Vecteur Magazine

LUICIDAL : Les OG déchaînent l'Europe !

Dans les fumées de Venice Beach des années 80, un son crossover punk-thrash a explosé les codes : rapide comme le punk, lourd comme le metal, avec des riffs de basse assassins et des hymnes anti-système qui ont forgé le genre. Suicidal Tendencies, piloté par le bassiste fondateur Louiche Mayorga et des légendes comme Rocky George ou Mike Clark, a posé les bases indélébiles avec *Suicidal Tendencies* (1983), *Join the Army* (1987) et *How Will I Laugh Tomorrow When I Can’t Even Smile Today?*. Après les départs de Louiche en 1987, et Mike en 1988 – et des décennies de routes séparées, ces OG se reforment en 2012 sous le nom Luicidal, un super groupe fidèle au raw sound de la scène skate punk de L.A.

Luicidal ravive cette furie originelle : leur album éponyme de 2014 (DC-Jam Records), boosté par des guests comme Rocky George, H.R. de Bad Brains ou Amery Smith, mixe classiques Suicidal (*War Inside My Head*, *Possessed to Skate*, *I Saw Your Mommy…*) et nouveaux brûlots « puissants, dans le style Suicidal des années 80 ». Suivi de *Born in Venice* (2018, Cleopatra Records), le line-up – Louiche à la basse, R.J. Herrera puis Vince Sollecito à la batterie, Mando Ochoa au chant, Ricky Reynaga ou Mike Clark à la gratte – incarne l’héritage Venice sans compromis, acclamé pour son punk old school « à écouter en boucle ».

Après des shows US en 2025 avec Eyehategod et une absence européenne remarquée, Luicidal revient en force le 4 mars 2026 au Bateau Phare à Paris, en co-headlining exclusif avec les Français de Locomuerte – unique date parisienne d’une tournée qui unit générations mosh et fans old school. Dans cette interview exclusive, Louiche et Mike parlent rédemption personnelle, énergie électrique promise sur scène (« On va botter des culs ! »), cinq nouveaux morceaux en gestation, et ce rock’n’roll accéléré qui refuse les étiquettes. Attachez vos ceintures : le crossover primal est de retour, fait tanguer les scènes !

Retrouvez les dates de la Tournée en cours à la fin de l’interview

Interview par Cidàlia Païs

Credit Photo : Sandy Potier

Origines et renaissance de Luicidal

De l’étincelle Internet à la réunion des OG’s : Louiche et Mike racontent comment tout a repris feu.

* Ravie de vous rencontrer. Je suis vraiment honorée de vous interviewer aujourd’hui. 

Ça fait plusieurs années que vous n’êtes pas venus en France, non ?  

**Louiche : Mike oui, mais moi, c’est ma première fois ici.  

**Mike : Moi, ça remonte à 2012.  

* Soyez les bienvenus en tout cas.

Après vos départs respectifs de *Suicidal Tendencies*, qu’est-ce qui a allumé l’étincelle pour monter *Luicidal* ?  

**Mike : Ce mec, juste là. ( En s’adressant à Louiche)   

**Louiche : Honnêtement, c’est Internet. Pendant longtemps, je ne pensais plus vraiment au groupe. Mais quand Internet est arrivé, j’ai commencé à voir des trucs et je me suis dit : « Wow… » Je me suis rendu compte que jouer ma musique, mes vieux morceaux, me manquait vraiment.  

Je bossais avec Fishbone comme roadie. Rocky jouait de la guitare dans Fishbone à ce moment-là, et ils faisaient un medley dans lequel il y avait « Institutionalized ». Je me disais : « Merde, s’ils le font, pourquoi moi je le fais pas ? » J’ai bossé avec eux quelques années, c’était du boulot de fou, j’ai même perdu 15 kilos.  

Au bout d’un moment, je suis rentré à la maison, j’ai appelé RJ — c’est le premier que j’ai appelé — puis j’ai commencé à appeler d’autres personnes. Ça a été un long processus, mais on a fini par tout remettre en place et j’ai retrouvé mes vieux potes. Je voulais juste rejouer. Je suis sûr que lui aussi. La musique qui nous a mis sur la carte ; la musique qu’on a contribué à inventer. 

