Vecteur Magazine

La meilleure façon de prédire l'avenir, c'est de le créer

Interview de Kiko Loureiro par Cidàlia Païs

Photo Credit : Henrique Grandi

J’ai eu l’honneur de poser quelques questions à Kiko, et il nous raconte ses débuts à la guitare, son passage à la guitare électrique, sa progression technique et son entrée dans Angra et Megadeth. Il est connu également pour la Kiko Loureiro Guitar Academy,. Lors de notre échange il souligne  l’importance de la guitare dans sa vie et son évolution vers des projets solo parallèlement à ses engagements en groupe. Sortant le 18 Octobre dernier *Theory of Mind*, un album qui est un projet hybride, et il nous explique l’avoir commencé pendant son séjour chez Megadeth, explorant des thèmes de psychologie, de technologie (notamment l’IA) et de réflexions personnelles sur la vie, la famille et la créativité. Le titre fait référence à la théorie de l’esprit en psychologie.

Prémices d'une carrière..

Tudo Bem ? (ça va ?)

KIKO : Tudo bem ! Oh, tu parles portugais !

Ça va bien ?

Ça va très bien, merci !

Oui ! Je suis portugaise, mais nous allons faire ça en anglais si ça ne te dérange pas.

Tout d’abord, c’est un grand honneur de t’avoir dans Vecteur Magazine. Et pour lancer l’interview, peux-tu nous donner un peu de contexte sur ta carrière ?

Je pense que tu as commencé à jouer de la guitare vers 11 ans…

Bien sûr !

J’ai donc eu ma guitare classique, je veux dire, ma première leçon de guitare avec accords quand j’avais 11 ans, j’avais un professeur qui venait chez moi à l’époque.

Et deux ans plus tard, j’apprenais juste les premiers accords, tu sais, ces trucs faciles, j’étais vraiment jeune, mais j’ai commencé à écouter des groupes de rock et de métal et tout ça.  Et puis j’ai voulu me lancer dans le rock, et mon professeur m’a dit : « Oh, tu devrais te mettre à la guitare électrique ».

Je suis donc allé dans une école de musique de quartier avec un professeur qui m’a appris la guitare.

Puis j’ai commencé à m’intéresser de plus en plus à la guitare et à apprendre les gammes, les riffs, les phrases, les chansons, etc. Mais je me suis vraiment mis à l’ouvrage à 16, 17, 19 ans, j’avais déjà fait ma vidéo pédagogique.

Et les débuts d’Angra à peu près à ce moment-là non ? 

Oui, Angra est arrivée. J’ai rencontré Rafaël d’Angra à l’âge de 17 ans. À cette époque, je m’entraînais beaucoup et je jouais beaucoup. 

Et puis Angra a commencé quand j’avais 19, 20 ans… et quand j’avais 21 ans, nous avons enregistré le premier album, en 93. 

En 2004, j’ai enregistré mon premier album solo parce que la guitare était et est mon truc. 

Donc toutes les guitares de cette planète, j’essayais de connaître toutes les guitares de cette planète, ou d’entendre leur son et tout ça. 

Et à un moment donné, en fait 10 ans après le début d’Angra, j’ai eu le courage de faire un album solo instrumental, My Heroes. Par la suite, j’ai fait No Gravity. Et depuis lors, j’ai en quelque sorte mélangé le fait d’être dans un groupe et de faire aussi des projets solo. 

T’as rejoint Megadeth par la suite..

En 2015, j’ai rejoint Megadeth, jusqu’en 2023, en gros huit, neuf ans de Megadeth. Pendant cette période, nous avons fait deux albums, puis j’ai fait un album solo. Et aujourd’hui, me voici avec un nouvel album, Theory of Mind. 

La création de cet album était hybride dans le sens où j’étais dans Megadeth pendant les compositions et les enregistrements de batterie. Pour toutes les démos, je faisais encore partie du groupe, mais pour les derniers solos et les enregistrements de guitares principales, j’étais déjà parti. 

La sortie de l’album, et maintenant cette interview. 

C’est un hybride de Kiko et Megadeth, sans pour autant leur être totalement assimilable.

Parce que certaines personnes demandent : « oh, tu as créé ça après avoir quitté Megadeth », ce qui n’est pas vrai.

