Vecteur Magazine

 L’apocalypse thrash la plus furieuse de 2026

 

Né de la scène metal explosive de la côte Ouest dans les années 80, Metal Church s’est rapidement imposé comme l’un des groupes les plus puissants et sophistiqués du genre. Après avoir signé chez Elektra Records, le groupe sort deux albums emblématiques — Metal Church et The Dark — devenus des références incontournables du Heavy Metal. Au sommet de la vague Metal américaine dans les années 80/90, ils consolident leur réputation pour leur précision, leur puissance et leur intensité sans compromis.

Aujourd’hui, Metal Church entame un nouveau chapitre, avec une énergie renouvelée, une longue carrière et une fanbase mondiale en pleine expansion, Metal Church reste une force incontournable du Thrash Metal : toujours en avant, toujours en évolution, et inimitablement Metal Church.

Metal Church ne revient pas : le groupe déferle. Avec Dead to Rights, Kurdt Vanderhoof rallume une machine de guerre qui transforme quarante ans d’histoire en une charge frontale, sèche, lourde et terriblement vivante. Après l’arrêt brutal en 2024, cette renaissance a tout d’un coup du destin, mais le résultat sonne surtout comme une déclaration d’intention : Metal Church n’est pas là pour commémorer son passé, il est là pour cogner plus fort que jamais.

Le nouveau line-up a l’allure d’un commando de vétérans taillés pour l’impact. Vanderhoof tient les rênes avec sa science des riffs, Rick Van Zandt verrouille l’assise guitare, David Ellefson injecte une basse massive et nerveuse, Ken Mary martèle avec l’autorité d’un survivant de la grande école, et Brian Allen impose un chant qui réveille à la fois l’ombre de David Wayne et l’héritage de Mike Howe. Cette alchimie n’a rien d’un calcul : elle sonne comme une évidence, et c’est précisément ce qui rend l’album aussi convaincant.

Interview par Cidàlia Païs

Credit Photo : Reaper 

 Le retour du Roi de Seattle  

Dans l’ombre des décennies qui ont forgé Metal Church – de Metal Church (1984) à Congregation of Annihilation (2023), j’ai eu l’honneur de saluer Kurdt Vanderhoof, le guitariste-fondateur éternel, et d’échanger sur l’inattendu *Dead to Rights*. Je peux vous dire mon émotion en interviewant la légende, surtout après avoir entendu le coup de tonnerre qu’est l’album..

Défis de la longévité de Metal Church

*: Ça fait quoi, une bonne quarantaine d’années non…  

Kurdt : Exact.  

* : Wow. Et je suis curieuse. Après 40 ans en tant que fondateur unique du groupe, au milieu de cette mer de jeunes groupes thrash, quel est le défi le plus féroce pour un groupe comme Metal Church pour tout maintenir en vie, pour garder le tonnerre vivant ?  

Kurdt : Eh bien, évidemment, la plus grande chose, ce sont les changements de lineup. Tout change. Heureusement, les gens semblent toujours penser que ça sonne encore comme du Metal Church, avec des degrés variables selon les chanteurs et tout ça. C’est donc probablement la chose la plus difficile à maintenir. Et pour un groupe qui existe depuis aussi longtemps que nous, quand il y a des décès et d’autres pertes, on ne peut rien y faire.

Et encore une fois, ce nouveau line up n’était pas censé arriver. J’avais arrêté le groupe il y a deux ans. J’étais genre : « J’en ai marre. J’arrête ça. » Donc le fait qu’il se soit reformé sans aucun effort de ma part – ces gens sont arrivés comme ça, et c’était genre : « Bon, je crois que je saisis le message. Je suis censé continuer. » C’est donc probablement le plus dur : garder un son cohérent et maintenir l’intérêt. Et maintenant, avec les gens dont Rick et moi travaillons, on est tous sur la même longueur d’onde. On est tous des vétérans du business. On a tous à peu près le même âge, à quelques années près. On a tous vécu ça, ce qui rend les choses vraiment faciles. Pas besoin d’expliquer. Pas besoin de repartir de zéro. On commence au milieu. Ouais, il faut qu’on aille jouer et qu’on se prouve avec ce nouveau line up, mais ce n’est pas comme repartir de rien, donc ça a rendu tout très facile.