*C’est tellement vrai. Des morceaux comme « War Inside My Head », « I Saw Your Mommy », « Possessed to Skate » ou « Join the Army » ont vraiment défini tout le genre crossover. Vous voir ici, pour beaucoup de gens, c’est un rêve qui devient réalité.  Surtout pour Locomuerte. 

**Mike : Ces mecs sont incroyables. Je connais Nico depuis, je dirais 1995. Je l’ai rencontré quand il était encore un jeune fan. Ce qu’ils font maintenant, c’est juste génial. Nico est super, ils sont tous super. Ça me rend vraiment heureux, parce qu’ils déchirent.  

*Et je sens leur énergie doublé quand ils parlent de vous. Même aujourd’hui, avec toute l’énergie qu’ils ont mise dans l’organisation de cette tournée et tout, ça se voit vraiment.  

**Mike : Leur dernier album est incroyable. Je me le passe en boucle, moi-même. (rires) 

Racines crossover et pionniers du son

Retour aux sources avec Led Zep et Sabbath, accéléré à la sauce punk : “C’est du rock’n’roll, baby !”.

*On n’oublie pas vos années d’expérience. Ce soir, c’est le premier concert de cette tournée. Avec toute la nouvelle technologie aujourd’hui, qu’est-ce que ça fait de ramener ce son old school, analogique, sur scène ?  

**Mike : On parle des racines : Led Zeppelin, Deep Purple, Black Sabbath — tout ce truc-là. C’est de là que vient le son. Mais là, c’est le nôtre. C’est notre façon de le faire.  

**Louiche : On accélère juste un peu le tempo. Ils appellent ça « crossover ». Pour moi, ça a toujours été du rock’n’roll.  

**Mike : Oui, c’est du rock’n’roll, baby.  

(rires)

**Louiche : Tu parlais de « son crossover » à l’instant, tu parles de la musique, des paroles, ou des deux ?  

*Les deux.  

**Louiche : Notre boulot, c’est de te faire hocher la tête. Les paroles, c’est encore autre chose, mais on sait qu’on a apporté une musique importante à cette machine-son *Suicidal*. 

**Mike : Laisse-moi rebondir là-dessus. Quand ils ont fait *Join the Army* et le premier album *Suicidal Tendencies*, je n’étais même pas encore dans le groupe. Ces mecs ont créé un genre qui n’existait pas avant. C’était du punk rock rapide, mais lourd — un punk rock de dingue avec des leads et des solos de guitare.  

Ces deux albums, à mon avis, ont vraiment posé les bases de ce que les gens appellent aujourd’hui le crossover. Pour nous, c’était du rock’n’roll, mais les gens aiment bien coller des étiquettes. Ces mecs, avant même que je les rejoigne, étaient les vrais pionniers sérieux de ce son.  

C’était tellement cool que ça m’a donné envie de monter mon propre groupe — j’ai créé *No Mercy* à cause d’eux. Des solos à fond, de la musique rapide, folle. Je suis obligé de leur tirer mon chapeau. 

*Merci. Et je vois ce que tu veux dire : à l’époque, on ne mettait pas des étiquettes sur tout. Aujourd’hui, tout doit avoir un terme précis.  

**Mike : Exactement. Comme l’a dit Louie : c’est du rock’n’roll, baby. Juste un peu plus rapide.  

**Louiche : On a des hooks et des riffs.  

*Des hooks, des riffs et de vrais morceaux fédérateurs, je dirais.  

**Louiche : La musique, c’est la musique. Si ça peut nous unir tant mieux. 

**Mike : On est vraiment reconnaissants, peu importe comment les gens veulent appeler ça. Si tu aimes, tu aimes. 

Attentes pour la tournée européenne

“De la pure tuerie !” : Premiers shows sold out, énergie électrique et retrouvailles générationnelles.

*Vous avez tourné récemment aux US — une vingtaine de dates, dont des concerts avec Eyehategod. Aujourd’hui, la tournée en Europe. Qu’attendez-vous de cette tournée européenne ?  

