ANIMAL RAGE – Last Standing Man
Label : Wormholedeath Records
Né au coeur de la pandémie de 2020, Animal Rage est un quintet mexico-américain qui dévoile avec Last Standing Man un univers puissant et ambitieux : un mélange intense de groove, heavy et métal progressif qui leur crée un style unique à part entière (le fused metal). Le groupe se compose actuellement d’Abe Fenix au chant, de Gabriel Richer à la batterie, de Dimitri Gilchrist à la basse, de Frank Moncayo et Amos Roux à la guitare et de Paul Foschino au clavier. Au niveau de l’ambiance et des thèmes, l’album explore des thématiques universelles telles que la lutte intérieure, la transformation, le courage et l’affirmation de notre soi. On nous parle de nos démons intérieurs, de notre part d’ombre. On est très clairement invités à l’action et à l’émancipation personnelle. Le groupe nous offre une palette sonore riche, synthétisant riffs incisifs, structures progressives et intensité mélodique. Au niveau de la production, on sent que le son est taillé pour la clarté et l’impact : des guitares saturées avec une distorsion serrée, des basses percutantes et une batterie bien punchy. Les claviers de Foschino sont mixés en arrière-plan pour enrichir les textures sans brouiller le spectre, tandis que le mastering conserve contraste et dynamisme. Côté composition et structuration, les titres alternent couplets/refrains classiques et sections instrumentales progressives. Des signatures 4/4 solides comme dans Egocentric Rats laissent place à des inserts en 6/8 ou ¾, notamment dans Ascending, créant une tension rythmique habile qui favorise les montées en pulsation. Le morceau titre ouvre l’album avec des riffs puissants, des growls et des breaks accentués, avec un solo à tempo rapide. Ce qui crée un équilibre parfait entre technique et intensité. Les guitares balancent entre riffs et groove, avec des breaks très accentués. My Evil Inside mise sur un mid-tempo assez lourd, avec du clavier atmosphérique, des arpèges harmoniques en fond et des vocalises allant de gutturales à mélodiques, ce qui ajoute de la densité. Ascending est une longue plage progressive, qui propose des structures asymétriques, avec des passages polyrythmiques, un suivi de guitare et de batterie saisissant et une ambiance planante avant un final explosif. Sur Your Mouth Is Your Downfall, la rythmique groove est centrale, avec un kick puissant à double pédale, appuyant les accents sur le “one and” du tempo. Ce morceau est un véritable cri de guerre, avec un riff principal syncopé, un drop percutant, une voix hurlée et un texte fracassant. Les titres Life After Death, Animal In The Sky et Shadowless traversent des dynamiques variées (délaissages ambient, pont mélodique, blast final) avec notamment du contretemps et des shifts harmoniques subtils. Abe Fenix alterne entre chant clair agressif, hurlement rageur, et growl modéré tout au long de l’album. Sa maîtrise vocale apporte un vrai plus à l’ensemble. Grâce à un mix ingénieuré finement, un mastering équilibré et une cohérence thématique (et qui en plus, est parlante auprès de chaque être humain), l’album est une démonstration pro : chaque instrument est individuel et en même temps partie prenante d’un ensemble homogène et puissant. Last Standing Man est uns synthèse moderne entre groove et metal progressif. Animal Rage démontre qu’ils maîtrisent autant le riffing brutal que les envolées progressives, tout en transmettant une narration musicale solide. Un album qui impose leur style sur la scène métal internationale.