C’est bien.

Le spectre. La théorie de l'Esprit..

Je suis désolé, je regardais juste ton studio…Le fond est incroyable, toutes les guitares et tout.

C’est tellement génial… la vie d’un guitariste.

(Kiko me montre son matos et on parle des instruments juste derrière lui.)

Ouais, c’est trop cool non ? J’ai aussi ce Djembé. Ce n’est pas très guitariste non… 

(rires et on change quelques mots en portugais)

Mais c’est toi ! Ça fait partie de toutes ces influences cariocas que tu as et que tu mets dans tes compos donc..

On parlait de toi avec Olivier l’autre jour, et de l’admiration qu’il a pour ton travail..

Ah oui ?

C’est bon à savoir !

Oui !

En parlant de tes projets solo, pas seulement des albums, tu es également connu pour ton académie de guitare, un programme de mentorat et bien plus encore..Les compétences incroyables tu as sur le sweep picking, l’ hybrid picking, le picking alternatif, le riffing, le shredding, bref,  tout ce qu’une guitare peut offrir, tu maîtrises !

Oh ! Merci beaucoup !

Aujourd’hui, nous sommes dans la nouvelle ère Kiko et nous avons Theory of Mind.

En fait, au début, je pensais que cela abordait un thème comme l’autisme, mais ensuite j’ai découvert que ce n’était vraiment pas le cas car en lisant le press kit, j’ai appris qu’on était plutôt sur le terme de psychologie en soi..

Pourtant.. Alors, il y a deux parties, pour moi, dans Theory of Mind, le thème et son approche à la psychologie, puis le côté technique, le lowering, l’accordage, le ton et tous les composants que t’as voulu y inclure..

Comment t’est venu le thème de Theory of Mind ?

Ouais, c’est une construction, tu sais…parce que j’ai eu des idées de chansons, d’accord… ça commence là, avec la musique… et puis bien sûr, en tant qu’être humain, je réfléchis à ma vie. Parfois, je pense à tout ce qui est autour, les pensées profondes tu sais… comme, j’ai une famille, je vis dans un autre pays… et je réfléchis toujours à certaines choses.

Nous avons eu la pandémie aussi qui m’a fait réfléchir à certaines choses..Et j’ interagit avec un groupe américain.. J’ai la Finlande, j’ai le Brésil, la guitare…

Les désirs, la musique, les désirs, les créations, etc…

Tout le spectre. La théorie de l’esprit..

Et puis à cause de cet autisme, tu n’as pas tort..Oui, ça vient de là. Les enfants et le diagnostic, les conversations, etc.

Et c’est comme si j’avais découvert le terme. Alors je me posais ces questions..Qu’est-ce que c’est ?

Alors je lisais à ce sujet.  Et puis en même temps, je me disais : je veux être plus à l’aise avec tout ça, tu sais, une sorte de conflit entre tout ce qui me traversait l’esprit.

Et je voulais créer toutes sortes de musique.

J’avais ce sentiment de : y a-t-il quelque chose de plus que ce que j’ai maintenant ?

Je suis sûr que tu y penses aussi parfois..

Bien vrai…

Tu sais, j’ai fait beaucoup de concerts. Comme trois, je veux dire trois, cinq, six mois en tournée, chaque année en jouant 20 chansons, 25 chansons maximum, les mêmes chansons. Donc ça commence à être très répétitif.

Bien que ce soit très cool, tu sais, c’est comme si mon esprit était un peu plus comme si je voulais découvrir de nouvelles choses et ensuite commencer à faire des chansons.

J’ai utilisé certaines chansons pour Megadeth, et d’autres chansons que j’ai conservées pour l’album parce qu’elles ne représentaient pas Megadeth, c’était différent.

Et puis à un moment donné, tu décides, ok, je dois… Laisse-moi commencer par un album.

C’est plutôt comme quand tu as l’impression de déborder, tu as beaucoup d’idées. Tu dois les sortir d’une manière ou d’une autre et en construire quelque chose.

Sinon, ce ne sont que des idées aléatoires, mal produites. Juste des croquis, genre, beaucoup de croquis.