**Mike : De la pure tuerie ! (rires) Ça fait un moment que le vrai noyau de ce groupe n’est pas venu en Europe. Tout ce que j’entends, ce sont des retours positifs, et je suis surexcité. Ça va être génial. Je suis vraiment heureux d’être là, et les autres gars aussi. J’ai hâte de monter sur scène et de montrer ma reconnaissance.  

**Louiche : Ouais, ça va être excitant. Électrique, ce soir. 

Rédemption personnelle de Louiche

“Ils jouaient encore mes chansons” : Le retour triomphal après les doutes et les années reggae.

*Ramener ce genre de revival en Europe — il doit y avoir quelque chose de spécial là-dedans. Je suis sûre que vous allez réunir pas mal de générations différentes.  

**Louiche : Pour moi, c’est comme une rédemption. Ça a été dur quand j’ai été viré du groupe. On m’a dit que je n’étais pas assez bon. Ça fait mal. Du coup, j’ai tourné le dos à toute la scène pendant un moment et j’ai commencé à jouer du reggae, du punk et du ska.  

Mais comme je le disais, j’ai commencé à voir des trucs sur Internet et j’ai réalisé qu’ils jouaient toujours mes morceaux. Je me suis dit : « J’étais pas assez bon — mais ils jouent toujours mes chansons ? » Donc là, c’est ma rédemption. Je reviens. Je veux que les gens sachent que je suis là. En vrai, je ne suis jamais vraiment parti nulle part. Je vais jouer, et j’ai les *homeboys* avec moi. On va le faire comme dans les années 80.   

*Je suis vraiment désolée pour ce que tu as vécu…

**Mike : Il fallait être là pour voir. Moi non plus, je n’en revennais pas. C’était dur, parce que ce mec… enfin, peu importe ce que c’était à l’époque, maintenant c’est maintenant. Et maintenant, on vient botter des culs. Il a 62 ans et il attend depuis longtemps pour montrer ce qu’il sait faire.  

*Voilà, on y est. 

(rires) 

Nouveaux morceaux et avenir

Cinq morceaux en préparation, lyrics anti-système et hood energy : “On va botter des culs !”.

*C’est encore un peu tôt, mais je suis trop curieuse, est-ce qu’on peut espérer quelque chose après la tournée — un disque, du nouveau matos ?  

**Louiche : Ne t’inquietes pas, on peut en parler. Ouais. On bosse sur des trucs en ce moment. On a cinq ou six nouveaux morceaux sur lesquels on travaille. Il faut juste que je réserve du temps en studio.  

**Mike : On a une autre tournée qui arrive aussi. On est un peu occupés en ce moment, donc les choses se présentent bien. Pour moi, c’est un revival du *feeling* d’origine, de toute la base et du concept de tout ça.  

Ce que vous allez avoir avec ce groupe — les mecs originaux de *Luicidal* — c’est du pur jus. On ne va pas passer notre temps à parler entre les morceaux ou à essayer de monter la sauce. On est là pour vous en mettre plein la gueule. Vous allez entendre les morceaux comme ils ont été enregistrés. Ils vont être joués comme ça. Vous aurez vraiment ce que vous avez envie d’entendre.  

**Louiche : Sortir un disque ou un truc *funky*, c’est cool, mais on va rester dans le vrai.  

*Je comprends. J’adore le funk aussi. 

(rires) 

**Mike : Moi aussi — mais *Luicidal*, à son propre truc. Ces morceaux sont incroyables pour moi. C’est pas des morceaux de *Suicidal* ; ce sont des morceaux de *Luicidal*.  

**Louiche : On écrit ces morceaux dans la veine du *Suicidal* des années 80, donc ils ont cette énergie-là. Je ne sais pas si tu en as déjà entendu, mais il y a une bonne énergie. Ça vient tout droit du ghetto, tout droit du quartier. C’est fun et excitant. Je ne l’ai jamais perdue. Lui non plus. On joue ensemble, par intermittence, depuis qu’on a 13 ans.  