Par Mélissa Bussière
THE VIOLENT HOUR – The Violent Hour
Label : Megaforce Records
Sorti le 25 juillet 2025, The Violent Hour est un projet mené par Carla Harvey (Ex-Butcher Babies, désormais chanteuse de Lords Of Acid) et son compagnon Charlie Benante (Anthrax, Pantera). Carla assure les paroles et le chant, tandis que Charlie compose, joue tous les instruments et produit l’EP. Ce dernier joue sur un spectre musical éclectique mêlant rock’n’roll old school, heavy metal, indie et alternatif et southern blues. Chaque titre propose un univers différent, oscillant entre énergie punk, groove mordant, mélodie émotionnelle et balade introspective. Les textes sont autobiographiques, évoquant la libération personnelle, les illusions hollywoodiennes, le voyage intérieur et les confrontations intimes du quotidien. Sick Ones ouvre le bal, avec un riff à la NWOBHM, une batterie serrée en double-pédale, un solo puissant en palm mute. On a une structure couplet-refrain breakée. La thématique abordée nous envoie sur le fait de couper les liens avec les relations toxiques sur un ton militant et direct. Le chant guttural ponctuant les refrains, tel un cri de libération. Hell Or Hollywood enchaîne directement, avec un riff swagger typé GNR/Aerosmith, avec un groove syncopé, un solo raw six-string de Zakk Wylde, aux bends expressifs, et aux squeals si caractéristiques. La mélodie chantée est très soul-rock, avec une modulation expressive riche, une tension-relâche texturée, et une couche de distorsion et de réverbe. Portland, Oregon est composé d’une introduction instrumentale longue, avec slide guitar et arpèges blues, tempo mid-range southern rock, et un contretemps léger. Le morceau est en duo vocal, car Brandon Yeagley est invité sur ce dernier. On a un lyrisme narratif, un groove laid-black, et une modulation harmonique modérée, le tout sur un pont instrumental interlude très expressif et profond. Sex And Cigarettes quant à lui est un arrangement moderne rock, avec un riff catchy et palm mute, des hooks mélodiques et un refrain accrocheur. La structure est en couplet-pont-refrain-solo, olo lead mélodique, vibrato au chant, et une focus sur la dynamique vocale et l’émotion. Personnellement je trouve que c’est le titre le plus touchant émotionnellement parlant de cet album. Le bouquet final arrive enfin, The Violent Hour, qui est plus posé, avec un début atmosphérique puissant et intense, des arpèges mélancoliques et une montée orchestrale progressive. Le refrain s’ouvre en riff hard rock très dense, avec harmonies vocale et modulation d’intensité. Les paroles traitent de la transformation émotionnelle, et de la renaissance dans l’adversité. Pour conclure, on peut dire que The Violent Hour est un projet ambitieux et surtout personnel, donnant à Carla Harvey une voix pleine de nuances et à Charlie Benante un terrain d’expression varié. L’EP excelle par sa diversité stylistique, ses arrangements techniques soignés et son authenticité émotionnelle. Du trash old school au blues rock introspectif, chaque titre déploie une facette de cet univers sans compromis. Avec cette album, le duo livre une première œuvre cohérente, poignante et riche, idéale pour les amateurs de rock moderne exigeant et émotionnellement direct.
Par Mélissa Bussière
ATOMIC WITCH – Death Etiquette
Label : Redefining Darkness Records
Atomic Witch est un quintette originaire de Cleveland (Ohio), formé initialement sous le nom de Bull and Skull en 2012, puis rebaptisé en 2016. Ils évoluent dans un registre death-trash technique, mêlant des riffs tranchants, des atmosphères macabres et des vocaux tantôt hurlés et tantôt plaintifs. Death Etiquette, sorti le 25 juillet 2025 est un condensé viscéral de death-trash teinté de textures industrielles et de délires sonores hallucinogènes. L’ambiance est à la fois hypnotique et frénétique, alternant entre des grooves plombés, des accélérations speed metal et des incursions expérimentales. La thématique centrale : la ritualisation de la mort, les rituels macabres, l’étiquette morbide du trépas. Ce voyage sinistre nous est servi durant 27 minutes et en 8 titres. Morgue Rat nous offre une introduction percutante, avec un riff lock-on, une batterie en double pédale féroce, et une ambiance sépulcrale dès l’attaque, avec des breaks saccadés et un chant guttural méphitique. Of Flesh and Chrome nous embarque dans une tonalité industrielle et froide, avec un riff principal ciselé, une rythmique syncopée, et un chant alternant growls bestiaux et cris aigus. Au niveau technique : des slides de tremolo picking, un pont central en palm mute sur des accords chromatiques. Worm and Dirt, nous propose un tempo mid-range, des chœurs lugubres, et des contretemps répétitifs à la basse. Des accents doom, une structure couplet-refrain avec une modulation chromatique de la guitare. Dream Riot, qui est le morceau le plus long, nous plonge quant à lui dans une ambiance atmosphérique, avec des arpèges dissonants en ouverture, une montée progressive vers un solo saccadé, et des textures de synthé très industrielles. On a une belle polyrythmie entre la batterie et la basse. Sabbath Breaker nous présente un rythme plus speed trash, avec de bons riffs trashy, des