Vecteur Magazine

Halestorm - Quand l'intime devient universel

Interview par Annabelle Piery – La fille en Rouge

Au cœur d’une tournée européenne explosive, Halestorm dévoile avec Everest un album aussi intime que monumental, où la vulnérabilité se mêle à la fureur rock qui fait la signature du groupe. Plus libres que jamais, Lzzy Hale, Joe Hottinger, Josh Smith et Arejay Hale s’autorisent une écriture instinctive, brute, captée comme un éclair en plein ciel.
Rencontré juste avant leur passage à l’Olympia, Joe revient avec enthousiasme sur la genèse de l’album, l’influence décisive de Dave Cobb, l’alchimie scénique qui les porte depuis vingt ans et ce nouveau chapitre qui s’ouvre pour Halestorm. Une conversation à l’image du groupe : sincère, passionnée et intensément vivante.

Annabelle
Salut Joe ! Je suis vraiment heureuse d’être là aujourd’hui avec toi, parce que je vous ai découverts en 2023 au Hellfest. C’était complètement par hasard. Je ne vous connaissais pas, et j’ai été happée par la musique à une cinquantaine de mètres. Je me suis dit : c’est génial. Quelques mois plus tard, je vous ai revus à La Cigale à Paris, et depuis je passe Back from the Dead en boucle.
Et cette année, découvrir Everest a été incroyable. J’ai d’ailleurs chroniqué l’album en août pour Vecteur Magazine. Cet album ne s’arrête jamais d’être fantastique.

Joe
Oh, ça me fait tellement plaisir. C’est génial. Merci.

Annabelle
Je me demandais : quand vous avez commencé à composer l’album, est-ce que vous l’aviez imaginé comme une histoire complète dès le début, ou est-ce que la narration est venue après les chansons ?

Joe
Oui, tu sais, on voulait travailler avec Dave Cobb parce qu’on est de grands fans de lui et de tous ses disques. Il a dit oui. Et on voulait travailler avec lui pour changer un peu nos habitudes. On avait travaillé avec Nick Raskulinecz sur les derniers albums et EP, et j’adore Nick — c’est un de mes meilleurs amis — mais on savait un peu trop comment ça allait se passer.
Donc on voulait être déstabilisés, et ça a marché.

Quand on a rencontré Dave, la première chose qu’il a dite c’est : Je me fiche de vos anciennes idées. On écrit aujourd’hui.
La première chanson qu’on a écrite, c’était Darkness Always Wins, alors on a continué. Quelques mois plus tard, on est revenus et on a écrit plein d’autres chansons, une par jour, qu’on enregistrait en même temps qu’on les écrivait.

Tu ne peux pas te préparer à ça. Tu plonges dedans avec 20 ans d’expérience. C’était inspirant — au point que Lzzy et moi nous sommes dit : Il nous faut notre propre studio.
On en avait assez des démos où tu captures une idée magique dans une version pourrie, puis où tu essaies de recréer cette magie un an plus tard.
Avec Dave, c’était comme attraper l’éclair dans une bouteille. La musique se révélait, et on la mettait immédiatement sur bande.
On veut continuer à travailler comme ça. On en parle depuis le début de la tournée — on a hâte de rentrer pour enregistrer plus de musique.

Annabelle
Donc vous voulez continuer à travailler avec lui ?

Joe
Pas forcément directement avec lui — je travaillerais avec lui n’importe quand, il est génial, mais il est très occupé.
À la place, on a acheté notre propre studio. On a toujours eu du matériel pour faire de bonnes démos, mais la grande difficulté pour un groupe comme nous, c’est d’enregistrer la batterie : il faut une bonne pièce et le bon équipement. C’est très difficile à réussir.

On a déjà fait quelques sessions dans notre studio et ça sonne incroyable. La reprise de Bad Company et le morceau avec Lindsey Stirling ont été enregistrés là-bas.
Donc : plus de démos — maintenant on fait des vrais disques.
L’avenir est excitant.

Annabelle
Concernant la composition : comment écrivez-vous la musique ? Vous quatre ensemble ?