 La survie d’une légende  

Après les tempêtes – David Wayne (†2005), Mike Howe (†2021), et d’innombrables réformes (*Hanging in the Balance* 1993, Ronny Munroe era, Marc Lopes 2023) – la question demeure, « au milieu de cette vague de jeunes thrashers, quel est le défi suprême pour Metal Church : maintenir le tonnerre vivant après 14 albums et 4 décennies de combats ? »

Le miracle post-Australie  

Passons aux uppercuts de *Dead to Rights* – « sans fouiller les 14 chefs-d’œuvre, cet album cogne comme personne ! Ses riffs signature, comme sur *Psycho* (1986), en sont-ils l’étincelle ? Il raconte la magie naturelle des jams avec Brian Allen et Ken Mary, après l’arrêt brutal post-tournée Australie 2024… »

Résurrection cosmique

* : On ne pourra pas retracer les quatre décennies d’albums sur le temps qui nous est accordé, mais le plus important aujourd’hui est *Dead to Rights*. Je dois dire que cet album est un coup de poing en pleine figure. Du début à la fin, tout cogne fort. Je me demandais : est-ce que tout a commencé par des riffs ? Bien sûr, ça commence avec ta signature, c’est logique. Mais comment c’était de jammer avec Brian Allen et Ken Mary ? Comment le processus a évolué ?  

Kurdt : Eh bien, j’ai commencé à écrire quand il est devenu évident que ça allait se faire, quand on m’a fait comprendre que ça allait arriver. Ça s’est encore développé en un groupe qui s’est ressuscité tout seul. Donc j’ai commencé à écrire, et à ce moment-là Jeff Plate était revenu, et ça faisait partie de l’inspiration. Après que Brian nous a trouvés, puis Dave a exprimé son intérêt, et Jeff Plate a dit qu’il le ferait. J’étais genre : « Eh ben, c’était facile. » tu sais, avoir Jeff qui revient dans le groupe, ce chanteur, et puis Dave Ellefson – on se connaît depuis toujours. C’était genre : « Bon, OK. » Donc j’ai commencé à écrire, puis à faire les démos et tout.

Jeff Plate était impliqué au début, mais la réunion de Savatage a décollé, et tant mieux pour lui. C’était génial. On est vraiment contents pour ces gars. Ce sont de bons amis à nous. Donc il n’a pas pu rester. Mais du coup, comme ça, Ken Mary et moi on s’est re connectés, et il était intéressé. Ça faisait parfaitement sens parce qu’il est aussi un gars de Seattle. Un réfugié de la pluie. Donc c’était genre : « Parfait. » C’était juste une question de monter les chansons, et ça faisait du bien, c’était facile. Encore une fois, on était tous sur la même page. On a tous un passé. Ça avait du sens.

Fureur 80’s : L’echo de David Wayne  

2026 vibre 1984 ! – « Sur ‘Feet to the Fire’, ces batteries monstrueuses rappellent les racines *Metal Church II* .. Brian Allen ressuscite-t-il l’esprit David Wayne pour un thrash old-school plus sombre et viscéral ? »

Son old-school et fureur des années 80

* : Sur cet album, on sent encore… même si on est déjà en 2026…  

Kurdt : Ouais, en effet.  

[rires]

* : On sent la fureur des années 80. Et je me demandais, quand on écoute un morceau comme « Feet to the Fire », ces grosses batteries… est-ce symbolique, comme un signe d’un thrash old-school plus sombre ?  

Kurdt : Ouais, je pense que beaucoup de ça vient de Brian. Savoir qu’il pouvait sonner très proche de David Wayne, parce qu’il a grandi en fan, il s’est modelé sur Dave et Mike. Donc je suppose que, inconsciemment, sans le faire exprès, j’ai commencé à écrire des chansons old-school. Je me disais juste : « OK, ça va sonner comme du Metal Church avec lui qui chante. » Donc ça s’est naturellement orienté vers cette époque et ce genre de metal, tout en restant fidèle à ce qu’était Metal Church.

On faisait partie de la vague thrash et tout ça, mais on n’était jamais complètement thrash, et jamais death ou black metal ou quoi. Donc on est toujours un peu passés entre les mailles du filet, ce qui était bien, parce qu’on voulait être lourds et musicaux. On ne voulait pas se faire enfermer. Mais je pense que savoir ce qui pouvait arriver, et comment les chansons pouvaient sonner avec Brian, l’a guidé inconsciemment vers cette époque.