chants criés, des blasts beats intermittents, et un pont en double-guitare harominées. Death Edging (Come To The Light) est le titre central de l’album. On note une longue progression, avec une alternance entre tempo lent, blast, vocaux psychotiques, ostinato de basse grave, modulation vers un riff final hypnotique. C’est un morceau très technique, avec des contretemps, et des changements de signatures métriques. Skelecidal suit le pas, avec un riff trash, une batterie martelante, en accent de caisse claire syncopée, un breakdown, un chant hurlé strident et frénétique. Et enfin, Vicious Mistress vient fermer le bal obscur, avec un tempo élevé, des riffs agressifs, un solo puissant et un final abrupt, dans un glissé chromatique. La structure est concise et mordante. Death Etiquette est un voyage sonore macabre parfaitement exécuté : Atomic Witch affine leur formule death-trash technique en y injectant des textures industrielles et une théâtralité gothique. L’album fait preuve d’une cohérence rituelle autour du thème du décès, tout en explorant des paysages musicaux variés et complexes. Avec des compositions précises, des structures élégamment chorégraphiées et un son brut mais maîtrisé, ce disque s’impose comme une œuvre percutante pour les amateurs de metal technique, intense et sombre.
Par Mélissa Bussière
IRON SPELL – From The Grave
Label : Dying Victims Production
Groupe de heavy metal formé à Santiago par le batteur et compositeur Felipe “Steelhammer” Carvajal. Le quintette rend hommage à NWOTHM et aux pionniers des années 1970/1980 comme King Diamond, Black Sabbath, Kiss ou encore Alice Cooper. Ce deuxième album, From The Grave, sorti le 25 juillet 2025, sous le label Dying Victims Production, nous propose un retour plus qu’assumé aux racines du heavy traditionnel : des riffs galopants, une harmonie classique, des solos flamboyants et des ambiances occultes.L’atmosphère est nostalgique, mais vivace, alternant entre hymnes énergiques, passages mystérieux ou introspectifs. Le moteur thématique : sorcellerie, monde de la nuit, renaissance post-mortem et batailles imaginaires, le tout introduit par un univers narratif sombre et mystique. Curse Of The Ushers démarre ce voyage, avec une ouverture percutante, un riff dansant à la NWOBHM, une batterie sautillante, et un petit passage très exotique à la guitare. On peut ressentir de grands frissons dès les premiers accords, avec un solo brûlant et des cymbales cisaillantes. C’est au tour de Sorceress de faire son entrée; avec un tempo rapide, des couches harmoniques aiguës et une explosion mélodique. La guitare scintille, et le solo est vif, teinté par des notes bien piquées. Nous sommes dans une ambiance très guerrière. Release From Darkness nous propose une belle harmonisation, avec des changements de tempo, des couplets dynamiques. Le refrain déploie une densité visuelle et auditive, avec un solo respirant, dramatique. While Witches Dance nous envoie ensuite dans une instrumentale surprenante avec une acoustique délicate et enveloppante en intro, puis un crescendo vers des riffs massifs, une structure mid-tempo puis une montée rapide, un solo héroïque, et un final avec l’acoustique. Ce morceau nous fait vivre un moment épique, magique, très intense. Whispers Of Sorrow nous enchaîne directement avec une basse profonde, un motif rythmique binaire rapide, un contretemps et un chorus simple, mais poignant. On est plongé dans une atmosphère gothique, plutôt légère. Devil King démarre par une snare syncopée “royale”, des riffs galopants et des mélodies menaçantes. Refrain marqué, chorus puissant et solo profond et maîtrisé sont en parfaite harmonie. Un titre flamboyant. Deep In The Night commence avec une intro aux cloches tubulaires, que l’on retrouve dans tellement de morceaux dans ce style. La guitare est mélancolique, tandis que le riff principal entre subtilement. Le titre est très accrocheur, de par son refrain qui se chante et se mémorise assez facilement. L’ambiance générale est une ambiance nocturne qui nous absorbe dans un monde mystique. Black, Hot and Heavy démarre avec un rythme soutenu, groove USPM, une énergie brute, un chorus rugueux, et une guitare principale bien charpentée. C’est à mes yeux le titre le plus pesant de cet album. From The Grave, nous fait glisser les oreilles dans un interlude instrumental majestueux, avec des synthés éthérés, des guitares harmonisées, nous faisant penser à un chant funèbre et lumineux à la fois. Ce qui offre un très beau contraste. Children Of The Night est le bouquet final de cet opus. Drones, glockenspiel métallique, riffs martelants et chœurs vocaux. On est sur une structure qui swingue, envoûtante et chantée en chœur. Avec From The Grave, Iron Spell signe un hommage authentique au heavy metal classique, sans artifice moderne excessif. Le son est brut, direct, les compositions sont maîtrisées à la perfection. Chaque titre révèle une facette différente : du fun nostalgique à l’ambiance mystique en passant par la puissance trashy. Malgré quelques critiques (production un peu sèche selon certains), l’album s’impose comme un vibrant incontournable pour les amateurs de métal traditionnel chargé d’émotion et d’énergie.
