Vecteur Magazine

Photo Credit : Marine Techer

Les Tambours du Bronx : le Battement Inépuisable d’une Légende Française

Nés au cœur d’un quartier ouvrier surnommé « Le Bronx » à Varennes-Vauzelles (près de Nevers), les Tambours du Bronx incarnent depuis 1987 bien plus qu’un simple groupe de musique : une incroyable machine de rythmes et d’énergie collective qui a su conquérir le monde entier. Ce qui devait au départ n’être qu’une performance unique s’est transformé en un phénomène, un souffle primal mêlant puissance sonore, poésie métallique et une scénographie impressionnante où une quinzaine de percussionnistes frappent sur des bidons industriels de 225 litres formant un arc de cercle hypnotique.

Sur la scène française, peu d’entités possèdent une empreinte sonore aussi immédiatement reconnaissable que Les Tambours du Bronx. Ces musiciens frappant frénétiquement sur des bidons industriels ont forgé une légende vivante, à mi-chemin entre le rituel, la performance et le métal percussif. Quelques heures avant leur concert à l’Olympia, je retrouve trois figures du groupe : Louis, Dom et Franky. L’interview se transforme vite en conversation amicale, rythmée par le rire, la complicité et la ferveur.

Les Tambours du Bronx : La Meute Industrielle

Une entité plus grande que la somme de ses membres

 Le Bloc Humain, avant le métal, ce collectif, variable de 13 à 18 musiciens selon les formations, ne se définit pas par ses individualités mais par l’esprit qu’il incarne. Comme le résume Dom, percussionniste et guitariste : « Les Tambours du Bronx, c’est plus important que chacun d’entre nous […] il n’y a pas de diva dans le groupe. On a nos égos, bien sûr, mais tout est fondu dans un ensemble. L’énergie du bidon, c’est notre ciment. »  Franky, le batteur, ajoute que « la vraie star du groupe, c’est l’arc de cercle. Ce demi-cercle de quinze tambours, c’est notre totem. Quand le public sort d’un concert, c’est cette image qu’il garde : une meute qui frappe, qui vibre ensemble. », ce cercle immense, symbole de fraternité et de déchaînement rythmique, que le public visualise et ressent bien après la fin des concerts.

Créer sans formatage, jouer avec les Identités

Une musique façonnée par la liberté et la créativité

Le groupe mêle percussions brutales, guitares et chant, évoluant depuis ses sonorités industrielles vers un métal tribal puissant, tout en restant fidèle à la diversité d’influences et à la liberté artistique. Chaque chanteur, libre d’interpréter les morceaux à sa manière, apporte sa voix unique, qu’il s’agisse de Renato avec sa palette plus lyrique ou d’autres plus gutturaux. Dom insiste : « Les Tambours, c’est un état d’esprit. Les chanteurs qui nous rejoignent le font parce qu’ils partagent nos valeurs. On ne leur impose rien. Ils sont absolument libres parce qu’on leur fait confiance. Chaque concert est unique. »

Cette liberté enrichit constamment l’expérience live, où aucun concert ne ressemble exactement au précédent. Franky confirme : « C’est passionnant de voir comment chaque voix apporte sa vibration. Renato est lyrique, Stéphane de Loudblast est plus guttural, Renaud de Lofofora à son côté punk. Tout ça se mélange, et ça garde la surprise intacte. » 
Dom évoque un souvenir : « Steeven de Locomuerte a joué avec nous une fois. Humainement, c’était parfait. Une énergie folle. » 

En studio et sur scène, la Bataille du Son

Une production à la hauteur de la Complexité scénique

En studio comme en live, le défi est de taille : je leur demande comment ils arrivent à fournir l’équilibrer d’une masse impressionnante d’instruments, de pistes et de niveaux sonores. Franky explique leur méthode, mêlant enregistrements à distance, mixages professionnels et un travail précis sur « l’énergie du bidon », qui reste la marque de fabrique du groupe. La présence discrète mais essentielle d’Arco au clavier, avec ses nappes électro, complète cette palette sonore unique. 

