DROPOUT KINGS – Yokai
Label : Napalm Records
Yokai, « spectre » en japonais, est le titre dramatiquement prophétique du dernier album du quatuor de rap metal américain. Adam Ramey, fondateur et chanteur, s’est en effet éteint le 19 mai 2025. Quelques semaines plus tôt, il venait de terminer ses prises. Ses amis ont choisi de lui rendre hommage, en publiant l’album tel qu’il l’avait imaginé. Chaque titre possède donc une puissance évocatrice saisissante, transformant l’écoute de cet album en une double expérience. D’abord sensorielle, par ses arrangements mêlant metal et rap sur des nappes électros, comme dans Baka. Puis purement organique : nos corps sont remués jusqu’aux tripes, faisant affleurer nos craintes les plus secrètes, en osmose avec le chant déchirant d’Adam — dans Black Sheep ou Guillotine, notamment. L’excellent Devil Fruit concentre, en sa pulpe, toutes ces composantes pour accoucher d’un hymne survitaminé. Ce testament sonore délivre son lot de morceaux propres à résonner profondément avec nos affres enfouies, jusqu’à en extraire de salvatrices aperceptions. Yokai hurle, paradoxalement, sa rage de vivre : un cri chargé autant d’espoirs que de doutes, témoignage posthume d’un mal aussi moderne… qu’intemporel.
Par Christophe Descouzères
BABYMETAL – Metal Forth
Label : Capitol Records
Après deux reports successifs, Metal Forth, le cinquième album tant attendu de BABYMETAL, est enfin disponible depuis le 8 août, sous le label Capitol Records. Véritable déflagration sonore, ce nouvel opus se distingue autant par son intensité que par la richesse de ses collaborations. Parmi celles-ci, le titre My Queen fait figure d’événement : une rencontre explosive entre les icônes japonaises du kawaii metal et les Canadiens de Spiritbox, pour un morceau à la puissance décuplée. Chaque featuring est le fruit d’un lien forgé au fil du temps, d’une rencontre scénique devenue alchimie musicale. Composé de dix titres, l’album se présente comme un kaléidoscope sonore, mêlant cultures et énergies avec une aisance remarquable, que le groupe restitue avec brio tout au long de l’écoute. Côté composition, la patte du Kami Band reste bien présente, oscillant entre les textures percutantes du djent et un heavy metal plus classique, notamment sur les morceaux White Flame –白炎– et Algorism, parmi les plus marquants de l’ensemble. Au chant, Su-Metal et Moametal livrent des performances puissantes et maîtrisées, tandis que Momometal explore des registres jusque-là peu abordés par Yuimetal, son illustre prédécesseure. Succédant à Metal Galaxy (2019) et au conceptuelle Other One (2023), Metal Forth s’impose comme un nouveau tournant dans la trajectoire du groupe. Fidèle à l’esprit Babymetal, entre énergie brute du metal, esthétiques pop et récits mystiques, cet album confirme la capacité du trio à se réinventer sans jamais renier son identité. Une œuvre charnière, plus puissante, plus ambitieuse, et résolument tournée vers le monde. La légende continue de s’écrire.
Par Emma Forestier
THOUSAND BELOW – Buried In Jade
Label : Pale Chord Records & Rise Records
L’album démarre en force avec “Kerosene” qui capture l’essence même du projet. Cette puissance se poursuit par le titre explosif “Place Of Dread”. Rien qu’avec cet enchaînement, on sent vraiment un travail axé davantage sur des mélodies plus énergiques que dans les précédents opus.
Mais c’est avec des titres comme “Los Angeles” que la douceur vient faire contraste avec la brutalité. Cette douce ballade dévoile toute la sensibilité sur laquelle repose l’album. Preuve que le groupe à voulu se livrer encore plus, notamment en matière de paroles qui sont profondément touchantes.
Mais le chaos revient très vite et nous emporte jusqu’au bout. Notamment avec “Royal Effect”, où on note très bien les différents contrastes entre chants clairs et growls. Les instrumentales aussi oscillent entre brutalité et délicatesse pour créer des rythmes en accord avec le chant
Ce quatrième album de Thousand Below prouve bien que le groupe est toujours capable d’aller au-delà de ses capacités, et ne cesse de nous surprendre.