Le dos du warrior : Kurdt se confesse

* : Désolée, c’est très personnel, mais je te regarde chercher ton confort sur ta chaise, est-ce que tu vas bien ? Je me souviens que tu t’es blessé le dos il y a un moment..

Kurdt : Oh, mon dos, ouais, merci de t’en soucier. Eh bien, je vais mieux. Ces deux dernières années, j’ai beaucoup travaillé là-dessus, et ouais, c’est beaucoup mieux. C’est comme tellement de gens maintenant avec des problèmes de dos, je pense à cause du temps qu’on passe devant les ordis, en studio tout le temps. Mais ouais, c’est beaucoup mieux.  

* : Je me souviens… j’espère juste que tu sois confortable…  

Kurdt : Pendant un moment, c’était horrible. Essayer de faire un show en se sentant gêné parce qu’il fallait une chaise sur scène et s’asseoir… parler d’avoir l’air d’un vieux. Mais j’y suis passé. C’est une rude bataille. Tout le monde qui a des problèmes de dos le sait.     

* : Comme je te comprends…  

Kurdt : Je vais mieux maintenant, donc je devrais pouvoir faire un show sans m’asseoir. Merci en tout cas.

* : Si tu vas mieux j’en suis ravie.

Le retour qui annonce la “guerre” – « ‘Dead to Rights’ explose après ‘*F.A.F.O.’ *. Message aux sceptiques : ‘Les “vieux” cognent encore’ ? »

Singles explosifs

* : On y retourne, cette ambiance qui plane. 

Cet album est tombé comme une bombe. Un bonheur ! C’était délibéré ? Parce que tous les morceaux sont vraiment intenses. Pourquoi le choix de sortir en premier « F.A.F.O.” et “Brainwashed Games”  ?  

Kurdt : Je pense que ça venait beaucoup du label. Mais en même temps, je pense que c’était plus du genre : « OK, on revient et on est sérieux. » Celui-là sonne comme ça. Je pense que c’était une bonne description de ce qui arrive avec le groupe. Genre : « OK, on est peut-être des vieux, mais on n’a pas fini. »

Le son décape ! – « Chaque riff, chaque solo, chaque frappe sur les cymbales… Comment ‘Dead to Rights’ s’est dessiné l’anatomie d’un ‘killer’ ? »

Production monstrueuse

* : Je comprends. Une chose que j’ai vraiment apprécié sur cet album – il y a tellement de choses à dire, mais pas assez de temps pour tout détailler – c’est la production. 

Chaque instrument, chaque couche, chaque note, chaque ton ressort. Et à chaque écoute, on découvre de nouveaux détails. Les riffs sont incroyables, les solos de guitare sont incroyables, et il y a des lignes de basse… J’ai cru avoir des morceaux préférés, mais j’en ai trop. Par exemple, on a parlé de “Feet to the Fire” tout à l’heure, j’ai oublié de mentionner ses lignes de basse incroyables. Et quand on revient sur le titre éponyme, “Dead to Rights”, le solo est incroyable et nous retourne le cerveau. Techniquement, comment chaque partie s’est mise en place ? Et quand avez-vous senti que ça devait être le titre de l’album ?   

Kurdt : Je ne sais même plus. Je crois qu’on n’y a pas réfléchi autant que ça, mais si toi tu le ressens comme ça, c’est génial. Ça s’est fait de manière plus organique. 

J’ai écrit toutes les chansons de cet album, mais j’ai insisté pour que tout le monde y mette sa patte. J’écris les chansons, en gros, mais c’est juste un point de départ. Chacun doit faire ce qu’il veut : jouer ce qu’il veut, chanter comme il veut, et tout ça. Je pense que ça a apporté cet élément qui fait que ça sonne plus comme un groupe, ce qui est important pour moi. Je peux être le parolier, mais je veux que tout le monde y mette sa touche, parce que si ça sort seulement de ma tête, ça pourrait devenir vraiment unidimensionnel. On voulait ajouter plus d’éléments, donc c’était important. Et je pense que tout le monde l’a fait. Encore une fois, travailler avec des musiciens de ce calibre, je leur donne carte blanche parce que je fais confiance à leurs instincts.

* : Techniquement, pour la production – comment ça s’est passé ?  

