MUGSHOT – All The Devils Are Here
Label : PURE NOISE RECORDS
Produit par Randy Leboeuf (Kublai Kahn, The Acacia Strain, Bad Omens), All The Devils Are Here s’annonce comme l’album le plus collaboratif et personnel de MUGSHOT. Avec ses 12 titres puissants, il marque une nouvelle ère pour le groupe, dix ans après leur premier opus Dull Boy, et dans la foulée de l’EP Cold Will (2023). C’est aussi le premier album produit avec Randy Leboeuf qui s’érige comme un cinquième membre du groupe, tant sa présence a été indispensable à la réalisation de ce nouvel opus, All the devis are there illustre avec brio la coalition tant humaine qu’artistique qui animent les musiciens. Dès ses premières mesures, As All The Devils Are Here s’abat comme une mitraille sonore, lourde et implacable, laissant peu de place au doute quant à ses intentions belliqueuses. Lorsque surgit « Shame », déversant sa fureur sans filtre, une pulsion viscérale s’empare de l’auditeur, celle de crier, à pleins poumons, ce vers déchirant : « Do you think I chose this life? » Bien avant que le disque n’atteigne sa seconde moitié, on perçoit déjà une catharsis à l’œuvre, un exutoire brutal où Mugshot semble purger ses démons. Dans ce chaos maîtrisé, c’est autant la colère que le soulagement qui transparaissent , une tension longtemps contenue, enfin relâchée, partagée dans un même souffle entre le groupe et son public. Un certain écho de cette fureur avait déjà vibré chez Counterparts avec “Choke”, ou chez Fit For An Autopsy, dans leurs compositions les plus rugueuses et sans concession. Mais ici, lorsque Mugshot éructe « You’ll rot in the fucking ground », c’est une colère nue, viscérale, qui vous frappe de plein fouet, une émotion si brute qu’elle semble jaillir hors des enceintes pour vous agripper à la gorge. Mention spéciale pour Next to your Idols, qui rappelle avec brio que les seuls Idoles de ce bas monde sont les humains eux même, qui auraient tout à gagner de courir après les valeurs suprêmes qui rendent un Etre humain plutôt que d’être aveuglé part des paillettes qui ne font briller que ceux qui manquent naturellement d’éclat.
Par Emma FORESTIER
DEATH PILL – Sologamy
Label : NEW HEAVY SOUNDS
Deux ans après un premier album remarqué, le trio ukrainien Death Pill, fer de lance d’une réinvention rageuse du mouvement Riot Grrrl, revient frapper fort avec son deuxième opus, Sologamy, paru ce vendredi 20 juin sur le label New Heavy Sounds. Le disque s’ouvre sur Listen To Me, Sister, qui démarre dans une veine punk-rock crue avant de glisser vers un thrash déchaîné. Les riffs, tranchants comme des lames, soutiennent une voix gorgée d’électricité et de colère, répétant inlassablement « Listen to me, sister, let’s fuck this system ». Pas besoin d’en dire plus : le message est limpide, transmis avec une urgence brute, sans fioriture ni artifice. Cette intensité sans concession imprègne chaque recoin de l’album. Un peu plus loin, Ugly Me surgit comme une dernière claque punk. Le morceau, bref mais incisif, laisse dans son sillage une énergie communicative et un refrain qui trotte longtemps dans l’esprit. Il incarne cette capacité du groupe à faire jaillir une forme de joie tapageuse dans le tumulte. En définitive, Sologamy n’est pas qu’un simple disque : c’est un manifeste, un cri d’indépendance et de révolte porté par une formation en pleine maîtrise de son art. Mariama y étend sa palette vocale avec une assurance et une rage nouvelles, soutenue par une section rythmique tranchante et soudée comme jamais. Plus qu’un retour, Death Pill signe ici un appel à l’action, viscéral, nécessaire, et terriblement vivant.
Par Emma FORESTIER
BLACK PATH – Of Paint and Ash
Ce qui distingue Of Paint and Ash, c’est la manière dont Black Path embrasse la vulnérabilité sans jamais sombrer dans le pathos. Au contraire, la douleur y devient matière vivante, sculptée avec une précision émotionnelle rare. Leur son, à la fois dense, rugueux, et parcouru de respirations mélodiques, évolue avec une justesse remarquable, comme s’ils avaient arraché à l’obscurité une forme de clarté neuve. On perçoit dans chaque morceau le fruit d’un long travail d’introspection, une volonté de ne pas tricher avec ce qui brûle à l’intérieur. Of Paint and Ash s’apparente moins à un simple album qu’à un pèlerinage à travers les terres dévastées de l’âme humaine. À mesure que l’on progresse dans ses méandres, c’est un théâtre d’ombres qui se déploie, où chaque morceau devient une incantation murmurée depuis les abîmes. Black Path y sculpte un univers sonore marqué par la solitude, la lutte intérieure et cette sensation lancinante que toute émotion, même la plus fugace, laisse une trace indélébile sur le corps et l’esprit. Puisant dans les esthétiques sombres et mélancoliques de l’univers de Dark Souls, le groupe trace un sillon où l’errance, loin d’être vaine, devient le cœur même de l’expérience. On marche ici parmi des ruines, des souvenirs effondrés, des paysages mentaux jonchés de regrets, mais aussi d’éclats de lumière, ténus mais tenaces. Chaque pas dans cet album semble guidé par une tension entre la chute et la rédemption, entre l’effondrement et la reconstruction. Loin des codes figés du genre, Black Path ne cherche pas à impressionner, mais à transmettre. Ils offrent ici une œuvre habitée, exigeante, et pourtant étrangement familière, comme si elle mettait en sons des sentiments que l’on croyait trop enfouis pour être exprimés. Of Paint and Ash est une traversée. Un voyage sans boussole, où l’on apprend à faire de ses ruines un lieu habitable.
Par Emma FORESTIER
MANTRA – Celestial
Avec Celestial, les français de Mantra nous invitent à un voyage introspectif au travers de paysages sonores vertigineux. Plus ambitieux et nuancé que ses prédécesseurs, ce nouvel album mêle subtilement metal progressif, post-rock et touches psychédéliques au sein de ces huit titres qui forment un tout vivant et sensible, une entité organique, vibrante.
Cette incantation spatiale et spirituelle, construite sur des acmés hypnotiques fissurées de déflagrations émotionnelles est psalmodiée par les guitares de Simon Saint-Georges, tantôt vaporeuses, tantôt abrasives, dessinant dans des volutes de chœurs cotonneux des atmosphères suspendues entre ombre et lumière. Constellé de piano et même de oud, Celestial s’appuie sur une rythmique solide et volubile, tenue par Gabriel Junod et Arthur Lauth. La voix de Pierre Junod, quant à elle, à la fois fragile et déchirée, nous entraîne dans cette fantastique traversée onirique, relevé par la main de Brown Bear Recording (enregistrement et mixage).
Celestial se révèle être un album aussi immersif qu’exigeant, qui impose Mantra comme un artisan du vertige sonore, capable d’aligner les étoiles avec justesse et sensibilité. À découvrir absolument !
Par Christophe Descouzères