Quand j’aborde donc la question du son en studio, Franky rit : « Tu mets le doigt sur un truc dur. Mixer Les Tambours, c’est un enfer. Des dizaines de pistes, des percussions, des guitares, du chant, de l’électro… c’est un mur de son. »  

Il rend hommage à Vamacara, ingénieur du groupe : « Quel héros. Je n’oserais pas mettre les mains dedans. »  Dom complète : « Sur les derniers albums, on a appris à écrire différemment, à équilibrer les rôles entre guitare, chant et percussions. »

Sur scène, la Transe & la Sueur. Un rituel intense et fédérateur

Sur scène, tout paraît fluide, instinctif. Pourtant, dit Louis, « rien n’est simple. »  

Franky raconte : « Il y a ce moment où on monte sur scène, rincés, fatigués par la route… et puis, tu vois tes copains, la salle pleine, et d’un coup t’oublies tout. »  Louis acquiesce : « Tu te dis “je vais mourir”, puis tu regardes ton pote à côté, il te sourit, et tu lèves les bras à nouveau. C’est ça, Les Tambours du Bronx : on s’élève ensemble. »

Cette fraternité, Dom la définit comme « le bloc qu’on forme, cette masse humaine qui avance solidaire ».  

Je leur fait la remarque : « Votre énergie, elle vient clairement de votre lien. »  Franky confirme : « Sans les autres, on tiendrait pas. Ce gros souffle, c’est ça qui est galvanisant. Quand tu les vois taper comme ça, tu dis : bon ben… » Toujours prêts à en découdre physiquement, il complète en expliquant la dynamique collective qui nourrit leur cohésion : « Moralement, physiquement, en fait tu te sens toujours prêt. » 

Je reprends la parole, intriguée : « Mais derrière, il y a quand même peut-être une hygiène, entre guillemets, une hygiène de vie qui s’impose ? »  

Louis lui répond sans détour : « On se lave tous les jours, c’est l’hygiène. »  Les rires fusent.

L’artisanat, l’engagement, le Geste

Un Engagement fort dans l’Art et la Scène

Les Tambours du Bronx ne se limitent pas à la musique. Le visuel est primordial : casser les bidons au rythme de la musique pour créer tension et énergie, en suivant des normes européennes précises. Il y a des engagements, il y a l’environnement.

Louis explique : « Pour avoir du visuel, il faut taper. L’intention.

Après les bidons ont des normes… C’est les normes européennes.  Avant on n’avait plus faim, donc là on cassait plus de bidons. Maintenant c’est un peu plus dur, on casse plus de mailloches, c’est un peu plus dur. Avant, un bidon faisait, on va dire, un concert, voire peut-être deux. Maintenant il faut un peu plus.»

Ce rapport au corps et à l’effort, mêlé à la convivialité et au soutien entre musiciens, transcende leurs concerts en moments de communion intense.

Des bidons, des mailloches et des convictions. 

Les percussions du Bronx sont à la fois outils, symboles et œuvres d’art. Les bidons, autrefois récupérés, respectent désormais des normes plus strictes. Louis explique : « 

Le millimétrage c’est l’épaisseur de la ferraille. Et après, les mailloches, en fait, tout dépend de qui va taper, comment tu te sens aussi, parce qu’on est humain.  

C’est que même si on monte sur scène et qu’on se dit qu’il faut tout fracasser, parce que c’est un peu le but aussi des tambours, c’est le visuel.  Pour avoir du visuel, il faut taper. Je veux dire, tu ne peux pas être derrière un bidon et faire ploc-ploc semblant. »  

Franky plaisante : « Louis est le plus grand casseur du groupe ! »  Derrière l’aspect visuel spectaculaire, il y a un engagement écologique et humain. « Il faut vivre le geste. »  dit Louis. Cette physicalité rejoint leur philosophie : sincérité, effort, plaisir partagé.

Louis conclut d’un ton sincère : « Et quand on est sur scène tous ensemble, on a la même intention : faire plaisir au public. Les Tambours du Bronx, c’est le visuel, c’est le bruit, et surtout, être ensemble. C’est tous ensemble, c’est massif. » 

Wild Pack : la Furie continue

Une carrière unique à travers une discographie conséquente

Les Tambours du Bronx ont à leur actif une discographie riche qui témoigne de leur évolution musicale.

Ce projet métal s’accompagne d’une scène étoffée comprenant guitares, synthés, batterie, et plusieurs chanteurs, adoptant une démarche énergique et collective.  

On vient à la sortie récente de l’EP *Wild Pack*. Dom dévoile les coulisses : « Quand on a fait “Evilution”, on avait trop de morceaux. Donc on était obligés d’en écarter quelques-uns, pas parce qu’on les aimait pas, mais parce qu’il fallait faire un choix. Donc on savait qu’on sortirait un EP avec ces morceaux un jour ou l’autre. Et je dirais que “Wild Pack” clôt ce cycle. Les deux artworks, avec le rhinocéros et les hyènes, se répondent. »  

Le rhinocéros, dit-il, symbolise « Il y a plusieurs interprétations possibles, la puissance originelle du Bronx », tandis que les hyènes représentent « la meute, l’énergie collective . Un des premiers clips des tombeaux du Bronx , si tu te souviens, c’était le rhino en ferraille qui crachait du feu sur lequel on tapait.  

