Vecteur Magazine

//LESS ou un exutoire contre un monde ravagé

Adrien (bassiste), Matthieu (batterie), Romain (basse et chant)
Crédits : Eve COQUELET

//LESS, trio tourangeau, se démarque par son style hybride. Entre un mélange de post-punk, noise, rock et metal, une énergie enragée se dégage de leurs morceaux. Après un premier EP sorti en 2022, le trio a sorti son premier album « Crawl in the Blur » le 21 mars dernier. C’est à cette occasion que j’ai eu le plaisir d’échanger avec le groupe.

Vous êtes un groupe assez récent car vous vous êtes formé en 2021. Mais vous n’avez pas perdu de temps, vous venez de sortir votre premier album “Crawl In The Blur” il y a un peu moins de 3 semaines. Qu’est-ce que ça fait de sortir ce premier long projet ?

Romain : Ça fait plaisir ! C’est un truc sur lequel je bossais depuis un petit moment quand même, c’est moi qui compose dans le groupe, donc ça fait parti des trucs qu’on a bien travaillé, on avait plein d’idées qu’on a enfin concrétisées donc c’était l’aboutissement d’un an de travail acharné. On a testé les morceaux en concerts, on a bien bossé dessus donc ça fait super plaisir. On est très très content et en plus ça résonne très bien.

Je confirme. Et donc il suit votre premier EP “Social Disappointment”, qui repose sur cette même colère. C’est un peu le but de l’existence de ce groupe ?

Romain : T’as tout résumé, //LESS c’est de la colère, de la colère, de la colère. C’est un exutoire : tous les trucs qu’on ne peut pas extérioriser en société, on le fait à travers le groupe. 

Adrien : Comme ça on est beaucoup plus mignon au quotidien.

Romain : Ouais on est plus sympa en vrai.

Matthieu : À priori

Adrien et Romain : Sauf Matthieu [rires]

Crawl in the Blur” est un peu plus violent que “Social Disappointment” je trouve, est-ce que votre manière d’approcher les chansons et leur production a changé entre ce premier projet et l’album ?

Romain : Je pense que ça vient surtout d’un changement de line-up parce que le groupe avait débuté avec d’autres personnes, je suis le seul membre de départ, comme je suis a l’origine de la création  du groupe. Puis eux [anciens membres] ont apporté leurs pattes différemment. Le premier batteur était déjà énervé, mais Matthieu l’est encore plus comme c’est un gros métalleux à la base, donc il apporte une touche bien courroux. Puis Adrien, comme il est ingé son, il a pu travailler le son à fond donc ça a donné une identité un peu plus violente j’imagine. 

Adrien : C’est vrai qu’on cherchait quelque chose qui était quand même assez brute au final, au niveau de la production en tout cas. Dans toutes les sources, il y a beaucoup de sons d’ambiance, parce que la pièce sonnait en elle-même, donc je voulais cette immersion et ce côté garage en même temps. Puis après du côté de Romain, les compositions ont beaucoup évoluées au niveau de l’ambiance, on sent qu’il y a une différence entre l’EP et l’album rien qu’avec l’ambiance des compositions.

Romain : Cela dit, il y avait des compositions qui dataient de l’EP qui ne se sont juste pas retrouvées dedans.

Oui parce que l’EP est une sélection de 6 tires. Donc vous avez un peu piochés sur ceux qui n’avaient pas été sélectionnés ?

Romain : À l’époque quand on avait fait cette sélection, il y avait certains morceaux qu’on avait déjà qui se sont retrouvés comme tu dis dans l’album. Mais globalement, l’album est principalement fait de nouvelles compositions.

Adrien : Dont celles qu’on avaient déjà jouées en concert.

Romain : Oui, c’était un peu évident de les mettre dans l’album.

« Crawl in the Blur” indique qu’on se dirige vers un futur flou et incertain, qui nous mène à notre perte. Est-ce que c’est ce que vous avez voulu montrer à travers la pochette ?

