Vecteur Magazine

CLISSON, C'EST LE FRISSON !

Par Christophe Pinheiro

S’il est encore utile de faire une présentation, il faut remonter jusqu’en 1993 pour voir la naissance de ce qui va devenir l’un des groupes les plus emblématiques de la scène metal française. En 1997, “Le Bien-Être et la Paix” en guise de premier opus vient mettre une bonne claque aux fans de gros son aux vibes zen. D’album en album, MASS HYSTERIA va peu à peu s’imposer comme une valeur sûre de l’Hexagone. Et c’est sur scène que la dimension du groupe va se développer. Enchaînant les dates de concerts, la réputation solide des “MASS” va tisser des liens forts avec son public. Allant même jusqu’à partager la scène avec des pointures comme KORN, SLAYER ou encore METALLICA. Tout au long de sa carrière, c’est un groupe qui n’a jamais rien lâché. Les line-up du passé ont bâti les fondations solides de l’édifice.

Aujourd’hui sort “Vae Soli (Live au Hellfest 2024)”, une performance détonante au plus grand festival metal de France. Une prestation remarquable et remarquée face à une fosse composée de fans du groupe, fans de metal en général, mais aussi à des fans de la tête d’affiche de la journée, METALLICA. Pour l’occasion, les californiens ont offert la chance à nos frenchies d’utiliser le légendaire snakepit. Une opportunité dont très peu d’artistes peuvent se vanter.

C’est dans le studio de Fred Duquesne, guitariste et producteur de longue date du groupe, que j’ai eu l’honneur de m’entretenir avec Fred, lui-même et le bassiste Jamie Ryan au sujet de la sortie de ce live en CD, vinyle et Blu-Ray.

Crédit photos : Audrey Wnent

On va parler du nouvel album live “Vae Soli (Live au Hellfest 2024)”. Qu’est-ce que ça représente pour vous de jouer dans un festival comme le Hellfest ? 

Jamie : C’est un des points culminants dans n’importe quelle carrière, sur n’importe quelle scène, sur n’importe quel créneau horaire. C’est un gros truc qui est visé par tout le monde. C’est le haut de l’affiche. Avoir la chance de jouer là-bas, c’est incroyable. Je n’ai jamais mis les pieds au Hellfest avant 2019, quand on y a joué. Depuis, j’y suis retourné plusieurs fois en tant que festivalier. C’est un peu les retrouvailles, on retrouve plein de gens qu’on ne voit pas nécessairement dans l’année. Et pouvoir jouer sur les grosses scènes, c’est incroyable. C’est un des meilleurs trucs possibles. 

Fred : C’est bizarre, ça reste toujours un souvenir que j’avais déjà eu en 2019, c’est que je ne m’en souviens pas. Le concert c’est un truc flou dans ma tête, tellement c’est démesuré. Ça m’emmerde d’ailleurs. (rires) Parce que ce que je garde comme image, c’est des petites vidéos ou les deux, trois photos qu’on a. Et c’est hyper bizarre, je ne sais pas si c’est l’adrénaline qui efface ce truc-là. Mais je me rappelle du bar du coin quand j’ai commencé à jouer de la musique. Quand on jouait dans 2 m², ça je m’en rappelle. Et les grandes scènes du Hellfest, je ne m’en rappelle pas. C’est hyper bizarre, mais c’est très personnel. C’est un moment de pression, et encore, on est arrivés assez détendus au final. Car on l’avait déjà fait deux, trois fois. 

Jamie : C’est le son de l’intro qui fait monter la pression. Les premières notes une fois que c’est parti, ça se calme. 

Fred : Ouais, et puis tu y penses depuis un an. On a une scénographie pour cette date uniquement. Donc on n’a pas répété avec. C’est-à-dire que c’est “plug and play” pour les techniciens, les musiciens, les éclairagistes ou les gars du son. C’est pas un show qu’on maîtrise à 100 %, tu vois. Donc eux avant que le son de l’intro parte, ils étaient encore en train de câbler la dernière light. Ça a beau être le plus gros concert de ta vie, mais il n’y a pas de balances. Tu découvres au dernier moment ton emplacement. Et puis ton emplacement n’est pas le même que d’habitude, parce que la scéno n’est pas la même que d’habitude. 

Jamie : Il y a le demi-cercle de METALLICA.

