Interview réalisée par Hugo Denoyelle, pour Vecteur Magazine.
Credit Photo : Esther W. Pink
Dans l’univers de la guitare metal, certains noms résonnent comme des légendes vivantes. Joe Stump fait partie de cette élite. Virtuose surnommé le “Shred Lord” il est également professeur au prestigieux Berklee College of Music. Joe s’est forgé une réputation en fusionnant technique vertigineuse et influences classiques. Son nouvel album, “Days of Thunder”, aux couleurs de Dio et Deep Purple, confirme son statut de maître incontesté du shred. Rencontre avec un musicien qui ne ralentit jamais, animé par la passion, la rigueur et le feu sacré de la guitare.
Hugo (Vecteur Magazine) : Salut Joe ! Comment ça va ?
Joe Stump : Salut ! Ça va bien et toi ?
Hugo : C’est génial de te rencontrer, Joe. Et ta guitare est superbe. C’est une ESP ?
Joe : Oui, c’est une ESP. J’ai plusieurs ESP Custom Shop Strat. J’ai commencé à travailler avec eux il y a longtemps, à une époque où la marque n’était pas encore aussi énorme. Aujourd’hui, j’ai probablement une dizaine de modèles Custom Shop. Ils ont même produit en série un modèle basé sur ma guitare, je peux te montrer. Tu joues de la guitare ?
Hugo : Oui ! Tu peux voir ma Strat derrière moi.
Joe : Super! Celle que tu vois ici, c’est une Custom Shop que j’ai depuis plus de 20 ans. La première que j’ai eue date de 1997. Celle-ci est la dernière Custom Shop que j’ai reçue.
Hugo : C’est ton modèle signature ?
Joe : Pas vraiment, mais presque. C’est ce qu’ils appelaient la Vintage Plus SC. La couleur, le pickguard nacré, les mécaniques argentées et le reverse headstock… tout était inspiré de ma guitare perso. Mais c’est resté une sorte de signature officieuse.
Hugo : Elle est magnifique. J’adore les reverse headstocks, ça donne un côté Hendrix. Et ça joue aussi sur la tension des cordes, non ?
Joe : Exactement. La tension est plus souple sur la corde de mi aigu, ce qui donne une sensation différente.
Hugo : J’adore les Strat. J’ai commencé sur Gibson, mais la Stratocaster, c’est vraiment ma guitare.
Joe : C’est pareil pour moi. Même si j’ai quelques Fender vintage, mes ESP Custom Shop sont mes guitares principales.
Hugo : En tout cas, merci d’avoir accepté cette interview. Quand j’ai reçu ton album, je me suis dit : Wow, c’est un mélange parfait entre Dio et Deep Purple. J’ai adoré !
Joe : Merci beaucoup !
Hugo : En regardant ta discographie, j’ai compté plus de 10 albums sur 20 ans. C’est un rythme incroyable.
Joe : En réalité, c’est plutôt 30 albums au total. Rien que pour mes disques solos, il y en au moins huit : A Shred Odyssey, Armed and Ready, Speed Metal Messiah, Virtuosic Vendetta, Revenge of the Shred Lord, The Dark Lord Rises, Symphonic Onslaught. Ajoute à ça les deux albums de Tower of Babel, les deux derniers de Reign of Terror, les quatre avec Alcatrazz, des projets comme HolyHell… Bref, ça s’accumule !
Hugo : C’est une créativité folle. D’où vient cette inspiration constante ?
Joe : Je joue tous les jours. Les idées arrivent naturellement, souvent quand je bosse mes gammes ou que je prépare un concert. Par exemple, j’ai un tribute Deep Purple et un tribute Rainbow. L’autre jour, je répétais Highway Star et un riff m’est venu, je l’ai enregistré sur mon téléphone, puis j’ai continué à répéter. C’est comme ça que je compose.
Hugo : Sur ton nouvel album, il y a ce chanteur français avec une voix incroyable, presque Dio mais sans être une copie. Comment avez-vous travaillé ensemble ?
Joe : J’avais enregistré toute la musique d’abord. Mon ingénieur Francisco Palomo, m’a aidé à préparer les morceaux avec des batteries programmées. Puis, on a découvert Jo grâce au Vivaldi Metal Project. Il a enregistré les voix dans le studio de notre batteur Mark Cross, près d’Athènes. Mark l’a coaché sur certaines lignes de chant. Jo est vraiment exceptionnel, il brille sur tout l’album.
Hugo : Et son accent français ?
Joe : On ne l’entend pas ! C’est impressionnant. Beaucoup de Français ont du mal à cacher l’accent, mais lui, il chante parfaitement.
Hugo : Mon titre préféré est Alone in the Desert. Le riff principal a une vibe turque et médiévale. Tu peux en dire plus ?
Joe : Oui, je joue surtout sur deux gammes pour ces sonorités orientales : le phrygien dominant (5ᵉ mode de la mineure harmonique, avec tierce majeure) et le double harmonique majeur (ou gamme byzantine). Ce sont des gammes que j’ai beaucoup apprises de Ritchie Blackmore.
Hugo : Tu comptes publier des tablatures pour ces morceaux ?
Joe : Je devrais ! Pour l’instant, je n’ai que des transcriptions de mes instrumentaux que je donne en masterclass.
Hugo : Tu as déjà rencontré Ritchie Blackmore ?
Joe : Non, jamais. Mais j’aimerais boire une bière avec lui et parler de Bach et d’harmonie classique. Par contre, j’ai rencontré Yngwie Malmsteen plusieurs fois, j’ai même présenté un de ses clinics à Berklee. J’ai aussi joué avec Uli Jon Roth. Ce sont des gars incroyables.
