Par Mélissa Bussière et Christophe Pinheiro
Dans le cadre de la prochaine édition du Muscadeath festival, à Vallet, nous avons eu le plaisir de rencontrer Benoît DENIS, fondateur et organisateur passionné de ce rendez-vous devenu incontournable pour les amateurs de métal dans l’Ouest de la France et aussi d’ailleurs. Entre muscadet et guitares saturées comme on aime, il réunit chaque année une sélection pointue d’artistes, dans une ambiance conviviale, festive et résolument underground. Entre engagement associatif et animation musicale commune, Benoit nous raconte l’histoire et les coulisses de cet événement pas comme les autres.
Il faut revenir en 2004, pour voir la première édition du Muscadeath. En 2003 a eu lieu un premier concert/festival, qui n’avait pas la dénomination Muscadeath. C’est de là que vient l’idée du festival?
Oui. En fait, on voulait faire un festival, mais on n’avait pas de nom la première année en 2003. Donc on a fait un concert, plutôt qu’un festival car à l’époque on ne parlait pas trop de festoche. On faisait plutôt une soirée concert, avec 5 groupes, et puis l’année d’après on s’est dit qu’on allait continuer. On avait déjà trouvé le nom de notre asso, la Carnage Asso et on a hésité à l’appeler Muscadeath, puis on s’est dit que ce serait bien d’appeler notre festival ainsi. C’est pour cela qu’en 2004 on l’a appelé Muscadeath.
Avant de poursuivre : On appelle la ville de Vallet en prononçant le T ou pas ?
Vallet ! (en prononçant le T) (rires) Alors, oui c’est très con mais la question n’est pas bête ! Car à côté, il y a une ville qui s’appelle Le Pallet, et ça s’écrit deux L, ET, et ça ne se dit pas “Le PalleT”. (rire)
Avant de te lancer dans la production, quel était ton lien avec la scène métal? Est ce que tu avais une asso, un groupe?
Oui, nous à la base on est un groupe de death metal qui s’appelle NECROWN. Avec Manue, ma femme et avec Ghislain, on était 3. Enfin, on était 3 dans le groupe majoritairement. Puis là on a un deuxième guitariste, Seb. On joue toujours, mais à la base on est un groupe. On en eu un peu marre de faire que des cafés concert, où il n’y avait pas de public métal. Les conditions n’étaient pas obligatoirement top. Ce qui se comprend. Donc on s’est dit pourquoi pas organiser un vrai concert, avec de bonnes conditions, pour les groupes qu’on connaissait, puis faire des échanges de dates. On s’est lancé comme ça dedans, ce n’était pas dans l’intention de faire un festival. A la base c’était vraiment pour organiser des concerts métal et pour jouer aussi.
Derrière le Muscadeath se cache l’asso Carnage, tu en as parlé à l’instant. Vous êtes très actifs avec le festival, vous travaillez également sur la fête de la musique à Vallet, depuis 1999 En plus, il y a votre participation au Hellfest depuis 2008. Des projets qui s’inscrivent sur du long terme. Quel est le secret pour maintenir le cap?
Mmmh, je pense qu’il ne faut pas réfléchir et toujours s’investir à fond. C’est la passion, notre passion de la musique, enfin, du metal, on n’a pas envie de s’arrêter. Moi je suis quelqu’un de persévérant, et Manue et Ghislain pareil. Nos potes qui nous entourent aussi. Et le secret je pense que c’est aussi ça : C’est petit à petit ce sont des potes qui sont autour de nous, donc même si on est que 3 toujours officiels dans l’asso. Sur le Muscadeath, il y a plus de 60 personnes. Sur le Hellfest, on est 230 dans l’équipe. Donc on connaît quasiment tout le monde. Souvent c’est des potes de potes mais qu’on connaît. Et c’est ça qui fait qu’il y a une bonne cohérence, une cohésion d’équipe si on peut dire. C’est ce qui fait que ça marche. Il n’y a pas de prise de tête, on est tous un peu sur la même longueur d’onde, personne n’a envie de manager plus qu’un autre, il n’y a pas de chef. Je pense que c’est ça le secret, on est tous pareils et c’est une asso.
Cette 23ème édition approche à grands pas, tu te sens comment vis à vis de cela?
