Vecteur Magazine

KLONE + GOROD + THE OLD DEAD TREE + VESTIGE

TRABENDO - PARIS - 25/10/2025

Report de Mélissa Bussière & Photos de Olivier Duquenne – Diamond Photographies

Ce soir, au Trabendo de Paris, j’ai eu la chance de pouvoir participer à une date à part. Quatre formations françaises, quatre univers bien distincts, et une passion commune pour la précision et le son immersif. J’ai eu la chance de vivre cette soirée intense. Une traversée du métal hexagonal dans toute sa diversité, du post-metal atmosphérique à la furie technique.

Vestige : Premiers éclats

Tandis que le Trabendo continue de se remplir doucement, les spectateurs partent chercher leurs premières mousses de la soirée, et s’avancent à l’avant de la scène. Des lumières tamisées prennent possession de l’espace et les premiers accords de Vestige s’élèvent, à la fois aériens et puissants. D’entrée, le quatuor annonce une dualité fascinante avec des passages rappelant fortement Alcest, suivis de déflagrations metalcore exécutées avec une précision chirurgicale. Théodore alterne chant clair et screams sans faiblir, tandis que la batterie de Quentin martèle une rythmique à la fois violente et fluide. Les strobes fusent à chaque cassure, le public se laisse happer par ces vagues sonores qui montent et descendent sans prévenir. Les connaisseurs du groupe semblent tous totalement immergés dans cet univers dense, et moi, qui tends une oreille dessus pour la première fois en live, n’y suis pas du tout insensible. La maîtrise instrumentale est parfaite, les changements de tempo sont surprenants et nous font même, à plusieurs reprises, applaudir alors que le morceau n’est pas terminé. Sur le dernier morceau “Deviens La Nuit” – d’ailleurs parfaitement adapté à mon sens pour clôturer le set – la précision et l’expertise sont de mise. Chaque silence, chaque explosion est contrôlée, et la salle entière retient son souffle avant la dernière note. Le groupe prend ensuite le temps de remercier le public. Ils s’inclinent ensemble, un sourire sincère aux lèvres. Une belle découverte et une ouverture de soirée aussi élégante que percutante.

Setlist : 

1 – Automne, pt. 1

2 – Appel De l’Ame

3 – Océan

4 – Démence de l’Ame

5 – Corrosion

6 – Envy

7 – Deviens La Nuit

The Old Dead Tree : Brutalité et densité

Changement d’atmosphère immédiat : The Old Dead Tree entre dans une lumière verte, verticale, presque sépulcrale. Des lampes décoratives sous forment de branches, qui s’allument au rythme des lights du show, trônent sur scène. Le ton se fait plus brutal et plus dense. Manuel Munoz alterne growls et chant clair, et sa voix résonne avec une intensité captivante. Les premiers morceaux installent une énergie féroce – la batterie martelée de Raphaël Antheaume impose un rythme tendu, les guitares tranchent net. Sur “Story Of My Life”, le ton est donné : un mélange de brutalité et de passages ambiants qui fascine le public. Le groupe joue avec les dynamiques comme un seul organisme vivant : accélérations, ralentis atmosphériques, passages au synthé. Il y a pas mal de moments dans le son, qui me font penser à System Of A Down. En tout cas, cette écoute nous ramène avec nostalgie à la période du collège, et des tous premiers groupes que je me suis mise à écouter dans ce style. “As The Why” vient ensuite, chanson apparemment dédicacée à une certaine Maëlle. Le titre démarre comme si on était immergés sous l’eau. L’ambiance est aquatique et mystérieuse. Manuel vient pousser sa voix à l’extrême et maintient la note avec une technicité remarquable. “Paris, es-tu là ???” : après une réponse positive de la fosse, un appel au lever de poings est lancé, sous des “HEY HEY HEY!” éveillés et enthousiastes. Les lumières, parfois d’un rouge intense, parfois vertes, accompagnent parfaitement la puissance des morceaux. C’est une expérience sensorielle totale. Le public est invité à participer, applaudit et frappe dans ses mains, emporté par le crescendo de l’énergie scénique. Les artistes nous déroulent un set dense, mêlant titres du prochain EP (sortie prévue pour le 28 novembre) et morceaux phares. Les instruments s’abattent avec énergie sur nous, avec une qualité sonore remarquable. Les passages ambiants alternent avec des moments beaucoup plus lourds et agressifs, rappelant le black metal. Les variations de tempo et de voix nous maintiennent en haleine. Le chanteur nous prévient que d’autres groupes attendent encore leur tour sur scène, et que donc le set touche à sa fin. L’interaction avec la foule est intense : chants collectifs, poings levés et un crescendo qui ne faiblit jamais jusqu’au dernier titre, où la voix s’arrête sous des applaudissements nourris. Le groupe salue le public et quitte la scène. 

Setlist : 

1 – Unpredictable

2 – My Friends

3 – Story Of My Life

4 – Wast

5 – How Could You? 

