Vecteur Magazine

LES RIFFS DU LUNDI devient notre rendez-vous hebdomadaire.
Retrouvez diverses chroniques de nos rédacteurs sur les sorties de la semaine précédente.

DYSTOPICA – Semblance of order 

Label : Pavement Entertainment

Le groupe de metal Dystopica signe son grand retour avec un quatrième opus percutant : un EP intitulé Semblance Of Order, paru chez Pavement Entertainment. Cette nouvelle offrande marque un virage plus sombre, plus intense, dans l’évolution artistique du groupe, une plongée dans des territoires sonores plus massifs et tourment. Sous la houlette du producteur Nick Bellmore (connu pour son travail avec Dee Snider, Corpsegrinder, Ripper, Hatebreed, Toxic Holocaust, Many Eyes), Semblance Of Order s’impose comme l’œuvre la plus lourde et aboutie de Dystopica à ce jour, surpassant en intensité leurs précédents opus Perception (2021), Deception (2022) et Infinite Reflection (2024). L’EP puise dans la puissance du metal moderne tout en renouant avec l’âme du heavy metal classique, pour sculpter un son monumental et profondément immersif. Accélérations fulgurantes, riffs tranchants, mélodies sinueuses, chaque morceau explore une facette unique de l’univers du groupe, tout en contribuant à une œuvre globale d’une remarquable cohésion. À travers cette diversité maîtrisée, Semblance Of Order sonde les failles, les tensions intérieures et les tumultes émotionnels tapis sous les apparences d’un ordre établi. Le vernis de la stabilité s’effrite pour laisser place à une vérité plus chaotique, plus humaine. En brouillant les frontières entre thrash furieux, heavy metal ancestral, complexité progressive et énergie contemporaine, Dystopica façonne un EP à la fois sophistiqué et viscéral, une fusion saisissante entre tradition et modernité, entre maîtrise technique et intensité brute.

Par Emma Forestier

GOOD TEAL – Good Teal 

Label : Autoproduction

Formé en 2021 autour du chanteur-bassiste Reg Mason, accompagné d’Alex et Curt aux guitares et de Curt à la batterie, Good Teal est un pur condensé de punk et de hardcore, s’ouvrant sur des envolées mélodiques accrocheuses. Après une série de singles, la suite inéluctable se devait d’être l’album, ce qui fut fait en ce vendredi 15 août. Le quatuor du New Jersey balance avec absolument toute son énergie l’ensemble de ses influences avec une belle authenticité. Loin d’être un brûlot bourrin du premier titre au dernier, l’album prend le temps de ralentir, de s’embarquer dans des breaks plutôt subtils. Mais la rage vibrionnante n’est jamais loin, et déboule en un éclair au détour d’un gros riff de basse bien granuleuse. Le son oscille entre guitares tranchantes et ambiances plus psychédéliques. Good Teal promène ses thématiques introspectives au travers d’un garage punk qui s’aventure parfois vers le metal des 90 avec son lot de solos et de breaks mélodiques. Ouvert par le très bon Parasites! qui précède le génial Lock Out, Goot Teal prend le temps de respirer avec Bittersweet et son mid-tempo lourd, flirtant avec le punk-rock californien. Mais la batterie se déchaîne de plus belle pour un final supersonique sur Good Teal après un riff de basse râpeux à souhait. Né de la frustration de l’ère COVID, Good Teal lâche les chevaux pour notre plus grand plaisir !