Kurdt : Pour cet album en particulier, je l’ai enregistré et produit, mais on l’a donné à Zeus pour le mixage, ce qui était super pour moi parce que c’était bien de lâcher prise un peu, et de laisser quelqu’un d’autre s’en occuper. Il lui a donné un vrai punch moderne, et moi je mixe très old school parce que j’écoute du vinyle, donc je mixe comme ça. Je pense que ce qu’il a apporté, c’était définitivement un punch moderne que je n’aurais probablement pas fait. Il est génial, et c’était vraiment bien de pouvoir lui passer le relais et dire : « Tiens. » Je pense que c’était la bonne chose à faire, encore une fois en faisant confiance au processus. Il a fait un super boulot, c’est un super gars. J’ai déjà beaucoup appris de lui.

* : Il a apporté une vibe des années 80 à l’album, donc je suis vraiment reconnaissante.

Un héritage contestataire – « De ‘Agent Green’, sorti en 1991,  au chaos 2026, quelles plaies sociétales saignaient dans les textes ? ‘Dead to Rights’, miroir du monde en déroute ? »

Thèmes/Paroles Assassins : Le monde en Vrac

 * : Au niveau des paroles, quels sont les thèmes principaux de l’album ? Quelle était l’idée ?  

Kurdt : Tu sais quoi, maintenant que tu abordes le sujet, je ne sais pas s’il y avait une idée précise, mais évidemment, le climat avec toutes les folies qui se passent en ce moment a influencé la direction. Il faut puiser dans ce qu’on vit pour écrire des paroles authentiques, plutôt que d’écrire juste sur la guerre ou la violence, ce qui est souvent le cas dans le heavy metal. Mais en même temps, ce n’est pas une prise de position politique définie. C’est plus dérangeant, plus un commentaire dessus. Et comme il y en a tellement en ce moment, je pense que ça a beaucoup joué. Mais ce n’était pas forcément un album-concept. Quand il a fallu écrire les paroles, c’est là où j’en étais. Metal Church a toujours été une forme de commentaire social. On l’a toujours fait dans une certaine mesure, plutôt que d’écrire sur les voitures et la bière, ce qui est bien – j’adore beaucoup de chansons comme ça – mais ce n’est pas vraiment ce qu’on est.

* : Le titre me semble plus que logique vu l’état du monde actuel.

L’impossible devient réel – « Post-*Congregation…* (2023), comment la démo surprise de Brian ( coup de maître de Todd La Torre !), les boss, Dave Ellefson et Ken Mary – frères de pluie de Seattle – ont-ils renversé l’arrêt du groupe ? »

Un Line Up qui tombe du Ciel

* : On parlait de ce nouveau line up et de votre intuition. Tu disais tout à l’heure que c’était presque tombé du ciel. Comment cette réunion est-elle arrivée ? On sent la puissante cohésion sur le long de l’album, et j’ai hâte que les gens l’entendent ! 

Kurdt : Eh bien, d’abord, encore une fois merci. Écoute, quand on est rentrés d’Australie, j’ai arrêté le groupe. J’ai dit : « Écoutez, j’en ai fini. » Le label ne voulait plus travailler avec nous sous cette forme, donc c’était genre : « Pas la peine de continuer. J’arrête. Je ne m’amuse plus. Pas la peine. » 

Pendant deux ans, je bossais toujours avec Rat Pak sur mes projets Presto Ballet et Rock and Roll Hall of Fame, donc j’étais occupé avec mes autres trucs. En cours de route, notre ami Todd La Torre, qui est un bon pote de Brian et un bon pote à nous, a dit à Brian de faire une démo où il chantait quelques chansons de Metal Church. 

Sans que je le sache, il l’a fait. Il l’a envoyée à Rat Pak, et Rat Pak me l’a transférée en disant : « Faut que tu écoutes ça. » Je l’ai écoutée, et il avait fait « Start the Fire », et je crois que c’était « In Mourning », donc une chanson de David Wayne et une de Mike Howe. J’entends « Start the Fire », et je me dis : « C’est quoi ça ? Une démo inédite de David Wayne dont je ne connais pas l’existence ? » Puis j’entends l’autre, et je me dis : « C’est qui ce mec ? » C’était Brian Allen. 

Je ne savais pas qu’il était de Portland, et je ne savais pas qu’on s’était déjà rencontrés et joués ensemble avec ses autres groupes. Je ne savais rien de tout ça. 

Je me suis dit : « Wow. Si je reforme le groupe, il serait définitivement un candidat pour le chant. » Ce serait génial.

Très peu de temps après, Rat Pak bossait avec Dave Ellefson sur le projet Ellefson-Soto, et il leur a dit que si Metal Church se reformait, il adorerait participer. 