Romain : Ouais, on va dire qu’on est pas des gens très subtils, surtout moi. [rires] C’est tout à fait ça, donc quelle meilleure image que d’illustrer une route qui va dans un endroit inconnu. C’est un peu ce qu’il se passe dans la vie de tout le monde, avec tout ce qu’il se passe au niveau sociétal. On ne peut même pas savoir la fin, c’est ça qui est un peu bizarre et flippant, parce que si à la limite on te dit que ça va finir comme ça, tu peux t’y préparer. Mais là, on a aucune capacité à entrevoir ne serait-ce qu’une lueur d’espoir, mais en même temps t’as envie d’y croire parce sinon tu n’avances pas.

Sinon on reste bloqué au même endroit et dans la même ambiance obscure actuelle.

Adrien : C’est ça, et puis comme pour le côté exutoire de notre musique, il y a aussi ce côté désespoir qu’au quotidien on a pas envie d’avoir à traîner, donc l’exprimer en musique ça fait du bien aussi.

Romain : C’est clair !

Un bon défouloir comme il faut ! Est-ce qu’on peut dire que cet album est comme une sonnette d’alarme face à la situation actuelle ?

Matthieu : Je pense que la sonnette d’alarme a été activée il y a bon moment, mais en tout cas c’est la propagation de cette alarme qui commence à durer depuis un peu trop de temps, on va dire ça comme ça.

Romain : C’est très interne aussi, c’est surtout pour nous libérer nous et exprimer ce qu’on a à dire nous. si ça colle à d’autres gens c’est qu’il y a une raison, mais ce n’était pas le but premier. C’est plutôt en mode « Putain je ne me sens pas bien, il faut que je fasse quelque chose ».

Matthieu : On en parlait dans une interview récemment et je crois que c’était toi Adrien qui avait dit que si l’album plaît comme c’est le cas, c’est justement que beaucoup de gens ressentent cette envie d’avoir un exutoire et de se taper dessus, et d’avoir du son dans la tête très très fort. 

Romain : Et ça se voit à nos concerts.

Adrien : Je pense qu’on peut le considérer comme une sonnette d’alarme, parce que ça fait partie de tous ces signaux que les gens vivent au quotidien et qui se disent que les choses doivent bouger maintenant. L’idée est de participer à cette énergie globale.

Vos sons sont donc très sombres et enragés, est-ce que vous êtes quand même optimiste et croyez en un futur meilleur ?

Matthieu : En ce qui me concerne si je peux entrevoir un futur optimiste, c’est parce que je vis de ma musique, mais pas le reste. C’est le seul truc qui me rend joie.

Adrien : C’est un peu un refuge à ce niveau là, la musique! Pour moi en ce moment je suis très très politique. Je m’intéresse à pleins de sujets et de suivre tout ça, je me rend plus compte du coup de la complexité de tous les enjeux qui peut y avoir derrière pleins de trucs. Ca ne rend pas forcément optimiste parce qu’on est vite perdu. On se rend vite compte qu’on est complétement dépassé. Il y a tellement de choses à prendre en considération. Entrevoir quelque chose en se disant que ça va potentiellement arrivé, oui c’est possible, mais pour être constructif sur le long terme dans le contexte actuel, il faut vraiment s’armer de patience et de curiosité.

Romain : Je suis beaucoup plus fataliste, pour moi c’est déjà la fin [rires]. Que ce soit personnellement, le monde, les gens, j’ai fait une saturation. Je vis un peu reclus comme un ermite chez moi, je sors très peu et je ne vois pas beaucoup de monde et ça me va très bien comme ça. Le monde il peut se casser la gueule, je l’ai déjà anticipé.

Au moins tu es déjà préparé.

Romain : C’est ça, un peu seul mais au moins je suis prêt.

Comme le but derrière le groupe //LESS est basé sur de la colère pure et dure, est-ce qu’il y a des débats actuels qui vous inspirent plus que d’autres ?

Adrien : Toutes les discriminations et la guerre pour commencer. 

Romain : Je crois que la guerre c’est le pire en ce moment.

