Vecteur Magazine

ASTRAYED PLACE

5  mai 2023

Par Cidàlia Païs

ASTRAYED PLACE fut une très belle découverte pour moi, ce groupe parisien fait des multiples influences musicales de chaque membre du groupe une seule bouchée dans ‘Edge Of The Mist’, leur dernier opus.

J’ai eu le plaisir d’échanger avec Alexandre, cofondateur de ce groupe très prometteur.

Cidàlia : Je voulais faire connaître à nos lecteurs qui vous êtes. J’ai cru comprendre que c’est une bande de potes, vous venez de Paris, raconte-moi un peu.

Alexandre: Une bande de potes ? Oui, je pense que ça nous décrit assez bien ! Le groupe a commencé en 2015. On était ado, on était tous dans le même lycée, on était tous amis. À la base, c’était moi qui avait rencontré Pierre, un autre membre du groupe, lui, il faisait beaucoup de musique, et déjà à l’époque, je commençais à écrire un peu de mon côté, donc on s’était dit, ensemble, on pourrait faire des chansons. Puis de fil en aiguille, on a recruté des personnes pour pouvoir jouer ensemble, tout simplement. Et de là est né le groupe, enfin, – après, il y a eu beaucoup d’allers retours – (…) Parmi les membres qui ne sont plus parmi nous, qui sont notables et qu’on peut saluer, Clément qui a longtemps été le chanteur principal du groupe. Il y a Alexis qui a longtemps été le guitariste principal du groupe.

Et aujourd’hui on est six à nouveau. Pierre, le bassiste fondateur, un des principaux compositeurs du groupe, Loïc, guitariste soliste, qui fait aussi tous nos mix, qui gère nos enregistrements et qui fait beaucoup de choses dans ce sens-là, il fait aussi nos visuels. Evan, notre batteur, Sylvain, alias Sily, chanteur, Maxime alias Snow, guitariste rythmique, et moi-même, Alexandre, cofondateur, parolier, chanteur.

Cidàlia : Vous avez sorti deux EP (2018 -Memento Mori -et 2020 -The Fall-), et en écoutant tout votre registre, effectivement, tu m’as parlé de line up, j’ai remarqué qu’il y avait des changements au niveau du chant, maintenant vous êtes deux au chant.

Alexandre : En fait, ce qui s’est passé, c’est que, au tout début, en 2015, même si j’avais pour ambition de chanter, je n’avais jamais appris de chant, je ne connaissais pas et on ne s’improvise pas chanteur, ça s’apprend. Donc, à l’époque, c’était Clément uniquement qui chantait. Cinq ans plus tard, en 2020, après avoir pas mal appris auprès de tous les membres, m’être exercé, (…) j’ai pu commencer à chanter un peu. Donc sur le premier EP, il y avait que Clément – qui à quitté le groupe en septembre dernier – qui chantait, sur le 2e, j’ai pu commencer à apparaître un peu et il y a eu aussi Sily, puisque c’était à peu près à cette période qu’il est arrivé au sein du groupe.

Cidàlia : En écoutant votre répertoire, j’aperçois les touches mélodiques… bien sûr il y a le côté brutal du métal progressif, les growling, mais je sens que vous êtes en quête de progression en tant que groupe… même via les thèmes abordés…

Alexandre : La question de la quête est une question très large, personnellement, j’ai tendance à penser que finalement la liste, dans son ensemble, est un chemin avec ou sans quête, mais de toute façon, il y a une progression, on ne peut pas rester apathique toute sa vie. Techniquement, c’est possible, mais je ne souhaite ça à personne. Et finalement, la quête, chacun aura son ressenti différent, mais moi, j’ai tout simplement envie de progresser, envie de m’amuser, envie de chercher ce qui me permettra de rester motivé, m’épanouir, que ce soit dans le chant ou autre chose, donc de ce côté-là, on peut l’assimiler à une quête, en effet.

