Vecteur Magazine

LORNA SHORE + WHITECHAPEL + SHADOW OF INTENT + HUMANITY'S LAST BREATH :
les feux ardents s’abattent sur le Zénith

LE ZENITH - PARIS le 5 février 2026

Report de Mélissa Bussière & Photos de Raphaël Gellé 

Après une course effrénée dans les transports, nous pénétrons dans l’enceinte du Zénith à 17h55. L’arène est déjà conquise par une foule dense de « coreux », impatients de vivre cette affiche mythique. Sur scène, le logo de Humanity’s Last Breath émerge d’une brume épaisse percée de lumières vertes. La scénographie impressionne d’emblée : d’imposants caissons lumineux encadrent une batterie centrale, le tout niché dans un décor de branches organiques. L’atmosphère est posée : la soirée sera grandiose.

Humanity’s Last Breath : Un plongeon dans les abysses

Le noir se fait, interrompu par le grondement d’une guitare qui fait vibrer les murs. Sous des projecteurs jaunes et rouges, le quatuor suédois lance les hostilités. La précision chirurgicale des lights blanches souligne chaque coup de boutoir de la batterie de Klas Blomgren, tandis que les guitaristes Buster Odeholm et Tuomas Kurikka (qui assure également les chœurs) lancent l’assaut sous des stroboscopes roses.

Encapuchonné, Filip Danielsson surgit pour entonner « Väldet ». Sa voix caverneuse s’appuie sur des cassures rythmiques dévastatrices. Le groupe enchaîne sans répit sur « Abyssal Mouth ». Les basses fréquences font trembler les gradins, plongeant le public dans un univers lugubre, entre rose et bleu, où chaque riff semble nous enfoncer un peu plus dans les profondeurs. Le tempo se fait plus saccadé avec « Godhood ». La double pédale de Blomgren martèle un rythme chaotique, parfaitement synchronisé avec un jeu de lumières d’une précision millimétrée. Après une transition plus ambiante et mystique — évoquant presque la mélancolie d’un Agalloch — le groupe durcit le ton.

« Let’s get the fucking tide ! » hurle Filip. Sous des projecteurs incandescents, « Tide » déclenche les premiers pogos. Voir la fosse s’agiter ainsi rappelle des souvenirs de jeunesse… même si les cervicales risquent de protester demain ! L’énergie de Buster Odeholm est communicative ; il headbangue avec une rage folle sans jamais perdre la maîtrise technique de ses riffs stridents.

Pour « Labyrinthian », le chanteur somme le Zénith de sauter. La fosse s’exécute d’un seul bloc. Les pauses dramatiques du morceau, suivies de reprises d’une lourdeur dévastatrice, mettent en lumière la puissance sonore du groupe. Après le mystique « Bellua Pt. 1 », porté par des screams de Buster en soutien à Filip, le set s’achève sur les blasts furieux de « Instill »

Dans un dernier déluge de stroboscopes et de bras levés, Filip remercie chaleureusement un public conquis. Le drapeau descend, les techniciens s’activent : vingt minutes de répit avant la suite du chaos.

Shadow of Intent : Le mariage parfait entre brutalité et technique

18h50 : le Zénith plonge dans l’obscurité avant d’être foudroyé par « They Murdered Sleep ». D’emblée, le public, bien plus dense que pour le premier set, répond par une forêt de cornes et de poings. Les blast beats de Bryce Butler saturent l’espace, tandis que les growls abyssaux de Ben Duerr se marient aux hurlements démentiels du bassiste Andrew Monias. Le premier solo de Chris Wiseman résonne avec une clarté impériale sous des projecteurs rouges et blancs.

 

« France is my favorite country », lance Ben sous une explosion de lumières bleues. Le niveau technique franchit un palier : les guitares galopent, les premiers slams apparaissent et des circle pits se creusent dans une fosse électrique. Sur « Flying the Black Flag », l’alternance vocale entre Ben et Chris est d’une précision telle qu’ils semblent ne jamais reprendre leur souffle.