Est-ce que je peux faire une peinture correcte à partir de ces croquis ?

C’est comme ça aussi que cela à commencé..j’ai donc commencé à travailler sur cet album. Et c’est alors que cette conversation sur la théorie de l’esprit a eu lieu.

Et, en même temps, je pensais à la technologie, parce que tout le monde pense à la technologie aujourd’hui. 

C’est le pouvoir de nos vies, la technologie.

Il n’y a aucun moyen d’échapper, c’est un point de non-retour.

Alors je lisais aussi sur l’IA parce que l’IA va détruire beaucoup de choses..comme, qui veut d’un musicien qui va composer de la musique si l’IA peut le faire beaucoup plus rapidement, Bla, bla, bla..

Tout ça, des discussions ont eu lieu ces deux dernières années.

Je continue de croire que l’esprit humain est plus capable que l’IA, ou différent.. ou que nous avons besoin de l’esprit humain pour créer cette connexion.

Et puis j’ai lu que l’IA atteindrait son apogée lorsqu’elle obtiendrait la théorie de l’esprit.

J’ai donc pensé que c’était une excellente combinaison, d’aborder des points comme la technologie, l’humain et de ce que je traversais, tu sais, ma vie privée et mes pensées sur la compréhension des autres, tout ça, et puis m’analyser moi-même.

J’ai donc pensé que c’était un excellent titre, un excellent sujet, parce que c’est de cela dont nous discutions.

Et puis on analyse aussi les chansons parce qu’elles sont créées en fonction de sentiments personnels et d’expériences vécues.

Donc tout est lié, et c’est l’idée derrière le thème et le nom des chansons.

Je comprends mieux !

Parce que c’est une chose à double sens..

Quand je joue une chanson, et que la chanson sonne un peu sombre..je me demande : « Pourquoi est-ce que je fais des chansons effrayantes ?

Pourquoi certaines de mes nouvelles chansons ressemblent-elles plus à un film d’horreur qu’à une chanson de Van Halen ? qu’est-ce qui m’arrive ?

Qu’est-ce que c’est ?

Est-ce que c’est un exutoire ?

Pourquoi si violent ou si triste ?

Pourquoi si mélancolique ?”

Alors je prends du recul..parce que les chansons que tu écris vont être le reflet de qui tu es.

C’est comme si tu commençais à écrire des poèmes ou si tu peins, cela va refléter la façon dont tu vois le monde et ce que tu ressens.

Je sais que c’est très abstrait pour les gens, mais en tant que musicien, pour moi, c’est tellement clair…

C’est le paradoxe de la complexité.

Cela peut être si simple et pourtant si difficile à comprendre.

Mais tu vas au-delà de ce que les gens attendent et de ce à quoi ils pensent.

Liberté & Choix.

Et tu sais quoi ?

Je suis désolé pour toute « pression » que tu as pu ressentir, et je suis reconnaissante que tu te sentes libre de parler avec moi de certains aspects de ta vie privée.

Personnellement, en tant que fan, je n’en demandais pas autant. Et je voulais te dire que j’admire ton courage parce que tu as pris une forte décision.

Et aussi, que tu es le genre de guitariste qui peut faire de grandes choses tout seul.

Merci ! Merci infiniment !

Ouais.. c’est comme une conversation que j’ai eue avec Rafa (d’Angra), comme là, et puis quelqu’un avec qui j’ai fait une interview tôt ce matin…le gars posait des questions sur la liberté à cause de ces mots mal traduits et mal interprétés.

Quand j’ai dit que je voulais la liberté, il ne s’agit pas de se sentir enfermé dans un endroit et d’avoir besoin de liberté.

C’est plutôt comme si tu réalisais que dans la vie, eh bien, la liberté c’est la possibilité de deux choix, deux choix viables.

C’est ça la liberté !

Donc j’ai une possibilité viable de faire carrière parce que si je pense financièrement, les gens… La première chose que les gens demandent, c’est « oh, l’argent »… les gens ne pensent qu’à l’argent.

Mais financièrement, je pense que je peux tout à fait faire la même chose. En termes de carrière, je pense que c’est la même chose. 

Vous pouvez même accomplir des choses différentes et meilleures, le bonheur !