Par Christophe Descouzères

STREET SEX – Full Color Eclipse

Label : Compulsion Records

Depuis plus d’une décennie, Street Sects, duo originaire d’Austin, façonne une œuvre sonore extrême, viscérale, enracinée dans les abysses de l’expérience humaine. Naviguant entre les ruines du post-punk industriel et les marges du chaos, leur musique échappe à toute appartenance définie. Inclassable, radical, le projet s’impose par sa capacité à sonder la noirceur avec une intensité rare, sans concession ni artifice. Le 15 août, les deux musiciens ont dévoilé Full Color Eclipse, un album lumineux et sensuel paru sous leur alter ego Street Sex, via Compulsion Records, le jeune label fondé par les membres de HEALTH. Cette mue artistique s’est opérée en collaboration avec le producteur Ben Chisholm, connu pour ses travaux aux côtés de Chelsea Wolfe — dont l’intervention a été déterminante : elle a non seulement offert un souffle nouveau au processus créatif, mais aussi permis de retisser les fils d’un lien artistique mis à mal par les tempêtes personnelles du duo. Full Color Eclipse se présente comme une célébration de l’abandon aux plaisirs, un exutoire radieux à l’opposé du registre sombre et tourmenté de Dry Drunk, paru le même jour sous leur nom originel. Là où Dry Drunk explore les affres d’une sobriété imposée, marquée par le vide, la routine et le désespoir, Full Color Eclipse choisit l’excès, la volupté et la transgression, comme autant de refuges contre la douleur. Sur « Turn Blue », morceau électro au rythme effréné, le refrain assène une forme de libération orgiaque, presque cathartique. Et pourtant, au cœur de cette euphorie assumée, l’album réserve aussi des instants de grâce plus sobres et réfléchis. Ainsi, « Perpetuity », sans doute l’un des titres les plus bouleversants jamais écrits par le duo, s’inscrit dans une lumière synthétique presque irréelle. Ashline y interroge avec lucidité et amertume les rouages cruels de l’industrie musicale : À travers ce projet parallèle, Street Sects esquisse un contraste saisissant : la lumière contre l’ombre, l’ivresse contre l’abstinence, l’extériorité éclatante contre l’introspection suffocante. Ce diptyque musical, né d’une période marquée par la rechute d’Ashline et une séparation temporaire du groupe, témoigne de leur volonté de renaître autrement, d’explorer les pôles opposés de leur art et de leur psyché. Plus qu’un simple projet secondaire, Full Color Eclipse est la contrepartie hédoniste et lumineuse de Dry Drunk, un miroir tendu à cette œuvre de colère et de douleur. Ensemble, ces deux albums racontent une traversée, celle d’un homme oscillant entre chute et rédemption, entre contrôle et abandon, entre l’envie de fuir et le besoin de rester. Un diptyque puissant, où la musique devient théâtre intime, exorcisme, et affirmation vitale.

Par Emma Forestier

REAPER’S REVENGE – Fire Force Devil

Label : NRT – Records

Fondé en 2013 à Amberg, en Bavière, Reaper’s Revenge incarne l’essence d’un heavy metal old school, nourri de l’énergie brute du thrash et des envolées mélodiques du power metal. Dès ses débuts, le groupe s’écarte des sentiers battus, refusant les poncifs du genre pour leur préférer une parole engagée, ancrée dans les réalités sociales et les questionnements contemporains. Leur toute première démo autoproduite jette les bases d’une identité forte, confirmée dès 2014 par la sortie de The Wall of Fear and Darkness. Sur scène, leur puissance de feu ne tarde pas à faire mouche : des concerts aux côtés de Axxis ou Majesty assoient rapidement leur réputation de formation live incontournable. Aujourd’hui, alors que la planète s’embrase, que les forêts succombent aux flammes et que les glaciers ploient sous le poids de notre désinvolture, Reaper’s Revenge revient avec un nouvel EP implacable, intitulé Fire Force Devil. Plus qu’un simple disque, c’est une charge frontale contre les dérives de notre époque : dérèglement climatique, apathie sociale, puissance croissante de l’intelligence artificielle, autant de fléaux que le groupe met en musique avec une rage lucide et une urgence palpable. Composé de trois titres, cet EP déploie toute la force expressive du quatuor bavarois. Outre le morceau-titre, véritable brûlot éco-critique, on y retrouve “Wisdom Drug”, une dénonciation acerbe de la désinformation et de la passivité numérique, et “Faults Proceeding”, qui s’attaque à l’ombre grandissante de l’IA dans nos sociétés. Le clip de “Fire Force Devil”, dévoilé simultanément à la sortie du disque, prolonge cette œuvre engagée à travers une esthétique soignée, signée par le collectif. Pour les amateurs de metal à conscience affûtée, d’énergie sans concession et de propos intelligents, Fire Force Devils’impose comme un manifeste sonore de son temps : rugueux, critique, et résolument incandescent.

Par Emma Forestier