Par Mélissa Bussière
HEBI KATANA – Imperfection
Label : Ripple Music
Le trio japonais formé en 2020 autour de Nobu à la guitare et au chant, Laven à la basse et T.T Goblin à la batterie, développe un doom-metal au son profond. Au sein d’un concept philosophique nippon centré sur le wabi-sabi, soit l’acceptation de ses imperfections, Hebi Katana délivre sept titres aux sonorités grasses, emplies de fuzz au grain très prononcé. En résulte une identité remarquable, soutenue par un sens précis du riff et de la mélodie. L’ambiance s’installe pesamment, à grands coups de guitares granuleuses à souhait, tournant parfois, comme à l’occasion de superbe Blood Spirit Rising, au hard-blues flirtant avec les limites du heavy, et explorant les recoins les plus secrets du doom, variant les tempi au sein de structures maîtrisées. Clos par Yume wa Kareno, Imperfection nous laisse avec cet étrange sentiment d’avoir traversé un vortex d’émotions et de sensations, et ce dès son ouverture avec Bon Nou à l’énergie incroyable ou encore avec Dead Horse Requiem, qui fut le single annonçant la sortie de l’album. Le groupe avait déjà fait sensation auprès de la presse spécialisée à l’occasion de « III », leur album précédent, se classant 7ème aux Doom Charts et se faisant remarquer par la presse américaine. Gageons que le trio trouvera écho dans une large communauté doom-metal et promènera ses fuzz grassouillettes sous les meilleures auspices européennes.
Par Christophe Descouzères
BLACK MAGNET – Megamantra
Label : Federal Prisoner
Le groupe de metal industriel originaire du Midwest américain, Black Magnet, signe son grand retour avec un troisième album enragé et viscéral, Megamantra, paru le 25 juillet 2025. Après avoir fait ses armes au sein du réputé label 20 Buck Spin, fer de lance du metal contemporain, Black Magnet choisit cette fois de s’adosser à Federal Prisoner, structure indépendante fondée par Greg Puciato (The Dillinger Escape Plan) et Jesse Draxler, artiste visuel reconnu pour ses collaborations avec des figures de l’électronique abrasive comme God Is War ou Trace Amount. Enregistré au studio Earth Analogue et une nouvelle fois produit et mixé par Sanford Parker, Megamantra s’impose comme l’œuvre la plus ambitieuse du groupe à ce jour. Dense, nerveux et résolument frontal, l’album explore à la fois les versants les plus rugueux et les plus mélodiques de leur identité sonore. Une tension électrique traverse chaque morceau, portée par des synthétiseurs incandescents, des riffs métalliques crissants, et une rythmique martelée avec une rigueur mécanique. L’ensemble avance tel un monstre d’acier, implacable, évoquant les cycles oppressants de contrôle, de soumission et de déclin qui hantent notre époque. Oscillant entre la fureur punk et des refrains étrangement entêtants, Megamantra affirme haut et fort que Black Magnet fait une musique lourde, viscérale, et résolument ancrée dans la guitare. Une déflagration sonore à ne manquer sous aucun prétexte.
Par Emma Forestier