Adrien : La remise en question de certains acquis sociaux. Il y a beaucoup de choses qui font le mal partout.

Romain : Le racisme, l’homophobie, tout ce qu’il ne va pas.

Comme dans « Bury The Pig » qui dénonce les bavures policières entre autre.

Romain : Exactement, c’est même le morceau le plus cash en termes d’écriture. Il n’y a même pas de métaphores, tout est dit. Et il y en a marre de prendre des pincettes pour délivrer un message qui est très simple, à savoir « Vous nous faites chier ». il faut arrêter de passer par quatre chemins et revenir à la base pour dire les choses telles qu’elles le sont, ça fait du bien aussi.

Matthieu : il y aussi ce sentiment qu’on se fout de notre gueule. En ce qui me concerne c’est ça le pire, j’ai l’impression qu’on se fout de nous H24, et je parle des plus hautes sphères évidemment, pas de Romain ou d’Adrien.

Romain : Moi je me fous toujours de ta gueule [rires].

Matthieu : Perso, c’est surtout ça qui me touche, me dire que des gens te manipulent comme une marionnette, ça me révolte au plus haut point de plus en plus.

Est-ce que vous pensez que la musique engagée comme la vôtre peut contribuer et aider à faire bouger les choses et à quel point ?

Adrien : C’est pas forcément le but à la toute base, mais ça participe quand même à l’énergie générale. N’importe quelle musique punk au départ à cette énergie et il faut qu’elle sorte. Ça sort des trippes et après les gens il la récupèrent, se l’approprient et ils en font quelque chose en retour et c’est une espèce de circulation.

Romain : Comme nous quand on va à un concert et qu’on s’en prend plein la gueule. C’est un échange qui se fait malgré nous, nous on délivre un message, on extériorise quelque chose, si après les gens sont réceptifs à cela, ils en font ce qu’ils veulent. La musique est un truc de partage donc forcément quand tu choisis un moyen de partage pour t’exprimer, il se passe quelque chose.

Adrien : C’est aussi pour ne pas rester dans l’entre-soi qui est problématique je trouve. Si on peut faire bouger les esprits, choquer par la même occasion, c’est pas l’objectif de base mais ça reste important. Quand ça sort par les trippes, les choses viennent d’elles-mêmes.

Et ça permet aux personnes de prendre la musique comme ils le souhaitent et l’extériosent à leur manière.

Romain : Tout à fait.

Bien plus que de parler des problèmes sociétaux et gouvernementaux, vous aborder aussi les thèmes de la santé mentale comme la dépression. Je pense notamment à “The Reason” ou “Joy Is Sad”, est-ce que c’est une autre manière d’aborder l’urgence actuelle de l’état du monde ?

Romain : Je suis le dépressif du groupe, même si chacun à sont petit lot, c’est moi qui est le plus de démons à combattre. C’est surtout que si je ne le fais pas, je pète un cable. Mais oui, il y a beaucoup d’injustice et je subis une pression sociale qui est difficile à gérer pour moi, donc ça joue beaucoup sur mon état mental. Surtout que si je ne le dis pas, ça ne sort pas et c’est encore plus compliqué à vivre. C’est un cri d’alarme intérieur : « Je ne vais pas bien ».

Adrien : Ce qui est cool c’est que c’est induit par le contexte actuel et savoir être réactif.

Romain : Encore une fois, c’est normal que les gens se retrouvent dans ça.

Adrien : Exactement. Il y a des personnes qui vont se dire qu’elles aussi ne vont pas bien, donc ça résonne en elles et elles se sentent moins seuls et ça créer quelque chose.

Et c’est aussi là le but de la musique et de partage. Vous faites aussi allusion aux addictions, comme par exemple “The Pill”, est-ce que c’est un clin d’oeil à la dystopie Brave New World  ou Le Meilleur des Mondes en français ?

Adrien : Des dystopies on en connait un paquet mais pas celle-ci par contre.

Grosso modo, la population doit prendre une pilule qui est décrite comme la pilule du bonheur qui est obligatoire et qui l’enferme dans une société qui prône l’individualisme et la hiérarchie. 