Fred : C’est des shows uniques, et on n’a pas les moyens d’aller les répéter pendant six mois à Los Angeles dans un hangar noir. Nous, on va à Rennes (rires). Donc c’est le plus gros moment de ta vie, et en même temps c’est le plus risqué. Parce que c’est filmé, il y a 60 000 personnes devant toi et en plus tu joues avant METALLICA, qui est le groupe de ton enfance. Et là, tu te dis : “Si jamais, ils regardent le concert, il ne faut pas les décevoir…”. Et en plus ils te prêtent leur scène au dernier moment. Ils nous disent : “Vous pouvez prendre le snakepit…”. Et une fois sur scène, il se met à pleuvoir. Le truc auquel tu n’as pas pensé. Et là, il pleut, ça glisse… (rires) On monte sur leur scène qui va loin, et il y a une latence d’une seconde entre ton coup de guitare et ce que les gens entendent. Il faut jouer en décalé.

Jamie : Il faut vraiment faire attention à ce qui se passe dans tes oreilles, et pas ce qui se passe en dehors. Sinon le son est décalé.

 

Beaucoup d’imprévus de dernière minute à gérer. 

Fred : Il n’y a que ça. Après, tu te laisses aller et tu te dis que ce n’est pas grave. Après tout, on a l’habitude de gérer les problèmes. Donc, on y va avec la banane parce qu’on a qu’une cinquantaine de minutes. On n’est pas là pour tricoter. Le plus stressé, il faut qu’il mette un masque comme s’il n’était pas stressé. On a une certaine expérience, donc si t’as mal dormi ou que t’es malade, tout ça doit s’annuler.  

 

Quand vous arrivez sur scène face à un public qui, pour un bon nombre sont voués à METALLICA, parce qu’ils jouent une heure après vous. On sent immédiatement cette montée d’énergie, cette communion avec le public. Comment vous vivez ça ?

Jamie : Quand c’est METALLICA qui joue au Hellfest, on voit qu’il y a une différence dans le public. Déjà la première fois qu’ils y avaient joué, c’était le dimanche et ça se voyait qui était arrivé ce jour-là. Et mine de rien, on commence à jouer et, entre le mouvement de la foule, les cris et tout ça, oui, il y a des fans de METALLICA mais pas que. Certains ne sont pas là pour eux, uniquement. Donc, on n’était pas perdus. Et ça légitimise en quelque sorte notre place, car certains sont chauds pour les groupes qui jouent avant, et pas que pour la grosse tête d’affiche. Ils sont là pour kiffer.

Fred : De toute façon, on le voit quand on joue “Contraddiction”, il y a tout le Hellfest qui jump. Quand je regarde la vidéo, c’est dingue. Je me dis que pour METALLICA, ça va être fou. Et puis, il y a peut-être une espèce de “cocorico”. On a senti un vrai lien avec le public. Car des groupes français qui jouent à cette heure-là, il n’y en a pas beaucoup. Même si ça arrive de plus en plus. Il y a une belle scène qui arrive, c’est super. Mais. Il y a 30 ans de boulot derrière pour générer ça. On est super contents. En tout cas, il y a une magie à ce moment-là. Et ça, pour le coup, je m’en souviendrai toute ma vie.

 

Si on regarde votre discographie, c’est dix albums “studios” pour sept albums “live”. Ça peut paraître beaucoup sur le papier. Mais pas du tout, au contraire. Je pense que c’est intéressant de voir l’évolution du groupe sur scène. Et puis MASS HYSTERIA sur scène, c’est toujours incroyable.

Fred : C’est vrai que l’écho qu’on a sur MASS HYSTERIA, c’est toujours un super groupe de scène.

 

Oui, mais très bon en studio aussi. 

Fred : Oui mais c’est pas pareil, c’est presque un peu en dessous, je dirais. Dans la renommée du groupe, c’est plus un groupe de live. Donc évidemment, on s’évertue à donner des objets de live à la hauteur de ce que les gens veulent. Et puis proposer un bel objet parce que c’est l’essence même du groupe. Et c’est vrai qu’on a quelques albums live à notre actif.

