Interview par Annabelle Piery – La fille en rouge
Entre introspection et mysticisme, un voyage sonore hors du temps
Annabelle
Ton nouvel album Eyes of the Living Night va bientôt sortir, le 31 janvier. Qu’est-ce qui t’a inspiré à te lancer dans ce projet, cet album, et en quoi est-il différent de ton premier album solo, Chants from Another Place ?
Jonathan
La principale différence, je dirais, c’est que ce nouvel album a été créé dans un laps de temps relativement court par rapport au premier. Chants from Another Place était le résultat de nombreuses années à rêver d’écrire un autre type de musique. À l’époque, je passais surtout mon temps dans un groupe de métal, donc c’était presque dix ans d’idées accumulées, à jouer quelques mélodies dans ma chambre et à imaginer les réaliser un jour. Le processus était très lent, très organique.
Pour Eyes of the Living Night, c’était très différent : il a été conçu de manière beaucoup plus consciente. Bien sûr, c’était toujours organique, mais d’une façon beaucoup plus active.
Annabelle
Afterlife, le premier single que tu as sorti, est vraiment immersif. Toute ta musique l’est, en fait. J’ai ressenti quelque chose de très introspectif, presque comme une sorte de quête ou une chasse intérieure. Je ne sais pas comment mieux l’exprimer, mais peut-être que tu vois ce que je veux dire. Est-ce que tu pourrais nous raconter l’histoire derrière cette chanson et ce qu’elle représente pour toi ?
Jonathan
Oui, je comprends ce que tu veux dire. Beaucoup de mes chansons explorent des mouvements intérieurs, des événements presque narratifs, mais qui se passent au-dedans. Ce ne sont pas toujours des luttes, mais plutôt des étapes, des transitions, parfois chargées d’une certaine atmosphère ou d’une histoire implicite.
Dans le cas d’Afterlife, il s’agit vraiment d’une lutte. La chanson parle de se réveiller dans une situation où l’on sent que rester là entraînerait l’effacement de son âme, son dépérissement. Il faut alors trouver une issue, un guide ou des outils pour avancer et ouvrir une nouvelle voie.
Annabelle
Wow, merci pour cette explication. Je veux dire, j’ai ressenti tellement d’émotions en écoutant la chanson, mais je n’avais pas compris cette histoire. L’entendre de ta bouche, c’est vraiment enrichissant. Merci !
J’ai adoré ta musique dès les premières secondes où je l’ai découverte. Je ne te connaissais pas avant cette interview, mais j’ai tout de suite accroché. C’est vraiment super de pouvoir t’écouter en parler. Alors, pour le clip d’Afterlife, c’est visuellement très frappant et atmosphérique. Pourquoi avoir choisi cet endroit, Westlanda Flygplats, comme décor ?
Jonathan
Alors, pour ce clip, Jacob, qui est le réalisateur, et moi avons beaucoup discuté. On voulait que le lieu traduise l’atmosphère de la chanson, qu’il soit à la fois évocateur et en accord avec l’univers du morceau.
Au début, on a pensé à un lac, avec cette idée d’un grand espace ouvert, ou à un champ – ce qui aurait aussi bien fonctionné. Mais on avait déjà utilisé un champ pour une vidéo précédente. Et puis, cet aéroport nous est venu à l’esprit. Il est très proche de l’endroit où j’ai grandi, un lieu que je vois depuis toujours sans avoir jamais imaginé qu’un jour, j’y tournerais une vidéo. Ça a rendu l’expérience assez spéciale.
Quand on les a appelés pour demander si on pouvait filmer là-bas, ils ont accepté, mais on n’avait qu’une heure. Alors, on a tourné autant que possible, et finalement, c’est la dernière prise, en plan séquence, qui est devenue le clip.
Annabelle
C’est incroyable. Je n’ai jamais vu de clip tourné dans un aéroport, et ce que vous avez réussi à faire est unique. Quand j’ai vu la vidéo, je n’ai pas deviné immédiatement que c’était une piste d’atterissage. C’est tellement immersif qu’on se sent dans un autre monde.
Jonathan
Oui, cet endroit est vraiment particulier, surtout celui-là, avec des forêts de chaque côté. Ce n’est pas juste une piste en asphalte : c’est comme une route qui semble ne mener nulle part, au milieu des bois.
Annabelle
Ta musique mélange des thèmes à la fois mystiques et très personnels. Est-ce une décision consciente dans ton écriture ? Comment trouves-tu l’équilibre entre le spirituel et l’intime dans tes chansons ?
Jonathan
Tout dépend de la manière dont on définit le spirituel, mais pour moi, cela englobe tout. Les moments les plus intérieurs, les plus personnels, font aussi partie de cette dimension. J’essaie d’être attentif à ce qui se passe à l’intérieur et de le traduire dans ma musique.
C’est une façon pour moi de donner de l’espace à ces mouvements intérieurs et de mieux les comprendre. C’est une sorte de pratique personnelle, presque méditative, pour explorer ce qu’est la vie.
Annabelle
Je comprends. Et le paysage sonore de ta musique – je veux dire, l’atmosphère autour de ta voix et des instruments – est vraiment évocateur et immersif. Peux-tu me parler des choix d’instrumentation et de production pour cet album ?
