Je suis directeur des antennes de France Télévisions. À ce titre, j’ai la responsabilité de la programmation des chaînes du groupe : France 2, France 3, France 4, France 5, ainsi que de notre plateforme numérique france.tv. Cela inclut aussi notre média social « Slash », qui s’adresse aux jeunes adultes de moins de 30 ans, et toute l’offre jeunesse, qu’on appelle « Okoo ».
Cette mission couvre donc plusieurs volets. Le premier, c’est la programmation : choisir les programmes et définir leur temporalité de diffusion. Le deuxième concerne la promotion : cela inclut la création des bandes-annonces, teasers, habillages spécifiques – tout ce qui permet de valoriser les programmes et les médias du groupe. Enfin, le troisième volet, c’est la direction artistique. Cela regroupe l’ensemble des éléments graphiques et sonores que vous voyez à l’antenne, sur les plateformes ou sur les réseaux sociaux. Ce sont des éléments qui structurent, identifient et marquent l’identité de chacun de nos médias, notamment des chaînes télé.
Vous savez, à France Télévisions, nous avons des missions très claires en tant que service public. L’une d’elles, c’est l’universalité : s’adresser à tous les publics, sur l’ensemble de nos chaînes, plateformes et réseaux. Et dans ce cadre-là, la culture occupe une place très particulière.
Nous faisons en sorte de traiter toutes les cultures, le plus largement possible. Le confinement a d’ailleurs été un accélérateur sur ce plan : en 2021, nous avons lancé en un temps record une chaîne dédiée à la culture et à la scène, notamment musicale : Culturebox. Aujourd’hui, cette mission est poursuivie notamment par France 4, une chaîne dont j’ai la responsabilité. Elle est dédiée à la jeunesse en journée, et en soirée, elle met à l’honneur la culture sous toutes ses formes – notamment la musique.
France Télévisions est aujourd’hui le premier soutien audiovisuel de la filière musicale en France : via des captations, des émissions comme Taratata, l’émission quotidienne Basique, ou encore la couverture d’une vingtaine de festivals cet été – de We Love Green aux Vieilles Charrues, en passant par Jazz à Vienne. Ce travail est mené en étroite collaboration avec la direction de la Culture, sous l’égide de Michel Field et de Alexandra Redde Amiel (directrice des dervertissements), pour construire une offre musicale la plus éclectique possible.
Dans cette logique, accueillir un événement comme Les Foudres, qui met à l’honneur la scène métal et ses artistes, est apparu comme une évidence. Ce n’est pas une première pour nous : depuis 2022, France 4 a déjà consacré six soirées en prime time au métal. Quand les organisateurs des Foudres sont venus nous voir, ils savaient notre attachement à tous les genres musicaux – et nous avons tout de suite été convaincus. Parce que le métal, comme d’autres courants, mérite aussi sa place dans le paysage audiovisuel public.
Nous avions déjà entamé une première incursion dans l’univers du métal, à travers plusieurs soirées consacrées au genre sur France 4. Mais c’est vrai que les Jeux Olympiques ont agi comme un véritable accélérateur. La performance du groupe Gojira lors de la cérémonie d’ouverture a offert une vitrine mondiale à ce courant musical. Cela n’a fait que confirmer notre conviction : le métal est un genre à part entière, avec une scène riche, active, et qu’il mérite d’être traité au même titre que d’autres styles plus représentés.
Il est vrai que la variété et la pop française occupent historiquement une place importante sur nos antennes. Mais nous veillons à élargir sans cesse notre spectre. Le hip-hop en est un bon exemple : il a gagné beaucoup d’espace ces dernières années. Nous avons, par exemple, capté le concert de Jul au Stade de France ce printemps, pour une diffusion prochaine sur France 4. Cette année, nous avons également accompagné des artistes comme Tiakola dans le cadre du Golden Coast.
Aujourd’hui, il y a très peu de médias audiovisuels qui prennent vraiment le risque de couvrir ces genres musicaux de manière sérieuse et régulière. Pourtant, ils sont essentiels à la vitalité culturelle. Nous diffusons également Planète Rap sur nos antennes, preuve que ces genres ont toute leur place chez nous.
Concernant le métal, je crois que notre toute première diffusion dédiée remonte au confinement : c’était un documentaire produit par une structure régionale de France Télévisions, que nous avons choisi de porter à l’échelle nationale. Ce geste symbolique répondait à une volonté très forte : ne laisser aucun courant musical de côté pendant cette période si difficile pour les artistes.
Donc oui, il y a eu plusieurs moments-clés dans cette ouverture vers le métal, et l’organisation des Foudres s’inscrit naturellement dans cette dynamique. On boucle la boucle avec Thomas VDB, qui connaît bien cet univers et qui présidera la cérémonie. C’est une manière de reconnaître pleinement la richesse et la légitimité de cette scène musicale, qui a toute sa place dans le service public.
Pour être tout à fait franc, non, il n’y a pas d’objectif d’audience défini. Ce qui compte pour nous, c’est avant tout la valeur de test de cette opération. C’est la première diffusion nationale d’une cérémonie dédiée au métal. Elle sera diffusée en léger différé, en deuxième partie de soirée, et nous avons une équipe sur place pour la suivre. C’est une belle opportunité pour observer, apprendre, et mieux comprendre cette filière.