Jamie : Et ça permet, autant pour nous que pour les fans, de revivre un instant incroyable. Quand on est sur scène, on a une belle vue, on ne va pas se plaindre. Mais c’est cool de revoir les images de ce show. Le concert de 2019, je l’ai revu il y a deux ou trois ans. Et je me suis dit : “Ah ouais quand même…”. Comme Fred l’a expliqué, on oublie. Car il y a une forte dose d’adrénaline. À la sortie de scène, on ne se rend pas compte que ça fait déjà 55 minutes de concert. Se dire que c’est déjà terminé et qu’il faut rentrer chez nous, c’est dur. Donc le revoir et surtout, le proposer aux gens, c’est vraiment cool. On a grandi avec certains albums live mythiques. Je pense à “Disasterpiece” de SLIPKNOT pour ma part. Je regarde encore le DVD que j’ai racheté à un mec sur “Le Bon Coin” parce que j’avais perdu ma version. Il y a certaines choses qu’on veut revivre à l’infini. 

 

Et lorsque vous revoyez les images de ce concert pour la première fois, c’est quoi le sentiment ?

Fred : La première fois, je me suis dit : “Mais c’est pas nous. C’est fou.” Quand ma mère l’a vu, elle a halluciné. Ce n’est pas un concert comme les autres. Que ce soit nos parents, nos enfants ou nos compagnes, tout le monde prend conscience de l’ampleur. Bien qu’ils aient l’habitude de nous suivre, maintenant. Et ça, c’est un bon thermomètre. Quand on joue dans une salle à Lille ou à Lyon devant 1500 personnes, on ne s’appelle pas tous les week-ends pour en parler. Là, c’est un évènement, c’est le plus gros festival en France qui se place parmi les plus gros festivals européens. On a joué au Graspop cet été. C’est un peu l’équivalent en Belgique. Quand je vois un autre festival comme le Wacken en Allemagne, tous ces festivals avec deux énormes scènes placées dans un champ. Je trouve que le Hellfest a quelque chose de plus que ces autres festivals. Que ce soit en termes de déco, d’ambiance… Certains diront que c’est Disneyland, d’autres diront que ce n’est pas bien, mais ce festival est le mieux affûté, selon moi. Il faut juste avoir de la chance pour qu’il fasse beau. Car lorsque je vois les vidéos du Wacken avec la boue…

 

C’est le folklore du Wacken.

Jamie : Un Wacken sec n’est pas un vrai Wacken.

Fred : Mais sur des aspects comme ceux-là, le Hellfest est techniquement prêt.

Jamie : C’est vrai qu’ils s’activent à mettre de la paille pour absorber les grosses piscines d’eau qui peuvent s’accumuler à certains endroits, ils sont assez réceptifs, mais surtout réactifs.

 

Un mot sur la setlist quasi-parfaite de ce concert. Je dis quasi-parfaite car je prendrai beaucoup de plaisir à jumper sur un titre comme “Mass Protect”, par exemple, pour me rappeler les années 90. Comment se prépare une setlist du Hellfest ?

Fred : Alors, au moment où on le fait, on est en tournée, c’est-à-dire qu’on a des aspects techniques qui sont assez difficiles à changer parce que le mec des lights, il encode tout, c’est digital… C’est beaucoup de choses qu’on ne peut pas changer. On ne peut pas lui demander au dernier moment de se préparer pour un autre morceau qui ne serait pas encodé. Donc, il y a un mélange de raisons comme les problèmes techniques, plusieurs générations et le set qui est plus court. On ne joue pas pendant 2h20 comme on l’a fait au Zénith de Paris. Il y a plusieurs paramètres qui nous imposent de faire cette setlist.

Jamie : Il faut vraiment dégraisser et prendre ce qui marche. Tu le vois lors des tournées, tu vois ce qui est le plus efficace sur le moment. Et on n’a pas le temps. Techniquement, changer quelque chose au dernier moment, c’est hyper compliqué. De nos jours, avec tout ce qui est mis en place, avec des showlights millimétrés. Ce n’est plus quelqu’un qui touche des boutons, ce n’est plus ça. Donc, on ne peut pas décider au dernier moment de faire telle ou telle chanson.

Fred : Et même, l’ordre des chansons, on ne peut pas les changer. Il faut le prévoir à l’avance. Car ils ont des timecodes… C’est la modernité qui veut ça. C’est sûr qu’il y a vingt ans, on pouvait se permettre de changer au dernier moment. Mais c’est ce qui fait que les concerts sont de plus en plus beaux. Les gens en ont pour leur argent. Le music business a vraiment basculé sur le live, aujourd’hui. Je regardais le show de PARKWAY DRIVE, l’autre jour, c’est hallucinant. Eux ne peuvent vraiment pas changer quoi que ce soit avec la pyrotechnie en plus. Donc on est un peu tributaires de tout ça, parce que le groupe a évolué. On commence à avoir des aspects un peu plus techniques qui nous imposent cela.

