Vecteur Magazine

KOMODOR - Il était une fois…

Par Christophe Pinheiro

Il y a des groupes qui cherchent à reproduire une formule. Et puis il y a ceux qui préfèrent suivre leur instinct. Depuis ses débuts en 2017, KOMODOR fait partie de cette seconde catégorie. Avec ‘Time And Space’, les Finistériens livrent un deuxième album qui conserve l’ADN du groupe tout en élargissant son horizon musical. Plus libre dans sa composition, plus ambitieux dans ses arrangements, ce nouvel opus confirme la maturité d’un groupe qui ne veut pas se laisser enfermer dans une seule étiquette.

Yves-Marie et Goudzou reviennent sur la naissance de KOMODOR, l’aventure parallèle KOMODRAG AND THE MOUNODOR, leur évolution artistique et cette envie permanente de faire vivre leur musique avant tout sur scène.

Crédit photos : Erwan Larzul

Avant de parler de ‘Time And Space’, j’aimerais revenir au commencement. Pour les lecteurs qui découvrent KOMODOR, comment est né le groupe ?

Yves-Marie : L’histoire commence en 2017. À cette époque, plusieurs de nos groupes respectifs venaient de s’arrêter. On se connaissait déjà un peu, on partageait les mêmes influences et surtout la même envie de jouer cette musique-là. Au départ, il n’y avait pas vraiment de plan de carrière. On avait simplement envie de répéter ensemble et de voir où ça nous mènerait. Très vite, on a senti qu’il se passait quelque chose.

Goudzou : On s’est retrouvés au bon moment. Tous nos anciens projets s’arrêtaient plus ou moins en même temps. Du coup, au lieu de repartir chacun dans notre coin, on s’est dit : « Pourquoi ne pas monter un nouveau groupe ensemble ? » Et tout s’est fait très naturellement.

Finalement, vous n’avez jamais vraiment cherché votre identité musicale ?

Yves-Marie : Non. Parce qu’on écoutait déjà tous les mêmes groupes. On avait tous cette culture rock des années 70, du psyché, du hard rock. Il n’y a jamais eu de débat sur la direction musicale.

Goudzou : Notre identité est presque née avant même le groupe. On avait les mêmes références, les mêmes envies et, dès les premières répétitions, tout le monde parlait le même langage musical.

Il y a ensuite cette aventure complètement folle avec MOUNDRAG qui donne naissance à KOMODRAG AND THE MOUNODOR. Comment est née cette collaboration ?

Yves-Marie : On rencontre MOUNDRAG lors d’un concert à Rennes. On sympathise rapidement et on garde le contact. Quelques mois plus tard, on les invite à jouer avec nous à Douarnenez.

Goudzou : Au départ, Camille devait simplement venir poser quelques parties d’orgue sur certains morceaux. Puis ils nous disent : « Pourquoi ne pas venir jouer en première partie ? » Ils arrivent la veille, on passe la journée ensemble à répéter…

Yves-Marie : …et sur la route qui nous emmène au concert, on commence à chercher un nom commun.

Goudzou : C’était vraiment une blague.

Yves-Marie : Une blague qui est finalement devenue un vrai groupe.

(Rires.)

Aujourd’hui sort votre deuxième album, ‘Time And Space’. Les premiers retours sont excellents. Vous ressentez davantage du soulagement ou de la fierté ?

Yves-Marie : Un peu les deux. Quand un album sort, les gens découvrent une quarantaine de minutes de musique. Mais derrière, il y a des mois de travail, de doutes, de remises en question. Alors forcément, quand les premiers retours sont positifs, ça fait énormément de bien.

Goudzou : Et il y avait aussi cette question : « Est-ce qu’on va réussir à convaincre après l’aventure KOMODRAG AND THE MOUNODOR ? » Parce que ce projet avait très bien marché. Aujourd’hui, les premiers retours nous rassurent énormément.

Vous avez pourtant pris davantage de libertés sur ce disque. Je trouve qu’il y a beaucoup plus de diversité que sur le premier album.

Yves-Marie : Oui, parce qu’on s’est interdit beaucoup moins de choses. Sur le premier album, on voulait vraiment installer une identité. Cette fois, on s’est simplement demandé : « Est-ce que ce morceau nous plaît ? » Si la réponse était oui, on allait au bout.

