Vecteur Magazine

LES RIFFS DU LUNDI devient notre rendez-vous hebdomadaire.
Retrouvez diverses chroniques de nos rédacteurs sur les sorties de la semaine précédente.

GRANDSON – Inertia 

Label : XX Records 

Pour son 3e album et premier projet en tant qu’artiste indépendant Grandson lance un appel à la révolte. Une rage émane de chaque morceau grâce au déchaînement des instruments, enregistrés en format live. “BURY YOU” débute très fort en dénonçant les mensonges des forces autoritaires. C’est une douce introduction à l’explosion de haine qui suit. L’ambiance de l’album est similaire à du Rage Against The Machine, et ce n’est pas anodin. “SELF IMMOLATION” ou “WHO’S THE ENEMY” reprennent les codes et thèmes de l’album éponyme du groupe. YOU MADE ME THIS WAY” se distingue par son refrain moins brutal, tout en restant percutant grâce aux paroles incisives qui reflètent une dure réalité. “LITTLE WHITE LIES” remonte la violence d’un cran, et nous donne envie de tout cramer. “BELLS OF WAR” est court, simple mais expéditif. L’instrumentale heavy et les cris prouvent que l’album est construit sur l’énergie pure d’un violent pogo. C’est un retour aux sources, mais avec des sonorités nu metal plus assumées. Mention spéciale pour “PULL THE TRIGGER” et ses riffs enivrants. L’outro, elle, procure des émotions fortes et conclut à merveille l’album en montrant comment notre société brise des individus. INERTIA n’est pas juste un coup de gueule contre le monde, c’est un doigt d’honneur au racisme, à la xénophobie, au fascisme, à la cruauté animale ou encore à la dépendance des réseaux sociaux et leurs effets néfastes sur nos manières d’agir en tant qu’humain. Grandson nous rassemble et nous offre une opportunité de le rejoindre pour ne plus nous murer dans le silence face à la haine dans ce monde qui tombe en lambeau.

Par Alexia Samsonoff

LUERE – Chants For Nature

Label : Autoproduction

Projet solo venu tout droit de Lyon, Luere nous propose un black métal ambiant, très progressif. Abordant les thèmes de la nature, ce premier EP de quatre titres nous plonge directement dans les profondeurs brumeuses des forêts norvégiennes que l’on retrouve beaucoup dans ce style. Rappelant beaucoup les univers de groupes comme Woods of Desolation, Alcest, Heretoir ou encore Fauna, on y retrouve plusieurs ballades sombres, nous entraînant de manière électrique dans une atmosphère déroutante et très personnelle. “Snow Is Here, Autumn Leaves” ouvre le bal, dans un climat brumeux accompagné par des bruits d’écoulement de rivière et des notes de synthé profondes, nous faisant ressentir chaque vent frais vers le changement de saison. Chacune des notes nous donne envie d’aller gravir les montagnes peuplées de pins habillés par le brouillard. La batterie et la guitare s’enlacent dans une profonde fusion rocailleuse, faisant penser aux morceaux de Agalloch, très inspiré également par le thème de la forêt et des saisons. Les titres sont aussi, je trouve, un fort clin d’œil à ce groupe. Puis, les notes de synthé résonnent à nouveau, et nous amènent à la fonte des neiges. Les premières pluies de l’été se font sentir, avec “Summer Rains”. Nos oreilles sont amenées à osciller entre les éléments de la terre et de l’eau. Une voix hurlée et saturée sinde l’ensemble des instruments dans une complainte lugubre et plaintive. Ensuite une guitare acoustique calme vient transporter notre âme avec calme et douceur avec le morceau “Quiet (Interlude)”. Ce moment de creux est très vite achevé avec “Storms”, avec l’arrivée d’une batterie martelange et une voix stridente et lointaine. Une tornade glaciale s’abat sur l’ambiance globale, tandis que les cymbales continuent de se faire fracasser. Vient alors le calme, quelques notes à la guitare. Le déluge reprend alors, toujours accompagné de cette même voix hurlante et inquiétante. Guitare et batterie se suivent à nouveau dans une course sans relâche pour aller progressivement s’éteindre dans les profondeur du déluge. Chants For Nature nous propose un premier jet expérimental, réveillant en nous l’appel de la nature, et la connexion que chaque être vivant peut avoir avec la force des éléments. Entre pluie légère et tornade destructrice, l’artiste nous fait part tout au long de l’album de sa fascination et de son admiration pour cette thématique. Si vous aimez les ambiances deep, l’atmosphère et des groupes comme Agalloch, alors cette petite nouveauté qui ne demande qu’à être connue de vos oreilles. 