Par Alexia Samsonoff
TEMTRIS – Queen of Crows
Label : Temtris
Le nouveau chapitre des Australiens de Temtris, baptisé Queen of Crows, est paru via le label Wormholedeath. Cet opus de heavy power metal s’impose comme une déclaration aussi féroce qu’émotive : neuf titres puissants qui affrontent de front la complexité de la condition humaine, explorant les thèmes du conflit, des conséquences et de la force intérieure. Dès les premiers riffs acérés jusqu’aux envolées vocales vertigineuses, Queen of Crows déploie toute la puissance caractéristique de Temtris : un assaut à deux guitares, des rythmes implacables et une écriture ciselée qui frappe autant qu’elle captive. Les textes, d’une rare densité émotionnelle, sont portés par une voix magistrale, incarnant l’essence du power metal avec une intensité saisissante. L’auditeur est entraîné dans un voyage sonore aux arrangements minutieusement construits, magnifiés par l’énergie brute et la virtuosité instrumentale devenue la signature du groupe. À l’occasion de la sortie de cet album, Temtris partira également à la rencontre de son public lors de concerts soigneusement choisis. Réputé pour ses prestations scéniques percutantes, le groupe promet une expérience live à la hauteur de son univers : intense, épique, et résolument fédératrice.
Par Emma Forestier
FIRSTBORNE – Lucky
Label : M-Theory Audio
Que se passe-t-il lorsque vous enfermez d’excellents musiciens d’horizons divers dans un studio ? Ce Lucky tente de répondre à cette question avec les pointures que sont : le batteur Chris Adler (Lamb of God, Megadeth), James LoMenzo à la basse (White Lion, Megadeth, Black Label Society), Myrone à la guitare et Girish Pradhan au chant (Girish and the Chronicles). De prime abord, on ne peut bien sûr pas nier la maestria de ces instrumentistes dont le plaisir à explorer un hard-rock somme toute classique est assez communicatif. Des riffs supersoniques découpés par une batterie lancée au triple galop, une basse aux envolées mélodiques mais qui sait parfaitement racler le sol et ancrer le groove au milieu d’un nuage de poussière. Chaque mesure transpire la précision, jusqu’à la moindre double-croche. En cela, Lucky tient toutes ses promesses d’une réalisation au lance-flammes. Pourtant, une fois l’adrénaline retombée, l’album laisse planer un arrière-goût d’inachevé, presque celui d’un rendez-vous manqué. Car si la maîtrise est indéniable, l’absence de véritables éclats de créativité finit par prendre le dessus. Oui, les riffs sont taillés au rasoir, mais ils semblent n’être que les échos patinés d’une autre époque — époque à laquelle les membres ont eux-mêmes contribué. D’où cette impression persistante d’avoir déjà croisé chacun de ces morceaux bien trop souvent. Quelques titres surnagent toutefois, comme les très bons Again, Prometheus ou Wake Up. Le savoir-faire des musiciens empêche le naufrage, offrant une écoute plaisante qui, sans marquer l’histoire, accompagne parfaitement une virée sur l’asphalte.
Par Christophe Descouzères
LIV SIN – Close your eyes
Label : Seek & Strike
Il y a dans Close Your Eyes, le nouvel album de Liv Sin, quelque chose d’un combat intérieur livré à ciel ouvert. Une œuvre frontale, tendue comme une corde sur le point de rompre, où chaque morceau est un coup porté, parfois avec grâce, parfois avec rage, mais toujours avec sincérité. Louder surgit alors comme une déflagration. Hymne de scène, cri de ralliement, il rappelle combien Liv Sin excelle dans l’art du morceau fédérateur, où les riffs se gravent dans le corps autant que dans l’oreille. Run, quant à lui, est un souffle plus accessible, presque radiophonique, où la mélodie s’accroche et refuse de lâcher prise. Un parfait contrepoint à Praise The Winners, plus frontal, presque martial, qui rappelle que dans l’univers de Liv Sin, l’ombre est aussi noble que la lumière. Sur The Mask, l’atmosphère change. Plus trouble, plus vénéneuse. Les guitares grondent, la voix serpente, c’est un rituel d’exorcisme masqué, un miroir tendu au monde, déformant et fascinant. Above The Line vient ensuite comme un souffle d’élégance, hommage voilé à la tradition britannique du hard rock, entre mélancolie maîtrisée et tension retenue. I Refuse est une déclaration de guerre intime, brûlante de refus et d’indépendance. D’entrée de jeu, Liv impose le ton : celui d’une femme debout, la voix haute, le regard clair, qui ne transige ni avec ses démons ni avec les faux semblants. Cette même énergie rebelle irrigue It’s Not Your Life, brûlot d’émancipation, traversé par une fougue presque adolescente, une provocation assumée. Et lorsque le silence retombe après la dernière note, il reste l’impression d’un voyage intense, viscéral, porté par une voix qui refuse de s’éteindre et une écriture affûtée comme une lame. Plus qu’un simple album, Close Your Eyes est un manifeste.
Par Emma Forestier