 

L’atmosphère vire au dramatique avec « Mechanical Chaos ». Introduit par des nappes d’opéra, le morceau est d’une rapidité d’exécution ahurissante. Les spots roses et bleus balaient la salle, soulignant un passage aux teintes très Black Metal. Après un bref répit, le groupe lance le légendaire « Vehement Draconian Vengeance ». Le public est en transe : les téléphones se lèvent pour immortaliser ce titre culte, rythmé par la batterie triomphante de Bryce et un chant d’une profondeur inouïe.

 

L’intensité ne faiblit pas avec « Infinity of Horrors ». Baignée dans une lumière rouge apocalyptique, la scène devient le théâtre d’une démonstration de force où la voix transperçante de Ben Duerr assaille un auditoire déterminé.  Après « Feeding the Meatgrinder« , qui voit le circle pit s’étendre à une échelle impressionnante, Ben lâche un vibrant « Fucking thank you ! » avant l’ultime assaut : « The Heretic Prevails ».

 

Sous des lumières orange incandescentes, le Zénith saute à l’unisson. Le chaos est total. Ben harangue la foule : « Make some fucking noise ! ». C’est ici qu’il délivre ses célèbres sonorités porcines (le fameux « wouiiik ») d’une puissance dévastatrice, clouant le bec aux derniers sceptiques. Les guitares s’emballent dans un final héroïque. Le groupe quitte la scène sous un tonnerre d’applaudissements et plusieurs remerciements en français. Les lumières se rallument : vingt minutes pour s’en remettre avant d’attaquer la suite.

Whitechapel : Une performance dévastatrice

Après une attente conviviale où les anecdotes s’échangent entre passionnés, le Zénith sombre dans l’obscurité. Sous une lumière rose, les patrons de Knoxville investissent la scène. Phil Bozeman lance « Prisoner 666 », déclenchant une réponse électrique. Les riffs éclairs des trois guitaristes (Ben Savage, Alex Wade, Zach Householder) et la batterie cinglante nous assaillent. Le jeu de lumières, oscillant entre l’orange et le rose, souligne une scénographie millimétrée.

 

Le groupe enchaîne avec « Hymns in Dissonance ». La tension est palpable, les vibrations font trembler les murs du Zénith. Bozeman délivre une performance vocale monumentale, alternant des temps d’arrêt dramatiques et des accélérations brutales. Tandis qu’un fan est porté en triomphe par la fosse, cornes du diable levées, l’atmosphère devient pesante pour « A Visceral Retch ». Sous des balayages de spots verts et violets, le groove du morceau invite aux pogos les plus musclés.

 

La violence monte encore d’un cran avec « Bedlam ». Le rythme est effréné, presque galopant, porté par une batterie remarquable. Puis, après une courte pause lugubre, Phil revient masqué pour « Hate Cult Ritual ». L’ambiance devient mystique, presque rituelle. La double pédale déchaînée et les guitares hurlantes transpercent une foule en totale adéquation avec la densité extrême du show.

 

Un moment fort survient lorsque Phil s’adresse au public pour saluer les autres groupes et l’arrivée prochaine de Lorna Shore. Il annonce un retour aux sources avec « The Somatic Defilement ». La scène se baigne de jaune et de violet alors que Phil tient un growl interminable, s’agenouillant au bord de la scène pour une proximité maximale avec le pit. Sur ce titre, la technicité du groupe me rappelle la précision des Français de Gorod, une comparaison qui prend tout son sens en live.

 

Le massacre continue sans répit avec « Devirgination Studies » et son cri abyssal inaugural. Les lumières blanches et rouges courent dans tout le Zénith, créant une atmosphère chaotique et cataclysmique. Sur « Prostatic Fluid Asphyxiation », Phil harangue la foule : « Paris, make some fucking noise ! ». Le cercle pit s’agrandit instantanément sous une danse de strobes jaunes.


Le set s’achève en apothéose sur l’hymne « This Is Exile ». Des lumières blanches montantes donnent une profondeur colossale à la scène tandis que le growl de Phil s’abat une dernière fois sur nous. La précision chirurgicale du quintet pourfend la fosse avec une violence démoniaque. Dans un ultime souffle, le chanteur nous lance un « Thank you very much » avant de s’éclipser. Un rideau au logo forestier tombe alors, cachant la scène : le calme avant la tempête Lorna Shore.

