Vecteur Magazine

"Hell Is a State of Mind : quand le chaos fiévreux redéfinit le Métal”

Dans une connexion virtuelle fluide, Samy Elbanna, frontman de Lost Society, ouvre grand les portes de son univers. À 30 ans passés, le Finlandais revient avec *Hell Is A State Of Mind*, un album cinématique sorti ce 6 Mars via Nuclear Blast Records, qui fusionne métal brut, orchestres dramatiques et beats inattendus. Loin du thrash juvénile de leurs débuts, le groupe signe un triomphe moderne, thérapeutique et viscéral. Plongée dans cette évolution, rythmée par des confessions intimes.

Lost Society signe un *Hell Is A State Of Mind* libérateur : métal orchestral, introspections salvatrices, production organique. Samy et sa crew ne doivent rien à personne – ils conquièrent. Fans français, patientez : le chaos arrive bientôt en live.

Interview par Cidàlia Païs

Credit Photo : Sam Jamsen

L’échange commence dans la légèreté, Samy est d’une gentillesse incroyable. Les vérifications techniques fusent, suivies d’un « Ravie de te rencontrer ! Je suis bluffée par cet album. » Samy, touché, réplique : « C’est génial d’entendre ça, merci beaucoup ! »  

Derrière les écrans, nos chiens respectifs ajoutent leur grain de sel, universels dans leur folie joyeuse. L’ambiance est posée : chaleureuse, authentique.

Évolution : du thrash adolescent à la maturité plurielle

Chaque expérience nourrit l’art, et Lost Society a mué : « La première fois que je vous ai entendus, c’était vers 2017. Wow ! Et votre son a tant changé, du thrash pur à un metal moderne. » Samy, amusé par le « plutôt jeunes », confie :

>  D’abord, merci pour le « plutôt jeunes », ça me fait plaisir, parce que j’ai quand même eu 30 ans l’an dernier !  

Mais c’est vrai, tout a commencé très tôt : j’avais 15 ans quand j’ai écrit les morceaux du premier album. Aujourd’hui, à 30 ans, les gens ont presque pu suivre notre évolution personnelle à travers notre musique.  

Pour nous, la musique a toujours été un exutoire : nos peurs, nos espoirs, nos rêves, le positif comme le négatif… tout se retrouve là-dedans.  

Il est naturel de changer, de devenir quelqu’un d’autre avec les années. On a tourné dans le monde entier, rencontré tant de personnes, traversé des joies et des pertes… Tout cela s’entend forcément dans nos morceaux.  

Aucun de nous n’a grandi uniquement avec le thrash. Moi, j’adore Iron Maiden, mais aussi Eminem, Shakira, Avril Lavigne… beaucoup d’artistes très différents. En grandissant, j’ai simplement appris à assumer ces influences dans mon écriture.  

L’évolution de notre son est donc naturelle : chaque album est le reflet exact de qui nous étions à ce moment-là.

*If The Sky Came Down* : un journal salvateur

Entretemps, nos chiens respectifs se mettent d’accord pour participer à l’échange.. mais revenons au sujet principal.

L’album précédent, *If The Sky Came Down*, marque un tournant introspectif. « Émotionnel, thérapeutique », mais Samy va plus loin : Écrire et sortir ces morceaux l’a sauvé. 

Ce témoignage : l’ouverture comme mission, me touche énormément, et je lui remercie l’avoir partagé avec moi.

> Je ne sais pas, d’ailleurs mon chien est devenu fou juste derrière la porte aussi. Un truc universel.  

Pour être honnête, ce n’était pas un choix, c’était une nécessité. Cet album, c’était mon journal intime à une période très sombre. À cette époque, j’étais persuadé que ce serait le dernier.  

L’écrire, l’enregistrer, le sortir… tout ce processus m’a littéralement sauvé la vie.  

C’était un test de vulnérabilité. Me livrer autant publiquement, c’était effrayant… Mais sans ça, je ne serais probablement plus là. Voilà la puissance réelle de la musique. Elle dépasse tout.  

Et à la fin de ce cycle, j’ai eu l’impression de repartir à zéro, de me libérer. Ce nouvel album est né de cette renaissance intérieure.  

Le plaisir est pour moi. En parler fait partie du chemin. Obtenir de l’aide professionnelle m’a énormément aidé à m’ouvrir davantage, et si mes mots ou mes chansons peuvent aider ne serait-ce qu’une seule personne, alors ça en vaut la peine.