Plus je fais de choses différentes, plus je me sens heureux !

Et j’aime aussi l’exutoire créatif, tu sais, j’aime être créatif !

Si Megadeth avait un nouvel album à venir, je penserais probablement différemment. 

Mais comme il n’y avait rien de prévu pour les prochaines années, je ne veux pas jouer encore et encore, quatre ou cinq ans, tu sais, ces chansons des années 90.

Donc, ça, aussi c’était un point..toutes ces pensées… puis la liberté vient, comme, “ok, je peux rester ici et m’en occuper plus tard, ou je peux aussi partir.”

J’ai la liberté de choisir.

Certaines de ces libertés de choix, je ne les ai pas. Tu sais, maintenant je suis en Finlande, j’ai des enfants.

Je ne peux pas aller au Brésil et décider d’y vivre. Ce serait trop compliqué. Je n’ai pas cette liberté de localisation géographique.

Je n’ai pas cette liberté. C’est juste compliqué.

Sur certains points de la vie, nous avons des libertés, dans d’autres non.

Parfois, nous ne nous en rendons pas compte.

Certaines personnes jouent dans un groupe ou font un certain type de travail parce qu’elles ont besoin d’argent, et qu’elles ne savent pas comment faire, ou n’ont pas le courage de faire autrement.

Je pense que j’ai vécu un grand moment de ma carrière et puis je pense qu’il faut continuer à avancer.

..bien, la famille est une telle bénédiction que je respecte totalement ton opinion.

Tu as été très courageux et en tant que fan, je suis heureuse que tu fasses une carrière solo.

Passons par le côté technique. En tant que professeur de guitare, et en ayant ton académie et toutes tes activités en tant que musicien, j’ai vu de nouvelles vidéos de playthroughs, et je dois dire que je suis toujours impressionné par la façon dont tu baisses le ton, donc je comprends que d’autres fans soient émerveillés en regardant tes vidéos..

(rires)

Merci !

Je n’ai pas compris si c’était une guitare à six ou huit cordes que tu as sur Mind Rise… Je suis confuse.

Celui que j’ai utilisé pour trois parties en a six, et celui pour le clip en a huit.

Ok, donc les parties… Bonne question… (rires)

Aucune partie n’a de guitare à huit cordes. Mais je vois. J’ai les scènes avec huit cordes et ensuite je passe aux six cordes.

Ok…

Ce que je veux dire, tu vois clairement le changement de guitares. Les autres, ce sont des guitares à six cordes. Mais sur Mind Rise, il y a un octaver, donc ça sonne comme une guitare à huit cordes. Mais en fait c’est un effet, mais, dans la vidéo, j’utilise les six cordes.

Ok… c’est clair maintenant !

Donc j’utilise aussi ces accords plus bas. Oui, je pense que c’est une façon de sonner un peu moderne. Il y a de nombreuses façons de sonner moderne pour avoir un son un peu plus actuel. Et ça ne veut pas dire que chaque artiste doit sonner moderne. On peut utiliser des composants de technologie tu sais, mais je ne vais pas en utiliser beaucoup. 

Je les utilise pour les claviers et tout ça, mais je ne vais pas faire de la musique électronique juste pour avoir un son moderne. 

Ce n’est pas nécessaire. 

Alors comment avoir un son moderne ? Parce qu’il y du nouveau matériel et que tout ce qu’on enregistre aujourd’hui sonne comme aujourd’hui. 

À moins que vous ne vouliez faire comme un groupe indie hippie qui sonne comme les années 70.

Et une des façons de sonner moderne sans changer ma façon de jouer est simplement d’abaisser l’accordage, car tous les groupes qui sont venus après Angra, en quelque sorte cette période, parce que Angra a été sous l’influence de Queensryche, Iron Maiden..

Donc, des groupes des années 80, six cordes, tiennent l’accordage.

Et puis, quand on passe aux années 90, on commence avec Korn, Steve Vai, sept cordes.

Nous avons donc la Vai Ibanez, sept cordes.

Sepultura avec Roots, a baissé à B, comme une sept cordes.

Et plus tard, on passe à huit cordes.

Ou du moins, comme dans le grunge, ou même Ozzy, c’était comme un ton plus bas, un D drop D. Donc les accords plus bas sont devenus quelque chose.

