Interview réalisée par Hugo Denoyelle, pour Vecteur Magazine.
Credit Photo : Janson Bulpin
Il y a des artistes qui traversent les décennies en suivant les modes, et d’autres qui continuent simplement à avancer, fidèles à eux-mêmes, sans jamais chercher à coller à une époque ou à une tendance. Michael Monroe fait clairement partie de ceux-là. Depuis les débuts de Hanoi Rocks, groupe culte qui a marqué durablement l’histoire du rock, jusqu’à sa carrière solo, le chanteur finlandais a toujours défendu la même idée : la musique doit rester vivante, libre et sincère.
Avec Outerstellar, son nouvel album, il revient avec un disque puissant, varié, et profondément personnel. Mais au-delà de la musique, notre conversation a dérivé sur beaucoup d’autres sujets : la place de la technologie dans nos vies, les souvenirs du Sunset Strip, l’influence d’Alice Cooper, et ce qui, aujourd’hui encore, le pousse à écrire et à monter sur scène.
Entretien sans filtre avec un artiste qui n’a jamais cessé d’avancer.
Hugo : Salut Michael, merci beaucoup de prendre le temps de me parler aujourd’hui. C’est un vrai plaisir pour moi. Pour beaucoup de gens, tu es une légende du rock. Qu’est-ce que ça te fait quand on t’appelle comme ça ?
Michael Monroe : C’est très flatteur. Je suis touché et humble face à ça. Être au moins une partie d’une légende… Je pense que Hanoi Rocks et ce qu’on a fait ont laissé une empreinte dans le monde. On a vraiment changé des choses, d’une certaine manière. On n’a pas vendu tant de disques que ça, mais ça ne reflète pas l’impact qu’on a eu.
Je préfère être quelqu’un qui a laissé une trace plutôt que quelqu’un qui a juste vendu des millions d’albums. Faire une différence, c’est plus important pour moi.
Hugo : On est là pour parler de ton nouvel album, Outerstellar, qui sort le 20 février. Je l’ai écouté plusieurs fois en boucle et je l’adore vraiment. Comment tu le décrirais à quelqu’un qui ne connaît ni Hanoi Rocks ni ta carrière solo ?
Michael Monroe : Je pense que c’est une bonne présentation de ce que je suis. Il y a pas mal de variété, des styles différents, ce qui garde les choses fraîches. On n’essaie pas de faire deux fois le même album.
Je pense que tous les disques qu’on a faits étaient forts, mais celui-ci, surtout au niveau du son, est le meilleur. Dave Draper s’est occupé du mixage, et c’était la première fois que je travaillais avec lui. Maintenant, c’est sûr, je retravaillerai avec lui.
Hugo : L’album paraît aussi assez personnel dans son ambiance.
Michael Monroe : Oui, je crois. Je serais heureux que cet album représente qui je suis. C’est toujours ce que j’essaie de faire : avancer, faire mieux que le précédent, rester sincère et garder une certaine énergie.
Hugo : Le clip de Rockin’ Horse est vraiment surprenant, et très drôle. Je ne m’attendais pas du tout à ça. Comment cette idée est-elle née ?
Michael Monroe : On a tourné ça il y a plus d’un an. On jouait en Angleterre, à Londres puis à Wolverhampton. Sur la route, on s’est arrêtés dans un studio pour tourner.
Le réalisateur, Lee Brooks, a eu l’idée de cette émission matinale avec des personnages. On s’est lancés à fond là-dedans, on riait tout le temps. Je me souviens être allé acheter la veste la plus ennuyeuse possible pour le personnage…
À un moment, on ne se reconnaissait même plus entre nous tellement on était dans nos rôles. On a vraiment passé un moment génial.
On s’est dit que plutôt que faire un clip rock classique que les gens regardent une fois ou deux, on allait faire quelque chose d’amusant, que les gens auraient envie de revoir. Et visiblement, ça a marché.
Hugo : Une autre chanson qui m’a marqué, c’est Disconnected. Tu y parles de la technologie et de la manière dont elle isole parfois les gens. Qu’est-ce que tu ressens sur scène quand tu vois une foule de téléphones ?
Michael Monroe : Si j’étais dans le public, je ne passerais pas mon temps à filmer. Je profiterais du moment, parce que ça, tu ne peux pas le recréer avec un téléphone.
Mais les gens font ce qu’ils veulent, ça ne me dérange pas vraiment. Ce qui est dommage, c’est qu’avant on pouvait tester de nouvelles chansons en concert. Aujourd’hui, si tu le fais, la chanson se retrouve sur Internet le soir même. La première impression, tu ne peux la faire qu’une fois, et j’aime que les gens entendent d’abord la version enregistrée.