Joonas, le catalyseur sonore

La collaboration avec le producteur Joonas transforme tout. « Cent pour cent influent », assure Samy. Ami depuis des années via des connexions de scène, ils écrivent ensemble depuis *Brain Dead* (2016). « Comme un cinquième membre : on partage visions et ambitions. »  

Leur marque ? Une production anti-conformiste. « Fini les sons samples uniformes d’I Prevail ou Falling In Reverse. Retour aux racines : Judas Priest, Iron Maiden, Alice Cooper. » Grandioses, organiques – une révolution dans le metal moderne.

> Son influence est à cent pour cent. Avant même de collaborer, on se connaissait déjà depuis cinq ou six ans. C’est un ami de longue date, un esprit très créatif avec qui je partage cette même passion du son.  

Après *Brain Dead* en 2016, on a décidé d’écrire ensemble, et dès les premières sessions, c’était évident : l’alchimie fonctionnait.  

Aujourd’hui, il est quasiment le cinquième membre du groupe. Sur ce nouvel album, on a tout écrit ensemble. Et il a apporté une vision grandiose au niveau de la production sonore.  

Alors que la plupart des groupes modernes de metal utilisent le même canevas sonore, Johannes voulait qu’on revienne aux sonorités plus organiques : Judas Priest, Iron Maiden, Alice Cooper… C’est rafraîchissant, et ça change tout.

*Hell Is A State Of Mind* : né dans la fièvre

L’album est « un triomphe cinématique » : orchestres, drame, poésie. Le titre phare ? Inspiré d’une fièvre à 40°C. « J’étais malade, je marmonnais au micro. ‘Hell Is A State Of Mind’ en est sorti. » Envoyé à Joonas, il devient le fil rouge.  

« L’enfer n’est pas un lieu, un état d’esprit », philosophe Samy. Il boucle le cycle : *Afterlife* ouvre sur la renaissance, ce morceau ferme sur l’introspection. « Libre à chacun d’y projeter sa vérité. » Parfait écho à la santé mentale : « Parfois, l’enfer, c’est dans notre tête. »

> Honnêtement, j’adore l’album, mais ce morceau a été l’un de mes préférés dès la première version, parce qu’il est tellement ambitieux.  

Ce qu’on aime faire, c’est mélanger émotions et influences, mais le défi, c’est de rendre tout ça cohérent. Avec ce titre, on est allés dans des extrêmes, et je trouve qu’on a réussi à tout assembler.  

Oui ! J’étais malade, fiévreux, presque délirant, et je marmonnais dans mon micro. Parmi les mots incohérents, il y avait « Hell Is A State Of Mind ».  

Quand j’ai repris mes esprits, j’ai envoyé la maquette à Joonas. Il m’a tout de suite dit : « C’est le titre de l’album. » 

Le morceau et le concept du disque tout entier tournent autour de cette idée : l’enfer n’est pas un lieu, c’est un état d’esprit.  

Cette chanson vient clore parfaitement le cycle ouvert par *Afterlife*, le premier titre : la renaissance, puis la confrontation avec soi-même.  

 Exactement. Je veux que chacun puisse y trouver sa propre interprétation.

*Blood Diamond* : beats hip-hop et chaos orchestral

Dans ce « chaos structuré », *Blood Diamond* surprend par son beat hip-hop. « J’écris des beats comme un rappeur des 90’s », explique Samy.  Le rap et le métal partagent des rythmes bruts. Une mélodie simple, twistée en black metal symphonique à la Dimmu Borgir avec Johannes

Structure rap – hook, couplet, refrain – plus un pont épique. « Mélanger genres libère. Pas de vol, mais fusion : sans ça, pas de Limp Bizkit ! »  Samy ajoute. Un appel à l’ouverture pour les fans métal, trop prompts à juger.

> J’ai toujours aimé explorer d’autres manières d’écrire. Pour cet album, je me suis mis à créer des beats, un peu comme un producteur de rap.  

J’adore le rap des années 90, il y a une rythmique très proche du metal : un groove intense, brut.  

« Blood Diamond » est né d’une simple mélodie que j’ai jouée, puis retravaillée avec Johannes. On s’est demandé : et si on la transformait en un titre à la *Dimmu Borgir*, plus symphonique, plus extrême ?  

Et c’est ce qui nous a poussés à développer le côté orchestral du disque.  

D’ailleurs, la structure du morceau est proche d’un morceau de rap : couplet, refrain, hook, puis un pont avant le final. Mélanger les genres, c’est là que la magie opère !

Orchestrations audacieuses et racines finlandaises

Puis : « Un vrai orchestre ? » Samy confirme. Loin des clichés symphoniques à la Nightwish, leur approche puise dans Jean Sibelius et Mozart. « Les musiciens classiques étaient les rockstars de leur époque », lance-t-il.