Goudzou : On ne voulait plus se mettre de barrières. Notre son restera toujours reconnaissable. Alors autant suivre nos envies plutôt que d’essayer de rentrer dans une case.

Le titre de l’album, ‘Time And Space’, est assez évocateur. On a l’impression qu’il résume à lui seul votre envie de voyager musicalement. D’où vient-il ?

Yves-Marie : C’est venu assez tard finalement. On cherchait encore un titre alors que l’album était pratiquement terminé. À la base, ça vient d’une vieille affiche que Melin avait chez lui. Il y avait inscrit « Space And Time ». On a inversé les mots et on s’est rendu compte que ça résumait parfaitement l’esprit du disque.

Goudzou : Oui, parce qu’au final, ça parle autant des textes que de notre manière de composer. On ne voulait plus être enfermés dans une seule esthétique. On aime toujours cette culture rock des années 70, mais on avait envie de montrer qu’on pouvait aller ailleurs sans perdre notre identité.

C’est justement ce que j’ai ressenti en écoutant l’album. Si je prends par exemple “Soul Tricker”, “Once Upon A Time” ou encore “Raise Your Hands”, on passe d’une ambiance à une autre tout en retrouvant immédiatement la patte KOMODOR. Cette diversité était-elle assumée dès le départ ?

Yves-Marie : Complètement. On ne s’est jamais dit : « Il faut absolument écrire un morceau dans tel style. » Quand une idée plaisait aux cinq, on la développait. C’était aussi simple que ça.

Goudzou : Je pense qu’on s’est fait davantage confiance. Sur le premier album, on avait parfois tendance à se demander si un morceau était “assez KOMODOR”. Cette fois, on s’est dit que si c’était nous qui l’avions composé, alors ça faisait forcément partie de notre identité.

On retrouve également les cuivres qui sont devenus une vraie signature chez vous.

Yves-Marie : Oui, parce que ça fait partie de notre environnement. À Douarnenez, il y a énormément de fanfares et beaucoup de copains qui jouent dedans. Du coup, c’était assez naturel de continuer à intégrer cette couleur dans notre musique.

Goudzou : Et puis on adore les groupes qui utilisaient déjà des sections de cuivres dans les années 70. Ça apporte quelque chose de chaleureux, de vivant. On ne voulait surtout pas perdre cet aspect-là.

Les textes, eux, semblent beaucoup plus ouverts à l’interprétation. Je pense notamment à “Once Upon A Time”, qui donne presque l’impression d’un voyage dans l’esprit humain.

Yves-Marie : Oui. Ce morceau est très imagé. On voulait raconter quelque chose de profond, mais sans être trop démonstratifs. L’idée était vraiment de créer un univers dans lequel chacun peut projeter sa propre lecture.

Goudzou : On n’avait pas envie d’écrire un album concept. Chaque morceau raconte sa propre histoire. Parfois, les textes viennent d’expériences personnelles. D’autres fois, ils sont simplement inspirés de ce qu’on observe autour de nous. On préfère suggérer plutôt qu’expliquer.

J’aimerais aussi parler de la pochette. Plus j’écoute l’album, plus je trouve qu’elle prend du sens. On sent qu’il y a une vraie cohérence entre le visuel et la musique.

Yves-Marie : C’était très important pour nous. On a confié cette réalisation à Eye Eyeze, un tatoueur rennais dont on suivait déjà le travail. On aimait énormément son univers.

Goudzou : Il a vraiment pris le temps de vivre avec l’album. Il l’a écouté plusieurs fois avant de commencer à dessiner. Je pense que c’est ce qui fait que cette illustration ne ressemble pas simplement à une jolie image. Elle fait partie intégrante du disque.

Yves-Marie : Et ensuite, tout le reste de notre identité visuelle s’est construit autour de cette pochette. Les clips, la communication… tout est venu naturellement.

J’ai justement eu cette sensation. Au premier regard, c’est une belle illustration. Puis, après plusieurs écoutes, on finit par comprendre pourquoi elle fonctionne aussi bien avec votre musique.

Goudzou : C’est probablement le plus beau compliment qu’on puisse recevoir. Parce que c’était exactement notre objectif. Une pochette ne doit pas seulement attirer l’œil. Elle doit prolonger le voyage que propose l’album.

On va terminer avec une série de questions un peu plus légères. L’idée est simplement de mieux vous connaître.