Romain : Pas du tout mais par conte en effet ça colle très bien et c’est un peu le principe de la chanson parce que j’ai aussi des petits problèmes d’addictions. Ça permet de tenir mais c’est aussi ce qui me détruit.

Adrien : Les paradis artificiels c’est quelque chose, mais quand on se rend compte qu’ils ont été encouragés, puis mis en place par les puissants pour des raisons économiques, comme par exemple:  la malbouffe, l’alcool ou le tabac. En fait, la mafia et les trafics de drogues sont presque rien à côté des industries, surtout comme l’alcool, c’est terribles. Et la malbouffe, c’est incroyable comment les produits manufacturés sont devenus un vrai business.

Romain : ils te servent de la merde et ils continuent.

Adrien : Il créent une addiction avec ça.

Matthieu : Ça fait suite avec ce que je disais, on se fout de nos gueules.

L’une de vos spécificités est que vous jouez avec deux basses et une batterie, ce qui ajoute plus de tension qui va très bien avec le post-punk et le noise je trouve, quelles ont été vos motivations derrière ce choix ?

Adrien : Faire le plus de bruits possible. À la base du groupe, avec le premier line-up, j’étais arrivé avec une guitare, sauf que je suis très mauvais à la guitare,  la basse aussi tu me diras. Je me suis dit que j’allais me simplifier la vie avec une basse parce qu’il y a moins de cordes, et j’ai enlevé la corde du la en plus pour simplifier encore plus le jeu et aller encore plus à l’essentiel. À nous deux [Adrien] on a 7 cordes, donc on a une guitare de métalleux [rires]. Il y a du coup la basse leader avec Adrien, et moi j’alterne entre le jeu de basse très massif pour alourdir certains passages, puis avec les deux petites cordes je me sers d’un octaver pour faire des notes un peu plus aigues comme des power cordes. 

Et qui ressemblent à des notes de guitares électriques.

Matthieu : Tout à fait.

Toujours dans votre manière de fonctionner musicalement parlant, tu as dit Romain dans plusieurs interviews que tu étais quasi tout le temps inspiré pour l’écriture des chansons, comment est-ce que tu arrives à gérer l’écriture de chaque chanson les unes après les autres ?

Romain : L’inspiration, ça va ça vient donc des fois je laisse tomber puis je reprends plus tard, mais généralement quand j’ai une idée ça va très vite et je le fais de A à Z. Ça peut commencer n’importe comment, des fois c’est juste la batterie, des fois c’est la basse ou de lignes de chant, puis tout de suite après ça fuse. Sans savoir trop ce que je fais, mais ça vient quand même.

Et as-tu peur de la page blanche ?

Romain : Ça m’arrive, mais l’avantage quand tu composes tout le temps, t’as beaucoup d’avance donc quand t’as une page blanche t’as 400, là j’en ai environ 500, je peux taper dedans si jamais j’ai un problème. Je compose plus que ce que je peux enregistrer.

Adrien : La régularité est une vraie qualité à ce niveau là.

Romain : Oui c’est un exercice. Plus tu te mets dedans comme les écrivains, plus tu le fais, plus tu le pratique, plus t’as des mécanismes qui se mettent en place et tu sauras plus facilement vers quoi t’orienter pour les bonnes suites d’accords par exemple. Après j’essaie vraiment de sortir de ce qu’on attend, par exemple quand une note sonne bizarrement, je me dis c’est celle-là qu’il faut. C’est pour ça qu’il y a beaucoup de dissonances parce que j’en ai marre d’entendre toujours la même chose. Sans cracher dans la soupe, par exemple je parlais d’Idles et je trouve que depuis qu’ils ont eu du succès et mit un souffle un nouveau sur tout cet air post-punk, maintenant il y a plein de groupes qui sonnent Idles. Le groupe en lui-même c’est trop bien, mais maintenant il y a pleins de petit Idles partout qui sont moins bien la plupart du temps, le message est aussi moins bons, ils sont moins énervés et les compositions sont très souvent les mêmes, mais c’est que des copies.

