Vecteur Magazine

LAST TEMPTATION - BORN TO BE ALIVE

Par Christophe Pinheiro 

Photos : Benjamin Hincker

En novembre prochain, sort ‘Heart Starter’, le troisième album de LAST TEMPTATION. Un nouveau line-up, une orientation musicale différente mais toujours aussi agréable à écouter, si ce n’est plus. J’ai eu l’occasion d’échanger avec Peter Scheithauer, guitariste et membre fondateur du groupe.

En novembre, va sortir votre troisième album. Dans quel état d’esprit es-tu à l’approche de la sortie ?

Heureux, il était temps. J’ai eu des petits soucis de santé, donc ça a un peu repoussé ce qu’on voulait faire. Mais je suis très content et assez excité. Je ne sais pas si tu as eu l’occasion de l’écouter ?

Oui, plusieurs fois. 

Merci. Je suis très content du résultat. Je ne l’ai pas écouté pendant un mois et, avant de te parler, je l’ai réécouté au cas où il y aurait des questions sur l’album. Mais oui, je suis très satisfait. C’est là que je voulais aller.

Et avec un nouveau line-up ?

Oui, à part le bassiste, Franz (OA Wise), qui était en tournée avec nous. Il a remplacé Balou qui ne pouvait pas continuer, donc c’était une suite logique. On en a discuté avec Balou, et c’est lui qui a introduit Franz.

C’est vrai que c’est un changement radical, avec un nouvel élan et aussi un nouveau style musical. J’ai vu qu’en 2022, à la sortie de ‘Fuel for My Soul’, vous parliez déjà du troisième album, des nouveaux morceaux sur lesquels vous étiez en train de travailler et des changements qui étaient déjà annoncés. Ce nouvel album est le fruit de ce travail entamé en 2022.

Pas du tout (rires). Le morceau “Till I can’t See” l’est, mais sinon, pas du tout. Ce sont de nouveaux morceaux, plus dans la direction que l’on souhaitait avoir en 2022, et après en 2023. C’est tout à fait autre chose, même au niveau du son. D’ailleurs, ça s’entend, c’est quand même plus festif, entre guillemets. C’est un peu commercial, mais ce n’est pas voulu. Ce n’est pas une recherche, c’est juste une direction qu’on prend.

Justement, dans ces changements, on passe d’un son qui rappelle BLACK SABBATH au niveau des influences, si on peut appeler ça une influence, à un son un peu plus hard rock. Je vois des références, par exemple, à AEROSMITH sur le titre “Beauty in Disguise”, parfois même un petit peu de GUNS N’ ROSES. Fondamentalement, on retrouve un son de guitare qui t’est propre et pour le reste, c’est un album de tubes, si on fait référence aux années 80, tout en gardant un côté moderne. C’est le résultat recherché ?

Merci. Oui, tout à fait. En fait, on a essayé de faire en sorte qu’on puisse retenir les titres. Du moins, c’est ce qu’on espère, parce que je trouve que ça manque un peu d’albums cohérents en ce moment. Si tu écoutes des grands albums des années 70 et 80, tu peux les passer en entier sans qu’il y ait un seul titre dont tu te dises : « Ah, je ne l’ai pas retenu. »  Les groupes que tu as mentionnés, comme AEROSMITH, sont des influences que j’ai toujours eues, mais ils n’ont vraiment rien à voir avec BLACK SABBATH. À part le son de guitare, qui vient surtout de la 7 cordes et qui est quand même plus « fat » que ce qui était fait avant, avec ce côté plus moderne. En plus, c’est quand même Jordan (Westfall) qui a mixé les deux derniers BLACK STONE CHERRY et qui a mixé notre album, donc il met ça en avant au niveau du son. Tu as mis le doigt dessus, parce que c’est exactement ce genre de direction qu’on prend.



Pour le moment, vous avez dévoilé deux titres : “Get On Me” et “We Are Alive”. J’aimerais juste un mot sur ce deuxième titre que j’adore. Il fait une minute vingt, et en plus, il n’est pas du tout représentatif de ce qu’on trouve sur l’album. Tu cherches à brouiller les pistes avec ce morceau-là ?

