Vecteur Magazine

LES RIFFS DU LUNDI devient notre rendez-vous hebdomadaire.
Retrouvez diverses chroniques de nos rédacteurs sur les sorties de la semaine précédente.

BUCKCHERRY – Roar Like Thunder

Label : Earache Records

Le nouvel album de BUCKCHERRY, « Roar Like Thunder », est sorti le 13  juin 2025 via Earache Records. Plus de 25 ans après leurs débuts, Josh Todd et ses comparses prouvent qu’ils n’ont rien perdu de leur instinct brut ni de leur flamme créative. Pour ceux qui pensaient que Buckcherry allait lever le pied avec le temps, Roar Like Thunder est une réponse cinglante : 10 titres qui vont droit au but, sans remplissage ni fausse douceur. Toujours mené par l’infatigable Josh Todd, le groupe s’est entouré d’un line-up solide : Stevie D. (guitare, co-compositeur depuis plusieurs albums), Billy Rowe (guitare), Kelly LeMieux (basse) et Francis Ruiz (batterie). Ensemble, ils forment une unité compacte, redoutable, à l’image du son de ce disque : direct, précis, et pleinement vivant. Quant à “I Go Boom”, il surprend par l’ajout d’une section de cuivres, rare dans le répertoire du groupe, qui apporte un relief funky bienvenu. Plus sombre, “Blackout” ralentit le rythme mais renforce l’atmosphère, avec une tension moite à la Velvet Revolver. La fin de l’album ne faiblit pas : “Machine Gun”, le single de choc, dégaine une énergie punk-metal féroce, et “Let It Burn” vient clore l’ensemble sur un groove mélodique, presque soulful, comme un dernier verre après la bagarre. Impossible d’évoquer Buckcherry sans parler de son frontman. Josh Todd incarne son groupe comme peu d’autres le font aujourd’hui.

Par Emma FORESTIER

BYZANTINE – Harbingers

Label : Metal Blade

Produit par Peter Wichers (Soilwork, All That Remains, Nevermore), Harbingers propose neuf morceaux totalisant quarante-cinq minutes de paroles profondes et réfléchies, accompagnées de riffs massifs livrés avec brio par l’un des groupes les plus solides, mais sous-estimés, issus du mouvement New Wave Of American Heavy Metal du début des années 2000. Désormais formé pour la première fois en quintette, BYZANTINE réunit Chris “OJ” Ojeda, l’ancien guitariste Tony Rohrbough, le bassiste Ryan Postlethwait, le guitariste chevronné Brian Henderson, et le batteur Matt Bowles. Avec Harbingers, BYZANTINE signe le joyau de sa discographie déjà impressionnante de sept albums. L’album s’ouvre sur « Consequentia », une introduction acoustique soignée, presque cinématographique, qui pose une ambiance avant l’assaut métallique des morceaux suivants. Très vite, la machine se remet en marche. On retrouve les marques de fabrique du groupe : la voix charismatique de Chris Ojeda, entre chant clair maîtrisé et rugissements rauques, domine les débats, notamment sur « A Place We Cannot Go », dont le refrain puissant et les incursions progressives marquent les esprits. Là où The Cicada Tree s’aventurait franchement vers un territoire expérimental, au risque d’une certaine inégalité, Harbingers paraît plus abouti, plus équilibré : il réussit la synthèse de l’urgence abrasive des débuts et de l’audace plus mature des dernières années. La véritable force de l’album se révèle pourtant dans sa seconde moitié. C’est là que Byzantine cesse d’explorer pour frapper fort, comme sur « Riddance », une déflagration thrash maîtrisée, portée par des ruptures de rythme audacieuses, des détours imprévus, et une guitare qui s’envole dans des solos d’une virtuosité presque théâtrale. Harbingers, sans réinventer la formule Byzantine, la transcende. C’est un disque de maîtrise, de conviction, et de passion intacte. Une œuvre qui confirme que, dans le metal moderne, Byzantine n’est pas simplement un survivant, mais un pilier discret et indispensable.

Par Emma FORESTIER

IRON MIND – Test of the Iron Mind

Label : Flatspot Records

La trajectoire d’Iron Mind s’inscrit dans une temporalité singulière. Révélés en 2009 avec l’EP The Sun Has Set, puis affirmés en 2011 par Hell Split Wide Open, ils rejoignent le giron de Flatspot en 2014 avec un album éponyme qui assoit leur position sur la scène hardcore internationale. Mais loin de s’engouffrer dans la spirale de la productivité industrielle, le groupe ralentit, choisit le retrait stratégique, ne se manifestant que sporadiquement via des concerts locaux annuels. Ce n’est qu’en 2023, avec l’EP Assume Your Ultimate Form, qu’Iron Mind amorce un retour mesuré, mûr, délibéré, un retour qui trouvera son accomplissement avec Test of the Iron Mind. Ce nouvel album se distingue par sa lucidité thématique. Le titre “How You Get Down”, par ses riffs sinueux et ses chœurs fédérateurs, agit comme une profession de foi adressée aux générations montantes : un appel à l’émancipation créative, à la construction collective d’un espace musical où la parole circule, se partage et s’incarne. Le morceau “No Fate” poursuit dans cette veine introspective et galvanisante. Lorsque Sam Octigan clame. C’est cependant “Solitary Realm”, titre de clôture et premier extrait dévoilé, qui condense le mieux l’ambition du disque. Ses percussions organiques, ses guitares écrasantes et sa tension dramatique en font une élégie pour les solitudes modernes, mais aussi une exhortation à la sortie de l’isolement, à la reconquête du lien. À travers cet album, Iron Mind ne cherche pas à révolutionner un genre, mais à le questionner de l’intérieur. Par une écriture plus nuancée, une maîtrise sonore affûtée, et une conscience aiguë du rôle que peut jouer un groupe au sein de son époque, Test of the Iron Mind s’impose non pas comme un simple retour, mais comme l’œuvre la plus aboutie, la plus cohérente de la formation australienne. C’est le manifeste d’un groupe qui, loin du tapage, trace une voie à la fois introspective, combative et profondément humaine.

Par Emma FORESTIER