Vecteur Magazine

LES RIFFS DU LUNDI devient notre rendez-vous hebdomadaire.
Retrouvez diverses chroniques de nos rédacteurs sur les sorties de la semaine précédente.

Cassidy Paris – Bittersweet

Date de Sortie : 21.11.2025

Label : Frontiers Records

Avec Bittersweet, Cassidy Paris  s’affirme comme l’une des voix les plus prometteuses d’un rock contemporain qui puise dans les années 80 sans jamais céder au pastiche. Elle réussit ce délicat équilibre entre héritage et renouveau, façonnant un style où la nostalgie se teinte d’une modernité nerveuse et précise. Portée par la collaboration de Paul Laine et Steve Brown, elle dévoile ici une démarche artistique plus affirmée : non seulement l’interprète gagne en assurance, mais l’auteure-compositrice s’exprime avec une clarté et une intention nouvelles. L’ouverture, Butterfly, joue le rôle de passerelle idéale : une pop mue par une énergie rock impeccable, un refrain ample qui fédère d’emblée, une esthétique sonore nette et accrocheuse. Mais l’album ne se repose pas sur ce seul éclat. Nothing Left To Lose impose immédiatement une intensité plus sombre, soutenue par un riff tranchant et un jeu vocal en contrepoint qui confère au morceau un relief dramatique mesuré. À l’inverse, Finish What We Started adopte une ligne plus aérienne : un pop rock à la fois souple et déterminé, porté par un refrain radieux et un sens de la dynamique qui témoigne d’une réelle maîtrise. Au fil des titres, un fil émotionnel se tisse : une vulnérabilité franche, jamais complaisante, où l’on devine les turbulences, mais aussi l’élan vital qui en découle. L’artiste le confie elle-même : Bittersweet est l’œuvre la plus intime qu’elle ait conçue, un disque qui rassemble des fragments crus de son vécu, travaillés jusqu’à devenir matière sonore. Cette transparence nourrit l’ensemble d’une intensité rare, sans renoncer à une lisibilité musicale très étudiée.

La production accompagne parfaitement ce geste : claire, énergique, précise dans le détail. Les guitares, notamment, jouent un rôle central, dessinant une architecture élégante qui supporte chaque chanson sans jamais l’écraser. Le résultat est un album cohérent, vibrant, qui parvient à conjuguer éclat mélodique, profondeur personnelle et rigueur artistique. Bittersweet consacre ainsi une étape décisive dans la trajectoire de Cassidy, confirmant une maturité et une singularité qui ne cessent de s’amplifier.

Chronique par Emma Forestier

ANNISOKAY – ABYSS — THE FINAL CHAPTER

Date de Sortie : 21.11. 2025
Label : Arising Empire

Les allemand d’Annisokay clôturent, après deux ans, leur projet “Abyss”. Cette œuvre inscrit davantage le groupe dans le paysage metalcore. “Into The Abyss” et son instrumentale épique nous préparent à un voyage transcendant. “Human” alterne chants clairs et growls, suivi d’un drop brutal avec des touches électro. Une construction musicale que l’on retrouve dans beaucoup des titres. “Silent Anchor”, l’un des nouveaux morceaux, met en valeur la force de groupe : une violence écrasante qui se mêle tout de même à des notes mélodiques déchirantes. S’ensuit de “Splinters”, qui appuie sur cette sensation d’être à la croisée des styles. 

Into The Grave”, titre le plus calme, nous fait savourer le timbre clair de Rudi Schwarzer. Même si Annisokay ont leur propre définition du calme. On retient facilement “Throne of the Sunset” et “My Effigy” grâce à leurs sonorités explosives qui nous garde actif dans l’écoute. 

En clair, les morceaux s’enchaînent à merveille tant l’album est fluide. Pendant presque une heure, les growls sont maîtres et la batterie explosive, rien de mieux pour ravir nos oreilles.

Chronique par Alexia Samsonoff

Aerosmith, Yungblud : One More Time 

Date de Sortie : 21.11.2025

Label : Capitol Records 

Premier signe de vie d’Aerosmith depuis plus de dix ans, cet EP réunit Steven Tyler et Yungblud autour de quatre nouvelles compositions signées Tyler, Joe Perry, YUNGBLUD et Matt Schwartz, auxquelles s’ajoute une reprise revisitée du mythique « Back In the Saddle ». Dès “My Only Angel”, le ton est donné : les deux chanteurs se guettent, se défient, pareils à deux prédateurs tournant en cercle avant l’impact. L’ADN classic rock du disque s’affiche sans détour, porté par un dialogue vocal tantôt heurté, tantôt fusionnel.

Portée par un fin tapis de cordes, l’impétueuse “Problems” fend l’air comme une machine lancée à plein régime, avant que la très Stones “Wild Woman” ne vienne parsemer “One More Time” d’un twang irrésistible. Ce morceau apporte une respiration bienvenue, même si l’accent bravache de notre enfant terrible.

Puis survient le geste le plus téméraire : revisiter “Back In The Saddle”. Hymne éternel du hard rock américain, le titre devient ici un final resserré, modernisé, presque reconstruit. Sur le plan symbolique, l’effet est superbe : une authentique transmission d’héritage, YUNGBLUD se confrontant à l’une des voix les plus mythiques de l’histoire du rock. Musicalement, le bilan est plus partagé : cette version compacte et survitaminée érode une partie de la tension brute qui faisait vibrer l’original. YUNGBLUD s’en sort avec aplomb, mais le vernis 2025 efface un peu trop la poussière, les angles et le danger qui en constituaient la force.

One More Time est un projet généreux, animé par la volonté sincère de rapprocher deux générations de rock. L’énergie circule, l’élan est admirable… mais une production trop polie empêche Aerosmith et YUNGBLUD d’incarner pleinement ce qui les distingue : le chaos fécond, la rugosité, l’inattendu. Un alliage rock, sans être totalement rock’n’roll.

Chronique par Emma Forestier