Jamie : Mais ça reste très compliqué à faire une setlist. Et plus on rajoute d’albums, plus ça devient compliqué. (rires)

Fred : Même entre nous c’est compliqué. Entre moi qui veut celle-là…

Jamie : Et moi qui veut celle-là.

Fred : Et moi, j’en ai marre de celle-ci. (rires)

 

Et du coup, “Vae Soli”, vous avez appelé l’album comme ça, mais elle n’y est pas…

Jamie : Comme ça, elle est quand même un peu là. (rires)

Fred : Ah mais c’est vrai qu’on ne l’a pas jouée. J’avais oublié.

Jamie : Il fallait qu’on fasse de la place pour autre chose.

Fred : Mais putain, on n’a pas joué “Vae Soli” !

Jamie : C’est toute la problématique. Car si on veut celle-là, on ne peut pas faire celle-ci. Donc elle est un peu là, sans être là.

Fred : Elle a quand même été jouée souvent.

Jamie : Oui, c’est pas comme si les gens ne l’avaient jamais entendue. Je ne sais plus par quel titre on l’a remplacée. On ne peut pas faire exactement le même concert comme on a fait sur la tournée ou au dernier Hellfest… On veut présenter un morceau que les gens aiment mais qui n’est pas beaucoup apparu.

Fred : Moi, si j’avais dû voter, je l’aurais mise. (rires)

Jamie : Attends, je vais rechercher la discussion.

Fred : C’était il y a deux ans quand même. C’est peut-être pour ça que je ne me souviens de rien. (rires).

22 caméras ont servies pour filmer le show. Concernant le son, c’est toi qui a travaillé dessus, Fred ?

Fred : Le son, oui. L’image, ce n’est pas moi. Dans mon mix, j’ai un plan large. Donc, je ne me rends pas compte du montage qui va être fait. Le montage final arrive tout à la fin. D’ailleurs, je ne crois pas l’avoir vu. 

Jamie : On a vu une version qui n’était pas encore terminée. Une version assez terne. La seule chose que j’ai vu pour l’instant, c’est la vidéo de “Contraddiction” qui est en ligne.

Fred : Je crois qu’on avait des caméras en plus de celles en plateau.

Jamie : Oui, Julien Metternich est venu avec sept ou huit caméras en plus. 

Fred : Il en a mis dans le public, il y avait un drone aussi. Mais je ne crois pas que le drone ait pu voler à cause de la pluie. Tu vois, des contraintes encore… Mais déjà, 22 caméras sur un live. Tu imagines comme c’est fou ?

 

Je confirme que sur la vidéo de “Contraddiction”, le résultat est génial. Tous ces plans de vues sont excellents.

Jamie : Je n’imagine même pas, au montage, quelle caméra choisir. Car j’imagine qu’à chaque instant, il y avait quelque chose d’intéressant à voir. 

 

J’étais présent au Hellfest lors de cette édition. J’étais pas loin de la scène Altar. Ce qui explique à quel point il y avait du monde face à vous. Et cette vidéo permet d’avoir une nouvelle perspective de ce concert. C’est une véritable immersion.

Jamie : Je pense que Julien a eu raison de mettre des caméras dans le public. Car ça remet bien dans le contexte du concert.

Fred : C’est marrant de parler de ça car j’avais ma fille et ma copine dans le snakepit. Et il faut savoir que lorsqu’on est là, on est enfermé et on ne voit pas tout ce qui se passe autour. Lorsque j’ai montré la vidéo à ma fille, elle m’a dit qu’elle n’avait pas vécu tout ça. Donc, être dans le snakepit, c’est bien, on voit les choses de près, mais c’est peut-être moins bien car on n’est pas dans la même ambiance. Je pense qu’il fallait mieux être une dizaine de mètres derrière dans le milieu de la foule avec cette ambiance.

Jamie : Mais dans le snakepit, il y en a qui ont bien fait bouger les choses.

 

Le titre de l’album aurait très bien pu s’appeler “Clisson, c’est le frisson !”. Je me permettrai de l’utiliser pour le titre de cette interview. J’imagine que Mouss ne s’y opposera pas ?

