre chez nous ! (rires) Non sérieusement, la priorité maintenant, c’est la tournée. On vient de sortir un projet conséquent avec 13 titres, ce qui est énorme pour nous. Là, on termine la tournée After Build partie 2, avec SLEEP THEORY, puis on enchaîne directement avec le Royaume-Uni. On part avec Labeled Tomorrow, on prend l’avion, on signe des vinyles (rires), et voilà.

Jeremy : Et ensuite, en octobre, à partir du 20, on commence notre première tournée en tête d’affiche en Europe. On passe par Londres, Paris, l’Allemagne, les Pays-Bas… Après, à ce niveau, on n’a pas encore de plan très concret. Mais clairement, le live c’est notre priorité.

Raul : Et il y a aussi le Space Fire Tour en novembre ! Avec IF NOT FOR ME et GREEN CITY DRIVE.

Alec : Ouais, ça nous amène jusqu’en décembre. Donc clairement l’année prochaine, c’est tournée, tournée, tournée… pour défendre ce disque. On a pris le temps de créer ce projet, maintenant on doit le faire vivre partout où l’on peut.

Si vous pouviez collaborer avec n’importe quel artiste ou groupe, sans aucune limite, ce serait qui? Et pourquoi?

Raul : BRING ME THE HORIZON, direct. Ils sont ultra influents, ils restent fidèles à leur son, tout en n’ayant aucune peur d’expérimenter. Ils n’ont pas honte d’essayer des choses nouvelles. C’est super inspirant. J’aime bien ça. Peut-être qu’un jour ça se fera, qui sait !

Jeremy : Sinon, BAD OMENS, THREE DAYS GRACE… ou même LINKIN PARK, carrément!

Alec : Allez, on rêve un peu! (rires)

Un featuring est prévu prochainement ?

Jeremy : Pas pour le moment. Mais on en parle. Rien d’officiel, mais on est ouverts.

Pour finir, un petit message à adresser à vos fans?

Raul : Merci. Merci pour tout. Merci de nous soutenir, de nous écouter. Notre nouvel album “Start Again” est dispo depuis le 12 septembre, alors allez l’écouter si ce n’est pas déjà fait.

Jeremy : Et surtout… Vous serez là au concert en France hein? On espère vous voir là-bas!

Alec : Hâte de vous rencontrer! Merci encore à toi de nous avoir invités. Ouais merci pour tout, vraiment.

 

Avec “Start Again”, NEVERTEL signe bien plus qu’un album : une déclaration d’intention. Portée par une énergie profonde et tranchante, dotée d’une authenticité rare, le trio prouve qu’il est prêt à franchir un nouveau cap. Et avec une tournée européenne imminente, leur passage en France s’annonce comme un rendez-vous immanquable. Restez à l’écoute, car NEVERTEL n’a clairement pas dit son dernier mot !

Notre Avis :

Repéré sur la scène indie aux US, le groupe Nevertel représente une fusion des genres qui ne laisse aucune oreille indifférente. Entre émotions brutes et riffs acérés teintés d’effets électroniques immersifs, l’album Start Again signe un retour qui frappe fort et aussi un important challenge. Sur treize titres qui nous entraînent dans une ambiance sombre, on se laisse porter pour 40 minutes de sensations fortes, autour des thèmes de la reconstruction et du dépassement de soi. La grande nouveauté que l’on peut également noter concerne les différentes collaborations avec des intervenants externes comme Dave Cowell de Sleep Theory ou encore Gianni Taylor. Dès les premières paroles du prélude, introduites avec douceur, on ressent que tous les morceaux vont traiter de sujets poignants, puissants, riches en émotions et surtout pas vraiment roses. On se laisse très vite happer par la voix marquante de, modifiée par des effets électroniques qui seront d’ailleurs présents tout au long de l’album. Criminal démarre ensuite fortement avec de gros riffs de guitare, et des slaps de basses bien mordants. Titre explosif, il a d’ailleurs été choisi comme single. Les thèmes abordés dans ce morceau sont la lutte émotionnelle, la perte de contrôle, l’anxiété et la confusion. Chaque note nous marque d’un fer rouge violent, car elle éveille démons intérieurs et blessures non guéries. Musicalement, la production est nerveuse et les riffs violents, avec un refrain plus qu’accrocheur. Did It All arrive ensuite pour nous parler des choses qui échappent à notre contrôle, notamment ce que les autres peuvent dire ou penser de nous. Ici, l’importance de réussir à garder sa propre vérité intérieure ainsi que sa lumière malgré les critiques ou remarques est mise en avant. Musicalement, on est sur une combinaison entre mélodie et puissance. Vient Break The Silence, sans hésitation ma préférée de l’album, très très parlante. Avec un démarrage de bruit de tir suivi par des paroles rapées puis chantées, le morceau évoque la révolte face à l’injustice et le fait de rompre le silence face à l’oppression et au fait de se faire écraser. On est sur une énergie qui mêle à la fois nu métal, rock alt et rap-rock. Good Intentions, titre plus réfléchi aborde les bonnes actions qui peuvent mal tourner et également le regret que cela engendre. Cette production est plus lente, plus atmosphérique, travaillée avec plus de finesse. On entre à la suite de cela dans une réflexion très personnelle, concernant les pertes que l’on peut vivre dans les relations, et les sacrifices auxquels nous sommes parfois confrontés s’il on veut aller vers ses rêves. Sacrifice parle de toutes ses notions et également de choses très actuelles comme le burnout, et le prix à payer face aux prises de décisions. Avec Losing Faith, on reste dans cette continuité concernant la remise en question du point de vue relationnel. On nous parle des actes qui ne sont pas toujours alignés avec les paroles. Ce titre traite de la désillusion qui mène au besoin inévitable de prendre du recul afin de se recentrer. On se laisse entraîner par la voix de Jeremy qui orchestre guitare, effets sonores et batterie. Mile Apart nous parle alors du fossé qu’il existe entre ce que l’on espère et ce que l’on a réellement La musique est puissante, les mélodies sont larges et entraînantes. Some Things évoque le fait que pour avancer, il faut bien souvent laisser des personnes derrière soi, et ce malgré la dureté de ce genre de décision. Le titre évoque la douleur provoquée par le sacrifice relationnel, par les adieux faits aux relations auxquelles on tient mais qui nous font stagner. Le refrain est très accrocheur et riche de sens. La guitare nous enveloppe d’une mélancolie puissante et profonde. Dans une atmosphère plus introspective, car on parle ici du regard que l’on a de soi-même (souvent très dur), de la peur des échecs et des erreurs, que l’on ne voit pas toujours de manière évidente comme des apprentissages. Avec ICON, on est sur une composition galopante, très frappante et surtout virtuose musicalement parlant. Playground, plus expérimental vient nous marquer par un rythme net et très enjoué. On parle ici de l’ambivalence relationnelle et aussi de manipulation. Composé avec une écriture longue, Starting Over est vraiment l’élément central de l’album. La notion de renouveau est présente, et par conséquent celle du changement, du dépassement de soi. Ever After vient finalement clôturer tous ces passages de profonde remise en question, nous laissant planer sur l’idée que tout est circulaire, et peut se produire à nouveau, encore et encore. L’équilibre entre la puissante et la vulnérabilité sont deux choses très marquantes avec Start Again. Une sincérité profonde résonne tout au long de l’album et fait écho à pleins de choses que l’on peut traverser. Cet aspect en fait donc une œuvre musicale très parlante. On y ressent clairement l’évolution du groupe avec une production plus soignée et aussi l’inclusion de collaborations.