Ben comme d’hab, un peu stressé! Surtout quand tu vois que ça approche très vite. Là c’est les vacances. C’est toujours la période un peu compliquée parce qu’il n’y a pas grand chose qui se passe les deux, trois premières semaines d’août. On attend des réponses qu’on ne peut pas avoir, et derrière ça vient très vite. On n’a plus que 3 semaines. Donc c’est souvent un peu stressant cette dernière ligne droite. Mais bon, avec l’habitude, si je peux dire, on se dit qu’il ne faut pas stresser, que ça va le faire. Mais il y a toujours une petite angoisse. Mais il n’y a pas de raison pour que ça se passe mal ! (rires)
Parlons de la programmation : là encore une fois c’est une très belle affiche, un mix entre jeunes groupe comme TANORK ou USQUAM. Et des légendes comme UNLEASHED ou encore BELPHEGOR pour ne citer qu’eux. J’imagine que ce n’est pas simple de composer une telle programmation?
Oui et non ! Alors effectivement c’est compliqué quand même dans le sens où on se fait toujours des idées au moment où on fait la prog. Et cela ne finit pas là où on l’avait imaginé (rires). Mais on essaye quand même de garder une certaine cohérence. On veut vraiment avoir de jeunes groupes, comme tu le disais, si possible locaux. Parce que c’est le but initial de notre asso quand même, de faire jouer les groupes locaux dans de bonnes conditions etc. Et puis de pouvoir partager une scène avec de grands noms, des noms de légende comme tu le dis, c’est toujours top. Puis c’est toujours des références aussi. Quand tu dis que tu as partagé la scène avec BELPHEGOR ou UNLEASHED, sur le papier, s’ il y a des organisateurs qui voient qu’il y a ces groupes-là, ça veut dire qu’on tient la route. Après on a toujours pleins d’idées sur les groupes. Donc il y a des groupes que l’on veut faire venir depuis 10, 15 ans et on n’arrive jamais à les avoir (rires). Mais il y a encore de belles années à venir !
J’ai vu aussi qu’il y avait également le retour de MASSACRA, c’est énorme !
Oui carrément. Alors c’est MASSACRA LEGACY, parce qu’il n’y a que Chris, qui est d’origine de MASSACRA. Fred, le compositeur principal, étant décédé il y a quelques années. Donc cela ne devait jamais revoir le jour, mais Chris le batteur d’origine qui a enregistré les trois premiers albums, a retrouvé des musiciens pour rendre hommage au groupe sur ces trois premiers albums. Donc ils cherchaient un festival avec un nom et une programmation dans laquelle le groupe aurait toute sa légitimité et une bonne place. Sur un gros festival où se mélangent beaucoup de styles, MASSACRA aurait été bien plus bas dans l’affiche. Et leur intérêt à eux ce n’est pas non plus d’être en haut de l’affiche, mais quand même d’avoir une bonne place. Pas en ouverture non plus. Mais ceux qui composent le groupe, ne sont pas de jeunes musiciens, ils ont de la bouteille, et on peut leur faire confiance pour faire un show de malade. Donc on a été hyper heureux quand on a reçu le mail qui confirmait leur présence.
Je rebondis là dessus : Parmi tous les groupes qu’il y a de programmé cette année, est ce qu’il y en a un qui pour toi est une satisfaction personnelle?
Alors pas obligatoirement personnelle, mais UNLEASHED, c’est des groupes que l’on écoute depuis 30 ans, donc évidemment on ne pensait pas les avoir. C’est des groupes qui ont pleins de propositions, ils n’acceptent pas obligatoirement de jouer dans tous les festivals. Donc on est super contents de les avoir. Puis à côté, il y a des groupes comme DEVANGELIC, qu’on a envie de programmer depuis quelques années, et ça ne se faisait jamais. Donc là je suis très content de pouvoir les mettre à l’affiche. Comme DEMONICAL, qui est un peu moins connu, mais c’est un super groupe. Tous les groupes, on est content de les avoir de toute façon. Même GURKKHAS, je ne pensais pas qu’ils allaient se reformer. On a joué avec eux en 2000. C’est excellent d’avoir des groupes comme eux.
Qui dit festival, dit partenariat, alors principalement locaux. Comment un festival de musique dite “extrême” réussit-il à instaurer ces partenariats sur du long terme?