Oui et non. En fait, on voulait faire quelque chose pour l’été : on ne voulait pas sortir quelque chose qui aurait marqué la sortie de l’album au mois de juillet, mais on voulait être présents quand même. C’est vraiment ce que j’appelle un « titre cuisine » parce que c’est un titre que tu joues en acoustique. Je l’ai envoyé à Loup (Malevil) qui est à fond là-dedans, et ça a donné ça. Et effectivement, le titre est dans l’album, mais il n’a rien à voir avec.

Oui, c’est ça. Et d’ailleurs, franchement, sur ce morceau, Loup déchire tout.

Ah oui. Et là, on retrouve le côté AEROSMITH, même du VAN HALEN de l’époque où ils faisaient des morceaux acoustiques à côté de leurs albums. Et franchement, oui, c’est le domaine de Loup. Plus tard, il y aura une suite de ce titre et il y aura une surprise qui ira avec.

J’aimerais aussi aborder la production de cet album que je trouve excellente. Est-ce que tu peux me dire comment vous avez travaillé sur cette prod ?

 Pour tout ce qui est mix et mastering, on a travaillé avec Jordan Westfall. Au départ, on a travaillé un peu de notre côté, Franz et moi dans notre studio, Fabio (Alessandrini) dans son studio, et on a envoyé Loup en studio à Toulouse, même dans deux studios. Mais pour le son de guitare, on a un peu changé au niveau du tuning et des réglages. On voulait revenir un peu à ce que je faisais il y a dix ou quinze ans et franchement, Jordan a tout de suite compris où on voulait aller avec cet album. C’est Mike Fraser qui a d’abord mixé le premier single “Get On Me”. Il y a un autre mix de Jordan, et effectivement, on voit les deux écoles : il y en a un qui est vraiment très rock’n’roll de l’époque, ça sonne immense, mais on voulait aussi un côté un peu plus moderne au niveau du son. Jordan sait le faire, il a adoré les morceaux et ça l’a aidé à mixer l’album. Il n’a pas eu une seule question quand il a reçu les « tracks » pour savoir ce qui était normal et ce qui ne l’était pas. Il savait où aller. J’adore son groupe et j’adore ce qu’il produit.

À la première écoute de cet album, j’ai eu un gros coup de cœur pour “Till I Can’t See”. Avec les différentes écoutes, certains titres sont en train de se révéler. Je pense à “I Won’t Love You”, qui est un tube en puissance…

Il y a des « guests » sur “I Won’t Love You”.  

Tu peux m’en dire plus ?

Sur “I Won’t Love You”, il y a Billy Sheehan à la basse et Kenny Aronoff à la batterie.

Pareil sur le morceau “All In All Out”, c’est un morceau qui est très riche avec des claviers qui me font penser à DEEP PURPLE.  

C’est lui, c’est Don (Airey). (Rires)

Et sur scène, comment vont sonner ces titres ? Il y aura des musiciens en plus ? Pareil dans ton jeu de guitare, en plus de tes supers solos, il y a souvent tes riffs derrière. Pour donner ce volume, comment allez-vous gérer sur scène ?

Non, au niveau clavier, on a déjà joué « Wild Fire » à Paris. Il y a aussi le clavier de Don qu’on va reproduire avec une bande pour le clavier. Mais pour ce qui est de la guitare, il n’y aura pas de musiciens supplémentaires. On a la chance d’avoir Franz à la basse qui assure quand je passe en solo.

J’ai mis en valeur ton jeu de guitare, mais il faut aussi saluer la rythmique incroyable de Fabio, ainsi que la voix exceptionnelle de Loup et le super jeu de basse de Franz. Tu sais t’entourer. Où as-tu trouvé ces super musiciens pour créer cette alchimie ?