Ça m’est venu aux oreilles, et j’étais genre : « Wow. Dave et moi on se connaît depuis toujours. Mon Dieu, ce serait vraiment cool. » 

Puis Jeff Plate a dit à l’époque qu’il adorerait participer si je décidais de le faire. À ce moment-là, je me suis dit : « OK, c’est trop cosmique. » Donc j’ai commencé à écrire des chansons, et on s’y est mis. En avançant, Jeff n’a pas pu rester à cause de la réunion de Sabotage, qui a explosé. On est super contents pour lui et les gars. Je suis ravi qu’ils soient dehors à le faire et qu’ils aient un super retour.

Puis d’un coup, je me suis reconnecté avec Ken Mary, et ça s’est fait. Avoir Ken, qui est aussi originaire de Seattle et un batteur monstrueux avec un super historique, c’était genre : « Wow, OK, c’est ça. Je ne peux pas refuser. » C’est comme ça que c’est arrivé. Je n’ai rien eu à faire. Pas d’auditions. Pas besoin de chercher qui que ce soit. Tout est venu à moi. Rick et moi on s’est dit : « Ouais, on y va. » C’est comme ça que c’est arrivé. 

* : C’est magique. D’une certaine manière, tu as fait confiance à ton intuition et accepté le processus, hein ?  

Kurdt : Absolument. C’est souvent comme ça, plutôt que d’essayer de tout contrôler. Ouais, on a tous tendance à faire ça de temps en temps.

* : L’album donne presque l’impression d’être le destin de Metal Church.  

Kurdt : WoW. Génial. Tes commentaires veulent dire beaucoup, parce que je te comprends. Je ressens ça pour les groupes et artistes que j’aime. Quand ça ne semble pas forcé, artificiel, ou fait juste parce qu’il faut, ça marche mieux. On le fait parce qu’on en a envie, et parce qu’on peut. Le fait que des vétérans – ma façon de dire des vieux – puissent faire ça légitimement et que les gens s’y intéressent encore et s’en soucient, ça ne m’échappe pas. C’est une énorme bénédiction.   

* : Des gens comme moi, des fans comme moi, sommes tellement chanceux que vous soyez encore là. Je n’arrive même pas à le dire correctement. Je suis née dans les années 70, et il y a tant de nouveaux genres et de nouveau métal, mais certains me saturent. Quand j’entends parler de revivals, de comebacks, de résilience, je suis reconnaissante. Quand j’ai reçu l’album de Reaper il y a un mois ou un mois et demi, j’ai demandé à tout le monde “qui s’occupe d’eux en France ?” Je n’ai pas lâché. Donc merci encore d’être là aujourd’hui.  

Kurdt : Ohhh, mais avec plaisir. Merci beaucoup.  

* : Crois-moi, le plaisir est pour moi.

Matos de légende : Pourquoi la Les Paul règne

*Par curiosité, avec toutes les années entouré d’instruments. Y a-t-il quelque chose, au niveau matos, auquel tu tiens en particulier ? Une marque ?  

Kurdt : Au niveau instruments ?  

* : Ouais, matos. Pour les lives, les enregistrements, n’importe quoi.  

Kurdt : Oh. Je dirais que c’est surtout une guitare Les Paul.

C’est mon truc principal. Si je joue autre chose, je me sens bizarre. Pour voyager, on a modernisé un peu avec des modélisateurs, juste parce qu’ils sonnent bien maintenant. Avant je les détestais parce qu’ils ne sonnaient pas terrible, mais ils se sont vraiment améliorés. Utiliser des modélisateurs digitaux en live rend tout si facile, et tant que ça sonne bien, c’est mon principal critère. Mais en studio, je suis définitivement old school. J’utilise encore des machines à bandes et tout ça quand je bosse. Beaucoup de gens utilisent maintenant des setups hybrides, digital et analogique, surtout pour le rock. Pour le métal, ça peut être digital parce qu’il faut cette agressivité. Mais pour le rock et mes autres trucs, j’aime définitivement ce son analogique old school un peu moins fort, moins agressif. Ça dépend vraiment de ce que je fais. Mais en gros, la seule chose à laquelle je tiens vraiment, c’est une Les Paul.

* : Trop cool.

* :  Tu es quelqu’un de très actif. Je suis impressionnée, et reconnaissante pour tout ce que tu nous apportes. Je suis contente pour toi, qu’après cette période où ton dos te faisait mal et où tout allait s’arrêter, et maintenant, il y a ce super album et aussi des dates live annoncées.  