C’est un peu comme le bénévolat. C’est un tissu d’amis on va dire. Mes meilleurs amis, ce sont des gars qui sont à leur compte, qui n’ont pas le temps d’organiser ce que l’on fait là. Donc ils se disent : “comme on n’a pas le temps, ben on va donner de l’argent pour participer à notre manière à des festivals.”. Ils en parlent autour d’eux, à des gens qu’ils ne connaissent pas obligatoirement. Ces personnes sont invitées et découvrent ce qu’est le Muscadeath. Et ils trouvent ça bien. Sans forcément adhérer à tous les styles, mais l’ambiance et le fait d’avoir de la musique et une scène pro autour d’eux, ça leur permet d’avoir envie de soutenir le projet. On garde nos partenaires d’année et année. C’est super bien et c’est aussi vital pour un festival d’avoir des gens qui aident financièrement.
Le festival repose beaucoup sur les bénévoles. Comment arrives tu à maintenir cette dynamique collective?
On ne sait pas trop (rires). Nous on refuse carrément des bénévoles. On a beaucoup de gens qui nous demandent et on leur répond que c’est oui si on a de la place. Mais c’est vrai qu’on a toujours nos potes, et des fidèles qui reviennent chaque année. Et ils refont leur demande chaque année. Donc on n’a pas besoin de faire appel à du bénévolat supplémentaire. On est super content, c’est génial. Et tout le monde revient parce que je pense qu’on essaye de bien les accueillir. Que ce soit les groupes, les bénévoles, les médias. On ne va pas contrôler si un bénévole boit par exemple. On n’est pas là pour contrôler cela. Il y a une confiance mutuelle, les gens se sentent considérés et reviennent.
Je reviens un petit peu sur l’histoire du festival. Il aura fallu attendre l’après COVID en 2021 pour voir l’édition du Muscadeath passer sur deux jours. Est ce que c’est le meilleur format selon toi, ou est ce qu’il y a un projet d’évolution dans le temps?
Oui c’est vraiment un format qui nous convient parfaitement. Personnellement, j’avais l’idée en tête depuis longtemps mais tout le monde n’était pas partant. Car cela demande du temps, de l’investissement. Cela demande aux bénévoles de prendre des jours de congés, le vendredi notamment. On ne voulait pas mettre les gens dans la merde. C’est pour cela qu’on a attendu. Puis arrivé à un moment, on a proposé l’idée à nouveau, en faisant un sondage. Après validation on est partis sur ce format. Je dois dire que le format de deux jours me convient vraiment bien. On aime bien ce format là. Cela nous permet de rester convivial aussi, donc on est réellement arrivé à ce que l’on souhaitait faire je pense.
Il y a aussi le public sans qui rien n’est possible. Il y a une chose qui revient souvent de la part de ceux qui ont assisté au Muscadeath : c’est l’ambiance, qui est vraiment à part. Comment décrirais-tu cette ambiance ?
C’est ambiance conviviale quoi ! On a l’impression d’être dans une fête avec des potes. L’idée, c’était de faire comme nous l’avions fait il y a très longtemps avec notre groupe. C’est un copain qui fête son anniversaire, il invite ses potes musiciens à un concert et on boit des coups ensemble. Et que tu sois musicien, bénévole, organisateur, l’idée c’est ça. C’est ce qu’on essaye de faire, et j’ai l’impression que cela fonctionne pas mal.
Il y a un public jeune qui vient de plus en plus d’année en année. Accompagnés aussi de leurs parents. Quel effet cela te fait de voir ce jeune public arriver dans le pit?
C’est bien. Ca veut dire que la musique n’est pas morte et qu’elle intéresse toujours. Donc je trouve ça bien. Il y a une transmission des parents vers les enfants. Même si cela se transmet d’une manière différente, c’est pas mal aussi. Je trouve que les jeunes ont une culture musicale plus ouverte, si j’ose dire. Moi je fais pareil avec nos filles. Avec Manue, elles sont capables d’aller dans un pit avec BENIGHTED, des choses comme ça. Et à côté de ça, elles vont écouter du rap français, donc elles sont vraiment éclectiques dans les styles. C’est vrai qu’à mon époque, on était un peu sectaires (rires). Du coup c’est pas mal, si ça donne une ouverture d’esprit. Et c’est bien aussi qu’ils voient comment ça se passe chez les plus vieux, pour garder cet esprit là. Le faire perdurer.
Cette aventure doit parfois réserver des surprises. Est ce que tu as une anecdote particulière à nous raconter?
Waouh (rires).
Il doit y en avoir pleins (rires).