Les hyènes, c’est le phénomène de Meute, le côté un peu frayant qu’on peut avoir des fois quand on arrive pour les gens qui ne le connaissent pas. Il y a plusieurs lectures possibles ensuite de la scène. »

La Liberté, l’Engagement & la Censure

Textes engagés et liberté de ton

Le groupe est aussi engagé dans ses textes, laissant aux chanteurs carte blanche pour exprimer leurs idées tout en restant dans un esprit collectif fort. Dom évoque la confiance mutuelle qui préside à ce fonctionnement, et déplore les censures récentes dont leurs clips ont fait l’objet, ce qui rend leur combat pour la liberté d’expression d’autant plus vital. Louis précise : « Chaque chanteur écrit ses textes. C’est son instinct. »  

Dom poursuit : « On ne censure personne. On a confiance. »  

Mais tout n’est pas simple à l’heure du numérique :  

 Dom tient à ajouter quelque chose. « J’ai un truc à dire », lance-t-il avec sérieux.  Dom respire un instant avant de reprendre. « Tu verras si tu gardes, si tu gardes pas. Mais donc, c’est bien de venir nous voir, c’est ce qui compte le plus de toute façon : le live, venir nous voir, nous soutenir, tout ça. C’est incroyable. » Derrière ses mots, transparaît une sincérité brute, celle d’un groupe qui trouve son énergie dans la rencontre avec le public. Puis, le ton se fait plus grave. « On n’a pas pris la mesure de la censure qu’il y a à l’heure actuelle. » Il évoque alors une expérience marquante vécue autour du clip *When It Got*. « On n’a pas compris pourquoi il y avait aussi peu de vues. Et quand on a voulu le sponsoriser, c’est là qu’on a eu l’explication : il est censuré, parce que désinformation. »

Dom explique que la vidéo, ouverte sur un lancement de missile et une explosion nucléaire, a été signalée par les algorithmes. « Ça a été considéré comme de la désinformation. Suivi de quelques scènes de bagarres, donc violences… et donc un clip censuré que personne ne peut voir. »  Cette situation n’est pas isolée. Même leurs autres productions ont rencontré des obstacles. « La lyrics vidéo qu’on a sortie ensuite, *Roar*, j’ai le doute que le nom même du morceau ait posé problème. » Quant au clip de *Ghost*, issu d’*Evilution*, Dom souligne qu’il a été « mieux reçu, mais sans atteindre les scores habituels. » Le thème sensible du suicide y serait pour quelque chose, pense-t-il.

Devant cette réalité, j’acquiesce doucement : « Je le garde, et ça sera dans l’interview », scellant ainsi les dernières paroles d’un échange aussi franc qu’essentiel.

Toujours prêts, toujours Ensemble

Alors qu’ils s’apprêtent à monter sur scène, la fatigue de la route ne semble pas les atteindre.  

« On sera toujours prêts, que ce soit à l’Olympia ou dans une salle de 200 personnes, » dit Louis.  Dom conclut simplement : « Le plaisir de jouer ensemble, c’est notre moteur. »  

Franky ajoute, le sourire franc : « Avant le concert, on se checke tous, on se regarde dans les yeux… et on part à la guerre. »  

J’ajoute : « Eh bien on sera à vos côtés sur le front ! »

 Un final en Gratitude

Avant de se quitter, Dom résume toute la philosophie du groupe : « Venez nous voir, c’est ça qui compte. Le live, c’est notre raison d’être. »  Louis ajoute : « On reste humains, on aime discuter avec le public après les shows. »

Et c’est cela, Les Tambours du Bronx : une famille d’artisans du rythme, soudée, libre, viscéralement vivante, capable d’enflammer une salle entière à coups de fer et de feu. Une légende qui, trente-huit ans après son premier martèlement, continue d’écrire l’histoire de la musique française au son du métal brut et du cœur battant. Le spectacle des Tambours du Bronx ne se résume pas à un concert, c’est une expérience sensorielle, physique et spirituelle irrésistible, où la puissance rythmique et le plaisir de jouer ensemble se transmettent à chaque pulsation.  Vivez ou revivez cette aventure en écoutant leur discographie ou en assistant à l’un de leurs concerts où, comme le dit Dom, « quand tu montes sur scène, tu changes, tu deviens autre chose. »

The Wild Pack

EP qui prolonge l’aventure *Evilution*.  