Joe
Comme ça marche. Parfois Lzzy et moi arrivons avec un morceau. Souvent, c’est elle qui a quelque chose. Parfois on jamme tous les quatre.
Sur cet album, on était surtout dans la même pièce, à laisser la musique nous guider plutôt que de forcer quelque chose.
Elle a aussi écrit quelques chansons avec des amis, et elle est arrivée avec de petites démos qui ont servi de point de départ.
Peu importe la méthode — tout est dans la chanson.

Annabelle
Beaucoup de thèmes sur l’album sont très personnels, très profonds. À quel moment décidez-vous qu’une chose intime peut devenir collective, quelque chose que vous exposez au public ?

Joe
On en a beaucoup parlé. Lzzy a vraiment plongé en elle-même pendant cette période. Elle était en thérapie, elle avait des conversations profondes, elle passait des nuits entières à travailler sur ses émotions. C’était sa façon d’exprimer tout ça.
Et souvent, plus tu es personnel, plus ça devient universel — parce qu’on est tous des humains qui essaient de traverser la vie.
Plus elle s’ouvrait, plus les gens se sentaient connectés.
La musique est incroyable pour ça.

Annabelle
Je crois que vous aviez déjà ça avant, en tant que groupe. Back from the Dead l’avait déjà. Je l’ai écouté pendant une période difficile — burnout et tout ça — et il est devenu un compagnon.
Et je pense que votre public ressent la même chose. Quand je suis arrivée ici il y a 30 minutes, il y avait déjà des gens qui attendaient devant.(Je précise qu’il est 14 heures au moment de l’interview et le concert commence à 20h.) Le lien avec votre audience est très fort.

Joe
C’est cool.

Annabelle
Et sur scène vous libérez énormément d’énergie. Vos concerts ne sont pas des rituels, mais ils sont vraiment collectifs. Vous transmettez quelque chose.
Est-ce que les concerts et le public influencent le sens des chansons ou la manière dont vous les jouez ?

Joe
Oui. Tout dépend du public. La scène, c’est là où on est les meilleurs. C’est un échange, une relation symbiotique. Le public nous pousse à donner plus — des choses dont tu ne te savais même pas capable.
Surtout en Europe : les gens réagissent différemment qu’en Amérique. Ils sont vraiment dedans. On a eu un public incroyable il y a deux jours à Madrid — ils chantaient toutes les nouvelles chansons. On sent que l’album commence à bien s’ancrer.
On adore être sur scène. C’est le moment où je suis le plus présent. On n’a pas de clics ni d’ordinateurs — on branche et on joue.
C’est comme sauter d’une falaise à quatre, en espérant pouvoir voler. Et le public te porte.
Il n’y a plus de futur ni de passé — seulement le moment, les notes, la confiance mutuelle.
C’est magique. J’adore le rock. Les concerts, c’est incroyable.

Annabelle
Oui, on le ressent vraiment. Et vous avez peut-être appris ça en travaillant ensemble depuis si longtemps — depuis 2003 pour toi, et 2005 pour Josh ?

Joe
2004, peut-être.

Annabelle
Qu’avez-vous appris durant toutes ces années sur l’intuition collective ?

Joe
On connaît le feeling de chacun. Si Arejay accélère un break, ce n’est pas grave tant qu’on retombe ensemble.
On improvise souvent en concert, surtout à la guitare — on discute musicalement, on se répond, on joue l’un avec l’autre.
Avec le public par-dessus, ça t’élève. C’est ma chose préférée au monde.

Annabelle
Sur l’album, j’ai tout de suite senti que la guitare était très présente. Elle l’était déjà, mais sur Everest il y a beaucoup de solos — la guitare est puissante, plus mise en avant. On dirait une voix narrative, comme celle de Lzzy. Comment avez-vous trouvé cette place pour la guitare ?