Kurdt : Ça fait plaisir de l’entendre. Ouais, la vie est vraiment drôle.

Route 2026 : L’Europe au bout du riff

La machine redémarre – « Après les 8-10 mois pour *Dead to Rights*, maintenant la tournée ! Nord-Est US, puis Europe (Testament, Black Label, festivals) – Hellfest et la France dans le viseur (?) » 

Tournée et perspectives

* : Raconte-moi un peu. Je n’ai pas vu la France, ou j’ai raté un truc ?  

Kurdt : Eh bien, on n’a rien en France pour l’instant, mais je pense qu’on en aura. On vient en Europe. On fait une série dans le Nord-Est fin juillet, et ensuite on vole en Europe pour des festivals pendant deux semaines, des festivals et quelques shows avec Testament, et je pense, un couple de shows avec Black Label Society. Ouais, on va partir sur la route, rentrer pour d’autres shows ici. On essaie aussi de booker d’autres trucs et planifier plus de dates, donc on va y aller.

* : Cool. Donc l’album sort le 10 avril. Ça t’a pris quoi, un an ou deux pour bosser dessus ?  

Kurdt : Eh bien, juste cette dernière année – encore une fois, jusqu’à il y a un peu moins d’un an, il n’y avait pas de groupe. Donc à ce moment-là, je dirais qu’on a commencé il y a peut-être un an. Mais deux ans avant ça, c’était le dernier album. Les huit à dix derniers mois ont été consacrés à monter cet album.

* : Ouais, les vétérans du métal bossent vraiment bien, et on sent toute l’expérience et toute l’énergie dans chaque couche. Je suis tellement reconnaissante pour cette interview, et super excitée pour cet album. 

Aimerais-tu ajouter quelque chose pour tes fans français, ou aborder un autre sujet? 

Kurdt : On espère vraiment jouer en France, parce qu’on adore y venir. On a plein de super souvenirs là-bas, à jouer avec Vanderhoof quand on tournait avec Sabotage, et tous ces super shows en France et à Hellfest et tout. Donc j’espère qu’on pourra y jouer cet été, ou très bientôt après, parce que ce serait génial de revoir tout le monde.

* : Ce serait génial. Je croise les doigts. 

Merci infiniment pour ce moment encore une fois, et je publierai l’interview une semaine avant la sortie de l’album, et je croiserai les doigts pour vous voir en France.  

Kurdt : Merci beaucoup. J’ai vraiment apprécié cette interview. Merci.  

* : Oh wow, je suis très honorée.  

Kurdt : Oh, merci. C’était génial. 

 

PLUS D’INFORMATIONS :

Album :  Dead to Rights

DATE DE SORTIE :  10 Avril 2026

LABEL : (Rat Pak USA / Reaper Europe)

L’album a été produit par Kurdt Vanderhoof, mixé et masterisé par Zeuss au Planet Z.

Line up :

Kurdt Vanderhoof – guitariste
Rick Van Zandt – guitariste
David Ellefson – bassiste
Ken Mary – batteur
Brian Allen – chanteur

 

Notre Avis :

Dès “Brainwash Game”, le ton est clair : marche militaire, tension sociale, riff qui avance comme un blindé et basse qui gronde en dessous. Le morceau ouvre la marche avec une colère contenue, presque méthodique, comme si Metal Church décidait de disséquer le monde avant de le brûler. C’est une entrée en matière parfaite, froide et martiale, qui pose immédiatement la couleur de l’album. “F.A.F.O.” accélère brutalement le tempo et fait basculer l’ensemble dans une rage plus directe. Le morceau possède cette violence concise qui rappelle le meilleur du thrash américain : pas de fioritures, un refrain taillé à la hache, des guitares qui s’entrechoquent et une urgence qui ne laisse aucun répit. C’est l’un des titres les plus immédiats du disque, celui qui résume le mieux sa philosophie : frapper d’abord, réfléchir après.

Le morceau-titre, “Dead to Rights”, est l’un des sommets. Plus ample, plus dramatique, il déploie une tension épique sans perdre la brutalité de l’ensemble. Le solo y surgit comme une lame en fusion, et Allen y livre l’une de ses prestations les plus convaincantes : agressif quand il faut, habité dès que la mélodie s’ouvre. C’est un titre qui porte bien son nom, parce qu’il semble condamner tout ce qu’il touche à l’instant où il l’atteint. 