Matthieu : Et puis il n’y a pas Joe Tabolt.

Romain : Exactement, donc j’essaie de présenter des nouvelles choses à chaque fois qui sortent un peu du conventionnel.

Crédits : Eve COQUELET

Une autre spécificité du groupe est que vous avez tous les trois des projets complètement différents en-dehors de //LESS, vous pouvez en dire plus ?

Matthieu : Je viens surtout du métal prog donc je suis pas mal actif sur cette scène là, avec deux projets : Esprit d’Escalier et Synapse. Je vis presque de la batterie, je joue avec un guitariste de blues, je remplace à droite à gauche, on m’a aussi contacté pour enregistrer un album de métal. Je vines plus de métal, du hardcore et du prog, voire même du jazz comme j’ai commencé à apprendre la batterie avec le jazz. Même à l’église, je jouais du gospel, j’ai un peu dérivé.

Adrien : C’est clairement le vrai musicien de la bande.

Romain : Celui qui a vraiment appris son instrument, qui a appris et qui donne des cours.

Adrien : J’ai eu pas mal de projets à une époque, j’ai bien resserré le truc depuis que je suis intermittent. Je fais beaucoup de technique et de son, j’ai choisi de tout axer sur //LESS. J’ai gardé un projet avec un ami où on fait du post-traditionnel un peu onirique avec des textes en français. On est que deux avec pleins de pédales partout et des instrus acoustiques, rien à voir avec //LESS.

Romain : //LESS c’est mon projet principal, je respire //LESS. Mais j’avais pas mal développé un truc un moment que j’ai jamais vraiment présenté mais qui me tient à cœur qui s’appelle Murky Mind. C’est du trip hop un peu dark et énervé, et si un moment, //LESS est assez en place, je pourrais avec Adrien mettre ça plus sérieusement en place, et puis peut-être faire des concerts et sortir quelques chose. 

Je vous souhaite que ça continue sur ce bon chemin ! Vous n’avez pas non plus les mêmes inspirations, comment les harmonies entre vos différents centres d’intérêts se font ?

Matthieu : Ça ne ressort même pas. //LESS c’est assez unique et ça nous parle à tous les trois donc on ne se pose pas trop de questions. Ça tape et voilà.

Romain : C’est un peu le mot d’ordre : violence. [Matthieu] je lui dit toujours fracasse ta batterie, [Adrien] c’est toujours fracasse tes cordes, et moi je me pète les cordes vocales et tout est bon.

Matthieu : Il n’y a pas vraiment de réflexion par rapport aux influences et comment elles sont digérées, il n’y a pas de place pour ça.

Romain : Ça a sa propre identité.

Adrien : Avec Romain on a aussi pas mal de trucs en commun.

Romain : Je suis un peu le pont entre vous deux, j’ai pas mal de trucs en commun avec Matthieu niveau métal, et punk avec Adrien.

Matthieu : Au final ça ne se ressent pas trop, juste c’est là.

Adrien : Et limite ça met dans un état second, il y a un truc libérateur mais pas cérébral.

C’est un état de transe.

Matthieu : Oui, je pense à la répétition d’hier, on était plus là.

Romain : Cela dit, bien qu’on fasse les mecs droit dans le mur, on travaille quand même.

Et puis ça se ressent quand on écoute l’album, il y a beaucoup de recherche, et tout est bien dosé entre les cris, les distorsions.

Romain : C’est surtout grâce à Adrien comme c’est lui qui a mixé l’album, même si après je suis arrivé avec quelques idées et il a tout assemblé avec ce qu’il avait en tête.

Adrien : Ce qui est cool, c’est que Adrien sait ce qu’il veut, des fois ce sont des idées de merde [rires] mais la grande majorité du temps c’est très cool et ce sont des trucs auxquels je n’aurais jamais pensé. À nous deux on est très complémentaires, ça amène un résultat qui nous satisfait.