Ensuite, pour ce qui est des thèmes abordés, ça va beaucoup toucher à la tristesse et la mélancolie, puisque j’ai écrit beaucoup des textes d’ASTRAYED PLACE, j’ai écrit une grande majorité. C’est pour moi un moyen de m’exprimer – puisque j’ai tendance à être très discret- (…) de mes émotions et du coup, le fait d’écrire de manière imagée, ça me permet d’une part de me décharger, mais sans avoir à me à m’ouvrir complètement, ni à me confier. (…) beaucoup de ces thèmes qui sont du ressenti négatif que je cherche à extérioriser. Sans parler en son nom, j’ai le sentiment que pour Clément, ça à été la même chose. Clément est toujours resté très discret, très secret quant à ce qui le blessait, ce qui le peinait. Et même si ça se sentait, il ne nous en a jamais parlé, mais par contre, ça se sent au travers de ces textes qu’il cherche à s’exprimer.

Cidàlia : J’ai entendu du piano dans le premier EP, il y a une chanson qui m’a pas mal touchée, c’est « The End of Trust »

Alexandre : C’est la première qu’a écrit Clément, une des seules qu’il a écrite d’ailleurs, où lui justement… c’est pour ça que je disais que ça se sent, qu’il se confie dans celle-ci en particulier.

Cidàlia : Un moment triste que vous avez abordé avec beaucoup d’humilité, de recul et de magie, la chanson pour votre ami qui est sortie en 2021, « Shiver as the Candle Burns Out »…

Alexandre : Je pense que c’est une bonne chose de faire vivre la musique, parce que c’est une manière de faire vivre la mémoire de notre ami. C’est vrai que c’est une chanson qui a été particulièrement dure à enregistrer, à composer, à créer, et pour la seule fois où on l’a jouée en live, ça a été particulièrement dur aussi… elle est très chargée d’émotions…c’est moi qui ai écrit le texte de celle-là. J’ai essayé de le retranscrire dans les paroles. C’est une perte qui est survenue d’un coup, sans prévenir, c’est à dire que c’est un ami qui, à notre connaissance, n’avait pas de gros problèmes de santé. Il avait une petite malformation de naissance avec laquelle il avait très bien pu vivre toute sa vie, qui n’a jamais posé de problème. Encore aujourd’hui on ignore les causes de sa mort, c’est une mort naturelle, mais juste, du jour au lendemain, apprendre une nouvelle pareille, c’est un sacré choc. (…) J’ai eu la chance de le côtoyer une dernière fois avant son décès. Je me souviens, c’était une soirée qu’on avait fait tous ensemble, très festive. Je me souviens qu’il avait pris sa première cuite ce soir-là avec nous, et c’était hyper bon enfant et je redécouvre un peu cette personne qui faisait partie de mon passé, puisque c’était quelqu’un du lycée que je côtoyais à peine. Et j’avais le souvenir de m’être dit “Ah bah, je sais que c’est un ami proche de certains des membres du groupe. C’est quelqu’un qui est très sympa.” (…) Pour d’autres membres du groupe, je pense notamment à Pierre, ça a été vraiment une épreuve, puisqu’il était très très proche et encore aujourd’hui, je sais que Pierre est particulièrement réticent à jouer cette chanson (…) mais on est contents d’avoir pu lui rendre cet hommage, la famille était très touchée par notre geste…

Cidàlia : Tu m’expliques que tu n’étais pas autant proche que d’autres… et il y a une émotion dans les paroles…bravo…

Alexandre : J’ai recueilli beaucoup de témoignages de personnes qui étaient très proches de lui, notamment un ami en commun que j’ai avec Pierre qui s’appelle Théo, qui m’a raconté certains passages très intimes dont il n’avait jamais parlé. J’ai voulu retransmettre ce qui m’avait été confié, j’ai senti que ça comptait pour lui… j’ai voulu encapsuler ce que lui m’avait transmis (…) Il était très content que j’ai pu retranscrire ça. Il était lui aussi très touché de l’hommage qu’on lui a rendu.