Fred : Bien sûr, vas-y. Je l’ai utilisé également pour un réel lorsque je mixais. Car lorsque je mixais, j’avais des frissons. Donc, vas-y à fond.

Jamie : Mouss a un truc pour trouver des petites phrases qui restent bien en tête. Il est très, très fort avec ça.

 

Exactement, il embarque le public avec lui à chaque fois. Justement, dans le groupe, il y a Mouss, Yann et Rapha. Vous êtes les deux derniers à avoir intégré le groupe. Même si ça fait quelques années que vous êtes là. 

Jamie : Ça fait 10 ans.

 

Oui, toi Fred, avant d’intégrer officiellement le groupe, tu travaillais déjà avec le groupe.

Fred : Oui, je produisais les albums avant d’intégrer le groupe.

 

“Une Somme de Détail” en 2007 a été le premier.

Fred : Oui, avec mon ancien groupe, WATCHA, on était sur le même label (Yelen musique). Ils signaient tous les groupes de néo-metal de l’époque. Donc, je les connaissais déjà depuis très longtemps. Et puis un jour, Yann en avait marre d’enregistrer des albums avec des anglais, ou quelque chose comme ça. Et il m’a demandé si je ne voulais pas bosser sur leur prochain disque. Et le jour où j’ai emménagé ici, le lendemain, ils arrivaient pour enregistrer “Une Somme de Détail”. Autant te dire que je n’étais pas prêt. Et ici, ce n’était pas comme ça, non plus. (rires) C’est une vieille histoire, et j’ai l’impression que ça fait plus que ça. Il y avait toute une bande de potes avec PLEYMO, ENHANCER, MASS HYSTERIA, WATCHA… On se connaissait tous, on faisait la fête ensemble. Et donc, c’est bien après que j’ai intégré le groupe. Jamie, encore après. Nous sommes les deux derniers arrivés, et je ne pense pas que ça bougera à nouveau. On est bien comme on est. 

Jamie : Ça a l’air assez stable.

 

Oui, ne bougez pas. Restez comme ça. Je ne suis pas en interne dans le groupe, mais de l’extérieur, vous semblez être tous en osmose. 

Fred : Oui, tout à fait. On ne fait pas semblant. Je sais qu’il y a des groupes qui font semblant. On passe notre vie ensemble. Donc, on a plutôt intérêt à s’entendre. 

Jamie : Quand on est en tournée et qu’on joue tous les week-ends, on est obligés de bien s’entendre. Pour l’ambiance, pour le travail, car c’est un travail, on ne va pas se le cacher. C’est bien de s’entendre avec ses collègues. Mais quand c’est tes amis, c’est encore mieux.

Fred : Je pense qu’en vieillissant, on accepte plus facilement les défauts des autres. Alors qu’à 25 ans, c’est pas le même délire. C’est un peu comme avec ta copine, on passe des week-ends ensemble, on dort à l’hôtel ensemble, on s’engueule… mais c’est tout. On ne va pas plus loin, attention. (rires) En plus, on n’est pas milliardaires. Donc, si on ne s’entend pas, ça n’a pas lieu d’être. Si un groupe comme AEROSMITH ne s’entend pas, c’est pas grave, ils ont une industrie à gérer. 

Jamie : Ils ont tellement d’intermédiaires pour tout gérer. 

Fred : Nous, on n’a pas ces problèmes-là. Je dis toujours : “Ce week-end, je pars faire du foot avec mes copains. Je vais me défouler”. C’est notre sas de décompression.

 

C’est cet esprit que je perçois, en effet. Sur l’album, par exemple, on t’entend beaucoup plus entre les morceaux, Jamie. C’est un choix de te donner un peu plus la parole et en anglais ?

Jamie : Oui mine de rien, on est quand même dans un endroit où il va y avoir beaucoup de gens qui ne sont pas français, qui ne parlent pas français. Et peut-être que c’est le moment de se dire, qu’en parlant en anglais entre les morceaux pour ceux qui ne nous connaissent pas, on montre ce qu’on fait, ce qu’on représente. Et peut-être gagner des fans qui vivent ailleurs. Je l’ai fait au Graspop, pareil au Summer Breeze. 

Fred : Jamie, c’est le lien international. 

Jamie : Dès qu’on n’est plus dans un pays 100% francophone, j’essaie d’apporter ce petit truc en anglais. 