Lost Society détourne : black metal norvégien croise thèmes italiens mafieux dans l’intro de *Hell Is A State Of Mind*. « Des opposés polaires, uniques sans être fous. » Une porte grande ouverte sur l’inconnu.

Je suis en extase avec cet album …

> Oh, merci beaucoup.   

Je suis content d’entendre ça.  

C’est drôle, parce que quand on parlait au label ou au management d’un son symphonique, ils pensaient tout de suite à du Nightwish.  

Mais comme toujours avec nous, on aime utiliser les choses de manière différente, non conventionnelle. Il y a probablement plus d’approche black metal si on cherche des comparaisons.  

Ce que j’aime dans cet album et ses orchestrations, c’est qu’on puise dans les racines de la musique classique finlandaise. Beaucoup de Jean Sibelius, de Mozart…  

À mon avis, les musiciens classiques étaient les rockstars et metalheads de leur époque.  

On l’a utilisé de façon non conventionnelle. L’intro de *Hell Is A State Of Mind*, par exemple, c’est presque un thème de mafieux italien romantique qui passe à du black metal norvégien.  

Plein d’opposés polaires qui rendent ça unique, sans être complètement bizarre.

Addiction vs Rémission : le fil rouge des singles

*Is This What You Wanted?* divise les avis : Samy voit un disque vinyle conceptuel – face A : addiction, face B : guérison. Ce titre interroge le sacrifice d’une passion dévorante (pour lui, la musique ; pour d’autres, substances ou relations).

Contraste avec *Kill The Light* : « Éteindre la source toxique, ce côté sombre qui tire en arrière. » Références mythiques (Lightbringer) enveloppent un combat universel, et diens subtils entre pistes : une saga intime, ouverte à l’interprétation.

> Ce que j’aime dans cet album, c’est qu’il y a tant de liens et de clins d’œil entre les chansons.  

Comme toujours, j’ai ma propre vision de mes paroles, mon histoire personnelle, mais j’aime que chacun puisse se l’approprier.  

Pour « Is This What You Wanted? », ça parle du combat quand on aime quelque chose tellement fort qu’on voit à quel point ça nous a rongés au fil des ans.  

Pour moi, c’est la musique, les tournées, tout ça, et les sacrifices que ça demande. Mais aussi l’addiction à n’importe quoi : substance, personne, habitude…  

J’aime penser cet album comme un vinyle : face A, addiction ; face B, guérison.  

« Kill The Light », pour moi, c’est couper la source de cette addiction. C’est faire taire ce côté sombre qui essaie de te ramener vers tes mauvaises habitudes.  

Bien sûr, il y a des références au Lightbringer et tout ça, mais c’est une façon d’habiller un thème universel dans une grande histoire avec des figures historiques.  

Au final, c’est l’histoire classique de l’addiction contre la guérison, ce combat entre les deux.

"C-sections" : des détours narratifs ambitieux

Je pointe les structures complexes : « Des histoires dans les chansons, pas que lyriques mais sonores. La ‘C-section’, c’était une blague ? » Samy précise : ce « pont » post-deuxième refrain est une « quête secondaire ». Dans un récit linéaire, un détour impacte la suite – comme omettre un détail clé d’une journée.

Exemple : *No Longer Human*. Sa C-section, « l’une des plus belles qu’on ait écrites », transforme une charge contre les maux du monde en standoff épique des forces cosmiques. « Ambitieux, pour des chansons d’envergure. »

> C’est drôle, parce que le terme « C-section » est rigolo, mais pour ceux qui ne savent pas, c’est la partie après le deuxième refrain, avant le dernier – le pont.  

Pour des chansons aussi ambitieuses, la structure traditionnelle ne suffit pas.  

C’est le concept de : tu parles de quelque chose, mais tu fais une petite digression, une quête secondaire, avant d’arriver à destination.  

Comme quand tu racontes ta journée : tu zappes un détail qui te semble futile, mais qui change tout.  

Prends « No Longer Human » : le pont, la C-section, est probablement l’une des plus belles sections qu’on ait écrites.  

Ça change toute la chanson. Tu as un morceau sur les injustices du monde, puissant, et soudain une section très visuelle : comme si les émotions et forces du monde s’affrontaient dans un standoff épique.  

Ça crée des détours géniaux qu’une chanson n’aurait pas sans cette ambition.