“Deep Cover Shakedown” et “Feet to the Fire” renforcent cette impression d’un album pensé pour l’impact physique. Le premier joue la carte du groove lourd et du riff découpé au scalpel, tandis que le second ramène une marche presque martiale, avec cette batterie qui rappelle les plus belles heures du heavy old school, mais en plus sombre et plus tendu. Ici, la musique ne se contente pas d’être rapide : elle avance avec une poigne, une ossature, une vraie dramaturgie. On souffle un peu avec “The Show”, qui apporte une respiration plus mélodique, sans jamais relâcher la pression. Les lignes de basse s’y détachent avec une netteté remarquable, et le morceau prouve que Metal Church sait encore écrire des titres fédérateurs sans sacrifier sa lourdeur. “Heaven Knows (Slip Away)” creuse davantage le versant émotionnel, avec un climat plus ouvert, presque mélancolique par moments, mais toujours ancré dans une densité métallique très maîtrisée.

La seconde moitié du disque garde le cap avec “No Memory”, plus tranchant et plus nerveux, puis “Wasted Time”, qui pousse encore l’album vers une forme de thrash musclé, presque classique dans sa construction mais redoutablement efficace. Enfin, “My Wrath” ferme la marche comme un coup de massue final : bref, féroce, sans gras inutile, avec cette sensation d’avoir traversé un bloc de métal incandescent plutôt qu’un simple album.

Sur le plan technique, Dead to Rights impressionne par son équilibre entre archaïsme glorieux et puissance moderne. Les guitares de Vanderhoof et Van Zandt fonctionnent en tandem comme deux lames parfaitement affûtées, l’une pour la structure, l’autre pour l’attaque. La basse de Ellefson participe pleinement à la tension, souvent avec une présence quasi frontale. Quant à Mary, il joue avec une précision qui donne aux morceaux une vraie colonne vertébrale, sans jamais les figer. Allen, lui, est la pièce qui relie tout : son chant ne copie pas les anciens, il en réactive l’esprit. 

La production de Zeuss mérite elle aussi d’être saluée. Elle conserve un grain old school qui colle parfaitement à l’ADN de Metal Church, tout en donnant aux morceaux un relief moderne, plus net, plus massif. Chaque détail ressort, chaque couche a sa place, et pourtant rien ne sonne clinique. L’album demande plusieurs écoutes, non parce qu’il serait difficile, mais parce qu’il est dense et riche en détails. C’est un disque qui se révèle progressivement, en gagnant en force à mesure qu’on y revient. En live, cet album fera des ravages. 

Lyriquement, Kurdt Vanderhoof reste fidèle à ce que Metal Church a toujours incarné : du commentaire social plutôt qu’un discours frontalement politique. Manipulation, chaos, colère, perte de repères, violence du monde contemporain, tout cela irrigue les textes sans les enfermer dans un seul angle. Cette écriture renforce le poids de l’album, car elle évite le cliché tout en restant ancrée dans le réel. 

Ce qui frappe, c’est que Dead to Rights n’essaie jamais de prouver qu’il serait un “retour”. Il agit plutôt comme une continuité victorieuse. Metal Church n’a rien d’un groupe nostalgique ici : c’est une formation de vétérans qui connaît parfaitement sa force et qui choisit de l’exercer sans retenue. L’album possède cette rare qualité des disques vraiment marquants : il sonne à la fois immédiatement familier et franchement revigorant.

Un album compact, nerveux, habité, techniquement solide et viscéralement heavy. Metal Church reconquiert le territoire du thrash avec une autorité impressionnante. 

TRACKLIST :

| 1 | « Brainwash Game » | 4:30 |

| 2 | « F.A.F.O. » (1er single, nov. 2025) | 3:46 |

| 3 | « Dead to Rights » (title track) | 6:06 |

| 4 | « Deep Cover Shakedown » | 4:22 |

| 5 | « Feet to the Fire » | 5:42 |

| 6 | « The Show » | 5:11 |

| 7 | « Heaven Knows (Slip Away) » | 4:34 |

| 8 | « No Memory » | 4:29 |

| 9 | « Wasted Time » | 3:58 |

| 10 | « My Wrath » | 4:32 |

*Bonus tracks (éditions spéciales digipak/vinyl) :  

– 11. « Blood and Water » (6:30) 

– « Yesterday Begins » (certaines éditions Europe)