Oui, il y en a pleins.
Sans compromettre personne hein (rires).
Oui, non (rires). Il n’y a pas vraiment d’anecdote particulière. Ce qui nous marque et c’est arrivé quelques fois, ce sont les annulations de dernière minute, les choses comme ça. Où là c’est tendu. Ou alors c’est arrivé avec GOD DETHRONED, quand les instruments sont bloqués. Ils ont des instruments du genre une 7 cordes accordée en Do, c’est un truc introuvable. Après voila, ce sont des coups d’adrénaline, ça fait un peu flipper, mais on s’en est toujours sortis donc c’est cool ! (rires)
Qu’est ce que le Muscadeath t’as apporté humainement ?
Humainement parlant, c’est de côtoyer tout un tas de gens complètement différents. Tu as des différences de caractères etc. Et le fait de côtoyer ces gens là, c’est ce qui fait que nous, en tant qu’organisateurs, on doit se mettre au niveau de chacun, afin que tout le monde comprenne. Que ce soit avec des bénévoles ou des artistes. C’est hyper bien d’avoir une multitude de facettes, et de pouvoir réussir à faire en sorte que tout le monde s’entende. Je peux te dire que ce n’est pas si facile que ça. Et je dois dire que ça fonctionne plutôt bien, donc c’est cool. Je trouve qu’humainement c’est hyper enrichissant.
Dans l’absolu, est ce qu’il y a un groupe que tu rêverais de voir jouer à Vallet ?
Oh ben il y en a pleins ! (rires)
Oui j’imagine ! (rires)
On a toujours un peu nos idoles : ça va être des groupes américains malgré tout tu vois. Du CANNBAL CORPSES, OBITUARY… OBITUARY, c’est le groupe que l’on aimerait faire venir. Après je ne sais pas si on y arrivera. Mais pourquoi pas. Ce n’est pas que pécunier. C’est tout un ensemble de choses. Et vu comment notre date est placée, les tournées estivales sont terminées et celles qui arrivent à l’automne arrivent un poil plus tard. Donc c’est un peu le problème, c’est que pour nous c’est un peu en “one shot”. Les cachets ne sont pas les mêmes, et les groupes qui viennent des Etats Unis, veut dire qu’ils doivent se taper 8 heures d’avion pour un concert de 1 heure, avec un décalage horaire pas possible. Ça fait beaucoup de contraintes, il faut les persuader et ce n’est pas évident.
Juste pour savoir, la jauge de la salle, c’est 1500 personnes, c’est bien cela ?
Alors nous non. Parce que c’est une salle qui est modulable. Nous on fait une configuration qui nous permet d’accepter 850 / 900 payants. Mais effectivement, si on la loue totalement, on peut quasiment mettre 2000 personnes dedans. On la coupe, à un tiers deux tiers à peu près, parce que le merch et les exposants viennent à l’intérieur de la salle. Pour que ça puisse rester dans la même ambiance.
Pour finir, si tu avais un mot à dire aux festivaliers? Ceux qui reviennent chaque année, et ceux dont c’est la première édition, ce serait quoi?
Pour ceux qui viennent depuis le début, ce serait qu’ils continuent à nous soutenir et à rester comme ils sont. Parce qu’en fait, on a un public ultra fidèle et on en est super contents. On est aussi contents de ne pas les décevoir sur la programmation. Ce n’est pas toujours évident. Et puis à ceux qui découvrent, venez pour découvrir la musique. On n’a pas envie de faire un festival pour être un festival, nous on veut proposer de la musique et une programmation. On en parlait hier soir, si on a de l’argent, alors on le réinvestit dans les cachets des groupes. Avoir de la déco ou des choses comme cela c’est cool, mais moi j’ai surtout envie que les gens viennent découvrir de la musique avant tout. Et on fait une prog pour cela aussi. Venir découvrir la musique, et dans une ambiance cool. (rires)
Vous en êtes où sur la vente des billets ?
On est très loin d’être complet. Sur le Muscadeath, il n’y a pas beaucoup de préventes. Souvent les gens achètent au dernier moment, ou même sur place. On ne fait pas de tarif promotionnel lorsque tu achètes en avance. On essaye de s’en sortir, même si ce n’est pas facile tout le temps. Mais voilà, on préfère se dire qu’il n’y a pas de frais de réservation, c’est toujours le même prix, et pour tout le monde (rires).