Joe
Beaucoup de ça vient du temps qu’on a pris. On a fait l’album sur deux ans, entre les tournées.
Je revenais souvent sur une chanson des mois après, après avoir appris de nouvelles choses en tournée, ce qui m’a aidé à élargir les solos et à éviter de me répéter.
Parfois je trouve un solo immédiatement ; d’autres fois je dois travailler dessus. J’aime les construire et les rendre musicaux.
C’est fun. J’attends toujours ce moment avec impatience.

Annabelle
Ça s’entend vraiment. Les parties de guitare sont incroyables.

Joe
Merci.

Annabelle
Et la voix de Lzzy est toujours aussi puissante. Sur scène, la chimie entre vous deux est forte — comme un dialogue entre voix et guitare.

Joe
Comme tout bon rock : Keith et Mick, Jimmy Page et Robert Plant — ils travaillent ensemble, parfois ils sonnent presque pareil.
Avec le temps, j’espère qu’on arrive à ça nous aussi. On se connaît tellement qu’on apprend comment pense l’autre.

Annabelle
Sur l’album il y a beaucoup de contrastes — entre fureur et délicatesse, brutalité et tristesse. La transition entre Killing et I Gave You Everything est puissante : on passe d’un morceau old-school sautillant à quelque chose de doux et émotionnel.
Comment avez-vous construit l’album ?

Joe
On y a passé énormément de temps. Lzzy et moi avons dû écouter le disque des centaines de fois.
On a essayé d’éviter trop de montagnes russes et de rendre les transitions plus fluides.
Cet album a plus de morceaux mid-tempo que d’habitude, et on en avait même davantage qui n’ont pas été gardés. On devait éviter que l’album s’alourdisse, alors on a ajouté de l’énergie ici et là. On a testé plein d’ordres différents, on a déplacé les titres, on est revenus après des pauses.
On a fini par trouver l’ordre qui raconte l’histoire et qui fait le plus sens.

Annabelle
L’album entier ressemble vraiment à un paysage musical cohérent — comme un voyage d’un endroit émotionnel à un autre. Quand on écoute l’album en entier, chaque morceau prend sa place.Et c’est peut-être ce qui le rend aussi puissant.
Dans la dernière chanson, How will you Remember Me, il est question d’héritage. Qu’est-ce que cela signifie pour vous — en tant qu’artistes, en tant qu’humains — qu’on se souvienne de vous ?

Joe
Je ne sais pas. C’est une grande question. Je ne me projette pas si loin.
Lzzy s’interroge beaucoup dessus — elle a cette chanson depuis un moment.
Pour moi, j’espères qu’on se souviendra de ce qu’on a donné au rock, de combien on l’aime, de combien on a donné nos vies pour ça.

La musique est dingue — plus tu donnes, plus elle te rend. Elle te touche, elle te change.
Alors j’espère qu’on sera vus comme des gardiens de cette époque du rock — une part de cette ère.
On a donné tout ce qu’on pouvait, et on continuera.

Annabelle
Dernière question : Everest, est-ce un seuil dans votre parcours musical — un avant/après ? Qu’avez-vous laissé derrière vous, et dans quoi êtes-vous entré ?

Joe
J’ai l’impression que cet album est le début du prochain chapitre de Halestorm.
Les premiers albums semblaient encore « nouveaux », même après des années. Maintenant, j’ai l’impression qu’on commence enfin à saisir notre vraie identité.
C’est aussi notre dernier disque avec ce label — tout le monde qu’on connaissait là-bas est parti. Donc on a l’impression d’être seuls, et c’est super.

Je suis excité pour la suite. Je ne sais pas ce que ce sera — c’est ça qui est excitant. Ce sera nous, dans l’instant.
On a notre studio, on peut faire ce qu’on veut.
Donc c’est la première pierre de notre futur, du chapitre suivant.

Annabelle
Super. Merci !

Joe
Merci beaucoup. Tu es adorable. J’apprécie vraiment.

 

PLUS D’INFORMATIONS

Album : EVEREST

DATE DE SORTIE : 8 Août 2025

LABEL : WARNER MUSIC / Atlantic Records

PRODUCTION : Dave Cobb

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