Lorna Shore : L’embrasement final

L’attente pour le clou du spectacle est électrique. Pour ma première fois en live, l’envie d’entendre la voix de Will Ramos « IRL » est totale. Après un intermède sur Turn Around qui fait chalouper le Zénith, le noir se fait. Derrière un rideau baigné de bleu, Will lance un growl surpuissant : « Oblivion » démarre, le rideau tombe et dévoile une scénographie monumentale. Des écrans géants simulant une mer agitée encadrent la batterie d’Austin Archey, placée en majesté.

 

« Paris, you guys will sing with me ! » La pyrotechnie explose, la chaleur des flammes atteint les gradins. Ramos, pile d’énergie inépuisable, occupe chaque recoin de la scène. On enchaîne sur l’emblématique « Unbreakable ». Le Zénith est en délire, les paroles sont scandées à l’unisson tandis que les visuels de cendres et de feu consument les écrans.

 

Le groupe crée l’événement avec « War Machine », un titre inédit aux accents martiaux. Entre bruits de tirs et visuels de rouages, la batterie de Mike Yager (basse) et les riffs de Andrew O’Connor fendent l’air avec une violence destructrice. Puis, Ramos nous interpelle en français avant de lancer le majestueux « Sun//Eater ». Les lumières jaunes défilent sur nous alors que les variations vocales sont réalisées avec une précision extrême. Will Ramos est alors rejoint par un invité de marque : Ben Duerr (Shadow of Intent). Ramos lance un vibrant “Make some noise for Ben !” avant que leurs deux voix ne fusionnent pour un duo dantesque. Le solo de guitare vient fendre l’air et achève de nous faire voyager dans ce périple extrême. Un Wall of Death sépare la fosse en deux sous un soleil numérique aveuglant. Le solo d’Adam De Micco apporte une dimension épique, confirmée par l’enchaînement sur « Cursed to Die », où une avalanche de slammeurs survole la fosse. L’intensité ne faiblit pas avec « In Darkness » et ses visuels de basilique gothique, suivis du nostalgique « Glenwood ». Ce dernier morceau, porté par des nappes de synthé et des visuels de forêt fractale, offre un moment de mélancolie pure, sublimé par la voix habitée de Will. Mais le répit est de courte durée : « Prison of Flesh » nous replonge dans un rouge sanglant, où les blasts beats et les flammes nous font capituler.


Le final tant attendu arrive : la trilogie « Pain Remains ». Durant vingt minutes, Lorna Shore nous transporte dans une tempête émotionnelle. De la nostalgie de « Dancing Like Flames » à l’agressivité glaciale de « After All I’ve Done, I’ll Disappear », pour finir dans le chaos total de « In a Sea of Fire ». Le Zénith, illuminé par des milliers de flashs, semble suspendu au souffle de Ramos. Alors qu’on pense le voyage terminé, le groupe revient pour un rappel d’anthologie : « To the Hellfire ». Sous une lumière aveuglante, Will Ramos délivre ses « pig squeals » cultes (le fameux bruit de cochon) qui ont fait la légende du groupe. Un dernier solo foudroyant d’Adam, une faucheuse sur les écrans et la musique prend fin. Will nous fait des coeurs reconnaissants de ses mains. Puis, le groupe s’éclipse après un ultime : « We are Lorna Shore. À bientôt ! ».

Cette soirée au Zénith n’était pas qu’un simple concert, mais une démonstration de force. En réunissant la technicité de Humanity’s Last Breath, la virtuosité de Shadow of Intent, l’expérience de Whitechapel et le génie symphonique de Lorna Shore, l’affiche a prouvé que le Deathcore a désormais sa place dans les plus grandes arènes.

 

Chaque groupe a apporté sa pierre à l’édifice, transformant la brutalité en une forme d’art visuel et sonore total. On repart les oreilles sifflantes, les cervicales en compote, mais avec la certitude d’avoir assisté à un moment historique. Le genre a trouvé ses nouveaux maîtres, et ils s’appellent Lorna Shore. Je remercie chaudement Vecteur ainsi que la salle du Zénith pour cette si belle opportunité. Et également les quatre groupes présents, toute les équipes techniques et le public pour avoir gardé ce punch incroyable du début à la fin du show. Ce live aura été l’un de mes préférés et de loin. Extraordinaire.