Donc je réfléchissais au concept et aux textures de l’album. Ouais, si je baisse, c’est comme si j’étais plus moderne sans changer ma façon de jouer.

Parce que les groupes modernes, ils n’utilisent pas de concepts musicaux modernes, mais ils baissent les cordes.

C’est tellement intéressant car j’apprends moi-même à jouer à la guitare..

Super ! 

Les concepts de musique moderne étaient déjà utilisés dans les années 70. Et puis les gens ont vraiment simplifié. On voit plutôt des choses simplifiées ou un peu identiques, musicalement parlant, mais avec des cordes plus basses.

Et puis bien sûr, il y a Meshuggah. Un peu plus  complexe. C’est aussi un genre de groupe qui m’influence un peu. Mais tu sais, je ne sais pas comment jouer leurs chansons. Je n’ai pas grandi en les écoutant, mais je pourrais tenter..

Je mélange donc quelques influences du passé, Led Zeppelin ou Van Halen et oui, un peu de metal plus moderne.

Tu as ton propre ADN et c’est plutôt cool !

Certains morceaux de l’album m’ont véritablement fasciné, dont un en particulier. Mais parlons des autres d’abord.

Dans Out of Nothing, tu as ce picking hybride et incroyable, et ce qui m’étonne chez toi, c’est que tu es gaucher et que tu manies n’importe quelle guitare, tu maîtrises tout.

Ensuite, nous avons Mind Rise. Le phrasé, le mélo progressif qu’il contient… rendent cette chanson tout simplement incroyable.

Merci beaucoup !

Peux-tu nous parler de Mind Rise ?

Ouais. Mind Rise est un riff très direct parce que quand j’ai commencé l’album, je voulais écrire les premiers moments, et je voulais avoir des chansons très directes.

 

J’ai été très influencé par Megadeth et tous les groupes avec qui j’ai tourné, tu sais, Five Finger Death Punch, Lamb of God.. et parfois ils jouent des chansons très, très directes, tu sais, avec deux ou trois riffs.

Et puis, tu sais, pas forcément simples, mais plus directes, avec des parties plus répétitives, donc c’est facile de comprendre le headbang, lever les poings en live. Donc je voulais faire ça, et Mind Rise est un de ces exemples. C’est un riff très simple.

Mais, après, le reste de l’album n’est pas comme ça.

Mais le riff de ce morceau représente ça en quelque sorte. Beaucoup de chansons de l’album commencent par un riff simple, mais ensuite elles partent vers des endroits différents, ce qui signifie que l’aspect théorie de l’esprit de mon cerveau doit être un peu chaotique. 

C’était très difficile pour moi de rester dans un “carré » et de me contrôler. 

J’ai découvert ça à la fin d’ailleurs.. Parce que Mind Rise a le riff direct, puis il passe à une autre mélodie, mais pour moi, c’est plus comme une sorte de truc à la Jeff Beck. Et puis il y a un autre moment où il y a un refrain et il y a autre chose. Il va à un autre endroit et il revient. 

C’est comme ça que j’aime que ça se fasse.

Et puis quand il s’agit du solo de guitare, comme je l’ai mentionné, la mélodie du couplet, c’est donc en quelque sorte une tentative de le rendre un peu plus sophistiqué d’une manière.

Comme on dit en français,

C’est Réussi ! 

Comment dit-on ?

(Rires, Kiko essaie de dire la même chose, et il y parvient !)

 

Dans le morceau Point of no Return, dont le clip vient de sortir, tu nous ramènes à Ayrton Senna…

Le truc avec la guitare ?

Ouais !

Comment t’es venue l’idée d’imiter sa voiture F1 ?

Non, ce n’est pas mon idée. Je veux dire, j’aimerais pouvoir dire que ce serait mon idée. Je veux dire, c’était mon idée de le mettre dans une chanson.

En fait, voilà comment ça a commencé, je voulais écrire quelque chose comme un shredder des années 80. Direct, mais shredder. Genre, rapide.

Mais la chanson existait déjà.

Et j’étais en train d’enregistrer les parties, et puis je pensais, « qu’est-ce qui est rapide ?”