Romain : C’est vrai qu’on a été quasi tout le temps ensemble pour le mixage.

Est-ce qu’il y a un morceau dans l’album qui vous frappe plus qu’un autre, ou un que vous aimeriez mettre en avant ?

Matthieu : Je dirais « Crawl In The Blur » parce que le passage de la batterie me rend fou.

Romain : Pour moi c’est « Joy Is Sad« , je surkiffe ce morceau alors qu’apparemment c’est pas au goût de tout le monde.

Adrien : Je sais pas trop. À la base j’étais complétement « Crawl In The Blur« , et maintenant avec le recul je sais plus. Dernièrement j’aime beaucoup « Disappear« .

Romain : Bizarrement j’ai 2/3 morceaux que j’aime moins dont « Disappear« , et c’est ceux-là qui marchent le plus aussi, alors que j’aurai pas misé dessus. Après il fait très mal.

Adrien : Il a un côté très soft garage et je suis très fan de ça. D’ailleurs Vague À L’Arme c’était mon premier groupe et c’était du soft garage.

Romain : C’est pas le premier à me parler de ce style alors que j’en écoute pas du tout. C’est assez rigolo quand on nous dit que ce qu’on fait ressemble à d’autres styles, la dernière fois on nous a dit qu’on était industriel, je ne vois pas du trop où.

C’est vrai que //LESS est un bon mélange de plusieurs styles.

Romain : On va créer notre propre style on va l’appeler le nu-nu.

Matthieu : Je pense que //LESS c’est un bon chili con carne, il y a tout ce qu’il faut .

Romain : Avec beaucoup de piments [rires]

Matthieu : J’aime trop cette analogie !

Adrien : Et un peu de viande avariée. 

Romain : Voilà on vient d’inventer un nouveau style musical, le chili con carne.

Adrien : Bon l’interview se passait bien jusqu’à maintenant [rires].

Et justement est-ce que vous avez un dernier mot pour la fin ?

Matthieu : Ça me fait penser à Ronnie Radke de Falling In Reverse qui a dit comme mot de la fin « Watch the world burns ».

Romain : Voilà que le monde brûle. Moi j’ai pensé à Snipper.

Matthieu : Mais sinon continuer de consommer de la musique.

Romain : Écoutez //LESS. 

Chronique :

Et si on s’énervait un peu ?

Une instrumentale vibrante et entêtante à en faire tomber les murs, c’est ce qu’il se passe quand on écoute “Crawl in the Blur”. Pour son premier album, //LESS nous offre un mélange puissant entre le post-punk, le noise, le rock et le nu métal, qui nous prend aux tripes.

That Kind Of Man” qui ouvre le bal, prouve bien que deux basses et une batterie peuvent faire de sacrés ravages sonores. Une atmosphère enragée se dégage de “Burn” qui annonce bien la couleur – obscure – des prochaines 40 minutes. “Stress Place”, avec son tempo saccadé, ajoute comme son nom l’indique, un sentiment d’anxiété et de frénésie totale.

Crawl in the Blur” est une porte ouverte vers un monde chaotique et un futur incertain, contre lequel on souhaite s’en échapper. Les distorsions sont enivrantes, qui se marient très bien avec le timbre du chant. On navigue avec joie, même si un état morose est constant comme dans “Joy Is Sad”, dans l’obscurité. La tension de la société qui s’abat sur nous avec ses dents froides et aiguisées, ne nous quitte pas une minute et devient même plus forte.

Construit autour de l’angoisse que l’on peut ressentir quotidiennement, le bruit violent de la musique mène un combat contre celui d’un monde en désolation. //LESS ne nous donne peut-être pas de réponses aux problèmes qu’il pointe du doigt, mais il nous offre un échappatoire qui est plus que la bienvenu.

Plus d’informations : 

Album : Crawl in the Blur

Date de sortie : 21 mars 2025

Production : A Tant Rêver Du Roi, The Ghost Is Clear Records & Reptilian Records

Presse : NRV Promotion

Cover : Romain FRELIER BORDA & Zoe NICHELSON

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