Hugo : Berklee a formé des guitaristes comme John Mayer, Petrucci ou Steve Vai. Tu as des anecdotes sur tes étudiants ?
Joe : Oui ! Gus G (Firewind, Ozzy Osbourne) venait chez moi deux fois par semaine pour des cours privés. Dave Davidson (Revocation) a suivi mes cours metal. Rob Caggiano (Anthrax,Volbeat) aussi. Je crois que Joel Stroetzel de Killswitch Engage a pris des cours avec moi. C’est fou de voir ces gars réussir.
Hugo : Gibson : Shred ou Dead ?
Joe : Pour moi, Gibson est dead, mais j’adore la flying V, donc je pourrais dire « shred ». Tu sais, en ce qui concerne le V, j’ai une Epiphone Gothic géniale, qui sonne super bien, que j’utilise pour les rythmes lourds, je l’ai utilisée sur certains morceaux d’Alcatraz. Je vais donc changer ma réponse pour Shred parce que je suis un fan de la Flying V. Tu vois ce que je veux dire ? Je ne suis pas un fan de Les Paul ou de SG, mais tu sais, pour moi, la Flying V est une guitare vraiment géniale. J’adore aussi Michael Schenker, et il est de retour chez Gibson, alors je dirai Shred.
Hugo : Les guitares 7 cordes ?
Joe : C’est génial pour les jeunes joueurs et tous les autres, mais pour moi c’est dead.
Hugo : Le Glam metal ?
Joe : Pour moi, je ne suis pas un fan de glam metal, donc je dirais dead. Mais vous savez, je ne dénigre en aucun cas ces grands groupes parce qu’ils ont fait de grands disques et écrit de grands morceaux qui parlent vraiment à beaucoup de gens. Ce n’est pas mon goût personnel mais vous savez, j’aime beaucoup Motley Crue !
Hugo : Un seul choix est possible : Glenn Hughes ou David Coverdale ?
Joe : Je dirais probablement Glenn Hughes parce que je l’ai vu jouer lors d’une tournée avec Yngwie Malmsteen et qu’il est toujours au sommet de son art au niveau du chant et du jeu, et je sais que Coverdale a peut-être quelques problèmes vocaux…
Avec plus de vingt albums au compteur et une carrière partagée entre la scène, le Berklee College of Music, les studios et l’enseignement, Joe Stump incarne le musicien passionné et infatigable. Entre riffs d’une virtuosité rare et compositions habitées par l’âme du heavy metal, il continue de faire vibrer les cordes du shred avec la même intensité qu’à ses débuts. Chez Vecteur Magazine, on attend déjà le prochain album – et pourquoi pas un jour un vrai modèle signature ESP pour ce maître du manche. Un grand merci à Olivier Garnier d’avoir pu rendre cette interview possible ainsi qu’au Shred Lord… Monsieur Joe Stump !
PLUS D’INFORMATIONS :
Album : Joe Stump’s Tower Of Babel – Days Of Thunder
DATE DE SORTIE : 4 Juillet 2025
LABEL : Silver Lining Music
Pour commander l’album, rendez-vous ici !
| 1. Dominum |
| 2. Rules Of Silence |
| 3. Days Of Thunder |
| 4. Blind Are Your Eyes |
| 5. Alone In The Desert |
| 6. In The Heat Of The Night |
| 7. Sacrifice |
| 8. Black Knight’s Prelude |
| 9. Trust Me |
| 10. The Princess |
Joe Stump’s Tower Of Babel:
JOE STUMP – Guitars and Guitar Synth
JO AMORE – Vocals
MARK CROSS – Drums and Backing Vocals
MISTHERIA – Keyboards
NIC ANGILERI – Bass
Produced by Mark Cross
Mixed by George Aspiotis and Mark Cross at Studio Aspiotis, Greece
Mastered by Ade Emsley at Table of Tone Mastering, London, UK
Pour suivre Joe Stump’s Tower Of Babel:
www.facebook.com/TOBRock
www.instagram.com/towerofbabelrock
www.towerofbabelrock.com
www.x.com/JSTowerOfBabel
www.youtube.com/@TowerOfBabel-TV
Days of Thunder, le nouvel album de Joe Stump et son groupe Tower of Babel, déboule comme un hommage frontal et sans détour au hard rock européen à l’ancienne. Pas de fioritures, pas de concessions : on est ici en plein territoire Rainbow, Deep Purple, DIO et consorts, avec ce que ça implique de claviers grandiloquents, de riffs tranchants, de solos furibards et de refrains taillés pour faire trembler les murs d’une salle de concert. Joe Stump, shredder émérite et fan inconditionnel de Blackmore, ne cherche pas à réinventer la roue — et c’est précisément ce qui fait la force du disque. Loin de tomber dans le piège du plagiat ou du tribute un peu fade, il injecte à cette formule bien rodée une énergie moderne, une urgence presque métallique et un soin de composition qui force le respect. Le chant de Jo Amore colle parfaitement à l’univers : puissant, clair, un peu théâtral, toujours juste. Les morceaux s’enchaînent avec une fluidité certaine, entre attaques frontales (Rules of Silence, Days of Thunder), passages plus sombres et dramatiques (Blind Are Your Eyes, Alone in the Desert), et accalmies stratégiques (In The Heat of the Night). On sent que chaque musicien est à sa place. Le tout sonne massif, bien produit, sans chercher à sonner vintage pour le principe — c’est du hard rock classique, mais avec du mordant. À l’heure où beaucoup d’albums de ce genre s’enlisent dans la nostalgie molle ou l’esbroufe technique, Days of Thunder réussit à exister pour ce qu’il est : un vrai bon disque de rock, fait par des musiciens qui aiment ça, et ça s’entend.