Fred : Je tiens à préciser que Mouss a un anglais redoutable. Il ne faut pas le sous-estimer. (rires) C’est très drôle, car dans sa façon de le faire, c’est charmant. Je me souviens lorsqu’on a fait des concerts en Russie, où les gens ne parlaient ni anglais, ni français. Et avec les quelques mots anglais qu’il connaît, il disait : “Rendez-vous at the bar”. (rires)

 

C’est l’essentiel ! 

Fred : C’est l’essentiel. Ça plus l’énergie communicative, bah ça fonctionnait malgré tout. Mais Jamie s’exprime beaucoup mieux en anglais, c’est plus simple. Mais ça me faisait marrer de mal le faire.

 

La tournée touche à sa fin. Liège, Lille et une fin en apothéose à Brest, la ville de Mouss. Un petit truc en plus pour cette date, du moins une grosse fête en perspective ?

Fred et Jamie : Ah oui !

Jamie : On nous a dit de ne surtout pas prendre le premier TGV pour rentrer le lendemain.

Fred : On ne sait pas ce qu’il va se passer. Mais en général…

Jamie : Pour la dernière, il y a un relâché. On remercie tout le monde. On ne va pas s’éclipser en backstage.

Fred : Et puis, symboliquement, c’est bien de terminer à Brest. 

 

Et la suite, un nouvel album ?

Fred : On a fait un module de répétition de trois jours. On s’est enfermés. On a envoyé tout ce qu’on avait, comme ça, à l’instinct. Et c’était ultra brutal (rires). Mais c’était histoire de faire de nouveaux riffs, et on verra bien ce que ça donne. Et là, on va s’y atteler plus sérieusement courant 2026.

Jamie : Ce qui est bien, c’est que, sur ce qu’on a travaillé, et le temps qu’on s’y remette, ça aura bien macéré dans son coin. Car lorsqu’on est tous en train de travailler dessus, tous ensemble dans le moment, tout est cool. Et c’est bien de revenir dessus en ayant oublié quasiment tout. Et ça nous permettra de faire des choix sur ce qu’on garde, sur ce qu’on travaille… Et ça nous permettra d’avoir une idée d’où on en est. Mais ça s’est très bien passé la première fois. Et j’espère que les prochaines sessions qu’on fera se passeront aussi bien. 

Fred : On a presque un problème de logistique pour se voir et répéter ensemble. Avant, on se voyait et on répétait dans un studio à Paris, le Liberty Rock. On se voyait une ou deux soirées par semaine. Et là maintenant, il y en a qui sont partis habiter en province. Notre backline est dans des entrepôts en banlieue, c’est beaucoup plus compliqué. Et bizarrement plus tu grossis, plus c’est compliqué de faire le truc le plus simple. C’est aussi pour ça que j’ai créé cet espace pour qu’on puisse se faire une bulle. On va pouvoir travailler quand on veut ici. Et puis, ça va être beaucoup plus simple que de louer des maisons ou des studios de répétition. On va créer notre petite bulle pendant un an, et puis on va essayer de faire le meilleur album possible.

 

Vous êtes également annoncés au Motocultor en 2026. 

Fred : Ouais, en plein milieu de rien. (rires)  

 

On se retrouve là-bas…

 

Un grand merci à Fred et Jamie pour l’accueil, ainsi qu’à Sabrina et à toute l’équipe de Verygroup pour cette superbe opportunité d’interview.

Notre avis : 

 

Le compte à rebours est lancé sur l’écran géant en fond de scène. Sur le côté, la concentration se lit sur les visages des membres du groupe. En fond sonore, l’intro de “Mass Veritas” et c’est l’entrée sur scène sous les ovations des quelque 60 000 spectateurs présents ce jour-là au Hellfest. “En cas d’urgence il faut… briser la vitre.”, voilà, la machine est en marche. Tout est parfaitement en place, MASS HYSTERIA maîtrise le sujet. Le son est massif et les cinq musiciens lâchent toute l’énergie accumulée pour l’évènement. Il est maintenant temps de se familiariser avec la horde de metalleux présente à Clisson. Et en témoigne le sourire de Raphaël derrière sa batterie pour affirmer que le public est également prêt.