25.09.2025        
   

   Tracklist:

– Whore  

– Am I Dead Enough (Alt Version)  

– Echoes Of Tomorrow  

– Jungle Jazz (WOMP Version)  

– Evilution (EP Edit Version)  

– We Need Godz

* L’artwork de Gary Ronaldson fait tableau : les hyènes de The Wild Pack affrontent les rhinocéros d’Evilution.

Notre Avis :

Les Tambours du Bronx : la meute rugit sur The Wild Pack

À peine deux ans après l’album *Evilution*, Les Tambours du Bronx reviennent secouer la scène metal hexagonale avec *The Wild Pack*, un EP aussi bref que féroce, sorti le 25 septembre 2025. Six titres, vingt-deux minutes de fureur percussive, et une énergie tribale qui repousse encore les limites du genre industriel rock.

Un prolongement naturel et visuel

Cet EP, pensé comme une suite logique d’Evilution, rassemble des titres inédits ainsi que des versions alternatives issues des mêmes sessions d’enregistrement. Le groupe l’explique lui-même : « Ce nouveau chapitre de notre parcours rassemble six titres issus des sessions de notre album Evilution et s’impose comme sa suite logique. Les artworks de Gary Ronaldson ne forment d’ailleurs qu’un seul et même tableau : les hyènes de The Wild Pack affrontant les rhinocéros d’Evilution ». Cette cohérence visuelle et narrative affirme la volonté de terminer le cycle entamé avec le précédent opus.

 Puissance brute et rage collective

Au menu, six morceaux : « Whore », « Am I Dead Enough (Alt Version) », « Echoes Of Tomorrow », « Jungle Jazz (WOMP Version) », « Evilution (EP Edit Version) » et « We Need Godz ». Le collectif, composé d’une quinzaine de percussionnistes et entouré de valeurs sûres du métal (Renato di Folco, Stef Buriez, Reuno, Franky Costanza), allie percussions métalliques et riffs écrasants pour un résultat sonore massif, taillé pour le live.

Cet EP n’est pas qu’un objet d’écoute : il se veut prolongement scénique. Plusieurs titres seront défendus en concert, notamment à l’Olympia le 11 octobre aux côtés de Sidilarsen et Madam. Fidèle à leur réputation, Les Tambours du Bronx occupent la scène comme un champ de bataille sonore, où l’énergie du collectif se fait contagieuse, et où chaque membre encourage l’autre à repousser ses limites.

Par ses morceaux nerveux, sa cohérence visuelle et son format resserré, l’EP assume le choix du court pour mieux viser juste, et témoigne de la capacité du groupe à rester acteur majeur du métal industriel français.

The Wild Pack approfondit la voie ouverte par l’album Evilution mais opte pour un format plus percutant et condensé, accentuant certaines évolutions sonores importantes.

Evilution proposait une approche ambitieuse avec des percussions métalliques lourdes et une équipe élargie (musiciens, chanteurs issus du metal extrême), incarnant une recherche de densité et un goût pour les constructions épiques et variées. The Wild Pack prolonge cette esthétique mais dans un format plus court : six morceaux inédits ou alternatifs issus de la même période. L’EP se concentre sur la fureur brute de la section rythmique, favorisant la spontanéité et la cohésion collective, là où Evilution s’aventurait parfois vers des paysages plus nuancés ou introspectifs.  Evilution se caractérisait par une architecture sonore élaborée, intégrant des nappes électroniques, des voix saturées et des arrangements parfois subtils. The Wild Pack, quant à lui, intensifie la démarche percussive : les versions alternatives (« Am I Dead Enough », « Jungle Jazz ») réaffirment le choix du riff frontal et de la voix scandée, alors que le traitement du son privilégie la masse et l’efficacité scénique. Le collectif assume une guerre des textures, où le métal et la sueur prennent le pas sur les expérimentations plus complexes.

 

 Line-up :

Une face plus sombre qui, outre la quinzaine de percussionnistes, fait appel à Reuno Wangermez (Chant), Stef Buriez (Chant – Loudblast, Sinsaenum), Renato Di Folco (Chant – Dropdead Chaos, Trepalium), Franky Costanza (Batterie – ex-Dagoba), Arco Trauma (Claviers – Sonic Area) 

Follow Les Tambours du Bronx :   / lestamboursdubronx     / tamboursdubronx     / tamboursdubronx  

Credits :

Les Tambours du Bronx Vocals : Stephane Buriez and Renato Di Folco Oil

Drums : Will, Davidzio, Babass, Romy, Thierry, Tristan, Romain, Flo, Sam

Drums : Franky Costanza

Bass : Sid Guitars : Ben & Dom

Keyboards : Arco Trauma

Un grand Merci à l’Agence Singularités pour l’interview et l’invitation pour leur concert à l’Olympia !