Et puis… Adair, le producteur qui était en train d’enregistrer, est un grand fan de Formule 1, et nous parlions de F1.

Et je lui racontais que j’avais participé à un événement il y a longtemps, en 2008, je crois, et j’y suis allé avec Barrichello, qui est un autre célèbre pilote brésilien de F1.

J’étais sur scène avec lui en train de faire ce truc avec le slide. Utiliser le slide de guitare, comme le blues, mais vous pouvez l’imiter. Et j’ai appris par  les gars de la F1, qu’il y avait des guitaristes, des fans de F1, qui essayaient d’imiter le son des voitures de course avec la guitare.

Alors je suis rentré chez moi, et puis ils sont allés faire cet événement avec ce tour de Barrichello pour lequel il a remporté le prix.

J’ai étudié le tour et j’ai étudié les vitesses de un à six. Et le son, la note…chaque vitesse a une note.

Et je me souviens avoir étudié ça pour être sur scène avec Rubens Barrichello et moi en train de jouer. Et la vidéo serait la course, la caméra du point de vue du pilote.

 

C’était il y a longtemps ! J’ai donc raconté cette histoire à Adair, en enregistrant la chanson.

Et lui, eh bien, “essayons de faire ça”, parce que c’est une chanson rapide, comme la F1.

Il était super enthousiaste de l’idée parce qu’il est fan, et pour moi, c’était cool.

Le rendu est fantastique !

Ouais !

Ensuite, on se dit, oh, c’est une McLaren V12 Senna, la 94. Bla, blah, blah. Et puis on regarde des vidéos, on essaie de trouver les notes, de copier la voiture.

Ce sont ces petites choses qu’on ajoute à l’album, tu sais, des petits éléments qui peuvent le rendre plus intéressant.

Une autre chanson incroyable, comme Barefoot Queen, que je trouve très sentimentale.

Intéressant..

Mais mon morceau préféré, sans conteste, est Finitude. Il m’évoque la fin d’un voyage riche en enseignements, avec une douleur passée. Et pourtant, comme s’il laissait entrevoir un avenir nouveau..

J’essaie toujours de trouver des mélodies. J’essaie d’être plus mélomane, ce qui revient à dire, dans la façon dont je m’entraîne, que je veux que les mélodies coulent, car c’est un art de rendre un compositeur plus mélodique que d’autres et ce genre de choses. 

J’ai tendance à aller au piano pour trouver une certaine paix intérieure. Et à la guitare acoustique aussi. 

J’y trouve un lieu de paix intérieure en jouant du piano… Je ne suis pas un super pianiste, mais je n’ai pas ce sentiment que j’ai besoin de savoir jouer du piano. 

Je joue de la guitare, et j’ai ce sentiment..cela me donne une composante d’anxiété, car si je ne joue pas bien ou que je fais des erreurs, je ne me sens pas bien dans ma peau.

Mais avec le piano, lui il s’en fiche. Je peux donc laisser la musique mieux couler, je pense.

Et j’ai eu cette idée de jouer la mélodie au piano enregistrée à la maison. J’ai toujours aimé le côté très simple du piano. Très direct et simple.

Je pensais, comment puis-je faire en sorte que cela fonctionne avec le groupe ?

C’était un peu difficile à trouver parce que je ne veux pas que ce soit une ballade, mais c’est comme une sorte de ballade.

Il m’a fallu un certain temps pour trouver un arrangement pour que le groupe garde l’ambiance, mais aussi pour avoir quelque chose de cool à jouer pour les metalleux.

C’est donc le résultat final.

Et je pense que cela a bien fonctionné de la mettre à la fin de l’album aussi. Et avec tout le concept.

Le nom de la chanson nous fait comprendre que nous ne pouvons pas rester ici pour toujours.

Eh bien, cette chanson, plus je l’écoute, plus j’absorbe son énergie. Merci de l’avoir composé.

L'importance de l'amitié.

Je sais que tu travailles avec tes amis, le bassiste Felipe Andreoli, et le batteur Bruno Valverde d’Angra, et aussi avec ta femme Maria Ilmoniemi (claviers)

C’est top de voir que tu es entouré de tes proches, de tes amis sur tes projets.

Oui !