6 – Feel Alive Again

7 – Start The Fire

8 – Unrelenting

9 – We Cry As One

10 – It Can’t Be

11 – The Lightest Straw

Klone : L’atmosphère suspendue

Klone prend place dans une pénombre quasi totale, laissant résonner des notes de synthé, de basse profonde et de cloches étranges. L’atmosphère est sombre et lourde. Le groupe construit un univers où le tempo est lent et côtoie des passages plus rapides et saturés. Le chant clair de Yann Ligner transporte, soutenu par la précision de chaque instrument. Le premier morceau est très ambiant et envoûtant.  “Bonsoir Paris !”, nous lance Yann, sous des applaudissements et des cris enjoués. Le tempo qui change de ton régulièrement et la voix claire et entraînante de Ligner portée par les guitares nous transporte hors du temps et de l’espace. Le public répond à l’invitation de Guillaume à lever les poings. Cris et frappements de mains accompagnent en rythme le morceau. Des moments plus orientaux ou indiens dans certaines compositions contrastent avec les passages plus rock ou blues, tandis que des lumières – tantôt bleues, tantôt rouges et blanches – inondent la salle et renforcent le côté immersif. A un moment, Guillaume invite le public à un “HEY! HEY! HEY!” général. Il La foule est très ambiancée : on sent que beaucoup de fans de Klone sont présents dans la salle. Les guitares sont aiguisées, la basse structurée, la batterie fracassante. L’alternance voix claire / chant hurlé de Yann, les riffs précis et la complicité du groupe donnent à chaque titre une dimension scénique captivante. Je peux voir plusieurs moments complices échangés entre Enzo Alfano et Jelly Cardarelli. Durant le concert, Liner exprime sa reconnaissance à la fosse :  “Ça fait extrêmement plaisir de vous voir si nombreux ce soir. Merci à tous et à toutes pour votre accueil.” Une atmosphère planante règne dans le Trabendo, et ce durant tout le set, toujours bercé par les lumières tamisées. Les variations de tempo et l’alternance entre les passages groove, blues-rock et progressif sont très appréciables, cela apporte réellement plusieurs textures au son. Après un dernier morceau, “Meanwhile”, sous une foule qui balance la tête en rythme, les musiciens terminent leur partie, puis remercient le public pour leur présence. Sous une belle ovation, ils quittent la scène pour laisser place à Gorod.

Setlist 

1 – The Unseen

2 – Magnetic

3 – After The Sun 

4 – Blink Of An Eye

5 – Bystander

6 – Immersion

7 – The Drifter

8 – Meanwhile

Gorod : Intensité technique et puissance

Dos à nous, les musiciens font encore quelques tests de retours avant de se lancer. C’est sur une ligne de batterie effrénée et des guitares rugissantes que la guerre commence. Nous sommes directement pris d’assaut par les blast assourdissants et lourds et des riffs cisaillants. Le chanteur, Julien “Nutz” Deyrez, alterne entre scream et chant plus clair, entraînant un pit furieux et des pogos constants. L’énergie du death métal a pris possession de tout l’espace, et aussi de l’auditoire ! La précision instrumentale est impressionnante : les soli de guitare se succèdent, rapides et tranchants, tandis que la double pédale de la batterie de Karol “K’roll” Diers martèle un tempo galopant. L’énergie du groupe, soutenue par des passages instrumentaux atmosphériques, ne laisse aucun répit à la fosse. A la fin du premier morceau, Julien nous salue et présente brièvement le groupe : “Bonsoir Paris! Ça va, vous allez bien les gars ? Nous sommes ici au Trabendo ! Enchanté de nouveau, on s’appelle Gorod et on vient de Bordeaux”. La complicité des musiciens est palpable, et chaque hurlement de Deyrez déclenche un engouement extraordinaire de la foule. Tout le public est en délire, bien réveillé pour cette dernière partie. Les pogos s’enchaînent, accompagnés par cette vibe débordante et surtout très positive que nous offre cette formation. Sous une ovation déterminée qui en demande toujours plus, les musiciens déversent sans relâche leur brutalité parfaitement maîtrisée. La soirée se termine sur un climax technique et puissant, un véritable déluge sonore qui conclut parfaitement ce marathon musical. On peut dire sans aucune hésitation, que Gorod nous aura offert un spectacle parfait et puissant, à la hauteur de l’ensemble de ce concert. Sous un public qui transpire encore d’adrénaline et un ouragan d’applaudissements, les musiciens quittent la scène. 

Setlist : 

1 – Wolfsmond

2 – Bekhten’s Curse

3 -Aethra

4 – Savitri

5 – The Path

6 – Watsd

7 – The Orb

8 – Carved

9 – Trans

Ce soir, on nous aura offert une palette complète d’émotions et d’univers musicaux. De la subtilité aérienne de Vestige à la densité brute de The Old Dead Tree, de l’atmosphère envoûtante de Klone à la technicité furieuse de Gorod, chaque groupe a su captiver et surprendre. Cette fois-ci, j’aurai pu capturer de petites vidéos de ces moments intenses. Le Trabendo a vibré fort, porté par un public enthousiaste et très réceptif, transformant une nuit parisienne en expérience musicale dont on se souviendra longtemps. Merci à Guillaume Bernard de Klone pour l’invitation, à toute la production et aux groupes pour cette performance incroyable, à l’équipe technique et la salle pour son professionnalisme, et à Vecteur qui rend tous ces moment-là possibles pour moi. Un set qui reste ancré dans la peau de tout adepte de musique profonde et passionnée. 


Un immense merci à Olivier Duquenne – Diamond Photographies pour ces belles photos.