Solos au service de l’émotion

« Solos seulement s’ils servent l’émotion », je cite. Samy approuve : virtuosité au second plan. « On maîtrise nos instruments, mais pas de show-off gratuit. » Moins de solos, plus de leads mélodiques. Priorité au songwriting, pas à la vitesse. « Rafraîchissant : la chanson d’abord. »

> Je suis d’accord.  

Pour nous, c’est simple : on maîtrise nos instruments, on a bossé dur.  

Mais aujourd’hui, il est trop facile de sortir tous ses tricks juste parce que ça fait beau.  

Ce que ça apporte à la chanson peut être minime.  

On a décidé consciemment : un solo seulement s’il sert la chanson, s’il l’améliore, s’il lui manque sans ça.  

À l’échelle de Lost Society, c’est probablement l’album avec le moins de solos, mais plus de leads et de grandes mélodies à la guitare.  

C’est plus orienté songwriting que « aussi vite que possible ». Un changement rafraîchissant : la chanson d’abord.

Palette vocale explosive

« Ta voix explore un spectre sauvage, miroir du récit et du son », je lui dit. Samy me répond: « J’ai forcé mon évolution en écrivant des lignes impossibles. » Pas de guitariste-chanteur, mais un chanteur complet. *Hell Is A State Of Mind*, cadences rap d’*Afterlife*, puissance dio-esque de *L’appel du vide* exigent ce saut.

> Pour moi, c’est que j’ai toujours été chanteur, mais mon niveau n’était pas assez bon pour écrire les chansons de cet album.  

Même aujourd’hui, je ne suis pas encore où je veux être, mais c’est plus proche.  

C’est presque par accident : ces dernières années, j’ai écrit des lignes vocales très difficiles, et du coup, j’ai dû apprendre sur le tas.  

Une drôle de façon de se forcer à progresser.  

Avec cet album, je voulais montrer clairement que je ne suis pas juste le guitariste qui chante, mais un vrai chanteur-guitariste.  

Pour des chansons de ce niveau, les voix devaient être aussi ambitieuses que la musique.  

Prends *Hell Is A State Of Mind*, les cadences rap d’*Afterlife*, ou les vocals puissants presque à la Dio dans « L’appel du vide ». C’était une nécessité.

*L’appel du vide* : fascination pour le terme en français

Pourquoi ce titre français ? « Ça sonne captivant, plus que *Call of the Void* en anglais, jadore cette phrase en français. », confie Samy

Concept fascinant : impulsions suicidaires chez les bien-portants – virer dans les arbres au volant, sauter d’un pont. « Perte de contrôle ultime, mystère des pensées intrusives. » Une beauté tragique, créant un pont entre les actes de l’album.

Finnvox, authenticité organique

Production signée Finnvox : 25 heads d’ampli (pas de modeling), avec la Babelsberg Film Orchestra. De grandeur simple. « Retour à l’analogique des 50’s-60’s », insiste Samy. Pas d’échantillons, de plugins : « Les erreurs et impuretés humaines font la magie. » 

Une simplicité vraie vs un mur sonore digital « trop bulky »,mais Samy conclut : « L’authentique respire ; le moderne étouffe. »

> Exactement. J’aime le fait que tu le soulignes, car on ressent tous que c’est le pont vers ce que la prod moderne ne fait plus.  

Notre mantra : un son organique.  

Des vraies batteries, pas des samples. Pas d’amplis modelés digitalement, mais du son réel avec toutes les imperfections humaines.  

Ça, c’est la simplicité. Ça prend plus de temps, plus d’efforts, mais c’est comme dans les années 50-60.  

Pas de souci du tout.  

En bref, les gens pensent que la simplicité, c’est aller vite et pas cher : plugins batterie, même chaîne vocale, autotune partout.  

Mais au final, c’est compliqué pour l’oreille : un mur de son.  

Compare à un son authentique, organique : on entend les respirations, l’oreille se repose. Ça, c’est la vraie simplicité. La prod moderne est trop lourde.

 

Tournée en vue, absence française regrettée & un message vibrant aux fans français

Il est temps de nous quitter : « Vous partez en tournée bientôt. Pas de dates en France ? » Samy soupire :

> Malheureusement, il n’y a pas de dates en France.  

J’aimerais dire, franchement, directement du fond du cœur : les shows français et tous les publics français qu’on a eus font partie des meilleurs au monde.  

On garde de super souvenirs de cet été il y a quelques années.  

On a fait le festival Motocultor, qui fut, sans conteste, un de nos meilleurs shows ever.  

Et tous les clubs à Paris, Lyon, Marseille… ils ont une énergie qu’on ne trouve nulle part ailleurs.  