En gros, parce que Bruno est un batteur incroyable. Il y a le fait d’être amis, et aussi le fait que je connais très bien son style parce que nous avons joué en live et que nous avons enregistré ensemble.

Ayant déjà enregistré l’album Open Source ensemble, je peux facilement imaginer Bruno interpréter mes compositions au fur et à mesure de leur création.

Je ne connais pas beaucoup de batteurs qui peuvent jouer comme lui.

Non, c’est un fait !

Filipe, Bruno, ce sont des musiciens de haut niveau et qu’on ne trouve pas facilement.

Je ne sais pas, c’est vraiment du haut niveau. Le niveau de la Formule 1, ces gars-là. Ça aussi ça compte.

Entre l’amitié, et le fait qu’ils aiment ce que je fais… et puis le fait d’être prêts à ouvrir leur calendrier pour enregistrer avec moi aussi. Donc ça rend tout plus fluide.

Parce que créer la musique et gérer ma vie et tout ça, s’il n’y avait pas de musiciens collaboratifs prêts à ouvrir l’espace et à apprendre les chansons, etc… tout serait encore plus difficile tu sais. Donc il y a tous ces facteurs, le talent, la volonté de travailler avec moi et tout le reste.

La communication est facile tu sais… peut-être parce que les Brésiliens communiquent très facilement. 

Et cela arrive aussi facilement pour les références musicales.. surtout quand ça vient d’un rythme brésilien ou d’une référence brésilienne en tant qu’artiste. Je peux ajouter ça aussi. 

Quand tu joues avec d’autres musiciens, c’est difficile, d’accord ? 

Trouver un langage musical commun, une référence partagée, est essentiel.  

Une chose est sûre, ce que tu viens de dire et le sentiment que j’ai eu quand Rafael à parlé de toi lors de notre interview l’année dernière… Ils ont une telle admiration pour toi et tu as une telle admiration pour eux. 

C’est tellement beau… C’est ça, la véritable amitié.

 

La meilleur façon de prédire l'avenir..

En ce qui concerne le côté promotion de tout ça, tu veux ralentir les choses.

Tu veux faire des promotions sur Internet, pas vraiment te lancer dans de grandes tournées… Quels sont tes projets en ce moment ?

Internet me semble l’outil idéal pour diffuser de la musique, car c’est un espace de forte fréquentation.

Mais bien sûr, faire des concerts, c’est génial. Je réserve donc la tournée européenne du prochain semestre, en 2025. Donc, tout le reste, tout le travail pour mettre en place un deuxième semestre de routage.

J’ai une tournée au Brésil, peut-être en Amérique du Sud, en mai de l’année prochaine.

J’ai eu quelques événements ici et là avant cela.

Je refais un camp de guitare ici en Finlande comme je l’ai fait cette année. Je ferai donc la promotion de la musique lors de ces événements.

J’ai fait un déplacement en Arabie Saoudite, donc je commencerai peut-être à jouer des trucs là-bas aussi.

Mais ouais, en termes de tournée, de connexion, probablement de trouver un bon moyen de faire quelque chose aux États-Unis… que ça couvre en quelque sorte la plupart des territoires, et l’Amérique du Sud, l’Europe.

Donc c’est l’idée, tu sais.

Mais ouais, je n’ai pas sorti l’album avec une tournée planifiée tout de suite.

Je comprends.

Parce que je crois en Internet.

On peut partager la musique, faire des trucs, des interviews, tout ça.

Je suis déjà en train d’écrire de nouvelles choses.

Boom !

Ouais ! J’ai plus envie d’être plus créatif ces prochains mois que de jouer des trucs du passé. 

Je vais me tourner vers l’avenir.

Oh, c’est trop cool ! Tellement positif !

Tu sais, c’est dur parce que plus tu joues des trucs que tu as joués, plus tu dois t’entraîner à les mémoriser !

Ouais… créer de la musique prend du temps… mais c’est un endroit génial mentalement.

Créer quelque chose et essayer de nouvelles choses. Je suis dans cet état d’esprit maintenant.

C’est agréable de te voir comme ça.

Nous arrivons à la fin de cette interview, aimerais-tu ajouter quelque chose d’autre ?

