Difficile de ne pas ressentir un pincement au cœur en entrant au Centre Bell ce mardi soir. Il y a sept ans, je devais me rendre à ce même Centre Bell pour voir Linkin Park. Mais 2 semaines avant ce concert que j’attendais depuis longtemps, j’ai appris la disparition tragique de Chester Bennington.
Après sept ans d’absence, Linkin Park était de retour dans la métropole québécoise pour la deuxième de deux soirées consécutives, un événement rare dans l’histoire du groupe en sol canadien. Si l’émotion était palpable dans l’enceinte bondée de 21 000 personnes, la soirée m’a laissé un goût mitigé, oscillant entre nostalgie poignante et questionnements sur l’avenir.
PVRIS, le groupe électro-rock américain mené par Lynn Gunn, a ouvert la soirée à 19h15 avec une prestation solide qui a su réchauffer l’assistance. Le trio bostonien a livré un set énergique qui mérite d’être souligné. Lynn Gunn s’est montrée charismatique sur scène, naviguant habilement entre les passages mélodiques et les montées de tension électroniques caractéristiques de leur style. Si une partie du public semblait découvrir le groupe, PVRIS a su gagner progressivement l’adhésion de la foule qui commençait à bouger doucement au rythme de leur musique. Un moment particulièrement marquant s’est produit lorsque Lynn Gunn s’est jointe à Linkin Park pour interpréter « Burn It Down » plus tard dans la soirée, créant une belle passerelle entre les deux formations.
Une des questions principales de ce concert était de savoir si la nouvelle chanteuse, Emily Armstrong, ancienne chanteuse de Dead Sara qui a accepté le défi titanesque de reprendre le flambeau, allait être à la hauteur. Pour moi, sur les nouvelles compositions de l’album « From Zero », Armstrong se révèle être un atout considérable pour le groupe. Sa voix puissante et son énergie brute s’accordent parfaitement avec l’esprit Linkin Park version 2025. « The Emptiness Machine » et « Heavy Is The Crown » ont ainsi bénéficié de sa personnalité vocale distincte, prouvant que le groupe peut effectivement évoluer sans tomber dans la simple nostalgie.
Cependant, les choses se compliquent lorsqu’il s’agit d’aborder le répertoire classique. Si Armstrong a réussi à livrer une belle prestation sur certains anciens morceaux du groupe, ses interprétations de « Somewhere I belong » ou « In The End » manquaient parfois de la profondeur émotionnelle qui faisait la singularité de ces titres selon moi.
Au-delà des questions vocales, c’est l’énergie globale du concert qui a laissé sur sa faim. Malgré un arsenal de tubes (« Faint », « What I’ve Done », « Bleed It Out ») qui auraient dû mettre le feu au Centre Bell, l’ensemble sonnait étrangement « mou ». Je ne sais pas si c’est la scène à 360 degrés, ou la sonorisation du Centre Bell ou une autre raison, mais je m’attendais à plus de puissance pour un concert comme celui-ci.
Et pourtant le groupe était vraiment d’une énergie débordante sur scène en passant d’un bout à l’autre de la scène pour que personne ne se sente lésé. Mention spéciale au guitariste Alex Feder qui se démenait comme un fou sur son instrument. Malheureusement, je ne ressentais pas totalement cela depuis le parterre.
Le public montréalais était au rendez vous sur les anciennes chansons et les singles du dernier album, Mike et Emily n’avait alors même pas besoin de chanter tellement les spectateurs donnaient de la voix en reprenant les paroles qu’ils connaissaient par coeur. Une partie du setlist, provenant d’albums moins populaires du groupe comme « When They Come For Me » ou « Waiting For The End » , ont laissé le public un peu plus perplexe.
Comme l’a récemment déclaré Mike Shinoda, Emily Armstrong « ne cherche pas à être Chester, elle cherche à être elle-même », et c’est probablement la voie la plus sage. Le défi pour Linkin Park sera de trouver l’équilibre entre le respect de son héritage et l’exploration de nouvelles sonorités. Ce soir au Centre Bell, ce processus était encore en cours, avec ses réussites et ses zones d’ombre.
Chester Bennington nous manque, c’est un fait indéniable. Sa voix unique et sa présence irremplaçable continueront de hanter les mémoires des fans. Mais Linkin Park 2025, avec Emily Armstrong, mérite qu’on lui laisse le temps de définir sa propre identité. Les nouvelles chansons sont prometteuses, l’énergie est là, même si elle demande encore à être canalisée.
Pour l’instant, c’est un work in progress attachant, imparfait, mais sincère. Et peut-être est-ce exactement ce dont avait besoin le groupe en 2025 : non pas une résurrection impossible, mais une renaissance assumée.
SETLIST:
Inception Intro C
Somewhere I Belong
Points of Authority
Crawling
New Divide
The Emptiness Machine
The Catalyst
Version raccourcie (sans 3e refrain/breakdown)
Burn It Down
Avec Lynn Gunn
Up From the Bottom
Where’d You Go (Fort Minor cover)
Version raccourcie (intro/1er couplet/refrain final) avec transition de fin
Waiting for the End
Lies Greed Misery
Two Faced
Joe Hahn Solo
Empty Spaces
When They Come for Me / Remember the Name
Keys to the Kingdom
One Step Closer
Intro 2024 ; outro étendue avec riff du refrain
Break/Collapse
Lost
Version hybride : 1er couplet/1er refrain Mike et Emily au piano puis version groupe complet
Stained
What I’ve Done
Kintsugi
Overflow
Intro synthé étendue avec « One » de Metallica
Numb
Avec intro « Numb/Encore »
Let You Fade
Heavy Is the Crown
Bleed It Out
Pont étendu avec couplet 1 de « A Place for My Head »
Papercut
In the End
Faint