Fabio et moi, ça fait longtemps qu’on se connaît. On avait pour idée de faire un truc ensemble, avec le bassiste de FIVE FINGER DEATH PUNCH et le chanteur de BRAND NEW SEEN qui est aussi un groupe américain. Le style était plus dans la lignée de PANTERA, un truc un peu plus hardcore, mais ça ne s’est pas fait. On va dire que le Covid a tué le truc. Il y avait deux personnes aux États-Unis et deux personnes en Europe, et il y a eu des moments où on ne pouvait pas du tout circuler. On a toujours dit qu’on referait quelque chose, alors on verra bien, les démos sont là. C’est comme ça que j’ai rencontré Fabio, je me disais que j’aimerais bien travailler avec lui. Franz est de Strasbourg et c’est Balou, le premier bassiste du groupe, qui nous l’a présenté. Pour Loup, je cherchais quelqu’un pour le chant, mais pas un chanteur américain, puisqu’on aurait toujours le même problème. Il y a le problème du voyage, surtout si on nous dit : « Dans deux semaines, il y a peut-être une tournée qui se prépare. » C’est difficile de faire venir quelqu’un et de tout préparer en quelques jours. J’avais vu une vidéo de son ancien groupe, je me suis dit que ça sonnait bien. En fait, je me suis aperçu qu’il était en France et qu’il était franco-canadien. J’en ai parlé avec des gens de Toulouse et effectivement, sa voix et sa présence sur scène sont assez impressionnantes.

Je n’ai pas vu l’artwork de l’album. Il n’est pas encore prêt ?

Non, disons qu’on est très difficiles, mais ça va venir. Cette semaine, on en est à la phase finale des détails, donc ça va sortir, je pense… avant la fin du mois. (rires)

Tant que c’est prêt à temps pour la sortie de l’album…

Là encore, c’est différent des deux premiers. J’ai passé quelques mois dans le désert californien, donc il y a cette inspiration dans la pochette. Et il y a un clin d’œil sur la reprise de cet album.

Bah, justement. 

(Rires) Je l’attendais, quand même !

Oui, je suis obligé d’en parler. Parce qu’au départ, j’ai vu le tracklisting de l’album et je me dis que le titre “Born To Be Alive” n’était peut-être pas ce à quoi que je pensais, mais si. Alors, c’est osé, mais ça passe super bien. Ça rentre pile dans l’album. Je le trouve réussi musicalement. Après, on aime ou on n’aime pas la chanson originale en elle-même. Pourquoi cette reprise ?

Tout le monde me disait : « C’est super que vous ayez une reprise. » Parce qu’au niveau des radios aux États-Unis, même en Europe, le premier titre d’un groupe de rock ne passe pas forcément pendant les heures de grande écoute. Même si on ne sait pas si ça va passer pendant les heures de grande écoute (rires). Au moment où on était en train de préparer l’album, GHOST a sorti une reprise de GENESIS, alors forcément, on a eu la pression. En général, je n’aime pas les reprises et je n’aime pas les groupes qui font des reprises. Je vais me faire tuer en disant ça. En général, c’est très dur de « toper » un classique, même si c’est « Born To Be Alive », qu’on aime ou qu’on n’aime pas, comme tu dis. Pour moi, si on doit faire une reprise de ce titre, ça ne sera pas une reprise de rock, donc on l’a adapté pour que ça sonne comme nous. Il y a ce côté « festif » que j’aime dans le morceau. C’est vrai que, même quand tu entends le morceau original une fois, c’est fini, tu l’as dans la tête. J’ai dit à Loup : « Reste classique, mais lâche-toi quand même », parce que c’est très dur aussi si tu défigures un morceau. Là, tu te fais tuer. Donc, il y a le côté classique du morceau. J’ai rajouté un solo qui n’est pas dans l’original et quand on entend l’intro, on sait tout de suite que ce n’est pas l’original. Quand on entend Loup, on se dit : « Ouais, c’est fini. » Il met tout de suite sa patte et c’est vraiment ce qu’on voulait, donc on espère que les gens ne vont pas trouver ça bizarre.

Franchement, c’est très bien. Surprenant au début, mais c’est une bonne surprise. Bravo.

Merci.



Alors, DREAM THEATER, SCORPIONS, HOLLYWOOD VAMPIRES… Vous allez sûrement partir défendre cet album sur les routes. Est-ce que c’est le moment où vous allez faire des shows en tête d’affiche, ou bien il y a de belles premières parties qui sont encore à envisager ?