Je promets qu’on fait tout pour revenir. Et quand ça arrivera, ce sera incroyable.  

Je veux envoyer plein d’amour et de gratitude à tous nos fans français qui tiennent avec nous depuis si longtemps.  

On vous voit, on vous entend, on vous apprécie tellement.  

J’espère que ce sera cette année.  

Oh, putain oui !  

Merci beaucoup pour tes mots gentils et merci pour ça. J’ai vraiment passé un super moment.  

Et dis bonjour à ton chien de ma part.  

À plus !

 

PLUS D’INFORMATIONS :

Album :  HELL IS A STATE OF MIND

DATE DE SORTIE :  6 Mars 2026

LABEL : NUCLEAR BLAST RECORDS

– Collaboration : Joonas Parkkonen (production, co-composition, mix & mastering).

– Enregistré aux Finnvox Studio B

Line up :

– Samy Elbanna : chant et guitare (fondateur, leader charismatique).

– Arttu Lesonen : guitare et chœurs.

– Mirko Lehtinen : basse et chœurs .

– Tapani « Taz » Fagerström : batterie (depuis 2020, remplace Ossi Paananen).

 

Notre Avis :

Ce cinquième album de Lost Society marque un tournant décisif pour le groupe finlandais.

Loin d’être une simple évolution, il affirme une identité unique, mêlant métal moderne, orchestrations cinématographiques et émotions brutes, autour d’un concept central : l’enfer comme état d’esprit plutôt que lieu physique.

Après *If the Sky Came Down*, journal intime thérapeutique écrit au bord de l’abandon musical, cet opus sonne comme une renaissance joyeuse. Samy Elbanna, leader du groupe, transforme ses luttes en force créative, déclarant : « nous sommes nous-mêmes – tous les autres sont tous les autres. » Quatre ans d’expérimentations ont élargi leur palette, intégrant heavy classique, hip-hop 90s, influences Sibelius et métal pur, loin du thrash originel.

L’album suit un arc narratif limpide : de *Afterlife* (ouverture orchestrale suspendue) à la piste-titre finale, le protagoniste traverse mort, addictions, auto-sabotage et extase apocalyptique. Cette révélation – l’enfer est mental – culmine dans une dramaturgie organique, où cordes et riffs servent un voyage intérieur poignant.

Les chansons naissent de guitares acoustiques duo, testant leur solidité avant distorsion. Cela engendre des contrastes saisissants : la vulnérabilité épurée de *Is This What You Wanted* face à la fureur galopante de *Kill the Light*, hommage au metal classique avec refrain aérien.

Innovation clé : les « sections C », mini-chansons insérées comme détours narratifs. Dans *No Longer Human*, cette ample parenthèse contemplative bouleverse l’émotion, justifiant le surnom humoristique d’« album des sections C ».

Pivot de l’album, ce single naît d’un beat hip-hop esquissé, explosant avec cordes dramatiques. L’orchestre Babelsberg (40 musiciens) injecte une grandeur cinématographique, inspirée de Sibelius et film scores, redéfinissant la lourdeur pour Lost Society.

Enregistré à Finnvox avec 25 têtes d’amplis vintage, batteries naturelles et zéro modélisation, le son privilégie l’humain et l’impur contre l’aseptisation moderne. Guitares superposées avec feeling, résultat : une production massive, intemporelle, rivalisant avec les sommets finlandais. 

Solos rares, inclus seulement s’ils servent le cœur du morceau : lignes héroïques, vibrato expressif sur *Blood Diamond* ou *Kill the Light*, priorisant l’âme à la technique.

Samy excelle dans falsettos angéliques, screams démoniaques, rap cadences, adaptant sa voix à chaque thème de mort à rédemption.

*L’appel du vide*, clin d’œil français, au centre, ce titre explore l’impulsion suicidaire irrationnelle, fascinante, avec orchestre et voix en tension poétique.

*Dead People Scare Me (But the Living Make Me Sick)* (2025) condense sarcasme et groove, prologue idéal au chaos humain.

L’apothéose fiévreuse. 

La piste-titre, née d’une fièvre murmurante, fusionne romantisme italien, Sibelius, galops métal, pop et black metal en tourbillon cohérent.

Lost Society refuse modes et comparaisons, repoussant le métal vers l’inconnu théâtral et intime. Un jalon potentiel, œuvre totale où l’on entre transformé.

Lost Society ne trahit rien : ils s’élèvent. *Hell Is A State Of Mind* hurle une vérité : l’enfer intérieur se conquiert par l’art. À vos platines.

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