Et justement, cette filière métal nous intéresse parce qu’elle est particulièrement dynamique. On voit bien que ce courant progresse auprès du public, notamment des jeunes. La performance de Gojira lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques a été une véritable caisse de résonance mondiale. Un moment presque inespéré pour cette scène, qui a mis en lumière la richesse de la scène métal française.
C’est un peu le même constat qu’on fait pour le hip-hop : aujourd’hui, la filière hip-hop française rayonne à l’international – Jul, Gazo, SDM, ce sont de véritables stars. Et même si je ne suis pas un expert du métal, en tant que diffuseur, on perçoit très clairement une évolution, un engouement croissant.
Donc pour nous, cette cérémonie est une grande première, et nous sommes très honorés que les organisateurs se soient tournés vers nous. C’est cohérent avec notre positionnement : nous diffusons déjà les Victoires de la Musique, ainsi que les Victoires du Jazz et les Victoires de la Musique Classique. C’est dans la continuité de notre volonté de célébrer tous les genres musicaux.
Il n’y a pas de stratégie formalisée autour du métal spécifiquement, mais nous saisissons les opportunités lorsqu’elles se présentent. C’est ainsi que nous travaillons, en partenariat avec les filières et les producteurs. Et dans ce cas précis, les Foudres représentaient une vraie opportunité éditoriale, pour mettre en lumière un courant qui compte et qui progresse.
Au moment du confinement, lorsque nous avons lancé Culturebox, sa signature était claire : c’était la chaîne de tous les artistes, la Maison des artistes. L’ambition, c’était de ne laisser aucun artiste de côté, quel que soit son domaine : musique, théâtre, danse, arts visuels…
Dans cette période particulièrement difficile, il nous semblait essentiel d’ouvrir nos antennes à toutes les formes de création. Et pour ce qui concerne la musique, notre ligne est restée la même depuis : aucun genre ne doit être abandonné. Tous les courants, tous les artistes ont leur place sur nos antennes et nos plateformes. C’est une responsabilité que nous prenons très à cœur.
Alors oui, bien sûr, nous aurons les chiffres d’audience dès le lendemain matin, vers 11h. Cela nous permettra de connaître l’audience consolidée de la diffusion sur France 4, avec un score moyen calculé sur l’ensemble de la tranche horaire. Mais au-delà de ça, nous regardons aussi l’audience en cumulé tout au long de la soirée, car une cérémonie comme celle-ci permet une entrée à différents moments. Elle dure environ deux heures à deux heures vingt, donc le public peut rejoindre le programme en cours de route. C’est important pour nous de mesurer la trajectoire complète de l’émission.
Mais l’audience n’est pas le seul indicateur. Nous sommes également très attentifs aux retours qualitatifs. Nous recevons des réactions directes, via notre service téléspectateurs, via notre site web France TV & Vous, ou encore sur les réseaux sociaux tout au long de la soirée. Ce sont des retours précieux, car ils nous permettent de sentir si l’émotion est au rendez-vous, si le public a vécu un moment de télévision fort.
Et bien entendu, la presse et les médias spécialisés comme le vôtre jouent un rôle important. Si vous-même, ou vos lecteurs, avez des remarques, des critiques – positives ou constructives – nous sommes évidemment preneurs. Ce sont ces retours qui nous aident à progresser, à ajuster nos dispositifs et à mieux répondre aux attentes. On est dans une logique d’écoute et d’amélioration continue.
Cette diffusion a, selon moi, deux vertus principales. La première, c’est bien sûr de satisfaire les connaisseurs : cette cérémonie s’adresse d’abord à un public qui connaît et aime le métal, un public exigeant, passionné, et qu’on respecte pleinement.
Mais au-delà de ça – et c’est là que je reviens à votre question sur notre mission – cette diffusion joue un rôle fondamental en tant que vecteur de découvrabilité. C’est précisément l’une des forces du service public : la caisse de résonance qu’offrent nos chaînes linéaires permet à des publics plus larges de découvrir de nouveaux genres, de nouveaux artistes, de nouveaux territoires culturels.
Je me souviens, par exemple, d’une ouverture des Victoires de la Musique avec Orelsan. Il était déjà une star auprès de ses fans, mais cette exposition à un très large public l’a encore fait changer de dimension. C’est ce que nous cherchons aussi à faire avec le métal : offrir une vitrine à un genre souvent méconnu du grand public.
Prenez Taratata : On a vu Papa Roach récemment dans l’émission – un moment formidable. C’est une preuve de plus qu’il y a des pépites dans tous les courants musicaux, et que le rôle de France Télévisions, c’est aussi d’aider à les faire émerger.
Comme pour le hip-hop, où la scène française rayonne aujourd’hui à l’international, nous pensons que le métal français est en pleine dynamique. Il y a des jeunes talents à accompagner, une scène à soutenir, et c’est précisément ce que permet cette cérémonie.
Nous tenons à remercier Cyril Giraudbit (Directeur des antennes de France Télévisions) de s’être rendu disponible, Valérie Dissaux (Directrice de la communication Pôle Culture, Jeux, Divertissements) pour l’organisation de cet entretien et Romane Raingeard (Chargée de communication & relations médias, pôle culture, divertissements & jeux – Direction de la communication antennes, programmes, information et sports) pour sa confiance.