Hugo : Tu penses que ça va encore évoluer avec l’IA et toutes ces nouvelles technologies ?
Michael Monroe : Je ne sais pas, mais j’espère que les gens finiront par en avoir assez. L’intelligence artificielle, c’est un peu effrayant. Ils peuvent recréer ta voix, te faire dire ou faire des choses que tu n’as jamais faites.
Pour quelqu’un qui a une personnalité vocale, c’est inquiétant. Je ne veux pas utiliser ça. Tout ce qui est artificiel ne m’intéresse pas. Je préfère le réel, la vérité, la réalité.
Hugo : Ma chanson préférée de l’album est Black Cadillac. Tu as raconté que c’était basé sur une histoire vraie…
Michael Monroe : Oui. C’est inspiré d’une période où Johnny Thunders vivait littéralement à l’arrière d’une Cadillac noire, sur un parking à New York. Tu frappais à la vitre, quelqu’un ouvrait, puis il apparaissait… c’était complètement fou.
Johnny était un vrai rocker. Il ne voulait jamais devenir accro, mais il s’est fait piéger. C’était une figure très importante du rock’n’roll, quelqu’un que tout le monde devrait connaître.
Hugo : Ce qui te définit aussi, c’est ta façon de mélanger les styles. Punk, glam, rock…
Michael Monroe : Pour moi, la musique est la musique. Tant qu’il y a de la mélodie et de bonnes paroles, c’est ce qui compte.
Les genres, ça limite. Dès qu’un style reçoit un nom, ça devient une mode, et des centaines de groupes essaient de sonner pareil. Ça devient ennuyeux.
J’aime toutes sortes de musique : le blues, le reggae, le funk, le classique… Plus il y a de couleurs, mieux c’est.
Credit Photo : Janson Bulpin
Hugo : Certains disent que Nirvana a mis fin à l’ère du hair metal. Tu es d’accord ?
Michael Monroe : Oui, d’une certaine manière, c’était un coup de pied nécessaire. À un moment, c’était devenu ridicule. Trop d’apparence, pas assez de musique.
Nirvana est arrivé avec quelque chose de vrai, et ça a remis les choses en place.
Hugo : Tu as connu le Sunset Strip à la fin des années 80. Comment c’était à vivre de l’intérieur ?
Michael Monroe : C’était assez incroyable. Je me souviens arriver à Los Angeles et voir des affiches, des concerts complets… C’était impressionnant.
Mais pour nous, la musique passait toujours avant tout. Certains groupes étaient surtout là pour faire la fête et poser, mais ce n’était pas notre approche.
Hugo : Tu as souvent parlé de ton admiration pour Alice Cooper. Est-ce que tu aimerais enregistrer quelque chose avec lui ?
Michael Monroe : Ce serait un rêve. J’ai déjà chanté avec lui sur scène, et c’est quelqu’un de formidable. Un vrai gentleman.
Quand tu rencontres quelqu’un que tu admires depuis toujours et qu’il est encore mieux en vrai, c’est quelque chose de spécial.
Hugo : Pour finir, si la musique est ta manière de parler au monde, qu’essaies-tu encore de dire aujourd’hui ?
Michael Monroe : J’espère simplement que les guerres s’arrêteront et que les gens arrêteront de souffrir. C’est une période inquiétante.
J’essaie de transmettre des choses positives, de bonnes vibrations. Si la musique peut apporter un peu d’espoir ou de lumière, alors ça en vaut la peine.
Hugo : Merci beaucoup pour ton temps, Michael. Cette interview comptait beaucoup pour moi.
Michael Monroe : Merci à toi. C’était un plaisir de parler avec toi. J’espère qu’on se croisera bientôt.
Un grand merci à Olivier Garnier ainsi qu’à Replica Promotion pour l’organisation de cette interview !
PLUS D’INFORMATIONS :
Album : Michael Monroe – OUTERSTELLAR
DATE DE SORTIE : 20 Février 2026
LABEL : Silver Lining Music
1. Rockin’ Horse |
| 2. Shinola |
| 3. Black Cadillac |
| 4. When the Apocalypse Comes |
| 5. Painless |
| 6. Newtro Bombs |
| 7. Disconnected |
| 8. Precious |
| 9. Pushin’ Me Back |
| 10. Glitter & Dust |
| 11. Rode To Ruin |