Les deux. On veut faire des shows en tête d’affiche, mais on veut également faire des festivals et même nous produire à l’international, car on a un management allemand qui s’occupe de l’Europe. Il y a pas mal de groupes intéressants, on est en train de parler aussi de faire un « mini-run » en co-headline, avec un gros groupe américain des années 80. Ce serait à partir d’avril jusqu’à fin de l’année prochaine. Mais il y aura aussi… peut-être des surprises (rires).

Ok. Mais je n’en saurai pas plus.

Voilà. (Rires) Pour l’instant. Pour la fin de l’été, on pourra peut-être en dire un peu plus…

Ok, j’espère vous revoir. Je vous ai vus une fois en ouverture de Ayron Jones à Brest.

Je n’ai que de bons souvenirs de cette tournée.

J’ai cru comprendre que tu as longtemps vécu aux États-Unis. Ça se ressent dans ta musique en général, sur les deux premiers albums et tout ce que tu as fait avant. Quelle est la vision que tu apportes sur le rock en règle générale en France, et la place que ce genre musical a ici ? On l’a vu tout récemment pour l’ouverture des J.O., un groupe de métal y a joué. Mais par rapport aux États-Unis, est-ce que tu ressens un engouement, une scène rock en France ?

Non, pas vraiment. Bien sûr, il y a le Hellfest et quelques festivals, mais la preuve qu’il n’y en a pas vraiment, c’est qu’il y a peu de groupes qui tournent en province. Tu imagines que dans les années 80, un groupe comme MAIDEN faisait vingt dates, ils tournaient partout. Aujourd’hui, on arrive, on fait Paris et on remplit une salle si on a de la chance. Il y a certains groupes qui le font. Je ne vais pas nommer AC/DC, forcément. Il y a GHOST, qui a fait neuf dates en France. Mais au niveau des « anciens » groupes, à part SCORPIONS, qui peuvent faire autant de dates qu’ils le veulent en province et les remplir à chaque fois, beaucoup de groupes connus ne le font pas. Dans les « nouveaux » groupes, il y a eu GHOST, mais c’est vraiment exceptionnel. On a quand même un peu plus de clubs en France par rapport à il y a vingt ans. Avant, on jouait dans des bars, mais ça n’a pas encore développé la scène comme ça le pourrait.

Dans quelles conditions recommandes-tu l’écoute de cet album ?

Un bon moon chaï, un bon cigare et en voiture.

Qu’est-ce qu’on trouve dans ta playlist du moment ? Qu’est-ce que tu écoutes en ce moment ?

Wow.

J’ai des questions à la con, tu peux le dire.

Non, pas du tout. Que des vieux trucs, en fait. Non, ce n’est pas vrai, car j’écoute le dernier album de Kerry King. Ce matin, ça allait de LAMB OF GOD à Ted Nugent. Et VAN HALEN, beaucoup de VAN HALEN. Je redécouvre beaucoup de trucs au niveau guitare et c’est dommage qu’on ne l’ait plus. Je ne parle pas uniquement des solos, mais quand on écoute et qu’on sait que certaines choses sont faites en improvisation totale, c’est d’enfer.

L’album, vous le sortez en CD, mais aussi en vinyle ?

Les deux. En vinyle, je pense que ça va être super.

Le dernier mot est pour toi.

Que chacun écoute et se fasse son opinion. Je ne vais pas dire que c’est le meilleur album que j’ai fait, ça, tout le monde le dit. Mais c’est notre meilleur album, non je plaisante. (Rires) Surtout, déplacez-vous pour voir les groupes, peu importe le style, et au niveau local. Il faut vraiment se déplacer et voir du live, pas rester dans son salon et se dire : « Le DVD que je viens de voir est super. » Allez soutenir la scène.



PLUS D'INFORMATIONS

  • Artiste : LAST TEMPTATION
  • Album : Heart Starter
  • Label : Metalville
  • Date de sortie : 22 novembre 2024