La recette d’un concert réussi consiste principalement dans l’échange et le partage entre un artiste et son public. Et dans cet exercice, MASS HYSTERIA excelle. “Positif à Bloc”, comme à chaque fois, fait mouche. Petit à petit, chaque musicien s’installe sur l’avancée de scène prêtée par METALLICA. Il ne faudra pas longtemps pour qu’ils s’y sentent comme chez eux. Il faut dire que le public les accueille à bras ouverts. Maintenant que les présentations sont faites, l’heure est maintenant à la fête. Et c’est véritablement sur “Chiens de la Casse” que la folie est palpable. Les furieuses et les furieux mettent le feu dans le pit. Les “circle pit” s’organisent et les “crowd surfers” se révoltent, pour le plus grand bonheur de Yann qui tape dans la main de Fred. Oui, les gars, quelque chose d’énorme s’écrit en ce moment même ! Petits et grands sont voués à la cause du groupe. Il est d’ailleurs génial de voir des visages familiers à l’écran. Des fans qu’on peut croiser à des concerts des “MASS” aux quatre coins de France et d’Europe. L’esprit d’une grande famille réunie à Clisson pour un évènement incroyable.

Pour ceux qui ne connaissent pas le groupe, si tant est qu’il y en ai, “Nerf de Boeuf” est l’exercice parfait pour se joindre à l’onde de choc. Le break imparable suivi des solos de guitares mettent tout le monde d’accord. Place maintenant à l’un de mes favoris, “Se Brûler Sûrement”, et ce plan de vue où on peut voir le public sauter à l’unisson. Frissons garantis. Et impossible de ne pas parler des deux dernières minutes épiques de ce titre. “Nous sommes des soleils…”, oui, ce jour-là, les rayons venaient du sol de Clisson, et non pas au-dessus des nuages sombres. Car même si la météo n’était pas clémente, à aucun moment cela n’a impacté la qualité du show. 

Un mot sur la superbe scénographie, avec des volumes rectangulaires de diverses tailles entourés d’écrans et collés les uns aux autres, sur lesquels le groupe prend place. Séquence émotion avec la puissance de “L’Émotif Impérieux”. Un titre qui fédère tout le public face à la Main Stage 1. C’est à point nommé que “Reprendre mes Esprits” arrive. Mouss, intenable, repart sur une séance de cardio en allant de part et d’autre de la scène, en passant par l’avancée vers le public. Quelle énergie ! 

Jamie s’improvise alors comme animateur en proposant au public de danser sur “Arômes Complexes” ou à se baisser pour faire exploser le pit en fin de titre. L’intensité ne redescend pas. À chaque demande de contribution du groupe, le fabuleux public du Hellfest répond présent. Aujourd’hui, plus que jamais, nous ne pouvons oublier le sens du titre “L’Enfer Des Dieux”. Et voir le public taper des mains et chanter ensemble donne des frissons…

Drapeau breton en main, Mouss recommence à haranguer le public avec “Tenace” pour une nouvelle débauche d’énergie. Ce titre faisant partie de la dernière réalisation studio du groupe fait la transition avec un titre qui date de 1999 de l’album du même nom “Contraddiction”. Il est d’ailleurs incroyable de voir que les gimmicks de l’époque sont respectés. Le public “jump” avec la même ferveur. Les plans vidéos sont tout simplement impressionnants. Que de souvenirs…

Tels des maîtres du temps, MASS HYSTERIA annonce déjà la fin du concert. Ce qui ressemble à un quart d’heure est en fait une heure lors d’un concert du groupe. C’est donc sur les divers “wall of death” de “Plus Que du Metal” que le groupe tire sa révérence. Et si j’en juge par les regards de chaque membre à la fin de ce titre, la prestation dépasse les espérances. De quoi être fiers.

 

Avoir plus de trente ans de carrière n’est pas dû au hasard. Il y a du travail, de la passion et une véritable envie de partage. MASS HYSTERIA possède tous ces atouts. Leur présence sur la Main Stage 1 du Hellfest avant les légendes de METALLICA est la consécration d’une carrière riche en efforts fournis, mais aussi, et tout simplement, une place amplement méritée. Très peu d’artistes peuvent se vanter de réunir autant de générations, autant de fans de divers horizons musicaux avec autant de ferveur. En témoigne cette vidéo qui retranscrit exactement ce qu’est un concert du groupe. Toute l’énergie et la bonne humeur sont condensées dans les images de ce show. Ce n’est pas juste un concert filmé, c’est une immersion dans cette heure de folie où chaque spectateur se retrouve dans la peau de chaque protagoniste de l’événement. Chapeau !