Par Mélissa Bussiere

CONDITION CRITICAL – Degeneration Chamber

Label : Autoproduction

Les américains de Condition Critical reviennent avec leur troisième album Degeneration Chamber, sorti ce 5 septembre 2025. Dès les premières secondes, ça frappe fort avec  WRETCHED AGGRESSION, riffs hargneux, batterie martiale, chant qui rentre sans attendre. Le break plus lourd apporte un contraste bienvenu, puis le solo surgit comme une grosse claque à t’en décrocher la mâchoire. On sent une volonté de poser un ton brutal et direct, immédiat, sans pitié, un uppercut d’entrée. La brutalité se fait plus écrasante sur DECONSTRUCTIVE HORROR. Le rythme est compact, presque suffocant. Cette impression d’étouffement, le morceau déconstruit tout sur son passage. C’est sombre et écrasant. CRANIAL DISSOLUTION est pour sa part, très technique. Doté de beaucoup de changements de tempo. Ça secoue, ça désoriente, et les solos ajoutent une dose de chaos organisé. Un mélange brutale et cérébrale. Sur HYDROPONIC MUTATION Les riffs sont implacables, une double qui pilonne, et des solos qui s’étirent. On a clairement un côté plus death/thrash. On assiste à une violence incontrôlable, une agressivité extrême. L’atmosphère devient plus glauque avec POSTMORTAL SIMULATION, presque horrifique. C’est rapide mais aussi pesant, avec un refrain qui reste en tête. Un des morceaux, pour ma part le plus marquant, angoissant,  une autopsie qui tourne au cauchemar. PSYCHOLOGICAL EPIDEMIC est sans aucun doute le titre le plus direct de cet album. On se prend une rafale de riffs et de blasts sans répit, bref, une véritable frénésie apocalyptique. Ça frappe fort et direct avec des cris qui n’ont rien à envier à Tom Araya. Une tempête thrash/death où vitesse et lourdeur s’entremêlent, symbolisant l’idée de créer pour détruire. INCUBATION DISPOSAL est un morceau oppressant et cathartique, qui te laissera vidé mais fasciné. Une incarnation parfaite de la sauvagerie et la versatilité du groupe. On fait face à une ambiance froide et très lourde avec des riffs gras et répétitifs sur CRYONIC INTESTINAL PRESERVATION. Une horreur chirurgicale, aseptisée, monstrueuse mais contrôlée. EXCARNATION sera un condensé de tout ce qui précède : vitesse, riffs lourds et solos intenses. Un morceau de clôture qui résume bien l’album en offrant une dernière décharge d’énergie apocalyptique pure. C’est un album compact, énergique et sans fioritures, conçu pour frapper fort sans perdre la clarté nécessaire à un bon album de Thrash. Beaucoup de changements de tempo soudains, ce qui empêche clairement la monotonie, bref on a pas le temps de s’ennuyer, ça tabasse.

Par Yann Lachaire

STARSET – Silos

Label : Fearless Records

Comme à l’accoutumé, Starset en a dévoilé beaucoup sur la sortie de ‘Silos’ tant et si bien que seuls 2 titres restent inédits. Les autres morceaux ont été mis en ligne au fur et à mesure que le groupe souhaitait les faire connaître à son public. Toujours dans un univers de science fiction, les gars de Columbus continuent de proposer un metalcore / alternatif soutenu par des effets électroniques en tout genre. Effets utilisés de plus en plus sur les voix des chanteurs de metal moderne (on pense notamment à PRESIDENT), il n’en reste pas moins que les claviers apportent une touche de grâce à l’ensemble, emportant l’auditeur dans un cercle musical rétro, entre TRON et Carpenter Brut. Avec ses 16 titres, le nouvel opus de Starset ne se perd pas, alternant des œuvres oniriques comme “Temple Of Milton” ou “As It Altar” avec des compositions plus souples et rythmées sur “Ad Astra” par exemple. Les envolées lyriques de Dustin Bates ajoutent une intensité surréaliste au tout. Il n’y a pas à dire, seul Starset a la recette pour combiner avec justesse metal, électro et atmosphère ambiante. Merci les gars, cela s’appelle une réussite.

Par Jérémie Bennard

REVNOIR – Coma 

Label : Arising Empire 

Dans ce 2e EP, Revnoir s’aventure vers un chemin plus ténébreux. On débute avec “Into Quiet”, qui nous prépare aux quatre morceaux qui suivent. L’essence du groupe y est mise en lumière : une instrumentale puissante et vibrante, embellie par une voix sublimée notamment lors du pont en français. C’est là que réside l’une des forces du groupe : son talent à mêler l’anglais et le français. “Crève” explose tout avec des growls et une batterie capable de démolir des murs. Elle s’adoucit à la fin avec une magnifique mélodie au piano. 

New World” contraste avec les autres morceaux : on retrouve la même douceur du piano qui accompagne une voix claire chargée en émotions. Elle nous frappe, et donne sens à l’album en entier. En une rapide transition, on passe à “Night Terror”, qui comme son nom l’indique, est obscure. Autant dire qu’elle clôt brutalement l’EP avec des growls à en donner des frissons. C’est probablement la plus heavy du groupe, prouvant qu’il peut vraiment s’énerver et se surpasser quand il le souhaite.

Par Alexia Samsonoff