Vecteur Magazine

LES RIFFS DU LUNDI devient notre rendez-vous hebdomadaire.
Retrouvez diverses chroniques de nos rédacteurs sur les sorties de la semaine précédente.

LUCIE SUE – Battle Station

Label : Sphynx Music

Après To sing in French, Lucie Sue revient avec un album éclectique aux thématiques très intimes. Les batailles évoquées sont de celles qui font grandir, évoluer voire se transfigurer. L’émotion est là, affleurante, palpable, dans les ruptures vocales, dans les riffs acérés balayant les genres, dans les mots et les harmonies. Depuis ses remarquables et remarquées covers aux accents humoristiques pendant la période COVID jusqu’à cet opus, la française a démontré sa maîtrise instrumentale et une culture musicale qui infuse ses compositions, explorant le spectre du rock tout en développant sa propre identité. Appuyée par une belle équipe de musiciens (Mitch à la batterie, Enzo à la guitare, et son frère Baptiste pour la direction artistique) ainsi qu’un guest de choix (Satchel de Steel Panther sur Ride the Wired Wild Tiger), la multi-instrumentiste délivre treize titres débordant de vitalité et de sens. Moins dans l’ironie mordante que dans la confession, la tonalité de ce Battle Station tranche avec l’image de la musicienne sur les réseaux sociaux : la jeune femme livre ses faiblesses, ses doutes, ses combats sans euphémisation tout en gardant son énergie primale et son humour. Ten Minutes, superbe titre, synthèse d’un univers musical qui aurait pour centre nodal le hard-rock des années 90, tout comme le très mélancolique Counter Clockwise, s’immisce dans une déferlante de riffs fleurant bon le grunge et le heavy metal. Ouvert par le titre éponyme résolument punk, le second album de Lucie Sue souffle un vent de fraîcheur sur la scène rock française et présage un bel avenir pour la française.

Par Christophe Descouzères

SWEET FREEDOM – Blind Leading the Blind

Label : Frontiers 

C’est l’histoire d’un coup de foudre rétro à combustion lente, puis brutale : Blind Leading the Blind, c’est un album de classic rock aux allures de supernova, forgé dans la tradition des géants 70s, mais ressuscité avec une férocité live qui claque. Le groupe suédois Sweet Freedom, formé en pleine pandémie par Jörgen Schelander (ex-Astrakhan), sonne comme si Deep Purple avait roulé dans la sciure avec Rainbow, puis passé un mois enfermé avec Rival Sons pour tout réapprendre en version musclée. Enregistré en studio, en prise directe et sans filet, l’album palpite d’une énergie chaude et vibrante : orgue Hammond en roue libre, guitares en fusion, groove granuleux et, surtout, la voix puissante et éraillée de Matti Alfonzetti qui s’impose comme un prêcheur électrique. Sur “Live From the Heart”, l’intention est claire : rocker comme si c’était la dernière fois. Et ça joue fort, carré, plein cœur. Pas de nostalgie molle ici, mais une urgence presque punk dans l’exécution. Le son est gras, dense, frontal, mixé avec amour pour les amplis à lampes. Blind Leading the Blind est un uppercut qui donne envie de ressortir les jeans déchirés, de grimper sur un ampli, et de hurler en communion. C’est un album qui ne cherche pas à plaire, mais à rugir. Et bordel, il rugit bien.

Par Annabelle Piery