Cidàlia : Trois ans pour la compo de ce nouvel album qui vient de sortir, ‘Edge of The Mist’… c’était comment pour cet album ?

Alexandre : C’est beaucoup de choses… Chaque musique pourrait avoir sa propre histoire, sa propre anecdote, mais on peut commencer par le contexte. 2020, sortie de ‘The Fall’, c’est aussi le début du confinement, donc du coup, ça a beaucoup chamboulé nos manières de fonctionner, notre manière de travailler, les répétitions…

Mais c’est aussi l’occasion pour nous de travailler la composition. Généralement, c’est là qu’on va présenter des démos, qu’on va en discuter, qu’on va en débattre, on voit ce qu’on peut faire comme changement… Là, on n’a pas pu faire ce travail, donc du coup,on faisait beaucoup plus de vocaux qu’avant, donc c’est beaucoup plus à échanger en ligne et ce n’était vraiment pas pareil. Mais le fait d’être en présentiel, avec les personnes, d’écouter tous en même temps, ça changeait pas mal de choses.

Je ne sais pas… je ne sais pas trop comment exprimer ça, mais… c’était différent de travailler dans ces conditions-là. On était très contents de pouvoir se revoir lors des déconfinements. Là, on a pu avancer. Et pour parler plus généralement de l’album, on avait une volonté d’exprimer les différentes influences, les différents goûts de chaque membre du groupe à l’époque, et autant de volonté, autant de goûts, autant d’influences. On voulait exprimer cette disparité au sein de l’album et on s’est dit qu’on allait assumer, on allait faire les musiques avec des styles différents de l’une de l’autre… c’était cette volonté qui a primé.

Donc après, dans la méthode de travail, comme je l’ai exprimé, l’idée, c’est toujours un des musiciens qui va proposer une démo qu’on va affiner au fur et à mesure. Et puis après, une fois qu’on a une instru validée, on pose le chant, puis on pose des paroles.

En termes de paroles, sur cet album-là, j’ai pu avoir le monopole de l’écriture entre guillemets, parce que il y a un texte qui était écrit par Clément. deux ont été écrits par Sily, un qui a été coécrit par Sily et Clément (…) Il y a un texte en particulier, enfin une musique qui a été écrite à partir d’un texte, c’est « Broken Flower » qui, à titre personnel, est ma préférée de l’album, c’est un texte qui tenait beaucoup à cœur à Clément. (…)

Ensuite, il y a eu d’autres morceaux, par exemple, je crois, c’est « Too Deep Down » qui est parti à la base d’une jam, vraiment, en 2h le morceau était limite composé. C’était assez impressionnant. C’est parti d’un petit riff proposé par Maxime, un des guitaristes.

Ensuite, qu’est-ce qui a eu d’autre de notables ? On peut aussi noter “Horizons”, chanson en français, ça traduisait une volonté de ma part de m’absoudre de l’anglais qui commençait à me peser, puisque j’ai toujours écrit en anglais, au moins au sein du groupe, et sur mon temps personnel, j’écris aussi en français. Je m’améliore, j’arrive de mieux en mieux à exprimer ce que j’ai en tête avec plus de beauté, plus de poésie. Ce sentiment de progression, je ne le retrouve pas en anglais. L’anglais, ce n’est pas ma langue natale, il y a la barrière de la langue qui joue, je progresse moins vite en anglais qu’en français et du coup, c’était pesant à la longue, de ne pas réussir à exprimer ce que j’avais envie d’exprimer en anglais. Donc, j’ai voulu, j’ai insisté pour qu’on ait un texte en français et voilà, ça a été “Horizons”, parce que « Horizons » était censé être un morceau interlude, calme.