*Ça fait beaucoup de temps. Beaucoup de vécu, beaucoup de chapitres là-dedans certainement..  

**Mike : Plein d’histoires.. 

*J’ai une question basique, mais je reste curieuse : comment est né le nom *Luicidal* ?

**Louiche : Je m’appelle Louie, donc ça avait un certain sens. Quand j’ai arrêté de bosser avec Fishbone et que j’ai voulu monter mon propre groupe, j’avais cette vieille casquette des années 90 où il y avait écrit « Louicidal », mais ça s’écrivait différemment, « L-O-U-I… ». J’ai laissé ça de côté pendant un moment.  

Puis je me suis dit : OK, enlève le « S » de « Suicidal », mets un « L » à la place, et voilà : *Luicidal*. Ça sonne bien, ça sort tout seul.  

Chez moi, les gens disaient : « Ain’t Sui without Louie. » J’étais le bassiste originel de *Suicidal*, donc *Luicidal* collait tout de suite. Ça roulait. 

*Tu parlais des paroles tout à l’heure. Il y a toujours eu un côté très anti-système, pas seulement dans le son. Tu peux me donner une idée de ce qui arrive au niveau des textes ?  

**Mike : Il se passe tellement de choses dans le monde en ce moment. Avec tout ce qui arrive aujourd’hui, ça va être dingue. On va clairement en parler un peu.  

**Louiche : On n’a pas peur d’aborder des sujets sensibles. Il y aura un peu de politique, un peu de vie. On parle de fraternité, d’amitié, d’amour pour les gens aussi. On ressent ce que les gens ressentent. Donc oui, je pense que ça va être blindé de bons textes.  

**Mike : Le monde part en vrille, là.  

*Je suis tellement d’accord.. 

J’ai hâte d’entendre ça. Je pense aussi qu’il va y avoir une sorte de couche « post-tournée » là-dedans — tout ce que vous vivez maintenant et tout ce que vous allez vivre sur cette tournée. J’espère juste — peut-être que je suis trop négative — mais j’espère qu’on sera tous encore là pour l’entendre l’année prochaine.  

**Mike : Ah mais t’as entièrement raison ! Moi aussi. C’est un peu flippant, en ce moment. C’est vraiment flippant. C’est dingue. Et hé, c’est pas nous — mais on a un type, chez nous, qui a complètement perdu la boule.  

*Je comprends. Je suis désolé.  

**Mike : Nous aussi, et on est désolés pour ça. C’est pas nous, comme je disais.   

Merci aux fans, et “Let’s kick some ass” !

*Vous nous réservez des surprises pour ce soir ?  

**Mike : Des surprises ? On ne peut pas le dire.  

(rires) 

*Je comprends. 

 **Louiche : On va juste ramener de l’énergie. Avec tous ces morceaux et toute notre histoire et notre héritage, ce soir ça va débouler à pleine vitesse. Pas de longs discours entre les titres — juste tube après tube après tube, tu vois ? 

On va juste s’éclater, et ça va sonner exactement comme sur les disques.  

**Mike : Et ça, c’est une de nos priorités : prendre du plaisir et kiffer le moment. On se nourrit du public, donc dès qu’ils se mettent dedans, on se met dedans. Ça va être énorme.  

*J’espère qu’on en ressortira entiers. (rires) Non, je plaisante.  

**Mike : On est sur un bateau — ça va bien tanguer.  

Ça va *rocker*. Prenez vos cachets contre le mal de mer, les gars. (rires) 

*Voulez-vous laisser un dernier mot à vos fans ? 

**Louiche : Je veux juste vous dire merci, vraiment merci. Merci pour les « bonjour », les *meet and greets*, pour être là quand on sort de la bagnole pour nous demander des autographes. Pour moi, c’est une validation.  

Faut pas oublier, on m’a dit que je n’étais pas un bon bassiste quand on m’a viré du groupe. Donc tout ça… ça m’émeut un peu. Merci. Merci à l’Europe, au peuple français et aux fans du monde entier.  

**Mike : Et je suis reconnaissant que notre premier concert soit complet. Alors allons-y, *baby*. On va botter des culs.