Jonathan
Cet album est beaucoup plus produit que le précédent. Chants from Another Place était centré sur la guitare acoustique et une approche très minimaliste – pas plus de trois harmonies à la fois, par exemple.
Pour Eyes of the Living Night, j’ai écrit sans vraiment me fixer de règles ou de limites de genre. J’ai laissé les chansons m’emmener où elles voulaient. C’est pour ça que l’album est assez varié en termes de styles et d’influences.
Il y a beaucoup de synthétiseurs, parfois du piano, de la guitare électrique ou mélodique, et de la batterie. Cet album est beaucoup plus riche et complexe que le précédent, avec beaucoup plus d’éléments sonores en jeu. Mais toutes les chansons ont en commun de résonner profondément avec moi.
Annabelle
Tes chansons donnent l’impression qu’elles font partie d’un voyage plus vaste qu’un simple morceau. Je me demandais si tu considères Eyes of the Living Night comme un album conceptuel, qu’il faut écouter du début à la fin, comme une grande histoire, plutôt que morceau par morceau.
Jonathan
Hmm, oui, absolument. Les chansons ne sont pas forcément écrites dans ce but précis, mais j’ai tendance à le faire naturellement. J’aime créer une sorte de fil conducteur qui relie tout, ne serait-ce que par l’ordre des morceaux. Pour cet album, je l’ai conceptualisé en deux parties, un peu comme un vinyle. La face A, que j’appelle la « face Lune », regroupe les six premières chansons. Elle parle d’introspection et de surmonter des difficultés. Ensuite, il y a une transition avec une chanson au piano, qui ouvre sur la « face Soleil ». Cette seconde partie parle davantage de regarder vers l’avenir, d’être présent, et d’un bonheur, même éphémère. J’avais envie d’explorer ces émotions et d’apporter un peu de lumière, chose que je faisais peu auparavant.
Annabelle
Je veux te poser maintenant une question sur ton univers visuel, parce que ton personnage est tellement puissant et marquant. Le maquillage, les costumes… D’où est venue l’idée ? Et comment tout cela a-t-il commencé ?
Jonathan
Oh, merci ! Alors, mon inspiration vient beaucoup d’illustrateurs que j’admire. Mais sur scène, ça a commencé quand je faisais partie d’un groupe. À l’époque, on portait déjà un peu de maquillage, et j’ai commencé à expérimenter de plus en plus au fil des tournées. Ce qui n’était au départ qu’un peu de noir autour des yeux est devenu une vraie forme d’expression, presque une extension de la musique.
Quand j’ai commencé mon projet solo, j’ai voulu aller encore plus loin et explorer ce que je pouvais faire visuellement. J’ai commencé à imaginer mon personnage comme une entité artistique à part entière, presque une incarnation de certains aspects de moi-même ou des émotions que je décris dans mes chansons.
Au final, tout cela évolue constamment, et mon personnage se transforme selon les chansons et les atmosphères. Ce que je porte sur scène, ou même mon maquillage, traduit ces émotions. C’est un projet en perpétuel mouvement.
Annabelle
C’est fascinant. Et en parlant de scène, ta musique est tellement immersive… J’ai regardé des vidéos de tes concerts, et on sent vraiment cet univers avec les lumières, les costumes. Est-ce que tu as prévu des choses spécifiques pour les performances live de cet album ?
Jonathan
J’ai plein d’idées et de rêves ! On verra lesquels deviendront réalité. En ce moment, je réfléchis à changer les choses, peut-être travailler avec des danseurs ou intégrer plus de mouvements. J’ai envie de créer plus d’espace sur scène, au lieu de m’alourdir avec des costumes trop imposants.
Mais il faut aussi tenir compte de la réalité : voyager avec un tel dispositif n’est pas toujours faisable. Donc, c’est un équilibre entre ambition artistique et contraintes pratiques. Pour l’instant, beaucoup de points d’interrogation, mais je suis curieux de voir où ça me mènera.
Annabelle
Et quand aura lieu ton premier concert pour cet album ?
Jonathan
Je pars en tournée en première partie d’Uncle Acid and the Deadbeats aux États-Unis, du 8 au 22 février.
Annabelle
Et une tournée en Europe, peut-être en France ?
Jonathan
Oui, il y a quelques dates en préparation. J’espère vraiment pouvoir venir cette année.
Annabelle
Ce serait génial ! J’ai hâte. As-tu un dernier message pour les auditeurs, les fans, ou les lecteurs à propos de l’album ou de ton univers ?
Jonathan
Simplement : écoutez l’album comme vous le souhaitez, mais si possible, du début à la fin pour en saisir l’ensemble. Et surtout, merci d’écouter, peu importe la manière.
Annabelle :
Dernière question que je pose toujours : aurais-tu un conseil pour les jeunes artistes qui débutent ?
Jonathan
Oui : continuez à créer, encore et encore. Cet album m’a appris qu’il faut accepter d’écrire beaucoup de chansons qui ne verront jamais le jour. Sur les 100 idées que j’ai eues pour cet album, 12 seulement ont abouti. Mais tout ce processus mène quelque part, et chaque tentative nourrit la suivante. Alors, ne craignez pas d’écrire de mauvaises chansons.
Annabelle
Merci beaucoup, Jonathan !
Chonique