On a fini par se dire que ma voix clean collait bien avec l’ambiance du morceau, et puisque c’était un morceau où j’étais soliste en tant que chanteur, c’était la première fois que je suis seul sur un morceau, on s’était dit que c’est l’occasion de tester le fameux texte en français.

Cidàlia: Dans l’album, vous mettez le paquet sur vos différentes influences, par vagues, j’ai beaucoup aimé l’intro avec les percussions sur « Slaughter the Ants ».

Alexandre : Bah, je te remercie. Pour raconter cette histoire, alors déjà, il y a deux questions, pour l’histoire des vagues, disons que c’est une manière d’agencer la diversité qu’on a voulu représenter, si on avait mis tous les morceaux énervés d’un côté et tous les morceaux calmes de l’autre, ça aurait donné l’impression d’hétérogénéité, ça aurait été trop brutal (…) On a un peu réfléchi à se demander quel rythme on veut installer dans l’album et (…) ce côté vagues, finalement, donne une impression d’ensemble qui nous satisfaisait plus. Pour revenir à « Slaughter the Ants », pour moi, c’est un morceau important, parce que je l’ai écrit en anglais celui-là, forcément, mais c’est après l’écriture de celui-ci que j’ai vraiment expliqué au reste du groupe que l’anglais, ça commençait à devenir frustrant pour moi. (…)

J’aime beaucoup me demander quelle langue permet d’exprimer plus facilement quelle idée… Les langues n’ont pas toutes les mêmes mécanismes, c’est vraiment fascinant.

Cidàlia : Dans « Voiceless », on trouve un peu plus de growling et limite une touche doom…

Alexandre : Alors, « Voiceless », je pense que le plus important à noter, c’est qu’il a été écrit par Sily, puisque c’est lui qui chante dessus et qu’il partage une histoire assez personnelle. Il relate l’histoire d’une de ses amies qui s’est fait agresser, son agresseur l’a étranglée tellement fort qu’elle en est devenue muette physiquement.

Elle n’est plus capable de parler, et Sily exprime très souvent le fait que dans cette musique, il a voulu le temps d’un morceau, être sa voix pour parler de son vécu et sa bataille.

Cidàlia : Comment vous sentez-vous à la sortie de cet album ?

Alexandre: Bah… un peu de fierté finalement, parce que bon, c’est quand même trois ans de travail, ça a été long, il a fallu s’attaquer à beaucoup plus de problématiques que ce à quoi on aurait pensé, des détails auxquels on n’avait pas songés (…) faire les visuels, c’est bête, mais gérer le pressage des CD. Enfin bref, on s’est retrouvé confronté à beaucoup de travail auquel on ne s’attendait pas. Ça a été une grosse période de rush, surtout qu’en parallèle, on bossait pour un live au moment où Clément nous avait quittés, donc en plus, il fallait qu’on remanie certains morceaux. Enfin bref, on a accumulé beaucoup de tâches en même temps, donc le fait de sortir, le fait de se dire qu’on a réussi à traverser tout ça, on en est très contents. Et puis on espère qu’on va pouvoir faire découvrir notre musique. On va pouvoir la partager avec des gens qui vont l’écouter et la trouver intéressante.

Cidàlia : Un mot pour VECTEUR MAGAZINE, pour les lecteurs ?

Alexandre : N’hésitez pas à aller écouter tout ce qu’on fait, n’hésitez pas à venir, à communiquer avec nous sur les réseaux, que ce soit sur Instagram ou sur Discord, on aime beaucoup interagir avec les personnes qui nous suivent, c’est super sympa, c’est une bonne ambiance, puis de venir nous voir en concert à l’occasion aussi, on apprécie rencontrer de nouvelles personnes, c’est super chouette de pouvoir de se dire qu’on touche des personnes.

Et bien sûr, on est toujours très ouverts aux retours, qu’ils soient positifs ou négatifs, très ouverts à la critique. Nous, on a juste envie de s’améliorer, envie de donner le meilleur de nous-mêmes et finalement, de toujours faire de la meilleure musique.