En dehors de la scène, les membres de KOMODOR sont plutôt gros fêtards… ou plutôt tranquilles ?

Yves-Marie : (Rires.) On a beaucoup fait la fête…

Goudzou : …mais on vieillit aussi ! On récupère un peu moins vite qu’avant.

Yves-Marie : Disons qu’on commence à réfléchir avant de sortir… ce qui est déjà un signe !

(Rires.)

Quel est le riff de ‘Time And Space’ que vous prenez le plus de plaisir à jouer ?

Yves-Marie : Pour moi, “Soul Tricker”.

Goudzou : Moi aussi. Il y a une énergie particulière sur ce morceau. En concert, il fonctionne vraiment très bien.

S’il ne devait rester qu’un seul morceau de l’album pour représenter KOMODOR aujourd’hui, lequel choisiriez-vous ?

Yves-Marie : Je pense encore à “Soul Tricker”.

Goudzou : Après, chacun des cinq membres répondrait sûrement quelque chose de différent. C’est aussi ça qui fait la richesse du groupe.

Un artiste avec lequel vous rêveriez de collaborer ?

Goudzou : Post Malone.

(Rires.)

J’aimerais bien enregistrer une partie de guitare avec lui, juste pour voir ce que ça donnerait.

Yves-Marie : Pourquoi pas !

Quel artiste vous a donné envie de faire de la musique ?

Yves-Marie : Il y en a plusieurs, mais les groupes de Douarnenez ont eu une énorme importance. Quand on était adolescents, on allait les voir jouer. C’est eux qui nous ont donné envie de monter sur scène.

Goudzou : Moi, il y avait aussi OCTOPUS. C’était l’un de mes groupes préférés à l’époque. Et puis tous les concerts qu’on allait voir à La Carène… ça marque forcément.

Le meilleur concert que vous ayez vu ?

Yves-Marie : Impossible d’en choisir un seul…

Goudzou : L’été dernier, j’ai enfin vu AC/DC au Stade de France. J’attendais ça depuis des années. C’était incroyable.

Yves-Marie : Et BLACK SABBATH en Norvège… ça reste un souvenir énorme.

Votre guilty pleasure musical ?

(Les membres du groupe éclatent de rire et se regardent.)

Yves-Marie : On va garder ça pour nous…

(Nouveaux rires.)

Dernière question. Vacances à Douarnenez… ou à Bali ?

Yves-Marie : Bali en hiver.

Goudzou : Mais Douarnenez l’été.

(Rires.)

Ça, c’est une réponse de Bretons !

Yves-Marie : On ne pouvait pas répondre autre chose !

Le mot de la fin est pour vous.

Yves-Marie : Merci à toutes les personnes qui prennent le temps d’écouter notre musique, de venir nous voir en concert et de faire vivre le groupe. Sans le public, tout ça n’aurait aucun sens.

Goudzou : Et surtout… prenez vos places à l’avance !

(Rires.)

Notre Avis :

Il y a des albums qui s’écoutent. D’autres qui se vivent. ‘Time And Space’ appartient clairement à la seconde catégorie. Sans renier les fondations psychédéliques et hard rock qui ont fait son identité, KOMODOR signe un deuxième album plus ambitieux, plus libre et plus riche dans ses compositions. Là où le premier opus installe un univers, celui-ci ose s’en échapper pour explorer de nouveaux territoires. Les morceaux gagnent en personnalité, les arrangements se diversifient et l’ensemble respire une spontanéité imparable. “Soul Tricker” incarne parfaitement cette énergie fédératrice, tandis que “Once Upon A Time” dévoile une facette plus introspective et cinématographique. Les cuivres, devenus une véritable signature du groupe, apportent toujours cette chaleur si particulière qui distingue KOMODOR de beaucoup de formations actuelles. Mais la plus grande réussite de ‘Time And Space’ réside sans doute dans son équilibre. Accessible sans être simpliste, rétro sans être démodé, le disque regarde autant vers les grandes heures du rock que vers son propre avenir. À l’image de ses auteurs, ‘Time And Space’ ne cherche jamais à suivre une mode. Il avance avec sincérité, porté par une seule envie : celle de jouer une musique vivante. Et à en juger par l’énergie communicative de KOMODOR, il y a fort à parier que ces morceaux prendront encore une autre dimension sur scène.