Les derniers mots… comme tu es du Portugal, n’est-ce pas…

Ouais, mais je vis en France, c’est pour les français du coup..

(Les moments qui suivront avancent au ralenti car ça part en rigolades)

Ok, je veux juste donner mes derniers mots aux Français.

Bien sûr ! Allons-y. ( n’hésitez pas à regarder le teaser)

J’espère qu’ils apprécieront mon album et cette interview. Cheers !

Tu es vraiment gentil ! J’ai passé un super moment pendant cette interview.

Moi aussi !

 

 

PLUS D’INFORMATIONS :

ALBUM : Theory of Mind

DATE DE SORTIE :  18 Octobre 2024

Artwork : Gustavo Sazes 

Photos : Rica Wenzel

Production : Kiko Loureiro & Adair Daufembach

Mixage & Mastering : Jacob Hansen

SITES OFFICIELS : https://kikoloureiro.com/theory-of-mind/

https://linktr.ee/kikoloureiro

Notre avis :

Kiko signe son grand retour avec Theory of Mind, un album instrumental explorant la fascinante relation, et les tensions, entre l’intelligence humaine et l’intelligence artificielle.

Ce nouvel opus, autoproduit et sorti le 18 octobre dernier, s’inscrit dans l’univers foisonnant du metal instrumental moderne.  Il repose sur une idée forte, exprimée par Loureiro lui-même :  “*Theory of Mind* explore le point de rencontre entre la psychologie, les expériences personnelles et la technologie. L’album reflète notre capacité à comprendre autrui – comment nous interprétons leurs pensées et émotions, notamment lorsque leurs perceptions du monde diffèrent des nôtres. Chaque morceau incarne ce cheminement vers la connexion, la musique évoluant d’une incertitude initiale vers une complexité plus profonde.

Le concept aborde également l’avenir de l’IA.  Des études récentes montrent que, dans certains tests de théorie de l’esprit, les systèmes d’IA surpassent même les humains.  Bien que cela n’implique pas une compréhension ou une empathie équivalente à la nôtre, ces résultats remettent en question nos présupposés sur la cognition humaine et soulèvent des interrogations fondamentales sur la conscience et l’essence même de l’humanité.”

Sur le plan stylistique, le metal instrumental regorge de productions parfois trop similaires.  Theory of Mind se distingue.

Dès les premières notes, la guitare est ce qu’elle est, un instrument vocal, une voix faite de bois et d’acier, exprimant des mélodies virtuoses et abondantes.

Mon voyage extra sensorielle débute avec « Borderliner » ce titre me captive avec sa distorsion puissante, une rythmique syncopée et grave empruntant au djent, tandis que les solos rappellent ses influences néo-classiques, jazzy.

 

Faire chanter une guitare est une chose, mais comprendre un langage inconnu en est une autre, et Kiko manie la guitare virtuosement, créant une véritable cascade de notes harmonieuses de Out of Nothing, passant par Mind Rise, ou Point of No Return, où nous avons cette intro majestueuse faisant ode à la V12 de Ayrton Senna.

Chaque titre nous invite à une projection personnelle, car malgré les thématiques, on peut laisser libre cours à son imagination juste en se laissant porter par chaque note.

L’album se clôt avec Finitude, mon titre préféré. Le jeu de mélodie me transporte sur ce fin de voyage spirituel avec l’âme enrichi d’enseignements et espoir sur l’avenir. Un message que Kiko veut également transmettre.

Sa production moderne et soignée met en lumière le jeu virtuose et expressif de Kiko Loureiro.  Il nous rappelle que la maîtrise instrumentale ne se résume pas à une accumulation de notes rapides.  Si certains titres, comme « Point of no Return », sont plus démonstratifs, Loureiro évite les excès.  Le rythme s’étire et se resserre, les notes sont tantôt denses, tantôt éparses, mais toujours justes et parfaitement placées. 

Un 10 sur 10. Hâte de pouvoir l’entendre en live !



 

1. Borderliner

2. Out of Nothing

3. Mind Rise

4. Talking Dreams

5. Blindfolded

6. Point of no Return

7. Raveled

8. Lost in Seconds

9. The Other Side of Fear

10. The Barefoot Queen

11. Finitude